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Full text of "La génération universelle : lois, secrets et mystères chez l'homme et chez la femme"

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http://www.archive.org/details/lagnrationunOOgarn 



LA 

GÉNÉRATION 



UNIVERSELLE 



FAUia. — IMP. FERD. IMBERT, 7, RUE DES CANETTE». 






LA -^î 



GÉNÉRATION 

UNIVERSELLE 

LOIS, SECRETS ET MYSTÈRES 

CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME 

PAR 

LE DOCTEUR P. GARNIER 



NEUVIEME ÉDITION 

MVDB Wt AUOMENTéE DBS DÉCOUVERTES LK8 PLUS RiCENTES 



PARIS 

GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 



6, BUE DBS SAINTS-PÈRES, 6 ^((f ^* ^1^ 

Tous droits réservéi. 




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PLAN DE L'OUVRAGE 



Ce livre est né en voulant en faire un autre. J'a- 
vais projeté di^ décrire V Impuissance et la Stérilité 
chez les deux sexes, trop brièvement traitées dans 
l'hygiène du Mariage. Et comme il fallait, pour faire 
bien comprendre ces deux négations de la Généra- 
tion et en dévoiler tous les secrets, établir préala- 
blement les lois et les mystères de cet acte à l'état 
normal, ce premier chapitre m'a conduit si loin... 
si loin, que ce livre en est résulté. Telle est l'origine 
authentique de cet ouvrage qui doit servir d'intro- 
duction à ceux qui suivront. 

Aucun point des connaissances humaines n'est 
aussi universellement curieux et intéressant que 
celui de la génération, c'est-à-dire l'origine même 

1 



s IDÉE ET PLAN DE I/OUVHAGE. 

de la vie. Le naturaliste est inésisliblcment con- 
duit à appiolondir, autant que possible, ce mys- 
tère des mystères par lequel une simple cellule de- 
vient un être humain et pensant. Il ne le peut guère 
en s'attachant, en s'arrêtant à l'espèce humaine. A ce 
degré éle\*é, la vie a un mécanisme si compliqué que 
l'homm'» de science, physiologiste ou médecin, par- 
vient seul à en saisir l'ensemble et en comprendre la 
transmission. L'homme du monde doit contempler 
tout ce qui l'entoure, interroger tout ce qui naît 
et vit sous son regard, plantes et animaux, pour 
s'en faire une idée exacte et précise. Soumise à des 
lois uniformes, cette transmission, plus simple et 
élémentaire à mesure que l'on descend l'échelle 
des êtres animés, est aussi d'autant plus appréciable 
et plus facile à saisir. Cette étude de la nature, si 
merveilleusement cooi'donnée, offre la plus grande 
révélation de l'esprit qui s'y distingue; car elle est, 
comme l'a dit Goethe, le vêtement de Dieu. 

De là, la facture de ce livre exposant sommnire- 
ment les différents systèmes en vogue pour expli- 
quer l'origine de la vie en ce qui touche la matière 
et l'esprit. La description des divers modes de la 
génération chez tous les êtres vivants, depuis la sim- 
ple cellule jusqu'à l'honmie, en offre ainsi le critfr.. 
rium. Celle du cryptogame, dont la vie latente, la 
reproduction obscure et cachée la fait souvent mé- 
connaîire, comme les mousses, les champignons, 



IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGE. 3 

est analysée aussi minutieusement que celle des plus 
brillants phanérogames, avec leurs variations cu- 
rieuMS et intéressantes suivant que ces plantes sont 
terrestres ou aquatiques, hermaphrodites ou sexuées. 

De même du règne animal, dont les règles et les 
caractères normaux, les exceptions et les métamor- 
phoses, en ce qui concerne spécialement la repro- 
duction, sont décrits, signalés et expliqués suivant 
la méthode naturelle, avec des exemples à l'appui. 
Les effets des croisem.ents, de l'hybridité et du mé- 
tissage sont ainsi relatés et démontrés en détail, 
pour servir à la distinction même du genre humain. 

La génération et la fécondité des races humaines 
entre elles, leurs variétés avec leurs caractères dis- 
tinctifs, sont en effet le signe éclatant de l'unité 
de l'espèce. Le sentiment si noble et élevé de l'a- 
mour, attribut spécial de l'humanité, en est le com- 
plément, en lui permettant de le satisfaire en tout 
temps et en tout lieu, contrairement aux animaux, 
n'obéissant qu'à l'instinct, au rut. « Faire l'amour en 
tout temps, a dit Beaumarchais, c'est ce qui distin- 
gue l'homme des autres animaux. » De là l'extension 
donnée à la génération humaine par la description 
et la photographie des organes et des fonctions qui 
y sont destinés avec les conditions, les lois, lâ« 
secrets et les mystères qui y président. En offrant le 
type complet et parfait de tous les autres modes de 
reproduction chez les êtres inférieurs des deux 



4 IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGE. 

règnes vivants, elle permet d'en comprendre, d'en 
observer et d'en vérifier, d'en contrôler le méca 
nisme. 

Œuvre de vulgarisation sur un sujet dont l'ensei- 
gnement est délicat, cet ouvrage, s'adressant à tout 
le monde, ne devait être ni technique, ni savant, ni 
analytique. Ses qualités sont d'être précis, clair 
et surtout exact. Tous les faits acquis, les connais- 
sances positives, y sont consignés, démontrés et 
expliqués, à l'encontre des croyances superstitieuses, 
des préjugés et de l'erreur. Les plus récentes décou- 
vertes y sont relatées. Son originalité est de réagir 
contre les doctrines matérialistes régnantes et le 
positivisme en vigueur. A la cellule, au microbe in- 
visibles, auxquels on attribue l'origine même de la 
vie par une génération asexuée, il oppose partout 
et toujours la sexualité distincte, la dualité percep- 
tible, appréciable par des éléments séparés et con- 
nexes comme la terre et le soleil, la matière et ses 
forces attractives et répulsives, l'homme et l'esprit, 
c'est-à-dire Dieu se manifestant dans ses œuvres. 
Son thème principal est ainsi l'opposé et la réfuta- 
tion des systèmes microscopiques en vogue. 

Il s'adresse donc à tous. Parla méthode naturelle 
suivie, il peut môme servir à expliquer aux jeunes 
adolescents la reproduction végétale et le système 
sexuel des plantes, en arrivant graduellement à celle 
du règne animal dans les espèces les plus infé- 



IDÉE ET PLAN DE L OUVRAGE. 5 

rieures. C'est la meilleure voie de satisfaire leur 
curiosité inquiète pour les initier aux lois inélucta- 
bles de la nature, en les éclairant sur la dignité et 
l'importance de ces fonctions mystérieuses et les 
dangers de les dégrader, les profaner par un exer- 
cice prématuré et illicite. Hommes et femmes, jeu- 
nes comme vieux, célibataires ou mariés, à la ville 
comme à la campagne, y trouveront également des 
conseils, des exemples et des avis à suivre utile- 
ment dans sa dernière partie : Vhygiène de la géné- 
ration. Par les faits, les observations et les détails 
qu'elle contient sur l'exercice, les effets, la durée et 
la fin de cette fonction, ses anomalies, ses irrégu- 
larités, ses erreurs, ses abus et ses vices, ses ma- 
ladies, chacun pourra s'éclairer sur ce qui le con- 
cerne en particulier. En voici la division : 

LA GÉNÉRATION. 
Esprit et matière. 

ORIGINE PHYSIOLOGIQUE DE LA VIE. 

Gén«^ratioii spontanée. 

Hétcrogénie, Panspermie, Transformisme, Doctrine cellulaire, 
Théorie des plastidules, Matérialisme et Spiritualisme. 

Vie latente ou snspendae. 

MODES DE LA GÉNÉRATION. 



REGN'E 


VÉGÉTAL. 

Phanérogames. 
Fleurs. 
Graines. 
Fruits. 


BÈGN-E 

Invertébrés. 

Infusoires. 

Zoopliytes. 

Mollusques 

Ai-ticulés. 


ANIMAL. 


Cryptogames. 

Champignons. 

Mousses. 

Fougères. 

Algues. 


Vertébrés. 
Poissons. 
Reptiles. 
Oiseaux. 
Mammifères 



6 IDÉE ET TLAN DE L'OUVRAGE. 

Génération asexuée. 

Scissiparité ou fissipiiritt'. Gcinmipnrité ou bourgeonnement, 
Endogénèse. 

Herniaphrotlisnic. 

Végétal, Animal, Humain. 

Mctagénèsc. 

génération ;il!ernaute, Parlliénogcnèse. 

Génération sexuée. 

Fleurs sexuées. Oviparité, Viviparité. 

GÉNÉRATION HUMAINE. 
Embryogénie, Enfance, Puberté, IVubilité. 

SIÉCANISllE FIIISIOLOGIQDE. 

Centre génital. Foyers érogènes. 

Organes copulateurs. 

Chez l'homme. Chez la femme. 

Érection. Menstruation. 

Copulation. 

Mécanisme, Attouchenaents, Positions, Heures, Conditions, 
Elfets. 

Organes séniinifèrcs. 

Chez l'homme. Chez la femme. 

Spcrmatogénèse, Spermatose. OTOgéncse, Ovulation. 

Fécondation . 

Mécanisme, Époque, Ages, Prédispositions, Siège, Mode d'n- 
nion, Épigénèse, Évolution, Signes, Croisement des races, 
Formation des sexes, Hérédité, Monstruosités. 

Conception. 

Siège, Durée, Figures, Extra-utérme. 

HYGIÈNE DE LA GÉNÉRATION. 
Exercice, Crfets, Durée et Eln. 



k 



IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGE. 7 

Tout ce qu'il est utile et intéressant de connaître 
sur la Génération et l'origine même de la vie pour 
les gens du monde, auxquels ce livre est destiné, 
me semble compris dans ce cadre. L'homme des 
champs, jardinier ou horticulteur, agriculteur el 
éleveur, y trouvera des enseignements utiles et pro- 
fitables, comme le physiologiste et le philosophe. 
J'en ci retranché tout ce qui concerne la grossesse, 
l'accouchement, la puerpéralité ou suite de couches 
et l'allaitement, amplement décrits dans le Mariage, 
auquel le public a fait un accueil si empressé. 

Depuis la première édition de ce second volume 
de VHygiène de la Génération, — dont un tirage 
de 6000 exemplaires a été épuisé en deux ans avec 
une traduction en espagnol*, — les deux ouvrages 
qui devaient le suivre ont paru : I'Impuissaince phy- 
sique et morale chez les deux sexes, complétée par 
la Stérilité humaine et IlErisiArHRODis.ME. Une distinc- 
tion fondamentale et nouvelle est ainsi faite, dans la 
production de la première, entre les vices de con 
formation, les altérations nerveuses, les maladies et 
Jes intoxications, d'une part, et les diverses vaiiétés 
d'anaphrodisie ou de frigidité de l'autre. D'où le 
traitement dilféieiit, médical, chirurgical et moral, 
qui s'ensuit. 

1. La Generacion universal : leyes, secretos y mysterios en el 
hombre y en la muger, por D. G. Àguado de Lozar; ua toI. de 
356 pages. Paris, 1882. 



8 IDÉE ET PLAN DE L'OUVRAGE. 

La fréquence de la stérilité chez l'Iiomme, san& 
qu'il s'en doute, distingue surtout le second. L'her- 
maphrodisme, faux ou apparent, entraînant de fré- 
quentes erreurs de sexe à la naissance et dans la 
déclaration même, y contribue pour une certaine 
part, comme de nombreux exemples le prouvent. 

De ià les changements opérés dans celte nouvelle 
édition. De nombreuses additions, nécessitées par 
les dernières expériences sur ce sujet, y sont intro- 
duites, des transpositions ont eu lieu avec la sup- 
pression de quelques faits mieux à leur place dans 
V Impuissance et la Stérilité. 

L'0^■A^•1SME seul et à deux, sous toutes ses formes, 
complète cette collection unique pour l'hygiène de 
la Génération. C'est assez dire avec quel empresse- 
ment elle est accueillie et répandue dans les diverses 
contrées d'Europe et le monde enliei-, comme en 
justifie notre correspondance. 

P. Garnier. 

61, rue de Clichy. 
Paris, 15 septembre 1886. 



LA GENERATION 

UNIVERSELLE 

LOIS, SECRETS ET MYSTÈRES 

CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME 



LA GENERATION 

La faculté primordiale et distinctive des êtres or- 
ganisés, plantes et animaux, est de s'engendrer et 
se reproduire, de donner la vie, comme ils l'ont 
reçue, à des èlres semblables à eux et semblables 
aussi à ceux dont ils procèdent. C'est la génération. 
De là le rôle élevé de cette fonction dans l'organisme 
vivant et sa prééminence sur toutes les autres. Elle 
continue l'œuvre sublime de la création en la per- 
pétuant; elle y participe même activement toutes les 
l'ois qu'elle lui imprime une amélioratioii, un per- 
fectionnement, en suivant les lois de la sélection 
naturelle. 

La génération est donc à la fois l'origine même 
de la vie et sa fonction la plus noble, la plus pré- 
cieuse et la plus délectable. Aucune autre n'est oc- 

1. 



10 LA GÉNÉRATION. 

troyce à l'organisme vivant avec une aussi grande 
magnificence et plus de parcimonie. De là le plaisir, 
la volupté incomparables qui résultent de son exer- 
cice régulier et opportun. Elle est la dernière à se 
manifesler chez l'homme et la première à s'éteindre, 
à disparaître. Ces étroites limites sont le caractèra 
disliuclif de sa suprématie sur toutes les autres. 

Elle exige en effet, pour son exercice, son but 
et sa fin, le développement complet du corps ; elle 
diminue et cesse aussitôt qu'il commence à décroître. 
La fonction génératrice est ainsi la preuve et le cou- 
ronnement de la puissance organique, comme elle 
devient le signe et la démonstration de sa décadence. 
Une sorte d'exubérance vitale est nécessaire pour 
transmettre la vie, et cette prérogative est le privi- 
lège de la plus belle période de l'existence. 

Aussi le Créateur l'a-t-il rendue impérieuse, né- 
cessaire, indispensable. Tous les êtres vivants ayant 
une durée limitée, qui se termine inévitablement 
par la destruction et la mort, il fallait un moyen de 
reproduction sans cesse en activité, pour que les 
genres, les espèces et les types ne disparussent pas. 
L'univers ayant à subsister, tous les êtres vivants qui 
le peuplent devaient pouvoir se propager à travers 
l'espace et l'immensité des temps. De là le besoin, 
l'instinct et la loi inéluctables de la reproduction, 
se manifestant partout et auxquels tous les êtres 
vivants sacrifient avec empressement, excepté 
l'homme civilisé. 

On peut même affirmer que les êtres vivent seule- 
ment pour se reproduire. La plupart des plantes, 



LA GÉNÉRATION. li 

aussitôt qu'elles ont donné leurs fruits ou la semence 
qui doit les reproduire, pâlissent, se fanent, se flé- 
Irissent et meurent. Beaucoup d'animalcules infé- 
rieurs meurent aussitôt qu'ils se sont reproduits, et 
dans les espèces supérieures, l'homme par exemple, 
les individus n'atteignent toute leur perfection qu'à 
l'âge de la virilité, de la reproduction, redevenant 
imparfaits et commençant à décroître, sinon à mou- 
rir, dès qu'ils perdent cette faculté. 

« Cette puissance créatrice ou organisatrice est le 
caractère essentiel de la vie», a dit Cl. Bernard. Elle 
ne sert pas seulement au début de la vie dans l'œuf, 
l'embryon ou le fœtus; elle poursuit son œuvre chez 
l'adulte en présidant aux manifestations des phéno- 
mènes vitaux, car c'est elle qui entretient par la 
nutrition, et renouvelle d'une manière incessante, 
la matière et les propriétés des éléments organiques 
de la matière vivante. « Toutes les autres fonctions 
n'en sont que des modalités », ajoute Chauffard, tou- 
tes se résument et aboutissent à la génération. Elle 
est le fond de toutes les opérations vivantes, intel- 
lectuelles et autres, celles du corps et de Tèsprit. La 
nutrition elle-même, fonction commune et perma- 
nente de tout organisme, n'en est que la continua- 
îion. La cellule fécondée se nourrit en empruntant 
rfDx milieux qui l'entourent, destinés à compléter 
seulement l'œuvre génératrice. Elle est au-dessus de 
la conservation de l'individu comme de la force 
elle-même. 

C'est inspiré de ces principes vitalistes, l'esprit 
animant et perfectionnant la matière, que nous ex* 



12 LA GÉNÉRATION. 

piiquerons les différents modes de cet acte impor- 
tant. 

Eitprit et Matière. 

De rimpoi'tance même de la Génération sont nées 
les nombreuses tentatives faites de tout temps pour 
pénétrer les secrets de cette fonction mystérieuse, 
renfermant l'origine même de la vie. Tant que les 
philosophes et les savants ont considéré celle-ci 
comme produite par un souffle divin animant la ma- 
tière, suivant l'autorité biblique prise à la lettre, 
l'esprit et l'imagination ont fait tous les frais des 
théories et des hypothèses émises pour s'en rendre 
compte. Elles ont ainsi varié suivant les doctrines 
régnantes, et le surnaturel, le merveilleux ayant été 
admis dans la nature même pendant de longs siè- 
cles, ce fut le plus souvent au gré des préjugés et 
de la superstition, de l'ignorance et de l'erreur. 

Une étude plus attentive et plus circonspecte des 
phénomènes de la nature, en découvrant l'invaria- 
bilité et riramutabilité de ses lois, a pu seule guérir 
les esprits de cette débauche d'inventions et de sup- 
positions gratuites. En révélant une ressemblance et 
une liaison intime entre les espèces les plus voisines 
des trois règnes : minéral, végétal et animal, elle a 
appris à interpréter les lois différentes qui les régis- 
sent en allant du simple au composé. L'analyse a 
montré que le premier, le minéral, inorgani(jue et 
inanimé, dont l'accroissement est l'unique caractère, 
n'est lui-même qu'un composé agrégé ou combiné 



ESPRIT ET MATIÈRE. 15 

des divers éléments solides, liquides ou gazeux : 
hydrogène, oxygène, carbone, azote ou ammoniaque, 
chaux, soude, potasse, silice, phosphore, etc., ré- 
pandus dans l'univers entier. Et comme il est la 
base et le substratum du règne végétal, organisé et 
animé, et par cet intermédiaire du règne animal, 
dont l'homme, qui s'en alimente et s'en nourrit, est 
le couronnement, il est rigoureusement logique 
d'admettre que la vie provient de la matière. Tous 
les savants modernes en sont là. 

Invoquant les enseignements de la science et le 
libre examen, ils soutiennent que la vie n'est qu'un 
attribut, une propriété de la matière organisée, 
qui s'est manilestée simultanément, d'abord faible 
et isolée, dans une cellule primordiale, pour se per- 
fectionner ensuite peu à peu, au fur et à mesure 
que l'organisme évolue et se perfectionne lui-même. 
Telle est la formule doctrinale admise aujourd'hui 
par la plupart des savants. 

Voici pourtant une exception. « Un fait aussi 
certain que mystérieux, établi par la géologie, disent 
MM. Sapnrta et Marion, c'est que la vie s'est mani- 
festée sur le globe à un moment déterminé, comme 
le confirme la Genèse, et après une longue succes- 
sion de phénomènes purement physico-chimiques. 
Est-ce donc l'action des forces purement mécaniques 
qui rendra compte du secret de cette manifestation 
surnaturelle, quand depuis lors on n'a pu déterminer 
la genèse spontanée du moindre organisme? » Delà 
leur mutisme sage, sur la cause qui l'a engendré 
une première fois. {Les CryptogameSy page 11 et 



14 LA GENERATION. 

«uivantes, volume XXXIX de la BiblicMièque scien- 
tifique internationale.) 



Pour nous, la vie est le fonctionnement des or- 
ganes. Elle augmente à mesure qu'il s'accroît, s é- 
tend et se perfectionne par l'impression, la percep- 
tion, l'exercice de ces mômes organes, diminue avec 
lui dès qu'il est lésé, troublé ou suspendu, et cesse 
en même temps que lui. Ils sont inséparables et ne 
peuvent exister l'un sans l'autre. Et la preuve que 
l'esprit n'est pas subordonné à ce fonctionnement 
organique, c'est que les qualités immatérielles des 
plantes dans leur parfum, leur saveur, ne sont pas 
en rapport avec leur volume ni la matière contenue 
en eux. Les plus petits animaux sont souvent les 
mieux doués. Et si la majorité des êtres organisés 
vivent plus du corps que de l'esprit, il est des hommes 
frêles et délicats qui conçoivent et ez^cutenl les plus 
magniliques œuvres de rintelligence et du cœur 
et vivent bien plus de l'esprit et de l'àme que di' 
corps. 

La formule en est beaucoup plus compliquée pour 
les positivistes contemporains. D'après Littrc. la vie 
appartient à la matière comme la pesanteur et le 
calorique, mais elle ne se manifeste que dans son 
état d'organisation. Elle est un mode de son activité 
pour M. Robin, c'est-à-dire l'effet ou le résultat de 
celle-ci. La matière brute n'est douée que d'activité 
et de forces spéciales, suivant su composition, ses 
combinaisons ou ses amalgames. 



ESPRIT ET MATIÈRE. 15 

Organisation et vie sont absolument corrélatives, 
l'une n'étant pas sans l'autre, tout en ne formant 
pas plus une seule et même chose que l'aimant el 
le magnétisme. L'organisation consiste en une simple 
disposition mécanique des parties. C'est l'arrange- 
ment de la matière animale. Elle est donc distincte 
de la vie, car le minéral, le corps .privé de vie, est 
organisé comme le corps vivant, puisque le même 
arrangement existe dans l'un et dans l'autre. L'a- 
nimation de la matière organisée serait donc le ca- 
ractère de la vie. 

Cette distinction fondamentale est rendue évidente 
par les curieuses expériences récentes des profes- 
seurs Meunier et Yogt de Genève, qui ont obtenu 
diverses formes organiques avec le concours de deux 
sels inorganiques et sans vie. En laissant tomber 
des fragments cristallisés de sulfates de cuivre, de 
fer, de nickel, de zinc, de magnésie, etc., dans une 
solution visqueuse de silicate de soude, ils ^nt vu 
des tubes se former aussitôt. La parcelle du cristal 
de sulfate, tombée dans le liquide, s'enveloppe d'une 
membrane transparente, dialytique qui ô'étcnd et se 
gonlle à mesure que le cristal fond. Les tubes en ré- 
sultant ressemblent à s'y méprendre à certaines 
formes tubulaires organiques vivantes, comme les 
tubes nerveux, les boyaux polliniques ou les tubes 
fécondateurs de certaines floridées. Leur calibre varie 
aussi avec le volume du grain de sel déposé et lui est 
toujours proportionné pour montrer que la matière 
agit seule, malgré les ramifications, les soudures, 
les cloisons transversales constatées dans ces tubes. 



16 LA GÉNÉRATION. 

Plusieurs phosphates donnent les mêmes résul- 
tats. Les carbonates alcalins de potasse, de soude et 
d'ammoniaque, engendrent au contraire des cellules 
rondes, à canaux poriques ouverts, dont les formes 
sont aussi constantes et persistantes que celles des 
tubes. {Acad. des sciences, janvier 1882.) 

Ces formes d'éléments organiques, engendrés par 
des '"'>rps absolument inorganiques, montrent que 
i'organogénie est indépendante de la vie même. 
Tout en persistant, en vertu de la résistance de leur 
organisation, ces tubes et ces cellules ne peuvent 
donner la vie qu'ils ne possèdent pas ; ce sont des 
corps inanimés. 

Aussi la physiologie actuelle exclut à bon droit 
le vitalisme et la tcléologie, dit lIîEckel, le dernier 
venu et le plus radical des matérialistes allemands 
contemporains. Et mettant en pratique la philoso- 
phie de Kant — laquelle remplace partout les causes 
finales par des causes mécaniques ou efficientes et 
explique tous les phénomènes de la nature par ce 
principe de mécanisme — il repousse toute action 
mystique et surnaturelle, comme la force vitale, et 
n'admet dans son domaine que des forces physico- 
chimiques ou, dans une acception plus étendue, 
mécaniques. {Psijchologie cellulaire, Paris, 1880.) 

jXuI autre intermédiaire n'existe de fait dans cette 
succession ininterrompue de la matière sous ses 
différentes formes, brute ou animée. Et c'est tou- 
jours et partout, en dernière analyse, dans les so- 
lides et les liquides végétaux et animaux, les mêmes 
éléments qui se retrouvent comme au début : hy- 



ESPRIT ET MATIÈRE. 'il 

drogène, oxygène, carbone, azote ou ammoniaque, 
chaux, soude, potasse, silice, phosphore, etc. Qu'ils 
se transforment pendant leur cours en produits 
composés nouveaux et vivants, sous forme solide ou 
liquide, peu importe, puisqu'en somme on les re- 
trouve seuls dans les excrétions journalières pen- 
dant la vie, comme dans les diflérents tissus après 
la mort. C'est donc la démonstration palpable que 
la matière primitive forme la substance intégrale de 
l'homme. 

Que celte matière ainsi organisée, vivante et sen- 
sible, soit douée de propriétés inhérentes à elle- 
même, comme le mouvement, la contracture, et 
développe des forces spéciales de chaleur et d'élec- 
tricité, cela est évident et incontestable; son méca- 
nisme compliqué de nutrition, de respiration et de 
circulation, en rend parfaitement compte. La mé- 
canique, si perfectionnée de nos jours, en offre des 
exemples démonstratifs et convaincants par leur jeu 
simple et admirable. Certains végétaux doués de 
mouvement, de clialeur et de sensibilité rudimen- 
taires, comme les dionées, la sensitive, en sont la 
preuve ; le métal lui-même, développant de l'élec- 
tricité et de la chaleur, agents du mouvement, force 
bien de reconnaître aujourd'hui que ces propriétér 
sont inhérentes à la matière elle-même et en sont 
les attributs directs et immanents. 



Mais l'esprit, la pensée, le raisonnement, la con- 
Bcience, l'amour, le dévouement et tant d'autres 



18 LA GENERATION. 

facultés éminentcs toutes spéciales à l'iiomme, qui 
le placent à un si haut degré et le distinguent de tout 
le lègue animal, sont-elles aussi les propriétés de 
la matière? S'il en était ainsi, tous les grands ani- 
maux qy.i s'en rapprochent le plus, comme les mam- 
mifères — dont l'organisation est absolument iden- 
tique, formée des mêmes matériaux, pourvus des 
mêmes fonctions et des mêmes sens — devraient 
être doués des mêmes facultés. Supérieurs en vo- 
lume, ces animaux devraient même être supérieurs à 
l'homme dans toutes ces facultés de l'esprit et du 
cœur, si elles étaient l'attribut de la matière, comme 
ils lui sont supérieurs en force. Ce raisonnement est 
rigoureusement logique et l'évidence du contraire 
montre bien que les forces matérielles sont indé- 
pendantes de l'intelligence et de l'esprit. 

Ces facultés sont-elles mieux en rapport avec les 
qualités de la matière? L'homme en présentant 
Tarrangement le plus délicat et le plus parfait, sur- 
tout pour l'exercice de ses fonctions sensitives, de 
ses sens les plus déliés, les matérialistes en ont 
placé le siège dans le cerveau. La substance ou pulpe 
cérébrale est ainsi, d'après eux, l'organe de l'intelli- 
<jence et de l'esprit, le substratum d'oià se dégagent 
immatériellement la conscience et la raison, comme 
l'électricité et le magnétisme de certains minéraux, 
l'odeur et le parfum des végétaux. L'analogie est si 
frappante, la comparaison si exacte, que ceux qui 
l'oni trouvée en sont restés là pour expliquer ce 
phénomène mystérieux. Pour échappera toute ques- 
tion ou objection embarrassante, on émet comme 



ESPRIT ET MATIÈRE. 1» 

un dogme, avec la sûreté d'un pape infaillible, des 
assertions comme celle-ci : les fonctions psychiques 
dépendent des organes psychiques et ceux-ci sont 
la condition même de tout travail psychique, c'est-à- 
dire la pensée et le raisonnement. Qu'opposer à de 
tels axiomes? 

Si toute matière est active, physiquement et chi- 
miquement, dit le professeur Robin, le plus positif 
des positivistes français, elle n'est pas animée, et 
si le cerveau pense, c'est que la matière y est à un 
certain état, celui d'organisation. L'état normal et 
intellectuel des hommes, et de certains hommes 
spécialement, n'est pour lui que le mouvement or- 
ganique d'une matière supérieure du cerveau, une 
stabilité différente de ses éléments ou de ses prin- 
cipes constitutifs, comme on l'a constaté pour la 
contractilité dans le muscle et ses fibres, dans les 
glandes pour l'absorption, etc. Il n'y a pas plus d'es- 
prit et d'intelligence sans cerveau que de vie sans 
une organisation correspondante. {Journal de laphy- 
Biologie de Vhoinme et des animaux, u" 1, 1880.) 

Ne voyant que matière partout-, le savant natu- 
raliste ne peut raisonner et comparer que d'après 
elle, mais l'objection se formule d'elle-même par 
les cerveaux sans esprit ni intelligence et qui ne 
pensent même pas, bien que n'offrant aucune dif- 
férence appréciable. Si penser était une qualité 
matérielle du cerveau, comme l'acidité et l'alcali- 
nité, on devrait constater une différence morpholo- 
gique dans ceux qui ne pensent pas, comme entre 
les acides et les alcalis ; si la constitution de ceux-ci 



20 LA CÉNÉRATIOH. 

était la même que ceux-là, ils ne varieraient pas de 
qualité. 

Les plus minutieuses reclierclics ont ainsi été 
faites sur les cerveaux de ceux qui sont privés de 
ces précieux dons de l'esprit et de la raison, comme 
les simples, les idiots, les imbéciles, les crétins, les 
fous, pour en trouver les différences dans la forme, 
le volume, la texture ou la consistance, la circula- 
tion et la vascularisation. Mais tandis qu'après le 
trouble ou la perte du mouvement, du sentiment, 
de la parole même, des lésions limitées, très appré- 
ciables, même à l'œil nu, en ont montré le siège 
fixe, constant et uniforme, les recberches les plus 
variées et multipliées n'ont pu découvrir rien de 
semblable quant au trouble de l'esprit, à la perle 
de la raison. Les procédés les plus délicats et minu- 
tieux, comme les méthodes les plus compliquées, 
les expériences même, n'ont servi à rien ou à peu 
près. Aucune lésion positive, constante, limitée, n'a 
pu être distinguée, précisée, fixée, même au micro- 
scope, ni par les réactifs les plus sensibles. Le spec- 
troscope, l'électroscope, ont été aussi impuissants à 
en constater les caractères vagues et intimes que la 
balance n'avait pu le faire par le poids et le volume 
du cerveau. L'affirmation de la veille a toujours été 
infirmée le lendemain, sans que rien de positif, 
constant et fixe, soit acquis définitivement à ce 
sujet. 

Toutes les classifications des maladies mentales 
ou de l'esprit, de la raison, basées exclusivement 
sur les altérations du cerveau ou les lésions de sa 



ESPRIT ET MATiËxHE. 2i 

substance, ont échoué par ce motif. Aucune lésion 
bien définie n'a pu être fixée, établie solidement. 
Tous les essais tentés à ce sujet dans ces dernières 
années, en Allemagne comme ailleurs, n'ont été jus- 
qu'ici qu'une affaire de brillante spéculation de 
l'esprit lui-même, plutôt qu'un résultat de l'obser- 
vation, malgré les immenses progrès réalisés depuis 
une douzaine d'années dans la pathologie cérébrale. 
On peut bi^n découvrir et fixer les lésions organi- 
ques des maladies du cerveau entraînant la perte 
des sens : la vue, l'ouïe, le mouvement, la parole; 
mais celles de la volonté, de la raison, de l'esprit, 
de l'intelligence, de l'imagination, ne pourront ja- 
mais être saisies, car elles sont immatérielles. 

Prétendre connaître et fixer minutieusement au- 
jourd'hui les caractères histoiogiques de la folie, à 
l'exemple de certains psychologues allemands, est 
aussi vain et insensé que l'enseignement de leurs 
ancêtres à ce sujet. John Hunter et Heinroth ensei- 
gnaient publiquement, au commencement de ce siè- 
cle, que la folie était le résultat du mal et du péché, 
de la désobiéssance consciente à la volonté divine, et 
que le plus sur moyen de s'en préserver et de s'en 
guérir était une vie religieuse et chrétienne en se 
donnant à Dieu. Un théologien en eût dit autant. 
Depuis, il a été démontré positivement au contraire, 
par les résultats de l'observation et la statistique 
relatés plus loin, que la folie sévit principalement 
parmi les religieux, dans la vie contemplative du 
cloître et des couvents. Est-ce donc qu'ils offensent 
plus Dieu ou parce qu'ils contreviennent à ses lois 



•>-i LA GEiNERATION. 

par le «h Ubat? Mais c'est la manie traditionnelle 
des rêveurs allemands de prétendre tout savoir et 
tout expliquer surtout. Ils en donnent actuellement 
la preuve par un matérialisme outré, un positivisme 
qui ne connaît plus de homes, et l'on verra, dans un 
demi-siècle, ce qu'il restera de toutes leurs élucu- 
brations. 

Seul le ramollissement de la pulpe cérébrale, la 
diminution de sa consistance partielle ou totale, est 
reconnue comme un signe de démence, d'aliénation. 
D'où l'épithète de ramollis, appliquée à ceux qui 
ne raisonnent plus juste ; mais par son étendue et 
sa coïncidence ordinaire avec la diminution ou la 
perte des mouvements, la paralysie générale, celte 
altération n'a aucun caractère précis. 






L'extrême diversité de l'intelligence et la varia- 
tion de ses facultés chez l'homme adulte, dans la 
même famille, est une autre preuve évidente qu'elle 
n'est pas plus adéquate à la qualité de la substance 
cérébrale qu'à sa quantité. Bien peu de fx'ères, de 
sœurs élevés, éduqués dans les mêmes conditions, 
ont une intelligence, une imagination au même de- 
gré de développement. Rien de plus fréquent, au 
contraire, que de constater des différences notables 
et parfois opposées quant à la raison, à l'esprit. Là 
doctrine de Gall et Lavater, quant aux facultés spé- 
ciales coïncidant avec des saillies, des bosses ou des 
dépressions et des enfoncements du crâne, n'a ja- 
mais été ratifiée par la science. L'obst'ivaliuu ne la 



ESPRIT ET MATIÈRE. 23 

confirme mcme pas dans ses caraetères les plus 
saillants. Les protubérances frontales sont à la fois 
le caractère de l'intelligence et du crétinisme, et 
tel homme au front fuyant, déprimé, a parfois une 
grande intelligence et même des éclairs de génie. 
La conformation extérieure du crâne ni du cerveau 
ne peut donc servir d'appréciation scientifique à cet 
égard. 

La découverte récente, faite en Allemagne, du 
siège des mouvements des membres à la surface du 
cerveau, a ramené l'attention en France sur les plis 
cérébraux dans leurs rapports avec l'intelligence et 
le crime. La disposition morphologique de ces plis 
serait, pour M. Pozzi, un des plus importants fac- 
teurs de l'intelligence humaine. Comme la surface 
du cerveau des animaux est en général plus plane, 
moins plissée que celle de l'homme et que ces plis 
lou circonvolutions sont moins profonds, il fait de 
ces caractères un signe d'obtusion intellectuelle. Un 
simple arrêt de développement en serait la cause. 

Tout le secret de l'intelligence humaine serait 
dans la conformation extérieure du cerveau, le plis- 
sement plus ou moins serré et profond de sa sur- 
face. Or ce développement étant, comme toutes les 
formes et les traits du corps humain, indépendant 
de la volonté, il n'y aurait plus qu'à attribuer l'es- 
prit à une force aveugle, héréditaire ou divine. 
{Annales médico-psiychoL, 1879.) 

La mort récente et déplorable du grand citoyen 
Gambelta, dont la haute intelligence et l'éloquence 
surtout faisaient l'admiration universelle, fournit 



S4 LA GENERATION. 

une nouvelle et éclatante contradiction de ce sys- 
tème. Le cerveau, enlevé du crâne après l'injection 
conservatrice, ne pesait que H 60 grammes, chiffre 
brut prisa deux reprises, alors que celui d'Iionimcs 
moins remarquables était bien supérieur. En pré- 
sence de ce résultat inattendu et des interprétations 
contradictoires qu'il soulevait, les pbysi'dDgistes 
cliargôs de l'expliquer ont fait bon marché du poids 
ai)Solu el de la masse du cerveau sur l'intelligence; 
la prédominance des circonvolutions sur son vo- 
lume total et principalement la richesse el la fine 
contexture de ces plis seraient seules à considérer 
sous ce rapport. [Tribune médicale, 4 février 1883.) 

Si cette théorie était vraie, une circonvolution 
surnuméraire devrait être une condition précieuse 
pour l'étendue et la supériorité de rintelligence. Par 
une amère dérision, une contradiction étrange, 
voici qu'elle serait, au contraire, la bosse du crime! 
M. Bénédict (de Vienne) a fait connaître en effet 
l'existence de quatre circonvolutions frontales, au 
lieu de trois, chez des scélérats, et le docteur Ilanot 
vient de confirmer le fait à l'infirmerie centrale des 
prisons de la Seine. Sur onze autopsies 'A n'a pas 
rencontré une seule fois la disposition classique ou 
normale des circonvolutions. Il ne dit pas si elles 
étaient aplaties ou moins plissées parfois ; mais 
quatre cerveaux notamment présentaient quatre cir- 
convolutions cérébrales : trois fois à droite et une fois 
à gauche. La deuxième circonvolution frontale était 
dédoublée. {Soc. de hioL, 27 décembre 1879.) 

Deux raisons rendent cette coïncidence frappante. 



ESPRIT ET MATIÈRE. 2& 

Cette quatrième circonvolution est assez rare 
pour qu'un interne des hôpitaux, M. Ovion, se li- » 
vrant à des recherches à ce sujet, n'ait pas rencon- 
tré un cas semblable, tandis que, en recouraoS à 
l'écrou des hommes à la seconde circonvolution sur- 
numéraire, M. Hanot s'est assuré que, sans être de 
grands criminels, c'étaient des piliers de prison, 
des récidivistes, n'ayant jamais su se plier à aucune 
règle sociale. 

Ces faits contradictoires montrent que les diffé- 
rences morphologiques sont trop fréquentes et di- 
verses pour que l'on puisse en rien inférer sur le, 
caractère ni sur l'esprit. C'est en s'y appuyant trop 
exclusivement que les psychologistes ont créé la 
plus grande confusion et l'anarchie à cet égard. On 
n'a pas même su découvrir encore le siège précis du 
sens génital ni fixer l'ordre et le rang des condi- 
tions qui président à son exercice. Une obscurité 
profonde règne sur son développement, ses manife»- 
tations et ses arrêts par l'anaphrodisie et la frigidité 
dans la génération. 

Non est magnum ingenium sine mixturis de- 
mentise, a dit Sénèque, et un aliéniste distingué, 
Moreau (de Tours), a répété que le génie confinait 
à la folie, comme l'histoire le confirme en plus d'un 
cas. Le cerveau des vicieux, des scélérats, des cri- 
minels, n'offre pas de différence appréciable avec 
celui des plus vertueux et des plus ingénieux. Mal- 
gré le contraste de leurs facultés, l'antagonisme de 
leurs aspirations, sa texture et sa composition sont 
absolument identiques. L'examen récent et la men- 

2 



26 LA alirsÉRATlON. 

suration exacte du crâne de trente-six assassins guil- 
lotinés n'ont ainsi présenté au docteur Bordier 
qu'une diminution de la région frontale et une aug- 
mentation de la région pariétale, correspondant au 
type de nos sauvages ancêtres préhistori(|ues, c'est- 
à-dire à une infériorité intellectuelle notable, rem- 
placée par la tendance à l'action, l'activité et l'exci- 
tation. {Revue d'anthropologie, 1879.) 



Ne pouvant démontrer le siège précis de l'esprit, 
ni trouver la source de la pensée dans un point 
quelconque du cerveau, on en a placé séparément 
les différentes facultés dans l'ensemble. Tel est le 
système de M. Luys, tout récemment exposé, et dont 
voici un résumé succinct. Après avoir distingué les 
petites cellules superficielles sensilives des grandes 
cellules pyramidales profondes motrices, il place 
tous les phénomènes de l'activité cérébrale dans les 
deux noyaux centraux des couches optiques et les 
impressions sensitives dans le corps strié. Et faisant 
communiquer ceux-ci avec celles-là par des fibres 
commissurantes et convergentes figurées, il admet 
que les « noyaux centraux épurent, transforment, 
par leur action métabolique propre, les ébran- 
lements irradiés du dehors, qu'elles lancent en 
quelque sorte, sous une forme spiritualisée, à la 
surface. Les éléments du corps strié, au contraire, 
absorbent, condensent, matérialisent ces impres- 
sions venues du dehors, et après les avoir ampli- 
fiées et incorporées à l'organisme, ils les projdtte- 



ESPRIT ET MATIÈRE. 27 

raient dans la moelle pour mettre les muscles en 
jeu. » 

Les éléments nerveux, malgré leur complexité 
apparente, n'auraient ainsi que trois fonctions dif- 
férentes : la sensibilité, dont la douleur physique 
et morale est la manifestation, la phosphorescence 
organique servani À ".onserver, emmagasiner les 
incitations reçues pour lormer la mémoire, les sou- 
venirs et Vautomatisme exprimant les réactions 
spontanées de la cellule vivante, comme dans les 
rêves. Et montrant la genèse, l'évolution et la gradua- 
tion de ces propriétés par l'analyse des manifestations 
normales, les troubles et les perturbations fonction- 
nelles du cerveau, toujours rendues sensibles et 
appréciables par des exemples, l'auteur fait ainsi in- 
tervenir les forces vives des éléments nerveux — se 
combinant les uns avec les autres et réadssant en- 
semble et réciproquement sur les divers actes de la 
vie mentale — pour soumettre des actes immaté- 
riels, comme l'attention, la personnalité, les idées, 
les impressions sensorielles, le jugement, la volonté, 
à des cellules et des fibres nerveuses. [Le Cerveau 
et ses fonctions, 2" édition, Paris, 1876.) 

C'est dans cette alliance de l'esprit et et de la ma- 
tière qu'est le tour de force : car, tout en restant 
sur le terrain solide de l'anatomie histologique, ce 
système n'estpas étroit, limité comme tant d'autres. 
Les idées, les conceptions en sont plus larges et 
étendues. L'homme ici du moins ne descend pas du 
singe, et si toutes les explications des actes de l'acti- 
vité cérébrale sont basées, comme la sensibilité et la 



18 LA GÉNÉRATION. 

motricité, sur la substance et la matière même, 
celle-ci e>l parfois si ténue et subtile, même avec le 
grossissement du microscope, qu'elle échappe à la 
vue. On s'élève ainsi en plein vitalisme, quoique 
l'auteur s'en défende, ou du moins dans des théories 
et des hypothèses équivalentes. 

Les biologistes les plus distingués, surtout parmi 
les médecins, abandonnent ainsi de plus en plus la 
prétention de pouvoir faire jaillir l'esprit d'une par- 
celle ou molécule quelconque de matière organisée, 
vivante. L'ensemble seul leur fournit un signe po- 
sitif de l'unité des êtres organisés. C'est Tirrilabilité 
commune du blastème ou plasma, dans lequel ils 
se développent ; principe analogue à l'électricité et 
au magnétisme des minéraux les plus élevés dans le 
règne inorganique. Mais ceci n'explique pas com- 
ment se forme la pensée et ne démontre pas davan- 
tage que la conscience soit un produit ou une pro- 
priété physique des cellules cérébrales. « L'esprit 
vraiment scientifique ne peut l'affirmer, ne pouvant 
le démontrer », a dit le docteur Allman, dans son 
discours inaugural, à la réunion de V Association 
britannique pour le progrès des sciences en 1879. 
Il faut donc s'arrêter là et confesser son impuis- 
sance. 

Un fait capital et patent éclate pourtant à tous les 
yeux en faveur de cette doctrine que l'esprit est in" 
hérent à la matière : c'est que les premières mani-" 
festations de l'intelligence et les progrès de l'esprit 
sont en rapport étroit avec ceux de l'organisation. 
L'esprit parcourt des phases de plus en plus élevées. 



ESPRIT ET MATIÈRE. 29 

à mesure qu'elle se complète et se perfectionne, 
suivant la jurande loi de l'évolution. 

Le docteur Monlau nous a fait dire ainsi, dans la 
traduction du Mariage : « La cellule, le germe qui 
contient au début le principe de la vie en puissance, 
doit aussi être animé de l'esprit. Il est inséparable 
de la matière et l'un et l'autre ont à se développer, 
avec plus ou moins de force et de durée, suivant 
l'agrégation des molécules et les conditions parti- 
culières Ou se trouve placé l'individu. » (Page 46, 
2* édition.) 

Mais c'est là une supposition gratuite, une asser- 
tion sans preuve, et toute rationnelle qu'elle est 
d'après l'observation, elle ne peut se démontrer. Si 
l'hérédité de l'intelligence prouve que l'esprit est 
inhérent à la cellule primitive, à la matière, pour- 
quoi le génie est-il spontané ? On ne peut en péné- 
trer ni les lois ni le mystère. Si donc il est impos- 
sible d'indiquer aucun point minuscule reliant la 
conscience et la vie à une source matérielle, n'est-ce 
pas une raison de se rallier à la doctrine spiritua- 
liste, admettant qu'un souffle divin l'anime lors de 
sa formation? 

La préexistence de l'esprit et sa prééminence sur 
la matière, même à l'origine des générations, sont 
conformes à la dualité évidente de l'homme, tandis 
que la théorie unitaire le faisant dériver de la ma- 
tière et y succéder est contradictoire avec sa double 
nature physique et morale. IFomo duplex! Si l'esprit 
est une propriété, un attribut ou une qualité de la 
substance cérébrale, comme le prétendent les po- 

2. 



50 LA GÉNÉRATION. 

silivistes, les matérialistes, c'est à eux de le prouver 
par uno différence quelconque de volume, de texture, 
de consistance ou de couleur des éléments histologi- 
ques du cerveau, entre ceux des grands hommes 
avec ceux des pygmées, des génies avec les idiots. 
Autrement, nier et rejeter le mystère est une néga- 
tion sans valeur, car, hypothèse pour liypollièse, la 
première est plus élevée et mieux en rapport avec la 
nature humaine. 

Comment contester d'ailleurs une essence divine 
à ces brillantes facultés de l'esprit, à ces précieuses 
qualités du cœur? Ne sont-elles pas l'expression exacte, 
réelle, de l'esprit de Dieu, selon l'idéal des perfections 
divines, dans ses manifestations sublimes du bien 
et du beau, de l'amour, de la justice et de la vérité? 
On en est frappé en voyant ceux qui en sont doués 
produire ces œuvres splendides ou ravissantes, mer- 
veilles de l'art et de la science, qui sont la gloire de 
l'humanité, comme ceux qui accomplissent des pro- 
diges de courage, de patriotisme, de charité ou de 
dévouement, en sont l'exemple. Oui, en travaillant 
de concert à l'émancipation morale de l'humanité^ 
et à son progrès indéfini, ces natures privilégiées 
réalisonl véritablement l'œuvre de Dieu sur le monde 
et en rcllètent l'image. 

L'âme souveraine imaginée par Stalil comme pré- 
sidant à l'organisation, à toutes ses fonctions et ses 
actes physiques et moraux, c'ost-à-dire la vie, n'est 
ainsi que l'intelligence qui les guide, les dirige et 
les commande. De là sa supériorité sur la matière 
organisée. L'image tangible en est dans le mouve- 



ESPRIT ET MATIÈRE. 31 

ment imprimé à la montre par l'horloger, sans lequel 
cette machine n'a plus de destination que par les 
métaux dont elle est formée. La dualité humaine 
ressort ainsi de la matière organisée et d'une vo- 
lonté intelligente qui la régit. Qu'on l'appelle âme 
ou la nature prévoyante, ce principe supérieur et. 
immatériel existe; il a les attributs de l'intelligence 
et du sens moral et ses lois sont absolues, impres- 
criptibles. 

A défaut de cet idéal divin, de cet esprit créateur, 
agissant par une incessanle activité sur l'humanité, 
oij sera le mobile des actions nobles et des sublimes 
dévouements? Si ces dons n'ont pas été dévolus avec 
la matière, il n'y a pas à s'en faire un devoir, d'après 
l'exemple de ceux qui les ont reçus. Et dès lors, plus 
de responsabilité ni de solidarité humaine. Les dé- 
sirs, l'ambition, l'orgueil, pourront bien faire agir 
et travailler, pour satisfaire les passions inhérentes 
à la matière, mais, si l'idéal divin d'un Jésus n'existe 
pas, qui pourra donc inspirer le pur dévouement, 
d'une Jeanne d'Arc, ou la charité d'un saint Vincent 
de Paul? 

Œuvres du génie et de la vertu! dira-t-on encore. 
Sans doute; mais ces dons ne sont-ils pas précisé- 
ment l'étincelle divine qui anime la matière dans 
l'acte même de la génération? Dans cette conviction, 
H est naturel — pour en revenir à notre sujet — de 
taire tout ce qui conauii j la procréation avec sé- 
rieux, réflexion et moralité, comme k l'acte le plus 
important delà vie, le plus idéal de l'organisme. Un 
pur amour y présidera et l'on s'y laissera aller dans 



ii LA GÉNÉRATION. 

toute l'ardeur de son esprit et de son cœur, dans 
l'exlase de rànie tout entière. Conditions indispen- 
sables à la perfection physique et morale du nouvel 
être qui doit en provenir, car, si des deux parts le 
corps j)rcside à cet acte, toutes les lacullés immaté- 
rielles n'y participent-elles pas bien davantage? Qu'il 
soit inspiré, au contraire, par le seul attrait du 
plaisir charnel, ou le besoin des sens et leur unique 
•alisfaction, tout en sera froid et calculé pour ce but 
«natérieï. 

C'est alors le plus souvent une lutte, un combat 
de la matière brute, d'où l'amour, l'esprit et le 
cœur sont absents, et dont il ne peut résulter que 
<les produits stériles ou malsains. 

En effet, les enfants conçus dans l'ivresse sont 
ordinairement des avortons, des idiots et des imbé- 
ciles. « Ton père t'a engendré en ribote », disait 
Diogène à un jeune ivrogne. On a observé de tout 
temps que les vices des parents se transmettaient 
beaucoup plus souvent que leurs vertus, leurs dé- 
fauts que leurs qualités. Les passions brutales, 
comme la gourmandise, l'ivrognerie, la paresse, la 
débauche, fatalement inséparables des vices qu'elles 
provoquent et entretiennent, en altérant l'organisme 
matériellement, lui impriment un cachet morpho- 
logique, une tare organique plus facilement hérédi- 
taire que ["îs facultés mentales, développées et entre- 
tenues par les nobles aspirations, les sentiments purs 
et élevés. Aussi se transmettent-ollos laremenl, à 
moins d'être gravées dans l'acte éphémère de la re- 
production qui doit les féconder. « Combien de gé- 



ESPRIT ET MATIÈRE. 33 

nies illustres, dit Yirey, sont sortis tout à coup de la 
nuit profonde et sans ancêtres, pour ainsi dire, en 
éclatant comme des astres nouveaux, puis se sont 
éteints sans postérité, en composant à eux seuls 
toute leur renommée ! » 



L'influence de ces deux doctrines opposées sur la 
Génération justifie l'opportunité et l'intérêt des con- 
sidérations précédentes. Avec la croyance aveugle et 
naïve d'une action mystérieuse et toute spirituelle de 
cette action vitale et presque divine de la reproduc- 
tion, on devait l'accomplir naturellement, suivant 
les désirs et les besoins réciproques, sans s'inquiéter 
du résultat. Dans l'ignorance des conditions propi- 
ces ou contraires à la fécondation, les conjoints 
n'avaient aucune précaution à prendre pour la préve- 
nir ni la favoriser. La meilleure garantie de sa réali- 
sation était de se livrer sans aucune contrainte à 
l'acte qui la provoque. De là ces unions précoces, et 
les nombreuses générations en résultant, lesquelles, 
malgré l'ignorance et la superstition, les maladies, 
les épidémies, la misère et les fléaux de toute sorte, 
donnant une proportion de mortalité bien supé- 
rieure à celle d'aujourd'hui, ont rendu la France 
si grande et si forte. 

Depuis que les découvertes modernes ont fait 
évanouir le mystère, dissipé les préjugés et l'erreur 
et montré le mécanisme de cette fonction dans sa 
réalité, le positivisme, qui en est issu, a modifié et 
changé tout cela. Les esprits forts, c'est-à-dire les 



34 LA GEiNËRATIOW. 

matérialisles, ont prétendu régler cette fonction à 
volonté, selon les besoins et les ressources de chacun. 
On a voulu satisfaire ses désirs, ses appétits et ses 
passions, sans encourir le risque de se créer des 
charges, des embarras, c'est-à-dire en essayant de 
frustrer à son gré la génération même, par tous les 
artifices et les fraudes possibles. Le contact des 
deux germes spécifiques étant indispensable à sa 
réalisation, on a tout essayé et tout fait jiour s'y op- 
poser. L'acte le plus spontané, idéalet mystérieux de 
l'organisme, a été ainsi prémédité, raisonné et ma- 
térialisé dans son but et sa fin, c'est-à-dire en ce 
qu'il a de plus involontaire et spirilualisé, pour en 
empêcher l'accomplissement. 

En s'élevant avec indignation contre ces pratiques 
et leurs dangers pour la morale et la santé publiques, 
les rationalistes ont remplacé ce mal par un autre. 
Plaçant la raison au-dessus de l'instinct dans l'acte 
même de la procréation, ils ont enseigné à l'homme 
d'y recourir à volonté et sans se faire violence, pour 
limiter, sa descendance aux ressources dont il dis- 
pose. Apôtres de Malthus, ils prescrivent la contrainte 
morale pendant tout le temps favorable à la féconda- 
tion de la femme, quels que soient sen désirs et ses 
besoins instinctifs, et ne lui laissent toute liberté 
que durant les époques contraires. Exemple du 
machiavélisme inspiré par l'esprit de système, 
pour concilier, en apparence, la morale et la rai- 
son, en éludant les plus impérieuses lois de la na- 
ture. 

De là tant d'unions, légitimes ou non, rendues 



ESPRIT ET MATIÈRE. 35 

infécondes ou limitées à un ou deux enfnnts, 
comme nous l'avons déjà établi dans le traité du 
Mariage^. La stérilisation volontaire on est devenue 
ainsi un art à la mode en France par les exigences 
mêmes de la vie. La diminution croissante des ma- 
riages et surtout de la natalité en sont les consé- 
quences déplorables, par le ralentissement et la 
(ïiminution de l'accroissement de la population fran- 
çaise; qui se manifestent depuis 1830 environ. 

On ne voit plus guère en effet, ni à la ville ni à la 
campagne, "es belles familles de cinq à six enfants 
et même davantage, comme il y a un demi-siècle, 
après les grandes guerres dévastatrices de l'Empire. 
De quatre à cinq enfants par mariage à la fin du 
siècle dernier, la natalité était réduite à 2,9 et 
même moins en 1864, d'après les recherches statis- 
tiques de Michel Chevalier. Et telle fut cette progres- 
sion de la diminution de la fécondité, que de 5,73 
naissances par maiiage, de 1819 à 1832, cette pro- 
portion n'était plus que de 3,28 en 1845 et de 3,10 
en 1863. Elle était même descendue à 2,65 dans le 
département de la Seine ! 

En particularisant cette statistique séculaire au vil- 
lage de Serecourt, qu'il habitait dans les Vosges, et 
dont la population a varié de 600 à 1000 habitants, le 
docteur Ménestrel a trouvé que de cinq enfants par 
mariage, de 1767 à 1787, la natalité s'était élevée 
à 5,5 dans les vingt années suivantes, pour décroître 
ensuite graduellement, de vingt en vingt ans, à 3,6, 

1. Uo vol. in-12 de 637 pages, 4° édilion. 



56 LA GENERATION. 

puis 5 el enfin 2,5 seulement, de 18 i7 à 1866. C'est 
une (liniinution des trois cinquièmes depuis un siè- 
cle, et il est vraisemblable que le même fait s'est 
répélc à peu d'exceptions dans les 11 525 com- 
muncsde cette catégorie, surtout depuis la dernière 
guerre. 

En s'étendant à des régions entières aux deux 
extrémités de la France, cette diminution graduelle 
des naissances, constatée par le dernier recensement, 
entraîne la dépopulation nationale : 17 départements 
de la Normandie et de la Picardie au nord, du haut 
Languedoc au midi, ont ainsi une population décrois- 
sante, surtout dans les campagnes, par l'émigration 
continue des habitants dans les grandes villes. D'où 
résulte ce fait étrange et alarmant que dans les 
grandes capitales : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, 
Lille, Toulouse, Saint-Étienne, le Havre, Roubaix, 
où la natalité est la moindre et la mortalité plus 
considérable, la population s'accroît, au détriment 
des campagnes où la natalité est plus élevée et la 
mortalité moindre. Il est facile de prévoir les fatales 
conséquences de ce mouvement inverse s'il i.-.? 
s'arrête bientôt. Heureusement, quelques départe- 
ments du Nord et tous ceux de la Bretagne font 
encore exception par leurs mœurs patriarcales et 
leur attachement au foyer. Ils maintiennent encore 
l'équilibre, malgré la faiblesse générale de la nata- 
lité. 

La prédominance du positivisme exagéré qui rè- 
gne dans les croyances et les pratiques de la vie ac- 
tuelle est évidemment la cause de ces résultats déplo- 



ESPRIT ET MATIÈRE. 37 

rables. Les exigences sont si grandes aujourd'hui, 
avec la cherté desvivreset les habitudes de bien-être 
€t de luxe, que chacun hésite à se donner une fa- 
mille. On craint de ne pouvoir nourrir ses enfants, 
et surtout de ne pouvoir les élever, les établir conve- 
nabiement selon ï^on rang et sa position. La bour- 
geoisie, en particulier, qui exerce les professions li- 
bérales, manifeste des craintes folles, puériles à ce 
sujet, comme si l'intelligence, le travail, l'ordre et 
l'économie n'étaient pas la base de son élévation 
actuelle. Elle a souci de son rang, comme autrefois 
l'ancienne noblesse de ses dignités et de ses titres. 
De là le retard des mariages des hommes, surtout 
dans les grandes villes. 

Prévoyants à l'excès, les jeunes époux s'inquiètent 
aujourd'hui de l'avenir comme s'ils le connaissaient 
d'avance, sans tenir compte de la mortalité inévitable 
de l'enfance, ni de l'amélioration que l'âge et le 
temps amènent infailliblement dans la position de 
loute famille laborieuse oîi régnent l'ordre et l'éco- 
nomie. Préoccupés de l'heure présente et dans la 
crainte de manquer, ils ne savent pas s'abandonner 
avec confiance et espérance à leur bonheur, dans 
l'insouciance qui sied si bien à la jeunesse et à 
i'amour ; ils empoisonnent par la crainte leurs plus 
belles années, leurs plus belles facultés par la con- 
trainte, les tourments et les privations, sinon les 
souflrances dans le présent et les maladies, les infir- 
mités dans l'avenir. 

D'après les doctrines régnantes, toutes les mani- 
festations de la vie et les phénomènes psychiques 

3 



88 LA GÉNÉRATION. 

étant considérés comme les propriétés de la matière, 
le })laisir et la volupté sexuels comme les autres, 
il est aussi simple et conforme à ce raisonnement 
matérialiste, pour ceux qui l'adoptent et le suivent, 
d'en jouir autant que possible que d'en éviter les 
conséquences gênantes ou embarrassantes, en ne fai- 
sant des enfants qu'à volonté. Jouir de tout à ce prix 
est la suprême devise du positiviste. Et à défaut de 
pouvoir observer scrupuleusement l'abstinence ni la 
contrainte volontaires, — ce qui serait la souffrance 
et la douleur, — les mariés comme les amants, con- 
fondus dans leur matérialisme charnel, trouvent plus 
commode et moins aléatoire d'employer l'onanisme 
à deux. N'admettant ni Dieu ni sa Providence, ils 
prennent soin eux-mêmes de tout prévoir, régler et 
assurer contre ce qu'ils redoutent. De là ces artifices 
infâmes, ces stratagèmes honteux, ces fraudes, ces 
obstacles abominables qui, sous le nom de précau- 
tions, de tricheries ou de prudence, sont mis actuel- 
lement en usage contre la procréation. Ne puisant 
aucune force morale dans leurs convictions religieu- 
ses et les paroles éternelles : Croissez et multipliez, 
ils ne s'inquiètent que de vivre dans l'aisance, le con- 
fortable, la richesse et les plaisirs mondains. El c'est 
ainsi qu'arrivés à Tàge mûr, alors qu'il n'est plus 
temps de revenir siir le passé pour en réparer les 
fautes, ils manquent de bras pour les soutenir et de 
cœurs reconnaissants pour les consoler. Parvenus à la 
vieillesse, après une longue vie de travail fructueux, 
comblés de richesses, ils ne savent qu'en faire ni à 
qui les laisser, et meurent sans famille ni postérité. 



ESPRIT ET MATIERE. 39 

L'excès de prévoyance dans la procréation a sou 
vent ce triste dénouement, car tout plaisir emporte 
inévitablement sa peine, sa douleur. C'en est la sanc- 
tion, la justification, quand il est légitime, la puni- 
tion et la condamnation dans le cas contraire. Ceux 
qui veulent éviter les charges ou les embarras, les 
soucis, les tristesses de la famille, inséparables de 
ses joies, encourent des conséquences bien plus 
amères par les excès, les abus auxquels ils sont en- 
traînés. Toutes ces pratiques immorales et honteuses, 
en effet, altèrent, relâchent, dissolvent les unions 
les mieux assorties, en entraînant la démoralisation 
de la femme, la jalousie du mari ou de l'amant, la 
maladie souvent pour tous deux, la dégénérescence 
des enfants, si ce n'est l'extinction de la famille. 



Prémunir la société, les familles et les inaivmus, 
contre ces dangers cachés et imprévus d'un maté- 
rialisme sensuel effréné, tel est le but de ce livre, 
en révélant, dans toute leur réalité, les lois secrètes 
et mystérieuses de la génération. Nous montrerons 
ainsi, par des exemples et d'après ces mêmes lois, 
que les plus savantes prévisions, comme les plus 
sages mesures et précautions, contre l'accomplisse- 
ment de cette fonction, sont insuffisantes à la pré- 
venir sûrement ; que des difformités du corps, des 
troubles de l'esprit, peuvent en résulter pour le pro- 
duit de la conception, et que des accidents graves, 
des maladies locales, sont fréquemment la suite de 
ces artifices et de ces fraudes pour leurs auteurs. On 



40 LA GÉNÉRATION. 

ne s'oppose pas impunément à la digestion des meil- 
leurs aliments après avoir pris plaisir à les savourer. 
Ne sera-ce donc pas convaincre nos lecteurs que 
dans celte fonction, bien plus délicate et élevée, le 
parti le plus sage et le plus sûr est de la remplir sans 
en troubler les actes, suivant les lois de la nature et 
de Ihygiène, de la prudence et delaraison, confor- 
mément à celle lièrc devise antique : Fais ce que dois^ 

ADVIE.NKE gilK l'OURRA. 



ORIGINE PHYSIOLOGIQUE DE LA VIE 



Les procédés de reproduction, dans la nature vi- 
vante, sont si divers, variés et multiples, selon les 
genres, les classes et les espèces, que toute analo- 
gie, tout rapprochement entre eux semble d'abord 
impossible, si on les considère isolément. Il y a au- 
tant de différence entre la graine, la bouture et la 
greffe, servant à la reproduction des végétaux, 
qu'entre la segmentation, le bourgeonnement et 
l'oviparité qui y donnent lieu chez les animaux. Là, 
un seul organisme est nécessaire, ici, deux sont in- 
dispensables. 

L'hermaphrodisme ou la réunion des organes des 

Jeux sexes chez le même individu est ainsi la rède 

o 

physiologique chez les êtres inférieurs, comme la 
plante, et une exception monstrueuse chez les plus 
élevés, au point d'annihiler la reproduction même 
chez l'homme et d'entraîner fatalement la neutralité 
ou la stérilité. Aussi n'est-il qu'apparent dans la 
plupart des cas réputés tels. Les individus des deux 
sexes en sont toujours privés et impropres à la géné- 
ration. 



49 LA GÉNÉRATION. 

La fonction est pourtant uniforme et la même 
dans tous ces procédés, au point de vue de la vie 
d'un être nouveau qu'ils produisent tous également. 
Aussi bien ont-ils, sur ce point commun, une com- 
plète similitude. Règle générale, ils n'agissent qu'en 
apportant une molécule d'un être semblable ou delà 
même espèce à celui qu'ils doivent reproduire. C'est 
la condition indispensable de toute génération. Tous 
les êtres du règne organique, végétal et animal, 
naissent donc, puisque leur vie est toujours le pro- 
duit de la vie d'un autre individu antérieur. Il n'y a 
pas d'exception à cette règle dans la création. Rien 
ne naît de rien. On peut surtout l'affirmer baute- 
raent aujourd'bui que l'existence des germes am- 
biants des infiniment petits dans l'atmospbère a été 
démontrée et que la doctrine de la panspermie est 
adoptée partout. La science la plus ingénieuse et la 
plus positive en arrive ainsi à proclamer, à affirmer 
un Dieu créateur. 



Génération spontanée. 

Les anciens croyaient, et des contemporains croient 
encore, à une génération spontanée, dite aussi équi- 
voque. Elle était d'autant plus admissible par les 
premiers observateurs qu'ils ignoraient les lois im- 
muables de la nature et la filiation de ses trois 
règnes dont la transition est presque insensible. 
Entre tous ces infiniment petits, végétaux et ani- 
maux, qui apparaissent et se développent d'une 



i 



GÉNÉRATION SPONTANÉE. « 

manière éphémère à la surface du globe, sans géné- 
ration apparente ni appréciable, comment apercevoir 
les rapports avec la vie des grands, dont ils pou- 
vaient se rendre matériellement compte ? Et cette 
croyance était d'autant plus logique que la vie de 
l'homme même était attribuée à une puissance sur- 
naturelle, divine. 

Le règne végétal, avec ses diversités infinies, a dû 
présenter surtout un profond mystère à cet égard. 
Comment découvrir l'origine de la vie chez ces 
plantes qui se reproduisent seules, sans organes ap- 
parents, fixées au sol, sans mouvement possible, et 
que l'on voit apparaître spontanément, ici et là, 
parfois à des distances considérables où elles ne 
s'étaient jamais montrées ? Par quel lien rattacher 
les mousses, les lichens, les champignons, sans flo- 
raison ni fiuctifîcation sensible, à toutes ces fleurs 
brillantes, à tous ces arbres couverts de fruits, et 
comment les distinguer des coraux, des polypiers 
placés dans le règne animal ? 

C'est en caractérisant la vie par la génération et 
son renouvellement à volonté que le végétal a été 
distingué du minéral. Ses lois de reproduction, étu- 
diées et observées pendant des siècles, ont pu être 
ainsi fixées et résumées par Linné et de Jussieu dans 
leurs œuvres immortelles. La base de leur classifica- 
tion est, en effet, lemode de reproduction des plantes. 
D'où la ruine de leur génération spontanée : l'inter- 
vention de l'air, des vents, de la pluie, des orages 
et autres phénomènes atmosphériques suppléant à 
leur immobilité pour la dispersion, le transport de 



44 LA GÉNÉRATION, 

leurs semences et leurs graines à distance, afin 
d'en propager les espèces suivant les climats et les 
lieux qui leur conviennent. Les animaux et jusqu'à 
l'homme servent même à cet effet en les transpor- 
tant à leur insu. C'est le véritable esprit des plantes; 
mais il est remarquable qu'il ne leur est pas inhé- 
rent: il opère ces sortes de miracles en dehors 
d'elles, par l'intermédiaire d'agents étrangers. 

La sensibilité et le mouvement, produits par le 
système nerveux, distinguent l'animal de la plante. 
Mais ces caractères sont si obscurs chez les zoophy- 
tes rudimentaires, commençant le règne animal, 
qu'ils se confondent presque avec les végétaux qui 
s'en rapprochent le plus. Les feuilles de la sensitive 
et des dionées sont plus sensibles au contact, au 
toucher, que les coraux, les polypes, les éponges. 
Une mouche ou tout autre insecte se posent-ils sur 
une feuille de dionée qu'elle se ferme aussitôt et 
étouffe l'animal, en raison même des efforts qu'il fait 
pour sortir. Il se dessèche et disparaît à l'intérieur. 
D'où le nom de plantes carnivores qui leur a été 
donné récemment et tous les contes débités sur leurs 
propriétés de succion et d'absorption des viandes. 

Des expériences et des analyses faites récemment 
ont encore rapproché la plante de l'animal. Claude 
Bernard a supprimé les mouvements de la sensitive 
en l'anesthésiant avec Télher. En plaçant des graines 
de cresson, humectées d'eau, dans trois tubes diffé- 
rents, des tigelles, munies de deux feuilles verdà- 
tres à leur extrémité, apparaissaient dès le len- 



GENERATION SPONTANEE. 45 

demain dans l'un d'eux. Mais il suffît d'avoir ajouté 
un peu d'éther dans le second et du chloroforme 
dans le troisième pour arrêter la germination des 
autres, quoique légèrement gonflées par l'absorption 
de l'eau. Elle ne se manifeste que quelques heures 
après l'évaporation de ces anesthésiques. D'où la 
démonstration que les propriétés vitales des graines 
ont été endormies par ces agents, absolument 
comme chez l'homme, sans en être détruites 

Une autre ressemblance entre l'homme et les 
plantes est tirée de l'identité de leurs principes im- 
médiats. M. A. Gautier ayant réussi à obtenir la ma- 
tière verte des végétaux : la chlorophylle, pure et 
cristallisée, a constaté qu'elle était soluble dans les 
mêmes liquides que la matière colorante de la bile 
humaine : la bilirubine, et douée des mêmes réac- 
tions. Les cellules du foie, dans la sécrétion de cet 
organe, remplissent donc le même rôle que les cel- 
lules végétales : d'où la supposition de l'unité de la 
vie dans tout l'empire organique et une origine com- 
mune à tous les êtres vivants, dont l'empreinte se 
retrouve jusque dans les plus éloignés. 

Ach. Richard a comparé ainsi l'ensemble des 
êtres organisés comme formé par deux pyramides 
se touchant par la pointe. Une vésicule organique 
en estlepoint de départ commun. Elle s'anime pour 
commencer la série animale et reste immobile pour 
servir de base à l'individualité végétale. C'est en se 
rapprochant de ce point commun que les analogies 
existantes entre ces deux grands embranchements 
augmentent, tandis que leurs différences s'accrois» 

3. 



46 LA GÉNÉRATION. 

sent à mesure qu'on s'en éloigne. L'ensemble de la 
vie ne peut se résumer par une image plus exacte et 
sensible. 

Si comj)lète est cette unité des deux règnes, qu'a- 
près avoir observe attentivement la structure et la 
reproduction de nouveaux infusoircs rudimentaires, 
le professeur Cli. Robin proclame qu'à l'état unicel- 
lulaire végétal et animal ne se distinguent pas, l'œil 
étant armé du plus puissant microscope. « L'infu- 
soire est plante ou animal, dit-il, selon la nature 
des milieux où il vient à être placé, car il englobe, 
pour les digérer et se développer, les corpuscules 
qui lui sont étrangers. » La cellule primitive est 
élevée en effet, par les positivistes contemporains, à 
l'état d'unité animée, indépendante, vivant et s'as- 
simila nt séparément, llieckel, pour la rendre plus 
sensible à l'esprit, la compare, toute minuscule 
qu'elle est, à l'homme adulte, remplissant toutes ses 
fonctions. Comparaison aussi erronée qu'exagérée, 
car l'une est aussi simple et passive que l'autre est 
actif et compliqué. Ce n'est que par la génération 
des gemmes, pour les besoins de la reproduction, 
que les cellules passent temporairement à l'état mul- 
ticellulaire, se semientant et se divisant bientôt en 
des cellules nouvelles, c'est-à-dire autant d'organis- 
.nes séparés ot indé[)endants, que l'on voit se former 
jOus le champ du microscope. 



De là le discrédit croissant de la génération spon- 
anée des inUuiment petits du règne animal. En 



GÉNÉRATION SPONTANÉE. 47 

voyant les vers et d'autres animalcules apparaître 
spontanément dans les cadavres, les chairs mor- 
tifiées, putréfiées, Aristote, Hérodote, Virgile, Plu- 
tarque, ont pensé et admis qu'ils se formaient sim- 
plement par la chaleur, la fermentation, la putré- 
faction. Les grenouilles, les crapauds, les sauterelles 
sortaient tout formés de terre, suivant eux, et sans 
le concours de germes préalables. Ne sachant com- 
ment expliquer l'existence des vers intestinaux, par 
exemple, ni surtout cette immensité d'infusoires 
qui apparaissent subitement dans l'eau, le vin, le 
vinaigre, même après que ces liquides ont bouilli 
très longtemps, les modernes comme Frey, Rudol- 
phi, Bremser, Lamarck, Geoffroy, Bory de Saint-Vin- 
cent ont admis que tous ces milliers d'êtres vivants, 
grouillants, n'avaient ni père ni mère, ne naissaient 
pas en un mot. La formation résultait d'après eux 
d'une force cosmique ou nisus formativus qui ne 
supposait d'aucune manière l'intervention d'indivi- 
dus semblables, antérieurs. 

Une doctrine opposée; plus rationnelle et positive, 
ne tarda pas à s'élever. Dès 1658, Redi découvrit 
que les vers se développant dans les chairs, y sont 
produits par les germes que les mouches y déposent. 
Mais la naissance des myriades d'animaux microsco 
piques, développés par la fermentation et la putréfac 
tion, restait inexpliquée, lorsque Ppallanzani avança 
et soutint qu'elle était due à l'éclosion de germes 
flottant dans l'atmosphère en quantité innombrable. 
De là la panspermie actuelle, ou doctrine des germes, 
opposée à l'hétérogénie ou génération spontanée. 



48 LA GÉNÉRATION. 

Celle-ci ne se rencontre que dans le règne miné- 
ral, inanimé, par l'action chimique, dialitique ou 
mécanique de ses atomes s'agrégcant entre eux en 
vertu des forces dont ils sont doués. De là les for- 
mations organiques et les agrégats gypseux apparais- 
gant spontanément dans certains liquides inorga- 
niques. Mais dans l'impossibilité absolue de se re- 
produire, ils ne constituent ni la génération ni la 
vie, au sens strict de ces mots. 

Panspermie. 

Sans être complètement résolue, cette question a 
bien avancé dans ces vingt dernières années par les 
beaux travaux de M. Pasteur. Ce que ses prédéces- 
seurs n'avaient qu'entrevu, il l'a démontré positive- 
ment par diverses expériences ingénieuses. Il a con- 
staté ainsi que l'air est parsemé de corps étrangers 
et qu'un liquide pur quelconque, sans organismes, 
mis à l'abri de son contact ou placé dans un air chi- 
miquement pur, se conserve indéfiniment sans alté- 
ration ni putréfaction, c'est-à-dire sans qu'aucun 
organisme s'y développe. D'où cette conclusion lo- 
gique : que ces corps étrangers, disséminés et flot- 
tants dans l'air ambiant, sont les germes des orga- 
nismes microscopiques, nombreux et variés, qui se 
développent spontanément, en apparence, dans les 
solides el les liquides exposés à l'air : 

L'Océan éternel où bouillonne la vie, 

a dit A. Chénier, s'inspirant des idées de Lamarck. 



PANSPERMIE. ë 

Il est démontré d'ailleurs que la putréfaction, 
loin d'être un phénomène primitif et de donner 
naissance, par une force cosmique, à ces myriades 
d'animalcules vivants qui paraissent à sa suite, est 
elle-même produite et déterminée par la présence 
antérieure de germes organisés, animaux ou végé- 
taux, vibrions ou champignons, agissant comme des 
ferments. On la provoque à volonté clans un liquide 
ou un tissu par le dépôt, l'ensemencement ou l'ino- 
culation de ces germes. Leur présence seule dans 
l'eau, le lait, la bière, le vin, le vinaigre et d'autres 
liquides, en détermine bientôt la décomposition par 
leur multiplication, leur prolifération rapide. Au 
contraire, cette fermentation est prévenue en em- 
pêchant ou en arrêtant le développement de ces or- 
ganismes par l'ébullition, la chaleur ou certains 
acides qui les tuent et les détruisent. La décompo- 
sition des fruits et leur pourriture sont dues égale- 
ment à l'introduction de ces germes dans leur tissu. 
En pénétrant dans les organes de l'homme et des 
animaux par des voies naturelles, artiQcielles ou ac- 
cidentelles, ils déterminent de même les maladies 
les plus graves lorsqu'ils rencontrent un milieu fa- 
vorable à leur prolifération, suivant M. Pasteur. Le 
charbon et la maladie des vers à soie, le choléra des 
poules, en seraient aussi le résultat, comme la dé- 
composition ammoniacale des urines chez l'homme 
et l'empoisotmement des plaies exposées. 

En reculant ainsi, à ces dernières limites, la gé- 
nération spontanée, si opiniâtrement défendue en- 
core aujourd'hui par MM Pouchet, Frémy et Trécul, 



50 LA GÉNÉRATION. 

le célèbre panspcrmiste a mis en évidence l'inanité 
de cette doctrine. Sa constatation ingénieuse des ger- 
mes atmosphériques ambiants et l'interprétation de 
leur rôle générateur, répétées, vérifiées et confir- 
mées depuis, sont encore fortifiées, corroborées par 
l'observation des inl'usoires unicellulaires de M. Ro- 
bin, rapportée plus haut, quoique paraissant les in- 
firmer et les contredire. L'infusoire étant plante ou 
animal, comme il le dit explicitement, suivant la 
nature des milieux oii il se trouve placé, il est rigou- 
reux d'admettre que le germe aérien est probable- 
ment aussi unicellulaire, c'est-à-dire végétal et ani- 
mal. En tombant dans tel ou tel liquide, il produit 
alors une infinité de microphytes ou animalcules 
différents, qui en déterminent la fermentation, la 
décomposition. N'est-il donc pas logique d'admettre 
qu'en tombant accidentellement sur la terre ou dans 
l'eau — siège par excellence de l'incubation des 
plantes par les matériaux alimentaires qu'elles y 
rencontrent — ils ne produisent aussi des microzoai- 
res végétaux, comme les champignons, par exemple ? 
Toute la différence de cette interprétation est dans 
le moment précis où l'observation a lieu. Au début, 
comme l'a fait M. Robin, la cellule primitive a pris 
un genre et la qualité d'animal ou végétal, selon les 
éléments étrangers qu'elle s'est assimilée. Avant, elle 
n'était qu'un germe indéfini, mais dès lors, elle est 
une unité vivante, indépendante, complète avec tous 
ses attributs. Elle va se dédoubler par gemmation 
pour se reproduire en des cellules semblables à elle, 
suivant son mode de génération. Pour M. Pasteur. 



PANSPERMIE. 5 

au contraire, c'est seulement à cette période consé 
cutive où plusieurs cellules sœurs sont réunies, ag 
glomérées en chapelet, comme la tige du corail, que 
l'infusoire vivant et mobile forme l'animalcule, le 
microbe complet, auquel il fait jouer un si grand 
rôle dans la production des maladies des végétaux, 
des liquides, des animaux et deiliomme en particu- 
lier. Les infiniment petits, sous cette forme rudimen- 
taire et microscopique, seraient ainsi plus redouta- 
bles et dangereux pour l'homme que les plus féroces 
animaux, soit en s'introduisant subtilement dans son 
organisme, soit en s'y formant, mais en altérant tou- 
jours le sang, comme les poisons les plus pernicieux. 

Ce désaccord des deux plus illustres naturalistes 
français : à savoir si les microbes ou corpuscules- 
germes sont des cellules végétales ou animales, des 
spores, mycéliums de champignons ou des animal- 
cules, est donc en apparence de peu d'importance, 
car on sait par expérience qu'ils sont aussi malfai- 
sants sous l'une que sous l'autre forme. Le muguet 
empoisonne et tue l'homme comme la bactéridie 
septicémique, et le charbon est aussi redoutable 
pour les animaux que le phylloxéra, le doryphora et 
tant d'autres pour les végétaux. 

Mais M. Robin va plus loin et envisage cette dis- 
sidence plus sérieusement et scientifiquement. Il 
a constaté, à l'aide des réactifs, l'acide acétique et 
l'ammoniaque notamment, que les infusoires ani- 
més sont tués et entièrement dissous dans ces li- 
quides. Le grumeau muqueux ou le plasma albu- 
minoïde dont ils sont formés n'y résistent pas , 



5S LA GÉNÉRATION. 

tandis que la cellulose, contenue dans tous les vé- 
gétaux, y résiste complètement. Elle ne s'y dissout 
pas. Et la moindre cellule végétale en contenant, 
jusqu'aux microspores et aux conidies, ce caractère 
de résistance à l'acide acétique suffit à distinguer la 
nature végétale ou animale des infiisoires. En sui- 
vant d'ailleurs l'évolution de ces ferments, M. Robin 
y a confirmé tous les caractères des cellules végé- 
tales, spores et filaments mycéliens, qui représen- 
tent le ferment ou levure. 

Les prétendus vibrioniens de M. Pasteur ne se- 
raient donc que des cryptogames, de la classe des 
champignons, dans leurs métamorphoses évolutives. 
La motilité des mycéliens, dont il fait un caractère 
de l'animalité, l'a seule induit en erreur. Cette dis- 
tinction capitale entre les deux règnes, végétal et 
animal, est très positivement indiquée, il est vrai, 
par le corail et l'éponge qui en forment manifeste- 
ment l'intermédiaire. La partie végétale en reste 
tixée et adhérente au rocher, tandis que l'animalcule 
s'est échappé spontanément de sa cellule, en se dé- 
tachant du tronc, comme un bouri^eon ou le fruit 
de l'arbre. Mais depuis que certaines plantes supé- 
rieures sont exceptionnellement reconnues douées 
de mouvement et de sensibilité à l'reil nu, et que le 
microscope a révélé des mouvements actifs de ger- 
mes polliniqucs allant à la rencontre de germes à 
féconder, ce caractère ne saurait plus être absolu 
pour distinguer des êtres aussi rudimentaires et in- 
stables que le vibrion. On ne comprend pas d'ailleurs 
ces animalcules vivant sans air et que l'oxygène tue. 



PANSPERMIE. 55 

comme M. Pasteur l'a vu et consacré en les divisant 
en aérobies et anaérobies, c'est-à-dire vivant avec ou 
sans air. 

Ces infiniment petits, dit M. Robin, ne sauraient 
avoir d'autre manière d'être ni d'autre force que les 
infiniment grands. Etant la résultante même de 
l'accumulation des premiers, ils en sont l'expression 
exacte. Un animalcule microscopique ne peut donc 
agir par un autre principe d'activité que les plus 
grands. Toute idée contraire implique l'extraordi-- 
naire, le surnaturel, c'est-à-dire l'impossible, et c'est 
à cette conclusion que conduit forcément la doctrine 
des animalcules ferments de M. Pasteur. Les cellules 
végétales unicellulaires ou multicellulaires peuvent 
seules avoir cette propriété et cette vie sans air ; 
c'est leur rôle naturel. Il existe sans nul doute des 
bactéries et des vibrions dans l'enduit des gencives, 
dans le sang, la sérosité et le mucus avec ou sans 
infection ; mais, au lieu d'être la cause de la putré- 
faction de ces humeurs, ils en sont le résultat, comme 
dans tous les autres liquides fermentes, par le déve- 
loppement même des spores et des mycéliums cryp- 
togamiques ou végétaux. 

La conséquence de cette nouvelle doctrine, logi- 
que et rigoureuse, des fermentations par des spores 
ou des mycéliums, c'est-à-dire des poussières végé- 
tales au lieu d'animalcules, est l'affirmation implicite 
d'une génération spontanée, car elle fait naître spon- 
tanément l'animal du végétal, par le seul lait de la 
putréfaction succédant à la fermentation. On sait 
que ce phénomène — la putréfaction — en mani- 



S4 LA GENERATION. 

testation constante sous nos yeux, change et trans- 
Ibrme la nature dos milieux solides et liquides où 
elle s'opère, en produisant des gaz, dos vapeurs. 
Est-ce donc par cette modification du milieu, plasma 
ou plasson, comme on l'appelle, que la cellule végé- 
tale ou sans noyau peut changer de règne, en s'as- 
similant des matériaux propres à devenir animale, 
suivant l'explication donnée plus haut? L'auteur ne 
le dit pas; mais il est évident que si cette mutation 
a lieu, elle dépend de ce phénomène important. 



Transformisme. 

C'est la filiation, par une succession ininterrom- 
pue de transformations, de tous les êtres vivants, 
végétaux ou animaux, depuis la molécule éternelle et 
inaltérable jusqu'à l'organisme le plus parfait. For- 
mulée en termes précis depuis peu d'années, cette 
doctrine positiviste se rapproche manifestement du 
transformisme indiqué par Diderot, il y a plus d'un 
siècle, et que Lamarck affirma ensuite sans le dé- 
montrer. Cette gloire était réservée à un illustre 
Anglais, Darwm, qui, par la sélection naturelle des 
espèces et des individus dans l'acte de la génération, 
prétend expliquer leur amélioration et leur perfec- 
tionnement, leur élévation graduelle dans l'échelle 
organique par le climat, la nourriture et l'éducation, 
jusqu'à leur transformation complète : le singe deve- 
nant homme par exemple. Et invoquant à l'appui de 
cette conception l'hybridité chez les végétaux et le 



TRANSFORMISME. 55 

métissage chez les animaux, il admet que tout le 
règne animal est descendu de quatre ou cinq types 
primitifs et le règne végétal d'un nombre égal, sinon 
moindre. Il n'est même pas éloigné de les faire des- 
cendre d'un seul prototype, et c'est ainsi que par ana- 
logie les positiA'istes allemands nous font descendre 
indirectement de la matière du plasson, par l'union 
d'espèces ou de variétés différentes. Mais on connaît 
les limites restreintes de ces infractions à la règle ; on 
en compte les résultats. Ils ne s'opèrent qu'entre 
espèces très rapprochées et sont toujours transitoires. 
Malgré la présence des polypes entre le règne végétal 
et le règne animal, jamais une plante, un chou ne 
deviendra un homme, comme les commères le don- 
nent à croire aux petits enfants, pour expliquer leur 
origine. 

Ce transformisme est en opposition manifeste avec 
l'unité invariable de l'espèce, consacrée par l'immu- 
tabilité, la ressemblance et la fécondité. L'hybridité 
résultant de la reproduction entre des espèces végé- 
tales différentes, et le métissage du cheval et de l'âne 
produisant le mulet infécond, en sont des preuves 
frappantes; comme le mulâtre, né du blanc et du 
nègre, revient rapidement à l'un ou l'autre type pri- 
mitif. En admettant des espèces douteuses pour la 
commodité de son système et en les assimilant aux 
variétés, qui en sont les formes moins distinctes et 
plus variables, Darwin ne fait qu'une hypothèse dé- 
truite par la règle. Les variétés ou les groupes d'une 
espèce se graduent bien en s'éloignant de celle-ci 
pour se rapprocher de celle-là, et c'est par ces inter- 



M LA GÉNÉRATION. 

niédiaires que la transition devient presque insensible 
entre les règnes, comme entre les classes, les espèces 
et les familles. Mais le prototype n'en existe pas 
moins avec ses caractères différentiels et invariables, 
qui disparaissent ou s'effacent seulement dans les 
variétés, sans passer ni se confondre jamais de l'une 
à l'autre. Il est difficile et peut-être impossible, dit 
Darwin lui-même, de citer un seul exemple authenti- 
que d'hybride {H^ovenant de deux espèces évidemment 
distinctes et dont les représentants se soient montrés 
parfaitement féconds. {Origine des espèces, p. 55.) 
Cet aveu est la négation même de la théorie de la 
transformation des variétés en espèces nouvelles, 
distinctes et supérieures, comme celle du singe en 
homme. Il ne suffit pas de constater la fécondité de 
quelques plantes hybrides entre les espèces si nom- 
breuses de pelagornium, de fuchsia, de pétunia et de 
rhododendron, pour en inférer celle des animaux 
supérieurs ; la stérilité absolue des hybrides dément 
cette induction. Ce n'est pas du bas de l'échelle orga- 
nique qu'il faut contempler et conclure, mais à l'op- 
posé. Que voyons-nous de la terre au ciel? Tout est si 
caché, confus,mêlé, désordonné dans cette végétation 
dont le secret de la génération échappe si souvent ; 
l'action intime de l'air, du milieu, du climat sur les 
plantes est si difficilement appréciable, que l'on ne 
saurait prendre les phénomènes sensibles comme 
exemple de ce qui se passe dans le règne animal. La 
confirmation de ce qui a lieu ici peut seule être cher- 
chée là. Et comme les hybrides y sont constamment 
stériles, on ne peut conclure qu'il en est autrement de 



TRANSFORMISME. 57 

l'hybridité des plantes. M. Gartner a constaté, par 
des expériences prolongées, que les hybrides bien 
entretenus diminuaient de fertilité à chaque géné- 
ration, et son observation expérimentale mérite plus 
de créance que celle des jardiniers. 

La conception de Darwin, sur l'origine même de 
la vie par les cellules, se confirme surtout par l'exa- 
men microscopique fait par M. Robin. Admettant, 
avec tous les histologistes modernes, que les cellules 
ou unités élémentaires du corps se propagent par 
division spontanée ou gemmation, il suppose encore 
un autre mode de multiplication de ces cellules : 
c'est d'émettre des granules ou atomes, c'est-à-dire 
des gemmules, qui, en se disséminant dans tout l'or- 
ganisme, deviennent les éléments mêmes de la géné- 
ration du nouvel être. Mais toutes ne pouvant y con- 
courir, ces cellules non fécondées sont transmises, 
durant plusieurs générations, dans un état transitoire 
que Darwin appelle dormant. Et il admet alors que 
leur développement ultérieur dépend de leur union 
avec d'autres cellules partiellement développées ou 
naissantes par une affinité mutuelle de ces gemmu- 
les entre elles. Pourquoi pas tendresse ou sym- 
pathie? C'est la sélection naturelle, d'où résulte leur 
agrégation en bourgeons ou en éléments sexuels. 

Telle est l'origine de la sélection naturelle que 
son auteur place surtout dans l'acte delà génération. 
De là la sélection sexuelle que l'homme réalise arti- 
ficiellement chez les animaux par des croisements 
à volonté, en choisissant ses producteurs dans les 
plus beaux types. Mais se produit-elle de même à 



58 LA GÉNÉRATION. 

l'état naturel? Darwin cite bien, à l'appui, la lutte des 
mâles pour la possession des iemelles, les combats 
des alligators entre eux au temps du rul, l'indilTé- 
rence cruelle d'une abeille assistant au combat do 
deux mâles pour la posséder et suivant ensuite lo 
vainqueur, l'exemple d'un paon panache, généra- 
lement préféré par toutes les femelles de son espèce ; 
mais il ne fournit pas un seul exemple qu'un avan- 
tage durable et persistant en résulte dans le volume, 
la conformation ou le plumage de l'espèce, ni la 
moindre transformation. 

Une preuve évidente de ce transformisme est, selon 
Math. Duval, dans la métamorphose subie par la 
grenouille. Son œuf fécondé n'est d'abord qu'un 
têtard, vivant exclusivement dans l'eau et respirant, 
comme les poissons par des branchies, l'air qui s'y 
trouve dissous. C'est donc un vrai poisson : il meurt 
asphyxié dès qu'il est à l'air libre. Mais bientôt ap- 
paraissent, sous forme de bourgeons, des appendices 
latéraux qui se développent en membres à mesure 
que la nageoire caudale s'atrophie et disparaît, de 
même que les branchies, remplacées par une sorte 
de vessie natatoire, puis par des poumons aériens 
parfaits. Dès lors la grenouille n'est plus poisson, en 
vertu de cette métamorphose, de ce perfectionne- 
ment. C'est un amphibie vivant sur terre et s'élevanl 
ainsi dans la classe supérieure des reptiles. 

A ce degré informe, on ne peut voir que la liaison, 
le trait d'union de deux classes voisines de vertébrés 
différant absolument dans leur genre de vie : les uns 
vivant sur terre et les autres dans l'eau. Une gre- 



TRANSFORMISME. 59 

nouille n'est jamais devenue serpent, ni mêniie lézard 
Choisir cet exemple exceptionnel en faveur du trans- 
formisme, c'est le discréditer, car il y aurait bien 
d'autres métamorphoses à invoquer contre lui. Sui- 
vant l'ordre naturel, les plus grandes dissemblances 
entre les genres, les embranchements, classe, groupe, 
ordre, famille ou espèce se trouvent au milieu oîi en 
est le type végétal ou animal. Les extrémités offrent 
toujours les plus grandes analogies entre elles pour 
mieux en marquer la liaison naturelle, le lien insé- 
parable. La nature n'est ainsi qu'une échelle gra- 
duée, indivisible. La scission artificielle n'est faite 
que pour en faciliter l'enseignement et l'élude. 

L'ignorance où l'on est encore des caractères 
distinctifs des micro-organismes a bien pu faire 
méconnaître la véritable nature de certains infu- 
soires, animaux suivant M. Pasteur, végétaux pour 
M. Robin. Celle de leurs mœurs et de leur mode de 
reproduction a pu faire admettre également une 
génération alternante, pour mieux étayer celte bril- 
lante théorie du transformisme, alors qu'elle n'est 
peut-être qu'une nouvelle application du métissage 
ou de l'hybridité, sinon une simple métamorphose. 

En s'appliquant aussi bien à la mort qu'à la vie, 
à la perfection des espèces, comme à leur transfor 
mation se réalisant par la destruction des individua- 
lités défectueuses, la doctrine de la sélection natu- 
relle n'est pas aussi matérialiste qu'elle en a l'air. 
En dehors de l'hérédité qui préside à la transmis- 
sion régulière des caractères et qui représente l'ac- 
tion de l'homme, c'est-à-dire la matière, Darwin 



«0 LA GÉNÉRATION. 

admet encore un principe conservateur de toutes 
les beautés et les perfections de la nature, comme 
il est le destructeur de toutes les laideurs et les 
monstruosités physiques et morales. Pour bien in 
terpréter et comprendre l'histoire de la nature, dit 
A. Laugel à ce sujet, il faut y voir le jeu éternel 
^l'une double action. C'est la dualité humaine ou 
notre sexualité emblématique. Or, quel peut être 
ce second facteur, représenté par la nature, sinon 
Dieu même, c'est-à-dire l'Esprit gouvernant et ré- 
gissant la matière? La matière seule et ses forces 
sont impuissantes à réaliser ce miracle : de choisir 
et conserver tout ce qui est beau, bon et pur, à 
l'exclusion de ce qui est laid, monstrueux, méchant 
ou mauvais. Oui, l'Esprit infini, parfait, éternel et 
indestructible, peut seul concevoir cette distinction 
suprême, divine et opérer ce partage. Grâce à cette 
interprétation tacite, sous-entendue, cette doctrine, 
en révélant Dieu, a pu rallier, sous sa bannière, maté- 
rialistes et spiritualistes, l'adoptant et la défendant 
à l'envi. Elle est donc morale et pousse à la recher- 
che, au travail, à la perfection. Malheureusement, ce 
ne sont pas les seules conséquences que l'on en tire; 
le plus souvent, elles sont tout opposées. 

Tous les efforts et le zèle des positivistes actuels 
ont en effet pour but de rendre plus évidente l'ac- 
tion seule de la matière présidant à ces opérations 
du transformisTie. Leurs investigations patientes, 
leurs observations attentives, leurs expériences ingé- 
nieuses et subtiles, leurs procédés d'analyse fine et 
déliée par les réactifs, la culture et le raisonnement 



TRANSFORMISME 61 

surtout n'ont d'autre mobile ni de secret que d'éta- 
blir irréfutablement ces transformations à l'origine 
de la vie. Ne pouvant les saisir ni les démontrer sur 
des êtres bien déterminés des espèces stables, ils 
vont en chercher les preuves, les exemples dans les 
rudiments mêmes de la vie, à l'origine du règne ani- 
mal ou de ses embranchements. Jamais au milieu 
où le type seul existe fixe et invariable. Les infusoi- 
res, les microzoaires indéterminés, invisibles à l'œil 
nu, ou des espèces informes comme les radiolaires, 
les éponges, les polypes, les méduses sont leurs 
principaux exemples dont ils généralisent les résul- 
jats à toutes les classes supérieures. 

C'est dans cet embranchement primitif — consi- 
dérablement augmenté et s'étendant tous les jours 
depuis la découverte des microbes — où la vie végé- 
tale se confond et m dispute avec la vie animale, 
ayant les caractères des deux à la fois, que l'obscurité 
et le chaos ont toujours régné en maîtres. Ce fut 
d'abord pour la détermination des espèces et c'est à 
propos d'elles que se sont posées et se posent encore, 
comme on le verra, tous ces points redoutables d'in- 
terrogation sur la génération alternante, la vie latente 
ou suspendue, la mélagénèsc, etc. Aujourd'hui, c'est 
la solution du problème mémo de l'origine de la vie 
et de la maladie que l'on cherche. On a beau jeu 
à disputer et argutier sur le rôle de ces infiniment 
petits ! Aussi est-ce sur eux, contradiction étrange, 
que se porte tout l'effort des matérialistes modernes 
pour démontrer les changements et les transforma- 
tions des plus grands. 

4 



62 LA GÉNÉRATION. 

Ce sera en vain, car si la cellule primitive, isolée> 
change et se modifie, se transforme par ragrégation, 
la concressence d'autres éléments, à la lumière arti- 
ficielle du microscope, toutes les cellules réunies 
dans l'organisme fixe et complet doivent se modifier 
et se transformer de même. C'est logique et rigou- 
reux. L'évolution de l'une ne se comprend pas sans 
l'évolution des autres. Les résultats en devraient 
donc être d'autant plus rapides et apparents à l'œil 
nu chez les races et les espèces supérieures, bien 
établies et déterminées. Les changements et les trans- 
formations en seraient ainsi facilement constatables 
depuis les milliers de siècles que le monde existe. 
Des espèces auraient disparu, d'autres se seraient 
fait jour. L'impossibilité de cette constatation est la 
négation même de cette transformation continue. 
C'est la meilleure réponse à faire aux espérances que 
les esprits spéculatifs fondent sur les recherches et 
les expériences faites dans ce monde essentiellement 
variable et instable des infiniment petits. 



Doctriine ccllulaîre. 

Si compliquée et embarrassée que soit cette hypo- 
thèse de l'origine de la vie par la cellule, elle est 
déjà dépassée, quoique remontant seulement à 1858. 
Avant cette époque, Lamarck et d'autres naturalistes 
avaient bien posé les principes de cette doctrine 
par la force même de leur dialectique, mais sans 
pouvoir en établir la base tangible et pondérable. 



DOCTRINE CELLULAIRE. 63 

Grâce au microscope, Schleiden, botaniste allemand, 
la démontra le premier dans le règne végétal, et 
Schwann dans le règne animal, comme une unité 
vivante, autonome. De là les noms d'organismes élé- 
mentaires, de foyers de vie, d'unités vivantes, qui 
leur ont été donnés successivement pour mieux en 
marquer l'indépendance et le caractère. 

Son nom vient de la ressemblance que présente 
au microscope la structure d'une coupe de tissu 
végétal ordinaire avec un rayon de miel. On aper- 
çoit et l'on distingue alors, dans les parties élémen- 
taires de ce tissu, des unités indépendantes, sous 
forme de petites poches ou vésicules closes, rem- 
plies de liquide, dispo- ^ , » \ •.'•*..". ' ' ' \ 
sées les unes contre les [ ' ' r - '• 
autres en une trame i • • V 




compacte et serrée, •,-., '''-■. 
comme les alvéoles dans ^,(^-'<^'-". 
un rayon de miel. D'où *' ''' * * • " '* "' * * 

le nom de cellules qui Développement des cellules, d'après 
^ Schwann. 

leur a été imposé. 

L'étude graduelle et séparée de cette préten- 
due unité organique y fit bientôt découvrir des par- 
ties distinctes : un noyau réfringent, entouré d'un 
liquide ou fluide transparent, contenu dans une 
enveloppe membraneuse. C'était donc la reproduc- 
tion microscopique exacte de l'œuf ordinaire pour 
les animaux, du noyau ou de la graine pour les vé- 
gétaux. Et des phénomènes connus, apparents, de 
i'œiif et de la graine, on déduisit logiquement les 
phénomènes inconnus et invisibles des cellules. La 



04 LA GÉNÉRATION. 

vie réduite ainsi à deux éléments générateurs : le 
noyau et le fluide l'enveloppant, comme le blanc 
enveloppe le jaune dans l'œuf, il s'agissait de dé- 
terminer lequel des deux en était la source. Les 
uns tinrent pour le noyau, les autres pour le plasma, 
et les plus simples, voyant naître l'oiseau en per- 
çant sa coque, comme la plante son noyau ou sa 
graine, tinrent pour toutes les deux à la fois, en 
soutenant que l'un et l'autre étaient également in- 
dispensables à la génération. 

La découverte rapide de cellules sans enveloppe 
ni noyau montra bientôt que personne n'avait abso- 
lument raison. La substance molle, demi-fluide et 
solide, qui constitue alors uniquement la cellule, 
est albumineuse, transparente comme le blanc d'oeuf 
et quoique très ressemblante en apparence et 
d'une grande analogie, sa composition chimique 
varie suivant les règnes, les familles, les classes, 
les genres, les espèces et même les individus. Com- 
posée d'atomes, de granulations imperceptibles, cette 
matière grumeleuse serait la substance formatrice 
des cellules, le facteur en action de la vie cellulaire. 
D'où son nom de protoplasma. En s'en nourrissant, 
les granules formeraient le noyau primitif, offrant 
le premier une organisation. Ce serait donc la sub- 
stance vitale par excellence, remplissant à la fois 
les fonctions de la nutrition et de la reproduction, 
du mouvement et de la vie ; c'est la base physique 
de la vie, suivant Huxley. 

D'après cette théorie, la première manifestation 
de la vie à la surface du globe aurait été une simple 



THEORIE DES PLASTIDULES. 65 

cellule qui, émergée un jour de la vase ou du li- 
mon, pour parler comme la Bible, serait parvenue, 
par des efforts de prolifération et de sélection sou* 
tenus pendant des milliers de siècles, à constituer 
tous les types de la nature vivante. Au récit poé- 
tique de la Genèse, relégué dans la pure mythologi- 
par les positivistes modernes, il faudrait substituer 
cette genèse beaucoup plus simple : « Au commen- 
cement, il y avait une cellule et le monde vivant 
fut. » 

Théorie des plastidules. 

En voici la réalisation ! Sous l'influence envahis- 
sante des Teutons, guidés et dominés par la philo- 
sophie positive de Kant, la doctrine cellulaire s'est 
tellement exagérée, que l'un d'eux, éprouvant le 
besoin de remonter plus haut pour faire du nou- 
veau, a divisé théoriquement cette cellule en plas- 
tides et plastidules, atomes ou granules matériels, 
qui, en se réunissant et s'agrégeant avec le simple 
secours de l'eau, formeraient la cellule mère. Et 
comme celle-ci représente l'être vivant, végétal ou 
animal, celui-ci, l'homme y compris, résulterait, avec 
l'aide du transformisme, de l'agrégation même de 
la matière. Tels sont les effets de la philosophie 
kantérienne que les plus grands esprits du jour con- 
templent exclusivement la matière comme le créa- 
teur universel, c'est-à-dire la négation même de 
l'Esprit qui l'anime. 

Cette interprétation toute récente est née de la 

4. 



eO LA GÉNÉRATION. 

décoiivcrte des monères, faite à Nice en 1864, par 
llœckcl. Cet organisme nouveau est d'une extrême 
simi)licité : son corps tout entier, à l'état de déve- 
loppement complet et de libre locomotion ou mouve- 
ment, est constitué par une petite masse, homogène 
comme le cristal, sans structure ni organisation; 
c'est du protoplasma sans enveloppe ni noyau et 
absolument amorphe, comme d'autres observateurs 
l'ont vérifié et confirmé depuis. Ce simple grumeau 
muqueux et vivant est donc moins que la cellule 
complète et moins aussi que le plasma cellulaire, 
puisqu'il ne réussit pas à former un noyau et que 
chaque molécule ou particule qui le compose est 
identique au corps entier. 

Une remarque est à faire ici. Pourquoi aller cher- 
cher les premières manifestations de la vie, et en 
faire son origine même, dans ces grumeaux de vase, 
de limon qui se trouvent au fond des mers du Midi? 
Ne sont-ils pas le résultat de l'évaporation intense et 
de la fermentation, organiques et rapides, dont elles 
sont le siège? Autant vaudrait la prendre dans les 
résidus de nos excrétions physiologiques, comme ces 
grumeaux de mucus demi-solides, organisés, venant 
du nez et des bronches, ces crachats contenant des 
cellules, des fibres épithéliales, douées de mouve- 
ments amiboïdes lors de leur excrétion. Et cepen- 
dant, ils ne sont que l'expression même de la mort ! 
Où est la preuve qu'il en est autrement des autres? 

Néanmoins, c'est sur cette prétendue démonstra- 
tion que l'origine de la vie est reportée au delà de 
l'organisation si simple de la cellule, même végé- 



THÉORIE DES PLASTIDULES. 67 

taie. Le naturaliste français, M. Robin, n'a vu, sinon 
conçu, que le granule protoplasmique ou cellulaire, 
le corpuscule-germe de l'infusoire devenir une cel- 
lule végétale ou animale, selon la nature du milieu 
où il est placé et qu'il s'assimile. C'était la transi- 
tion du règne végétal au règne animal seulement. 
Le naturaliste allemand va plus loin, car le plasma 
de la monère n'est, pour Hœckel, que l'aggloméra- 
tion, la nucléation des éléments plastiques ou plas- 
tidules de la matière brute et inorganique. On l'ap- 
pelle ainsi plasson au lieu de plasma, pour mieux 
indiquer son essence matérielle qui forme la limite 
entre la nature inanimée et la nature vivante. « Seu- 
les, les raonères sont capables de lui faire concevoir 
comment, au début, celle-ci est sortie de celle-là et 
résoudre le grand problème de l'origine de la vie. 
Car ces organismes n'ont pu naître, dit-il, que par 
la génération spontanée delà matière inorganique. » 
{Psychologie cellulaire, page 26.) 

De là est née la théorie cytodique des plastidules 
dans l'imagination matérialisée des Allemands. Elle 
ne pouvait se produire que là . C'est la vie, naissant im- 
médiatement de la matière amorphe, terrestre, dont 
les atomes supérieurs, purifiés et choisis, se rap- 
prochent par l'attraction de leurs propres forces, en 
se nucléant, s'agrégeant ensuite à l'aide de l'eau, 
par l'affinité de ce liquide avec la terre. Grâce aux 
progrès de la chimie moderne, où l'esprit joue in- 
contestablement aujourd'hui un plus grand rôle que 
la matière, les positivistes lui ont emprunté ses pro- 
cédés les plus délicats cl ses plus subtiles opérations 



68 LA GÉNÉRATION. 

pour en faire l'imnge, la comparaison de l'origine 
même de la vie. llaickel la fait naître ainsi d'une 
combinaison chimique entre les molécules du plas- 
son dont le carbone serait le principe fondamental, 
parce qu'il lui paraît la cause ultime des propriétés 
dislinctives des corps organisés avec les inorganisés. 
Et son traducteur de renchérir encore en précisant 
qu'il n'est pas beaucoup plus merveilleux de voir 
sortir la vie, avec toutes ses manifestations, y com- 
pris la pensée, d'une telle combinaison, que l'eau 
résulter de celle de l'hydrogène avec l'oxygène ; les 
propriétés de l'eau étant aussi différentes de ces 
deux gaz que celles de l'acide carbonique, de l'eau 
et de l'azote avec le protoplasma et moins encore 
avec le plasson. Tels seraient nos premiers ancêtres 
que de malins critiques, plus clairvoyants, les ont 
réduits à un agrégat gypseux. 



Cette doctrine de l'âme, résultant de l'agrégation 
des atomes, n'est pas nouvelle. Elle remonte à Dé- 
mocrite, philosophe grec, enseignant : qu'il y a des 
substances innombrables, indivisibles, impassibles, 
sans différences ni qualités, disséminées dans le vide 
où elles se meuvent, n'éprouvant ni changement, ni 
altération en raison de leur solidité. Ce sont les 
atomes qui, en s'approchant les uns des autres, s'u- 
nissent et s'entrelacent, et forment par leur agréga- 
tion.... une plante ou un homme. M. Ha3ckel n'a 
donc rien inventé en adaptant cette théorie au plas- 
son et aux plastidules modernes. Le désaveu que 



THÉORIE DES PLASTIDULES. 60 

l'écolo positiviste en fait aujourd'hui est égaloment 
imité de Plutarque disant : qu'on ne peut faire une 
couleur de ce qui est sans couleur, ni une sub- 
stance, ni une âme de ce qui est Fins âme et sans 
qualité, et traitant celte doctrine d'absurde, à peu 
près comme le fait M. Soury. 

Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les détails de 
toutes ces hypothèses pour en montrer l'inanité; 
mais les ultra-positivistes actuels, en déinontranti 
par leurs recherches et leurs expériences minu- 
tieuses sur les infiniment petits microzoairos, jus- 
qu'où peut être reculée la génération, croient-ils 
mieux éclairer l'origine de la vie? Arrivés à cette 
limite extrême oîi elle anime la matière, ils n'en 
perçoivent pas plus sûrement, ni distinctement la 
manifestation, le souffle, l'émanation que les plus 
spiritualistes. Pour l'expliquer, ils sont réduits à 
invoquer, chez ces infiniment petits qui en offrent 
à peine les premiers linéaments, toutes les lois ré- 
gissant celle des animaux supérieurs. Ils appliquent 
ainsi à des êtres imparfaits et incoiiscients les pro- 
cessus et les principes des plus parfaits, de l'homme 
même, et c'est en matérialisant 1 1 pensée, la vo- 
lonté, chez les animaux inférieurs où elle se con- 
fond avec l'instinct, l'habitude machinale, (pi'ils 
prétendent en surprendre la manifestation. Ils les 
graduent progressivement avec le perfectionnement 
de la matière pour faire de la conscience et de l'âme 
même de simples émanations de celle-ci. 

« Ici comme partout, dit M. Paul Bcrt, la physio- 
logie constate une gradation suivie, sans aucune de 



70 LA GÉNÉRATION. 

CCS (K'inarcations nettes, de ces espèces d'abîmes 
que la inétliodc a priori se plaît à imaginer entre 
les èties qu'elle dédaigne d'observer. On a bien sou- 
vent j)arlé de l'abîme intellectuel qui sépare l'bomme 
do l'animal; mais un abîme aussi pioi'ond ne sem- 
blc-t-il pas creusé entre le singe anlbrojiomorplie et 
l'amibe dil'fluente? On peut aller plus loin encore et 
retrouver jusque dans le besoin de mieux être, qui 
fait cbcrcber aux plantes la lumière, des traces bien 
obscures de celte volonté et de ce sentiment déjà si 
effacés cbez l'amibe. » 

La vie du monde entier est ainsi expliquée aujour- 
d'bui par la théorie cellulaire et plastidulairc aidée 
du transformisme, c'est-à-dire en supposant une 
longue suite de perfectionnements progressifs dans 
les états cellulaires. Ilaîckel place ainsi « au bas de 
l'échelle, au dernier degré d'association et de com- 
munauté cellulaire, les algues et les champignons 
dans le règne végétal, les éponges et les coraux dans 
le règne animal, et les compare, par leur nature ru- 
dimejitaire de la division du travail et de la centra- 
lisation, à nos grossières hordes de sauvages. La 
puissante république cellulaire de l'arbre, l'admi- 
rable monarchie cellulaire du vertébré — où la 
nature complexe de l'élaboration et la division du 
travail des cellules constituantes donnent lieu à 
l'apparition des organes les plus divers — sont au 
contraire assimilées à l'homme civilisé des sociétés 
actuelles, où la coordination et la subordination des 
états sociaux, l'action commune pour le bien gé- 
néral, la centralisation du gouvernement, en un 



MATÉRIALISME ET SPIRITUALISME. 71 

mot l'organisation, ont atteint une si étonnante 
hauteur. » 

Et il prétend démontrer par là Torigine de l'orga- 
nisme cellulaire si complexe de l'homme, avec son 
arrangement conforme au but à atteindre. « Loin 
d'avoir été appelé à l'existence par un plan de créa- 
tion préconçu, comme on le suppose d'ordinaire 
par une vue bien erronée, dit-il, il n'est que l'orga- 
nisation de cet état cellulaire, développée au cours 
de millions et de millions d'années, par l'effet tout 
simple du concours et de l'évolution historique des 
cellules constituantes; de même que les nations 
civilisées se sont développées, en quelques siècles, 
par l'action réciproque et la division progressive du 
travail des citoyens.» L'histoire de la civilisation hu- 
maine explique ainsi celle de l'homme, tandis que 
la logique enseigne tout le contraire. Il suffira de 
poser ensuite les bases inébranlables de la géné- 
ration humaine pour renverser cet échafaudage de 
théories aussi absolues qu'erronées. 



Matérialisme et Spiritualisme. 

En face do ces impossibilités matérielles à décou- 
vrir la source de la vie et son dégagement, devant 
ces suppositions gratuites pour l'expliquer, l'esprit 
s'étonne de tant de subtilité de la matière et la rai- 
son s'indigne de ces assimilations contradictoires. 
Doter la plante de volonté et de sentiment parce 
qu'elle s'élève ou s'incline pour se diriger vers l'air. 



72 LA GÉNÉRATION. 

la lumière, le soleil, qui sont ses aliments indispen- 
sables de vie, n'est-ce pas confondre les lois d'at- 
traction, d'aflinité et les forces de la matière pour 
l'aire du surnaturel à plaisir? Absolument comme 
îlaîckel attribuant des « forces » aux granules vi- 
vants, aux atomes matériels de ses plastidules imagi- 
naires qu'il ne démontre même pas. Douer ces atomes 
supposés de plaisir et de déplaisir, d'amour et de 
haine lorsqu'ils se rejoignent ou se repoussent, de 
sensibilité et de volonté, de mémoire, d'une âme 
pensante enfin, n'est-ce pas infiniment plus subtil 
et mystérieux que d'admettre l'âme humaine ? Aussi 
son traducteur la refuse-t-il à l'homme, qui en offre 
des preuves si éclatantes, chez lequel elle apparaît 
d'autant plus brillante et distincte devant ces gros- 
sières comparaisons. 

11 est à remarquer que cette méthode d'observa- 
tion et de raisonnement, procédant du simple au 
composé par l'assimilation à l'hounne du végétal 
ou de l'infusoire les plus rudimentaires, sans corps 
ni sexe, est essentiellement illusoire et diamétra- 
lement opposée à celle du maître. « La vie chez les 
animaux supérieurs est de plus en plus distincte de 
ses manifestations, dit Cl. Bernard ; elle est de plus 
en plus confuse chez les êtres inférieurs. Les ma- 
nifestations vitales sont mieux isolées, plus nettes 
dans les degrés élevés de l'échelle que dans ses de- 
grés inférieurs. C'est pourquoi la physiologie des 
animaux supérieurs est la clef de la physiologie 
de tous les autres, contrairement à ce qui se dit 
— et il eut pu ajouter à ce qui se fait — gêné- 



MATÉRIALISME ET SPIRITUALISME. 73 

Tâlemeni. (Leçons sw^lesphénomènes delavie,VdiTis.) 
' Scruter ainsi la matière dans ce qu'elle a de moins 
organisé, pour y découvrir l'esprit et la vie, c'est 
aoaisser l'homme et le matérialiser. Mais en décou- 
vrant chez ces atomes microscopiques des attributs 
et des propriétés si élevés, c'est dévoiler ïa Divinilc 
chez les âmes d'élite et la rendre plus perceptible 
et saisissable. Admettre une âme chez ces infinimcnî. 
petits par quelques-unes de ses manifestations, c'est 
la rendre évidente chez l'homme. Par l'exaiTération 
de leurs agissements et leurs assertions contraires, 
les positivistes rappelleront à bref délai le règne 
exclusif du vitalisme et du spiritualisme, à défaut 
de pouvoir expliquer la vie et l'esprit autrement. 
Si sentir et réagir sont le fondement de toute vie 
psychique, selon eux, ces deux fonctions suffiront à 
tout esprit, digne de ce nom, pour résister à leurs 
entraînements matérialistes et conserver son idéal. 
Ce ne seront pas les disciples de Socrate et de 
Platon qui nous révéleront le secret de notre ori- 
gine spirituelle, s'écrie M. J. Soury, tout en conve- 
nant, avec une bonne foi qui l'honore, que les natu 
raîistes ne le connaissent pas davantage, puisqu'ils 
le cherchent. Mais il admet que les méthodes scien- 
tifiques actuelles et les progrès des connaissances 
permettent de dégager des lois communes et d'édi< 
lier des hypothèses légitimes à cet égard, comme 
celles de la gravitation universelle, de l'éther cos- 
mique et de l'évolution de notre monde solaire, qui 
sont des vérités relatives tant qu'elles ne seront pas 
remplacées par de plus vraisemblables. 

5 



74 LA GÉNÉRATION. 






Expériences minutieuses et microscopiques, in- 
terprétations et assimilations différentes, hypothèses 
contradictoires, voilà donc tout le bilan des systè- 
mes en vogue, sous le patronage des positivistes 
contemporains les plus avancés. Nous les avons 
exposés sans leur donner un entier crédit, car il 
faut reconnaître et confesser impartialement que 
basés seulement sur des réalités microscopiques, 
infinitésimales, ils ne sont encore que des abstrac- 
tions imperceptibles et inappréciables pour le com- 
mun des mortels, ressemblant beaucoup, par leur 
généralisation, au merveilleux et au surnaturel d'au- 
trefois. L'idéal n'est pas dans la cellule, ni le glo- 
bule, ni le microbe et encore moins le plasson, qui 
abaissent toujours leurs contemplateurs de plus en 
plus vers la matière. Il est au contraire dans les 
grandes idées générales de la vie, les vues d'ensem- 
ble de la création qui élèvent et grandissent l'homme 
jusqu'au ciel. 

La faveur dont le matérialisme jouit actuelle- 
ment ne repose donc pas sur une base plus solide 
que tous lés systèmes précédents. Peut-être n'a-t-il 
un cours si élevé qu'en s'adaptant mieux à l'esprit 
et aux idées du jour que les explications purement 
vitalisles et spiritualistes d'autrefois. D'autres le 
remplaceront sans doute. Quand Bonnet, inspiré 
de Kant dans sa Palingénésie philosophique {Am- 
sterdaïriy 1762), considérait l'organisme humain 
comme une simple machine, il ne voyait partout 



MATERIALISME ET SPIRITUALISME. 75 

que des fibres pour la faire mouvoir et réduisait 
tous les tissus en fibres pour les besoins de son 
système. Une glande, une artère n'étaient formées, 
pour lui, comme le muscle, « que de la réunion ou 
de l'entrelacement d'un grand nombre de fibres et 
de vaisseaux plus ou moins déliés, différemment 
combinés, arrangés, repliés, calibrés ». L'anatomie 
générale de Bichat et l'histologie moderne ont dé- 
montré depuis l'erreur de cette conception systé- 
matique. De nouvelles découvertes ou une autre 
interprétation changeront infailliblement de même 
toute l'économie du matérialisme actuel, en en rui- 
nant les bases. Un système unique, absolu, n'a ja- 
mais rien expliqué ; tandis que, uni à l'organisme 
vivant, le spiritualisme rationnel qui s'impose, et 
dont la durée séculaire est une garantie de vérité, 
subsistera éternellement. Il faut laisser à l'esprit 
et à la pensée, à la conscience surtout, leur domaine 
immatériel, et à moins de les assimiler à des exhalai- 
sons gazeuses du cerveau, comme les gaz, la vapeur 
se dégageant de la matière, on ne parviendra ja- 
mais à les réduire. 

Ces deux grandes doctrines opposées se sont ren- 
contrées face à face à l'école de Halle, lors de sa 
création à la fin du dix-septième siècle. C'est là 
qu'elles ont brillé du plus vif éclat, personnifiées 
dans les deux plus grands noms qui les aient sou- 
tenues : Hoffmann et Stahl. Chacun jouissait d'un 
immense talent d'exposition avec un esprit tout 
différent. Pendant de longues années, ils les ont 
séparément exposées et défendues, côte à côte, avec 



76 LA GÉMÉRATION. 

autant de conviction et de sincérité, sans s'in- 
quiéter l'un de l'autre, tout en se critiquant et se 
combattant réciproquement avec courtoisie. Stalii 
n'avait que des mots insultants pour les anato- 
mistes purs : Nego ad medicinam facere, dit-il 
tandis que pour Hoiïmann, les lois qui président à 
la matière étaient sans exception dans le corps 
humain. 

Quoique jouissant d'un grand avantage sur son 
contradicteur, par son âge et son titre de doyen de 
l'école, celui-ci ne remporta pas les honneurs de la 
guerre. Le matérialisme, malgré le renfort puissant 
que lui apporta l'Anatomie générale de Bichat, pour 
enfler ses voiles, ne sut pas rester dans ses sage» 
limites. Il se divisa, se morcela en sectes différentes ; 
chimiques, physiques, mécaniques et, malgré sa 
vogue persistante, il s'émiette aujourd'hui en expé- 
riences de toutes sortes. 

Les plantes et les plus petits animaux, la ma- 
tière même, lui servent à expliquer la vie de 
l'homme, au nom du microscope et des réactifs, par 
les microbes, les microzymas ou l'agrégat gypseux, 
le plasson! Le vitalisme de Stahl, au contraire, reste 
intact, malgré l'animisme et le vitalisme organique 
que les écoles de Montpellier et de Paris ont voulu v 
substituer. 11 reste toujours le principe même de la 
vie. (Lasègue, Conférences histoi^iques yParïs, 1866.) 

Pour satisfaire ce besoin d'expliquer la vie, dont 
l'esprit humain est incessamment tourmenté et dont 
l'éternelle mission sera d'en chercher l'origine, 
bien d'autres systèmes ont été imaginég à toutei 



MATÉRIALISME ET SPIRITUALISME. 77 

ies périodes de l'histoire. Ce fut toujours le principal 
objectif des espriis spéculatifs de toutes les époques 
du monde connu. Philosophes et savants se sont 
donné libre carrière à ce sujet, conformément aux 
croyances et aux idées dominantes du temps. L'ori- 
gine seule de la vie humaine en a suscité des cer- 
taines, sans que l'on en connaisse mieux le secret 
intime. Ils se résument aujourd'hui dans l'épigénèse 
et l'évolution, seuls débris de tous ces systèmes, dont 
nous parlerons à la Fécondation. 

Des trois systèmes absolus qui se partagent ac- 
tuellement l'empire des esprits pour expliquer la 
vie sous ses différentes formes : hétérogénie ou ma- 
térialisme, panspermie et transformisme par la sé- 
lection, aucun ne satisfait complètement en laissant 
des lacunes, des vides à combler. Résultant chacun 
de faits scientifiquement constatés, démontrés et 
irrécusables, ils contiennent certainement une part 
de vérité. Ne serait-il pas plus rationnel de les réunir 
et d'en former un ensemble, comme nous le conce- 
vons? Ce serait la matière, répandue partout sous 
diverses formes, incessamment agitée dans l'air et 
dans l'eau, se mêlant et s'agrégeant sans cesse en 
vertu de ses affinités, ses attractions naturelles, et 
déterminant ainsi par ses réactions, ses combinai- 
sons, une effervescence et des fermentations qui, 
l'animant et lui communiquant la vie et l'esprit, 
la transforment et lui donnent des formes et des 
propriétés nouvelles. D'après les phénomènes mé- 
caniques, physiques et chimiques, géologiques 
mêmes, qui se passent sous nos yeux, c'est là du 



78 LA GÉNÉRATION. 

moins ce qu'il est permis d'imaginer le plus ra- 
tionnellement, sans pouvoir le démontrer. 



Vie latente oa suspendae. 

Toutes les obscurités et les contradictions ne 
sont pas dissipées par le matérialisme actuel. Bien 
des inconnues mystérieuses restent à élucider sur 
l'origine de la vie. Ce redoutable problème n'est 
^uère plus avancé par toutes ses expériences et ses 
n.kerprctations, en présence de la conservation latente 
de ra vie dans les germes, œufs, graines ou cellules 
pendant des mois, des années et des siècles, san* 
aucune manifestation extérieure. Des grains, relrou 
vés dans les pyramides d'Egypte, ont germé, dit-on, 
après y avoir été renfermés des milliers d'années 
à l'abri de l'air, de la lumière et de l'humidité^ 
c'est-à-dire en dehors des conditions même de leur 
germination. On sait que les spores des champi- 
gnons, les graines des plantes, les œufs des insectes 
comme ceqx des oiseaux, restent ordinairement un 
temps plus ou moins long de froid ou de chaleur, de 
sécheresse ou d'humidité, sans se développer. Les 
conditions convenables d'air, de température ou d'hy- 
grométricité leur permettent seules d'évoluer et 
de se reproduire ensuite. On comprend qu'ils se 
nourrissent de leurs propres éléments, comme l'or- 
ganisme malade à la diète se nourrit de sa propre 
substance. La vie s'entretient ainsi, comme les élé- 
ments mêmes, pendant un certain temps. 



VIE LATENTE. 79 

Si la plupart des graines convenablement abritées 
dans un endroit sec, sans air ni lumière, peuvent 
se conserver un temps indéterminé, surtout en 
raison de l'enveloppe plus ou moins épaisse qui en 
protège le germe intérieur, leur composition même 
les rend plus ou moins incorruptibles. Tandis que 
les haricots et la plupart des légumineuses peuvent 
se conserver cinquante, soixante et môme plus de 
cent ans, à cause de l'albumen abondant qu'elles 
contiennent, les graines huileuses rancissent vite et 
demandent à être semées peu de temps après leur 
maturité. Des recherches faites à ce sujet sur le pi- 
gnon et le ricin de l'Inde, par le docteur Maillot, 
chef des travaux chimiques à l'Ecole de pharmacie 
de Nancy, et consignées dans sa thèse récente pour 
le doctorat, lui ont expliqué cette particularité par 
la présence de nombreux vaisseaux du latex dans 
les téguments de la graine des Euphorbiacées. Il y a 
découvert aussi de l'acide sébacique et ses sels, 
et observé que les globoïdes de l'alcurone ne sont 
pas de simples phosphates, comme dans les autres 
graines, mais des malophosphates. Les cristalloïdes 
sont en outre composées d'une albumine fort analo- 
gue à la leucine. Cette composition spéciale explique 
donc la difficulté de leur conservation. 

Il en est de même des éléments de la vie hu- 
maine à l'état normal. Les spermatozoaires chez les 
garçons et les ovules chez les filles ou plutôt leurs 
cellules formatrices, sinon leur protoplasma ou leur 
plasson, comme dirait Ilœckel, existent dès leur 
naissance, et cependant ils n'évoluent et se dévelop- 



80 l>A GENERATION. 

peut pour manifester leur existence qu'à la puberté, 
par le fait même de la fermentation vitale qui s'o- 
[)L'rc dans l'organisme à cette période. C'est la vie 
latente parfaitement définie et expliquée. 

Le même phénomène a lieu encore chaque hiver 
sous nos yeux pendant le repos de la terre. Elle reste 
comme morte, pendant un temps variable, suivant les 
climats. Toute véjrétation est suspendue et des mil- 
lierr d'insectes succombent. Il n'y a plus de vie 
apparente à sa surface, jusqu'au moment où, sous 
l'influence printanière du renouveau, une sourde 
fermentation s'empare d'elle et, sous l'action vivi- 
fiante du soleil, les myriades de germes qu'elle 
recelait dans son sein éclosent et se développent, 
pour l'embellir et la parer de nouveau. 

Mais lorsque la vie s'étant montrée avec tous ses 
attributs, est suivie d'une mort apparente et tous 
ses caractères, comment peut-elle renaître sans gé- 
nération nouvelle ? Les œufs des écrevisses, long- 
temps séparés du corps de la femelle sur lequel ils 
éclosent ordinairement, lors même qu'ils ont été 
desséchés, n'en éclosent pas moins et produisent des 
petits, dès qu'on les replace dans l'eau. Fait impor- 
tant à connaître pour la propagation d'animaux qui 
fournissent un aliment si sain et délicat à l'homme. 

Ce fait de îa vie suspendue, comme disait Lamarck, 
a été démontré expérimentalement .par Doyère, il y 
a peu d'années, sur les rotifères. Roulés en boules, 
ils se dessèchent, pendant les chaleurs, et repren- 
nent leur mouvement dès qu'il pleut. Il a pu les 
soumettre à une température égale à celle de l'ébul- 



VIE LATENTE. 81 

ïtion, les faire dessécher ensuite et, en soumettant 
ieur cadavre à un certain degré d'humidité, les faire 
revivre de nouveau. De là, le nom d'animaux revi- 
viscents qui leur fut donné. 

La vie humaine, dont la respiration est une con- 
dition indispensable, peut également s'entretenir 
sans elle dans certaines circonstances. Trois nou- 
veau-nés, observés par Bardinet de Limoges, et pré- 
sentant des ecchymoses et des caillots comme signes 
évidents d'une vie antérieure, ont pu revivre, après 
être restés étouffés durant plusieurs heures — jus- 
qu'à quinze heures chez l'un d'eux — et tenus ainsi 
pour morts. Le troisième, inhumé par sa mère sous 
une couche de terre, de 25 centimètres d'épaisseur, 
•oii il resta plus de quatre heures, survécut néan- 
moins quatre jours à son exhumation. (Acad. de 
méd., 1864.) 

Ce maintien de la vie humaine sans respiration 
s'explique, il est vrai, dans ces trois cas, par la 
persistance du trou de Botal chez ces avortons, nés 
avant terme, et la température élevée d'août. Mais 
comment peut-elle s'entretenir chez les rotiféres 
après avoir subi celle de l'ébullition et un dessèche- 
ment prolongé? La reviviscence de ces animalcules 
est donc une véritable génération spontanée, n'exi- 
geant que l'eau pour se manifester, sinon une résur- 
rection apparente. Comment la vie ne s'éteindrait- 
elle pas, dans ces conditions, quand pour se mainte- 
nir dans son activité chez l'homme, elle exige une 
rénovation incessante des éléments de l'organisme? 

Les positivistes, pour lesquels il n'est pas de mys- 

5. 



82 LA GÉNÉRATION. 

tère, admettent implicitement que ce n'est là qu'un 
état de mort apparente et que l'organisation est con- 
servée dans ce qu'elle a de fondamental. {Robin.) 
Ce qui revient à dire que la vie est d'autant plus te- 
nace qu'elle est plus simple, moins longue et moins 
apparente, puisque pour cesser définitivement chez 
l'homme, il suffit que le cœur cesse de battre. 

La science est encore si bornée, dans ce domaine 
de l'origine de la vie et de l'esprit, qu'après l'exposé 
succinct des principaux systèmes modernes qui pré- 
tendent actuellement au monopole de son explica- 
tion, on est tenté d'en regarder la recherche comme 
vaine et inutile. « Pourquoi avoir tant souci de ce 
corps qui nous sépare de l'idéal que notre pensée peut 
atteindre et qui met une si grande distance entre nos 
rêves et la réalité, se demande M. Laugcl, et pourquoi 
tant se préoccuper de ses origines ? Nous sommes 
comme des vases où une parcelle divine a été renfer- 
mée, qu'importe la manière dont le vase a été fa- 
çonné? Si toute notre grandeur est dans la pensée, 
qu'importe si notre substance vivante a été tirée 
immédiatement du règne inorganique ou médiate- 
ment du règne animal? Ce souffle divin, dont nous 
sommes les simples dépositaires, sera-t-il moins sacré 
parce que, suivant le beau mythe biblique, il 
aura été communiqué à une statue d'argile ou parce 
qu'il nous sera arrivé de plus en plus affranchi à 
travers une série d'organismes divers? » 

Aussi croyons-nous qu'il est mieux de nous en 
tenir aux modes bien établis de la nature végétale et 
animale. 



MODES DE LA GENERATION 



Malgré l'immensité des êtres vivants qui se repro- 
duisent à chaque instant dans les règnes végétal et 
animal, deux modes distincts de cet acte sont seule- 
ment bien établis, connus et admis : c'est la généra- 
tion sexuée s'opérant à l'aide de deux individus dis- 
tincts, mâle et femelle, avec des organes différents, 
et la génération asexuée, c'est-à-dire par un seul 
individu, soit qu'il possède les organes des deux 
sexes, l'hermaphrodisme, soit qu'il n'en possède au- 
cun. Il se reproduit alors par scission et bourgeon 
nement, c'est-à-dire en se fragmentant, en se divi- 
sant spontanément ; chaque bourgeon ou fragment 
donnant un organisme nouveau. 

Au point de vue spécial de la génération, les 
plantes se distinguent principalement en deux gran- 
des classes, fondées sur la différence essentielle de 
leur semence. C'est le cotylédon, corps blanc, 
charnu, qui forme l'amande, et dont le caractère est 
d'avoir un creux, une cavité à l'intérieur. C'est l'a- 
nalogue de l'œuf ou l'ovule chez les animaux. 

Les plantes privées de cotylédon s'appellent Cryp^ 



84 LA GÉNÈHATION. 

tognmcs, c'cst-à-tlire dont le mariage, l'union est 
obscure ou cachée. Elles ne donnent ni fleurs, ni 
organes sexuels apparents, ni graines, ou du moins 
tout cela est à l'état rudimenlaire, naissant. Ce sont 
les plantes asexuées dont le germe reproducteur est 
un simple fragment de leur tige, une poussière, une 
spore ou sporule s'en détachant spontanément par 
une saillie, un bouton avorté, et même justpi'à une 
floraison bâtard -j chez les plus élevées. Tels sont 
les champignons, les algues, les mousses, les li- 
chens, les fougères, etc. De là leur nom d'acotylé- 
donées, c'est-à-dire sans cotylédon. Leur simplicité 
les rend ainsi peu nombreuses pour marquer, des^ 
siner le premier degré de la vie de reproduction 
dont elles olfrent seulement quelques linéaments, à 
l'état naturel; mais l'art a fait de ces dernières 
d'admirables plantes Vertes dont le feuillage élégant 
et ujajestucux leur permet de rivaliser aujourd'hui 
avec les plus beaux arbustes. 

L'immense majorité des végétaux se compose, au 
contraire, de plantes cotylédonées, se distinguant 
par la fleur et des organes sexuels distincts, la 
graine, l'amande, le pépin ou noyau, contenant 
toujours à l'intérieur un ou plusieurs cotylédons, 
qui forment la semeaice. On les appelle Plianéro^ 
games, c'est-à-dire à organes sexuels distincts. Elles 
se divisent en monocotylédonées — avec un seul 
cotylédon — (jnand le grain est inséparable et forme 
un tout, un ensemble homogène, comme dans l'orge 
et l'avoine, et en dicotylédonées quand deux cotylé- 
dons distincts se rencontrent unis à la base par le 



MODES DIVERS. 8Ï 

germe, comme le haricot et la fève. Chaque coty 
lédon est parfois subdivisé en plusieurs, d'où le 
nom de polycotylédonées, dont les fruits des coni- 
fères offrent l'exemple. 

La multiplication infinie de toutes les espèces 
végétales s'opère par ces deux modes simples. Ils 
en marquent la gradation et l'importance. On peut 
reconnaître et déterminer le rang d'une espèce à son 
mode de génération : plus il est simple, plus la vie 
en est élémentaire, courte et la reproduction fré- 
quente et multiple. La scission ou segmentation est 
ainsi le caractère des plantes les plus simples, comme 
des animaux inférieurs et élémentaires. L'emploi du 
microscope en a fait découvrir de nouveaux exem- 
ples inconnus autrefois, et la reproduction asexuée 
est regardée aujourd'hui comme plus fréquente et 
répandue que la génération sexuée qui distingue les 
espèces supérieures dans les deux règnes. 



L'oviparité sexuelle forme la caractéristique de 
la reproduction dans le règne animal. Des quatre 
grandes divisions dont il se compose, la première 
seule échappe à cette règle. Ce sont les Zoophytes, 
plantes et animaux à la fois, animalcules simple- 
ment radiés ou rayonnes, formant l'intermédiaire 
avec le règne végétal. Ils ne s'en distinguent que 
par le mouvement qui leur est donné, sans aucun 
organe apparent au début. Tels sont les infusoires 
microsc /piques, dont plusieurs milliers fourmillent 
dans une seule goutte de vinaigre. Ils se trouvent 



86 LA GÉiNËUATlUIS. 

en assez grand nombre dans un millième de goutte 
de sang charbonneux pour que, inoculée à un co- 
chon d'Inde ou un lapin, elle les tue rapidement, 
comme de récentes expériences aullientiques et con- 
firmées l'ont prouvé. Ils se développent ainsi en 
abondance dans les infusions végétales et animales, 
dans les eaux douces stagnantes, croupissantes, où 
ils fourmillent. 

Ceux visibles à l'œil nu, dont la plupart vivent 
dans les eaux salées, comme les polypes, les coraux, 
se reproduisent par simple division ou segmenta- 
tion; ce qui les assimile aux végétaux dont chaque 
bourgeon représente un individu distinct, se .repro- 
duisant par la greffe et la bouture. Les jolies éioiles 
à huit rayons que forme le corail vivant sur ses 
branches, ressemblent même à des fleurs, comme 
les actinies qui, mettant dehors leurs membres co- 
lorés lorsqu'elles s'ouvrent au soleil, simulent des 
fleurs s'épanouissant. Aussi les appelle-t-on fleurs 
de mer. Et pour mieux en affirmer et démontrer 
l'individualité indépendante, le bourgeon apparent 
du polype, du corail, persiste sur sa tige, alors que 
l'être vivant s'en est séparé, détaché, soit en mou- 
rant sur pied, soit en tombant au fond de l'eau pour 
en reproduire un autre. 

Dès que le zoophyle se perfectionne dans les 
classes supérieures de cet ordre élémentaire par des 
rudiments d'organes, des tentacules,, la reproduction 
se fait par des œufs, c'est-à-dire sexuellement. 

Les Mollusques, dont le corps mou, mucilagi- 



MODES DIVERS. 87 

neux, comme l'indique leur nom, est recouvert 
d'une enveloppe solide ou coquillage et qui forment 
la seconde division, se reproduisent en général 
sexuellement. Pourvu d'appendices pour saisir et 
accrocher, ils s'en servent spécialement pour la re- 
production, dont les organes sont apparents et dis- 
tincts. Ceux de la première classe, acéphales, c'est- 
à-dire sans tête, en sont seuls exceptés. Ne pouvant 
se conduire, ils réunissent les organes mâle et fe- 
melle et sont ainsi manifestement hermaphrodites. 

Les Articulés^ caractérisés parleur enveloppe for- 
mée d'anneaux plus ou moins durs et articulés les 
uns aux autres, ont pour type l'écrevisse chez les 
crustacés, le hanneton parmi les insectes. Ils for- 
ment l'intermédiaire entre les animaux mous, sans 
squelette intérieur, et ceux qui s'en distinguent par 
la colonne vertébrale solide et résistante. Tous se 
reproduisent sexuellement, quoique la différence des 
organes externes soit rudimentaire et à peine sen- 
sible. 

Cette scission entre ces invertébrés et les verté- 
'brés, constituant la division fondamentale du règne 
animal, est encore accentuée davantage chez les 
Poissons^ placés immédiatement au-dessus des arti- 
culés. Leur oviparité est si marquée que leurs œufs 
sont innombrables et cependant ils sont encore 
privés d'organes copulateurs externes, comme chez 
les vertébrés. C'est en se perfectionnant graduelle- 
ment ensuite chez les Oiseaux et les Mammifères^ 
surtout par le système nerveux dont ils sont doués et 



88 LA GÉNÉRATION. 

qui leur donne la sensibilité et l'instinct, que ces or- 
gaiies auxiliaires de la reproduction apparaissent de 
iv'us ' n p?îis distincts et réalisent la sexualité com- 
piète, surtout chez les ovovipares, comme dans l'es- 
.^^ hamaine. 



lintre ces dei;x règles, ces deux lois immnnblcs et 
tranchées, il existe des nuances intermédiaires, des 
modiBcations, des différences, des métamorphoses 
pour en former la liaison, comme les classes et les 
espèces les plus voisines des deux règnes se rappro- 
chent entre elles par des nuances insensibles dans 
leurs variétés. 

A défaut de les connaître ou de pouvoir les dé- 
montrer directement, il est toujours permis de les 
prévoir, les supposer et les admettre implicitement, 
car la preuve positive s'en révèle ordinairement avec 
évidence chez les individus supérieurs de la même 
classe, sinon dans la classe suivante, ou les indi- 
vidus correspondants du règne supérieur. La géné- 
ration, latente et cachée au début de la manifestation 
de la vie dans les deux règnes, s'éclaire et se prouve 
de la sorte. En voyant la spore atomique, la moisis- 
sure qui se détache spontanément du champignon 
microscopique, manifester la vie éphémère dont elle 
est douée, on peut admettre une sexualité interne 
en'.rs 'es cellules de la i)lante mère, puisqu'elle est 
acotylédonée, privée de cotylédon, et sans organes 
distincts ni apparents. La génération endogène ou 
par scissiparité de l'infusoire microscopique, l'a fait 



MODES DIVERS. 89 

ainsi supposer, imaginer plutôt que démontrer par 
les positivistes allemands dans les fougères, comme 
on le verra plus loin. Mais elle est bien démontrée 
par les algues, puisque ces cryptogames, asexués 
d'abord comme tous leurs semblables, se perfec- 
tionnent graduellement dans leur tissu et leur orga- 
nisation, en se rapprocbant des phanérogames, au 
point de devenir hermaphrodites comme eux et 
même sexués séparément dans le chanvre. 

C'est là un phénomène très remarquable dans les 
deux règnes, d'offrir dès le début, dans leur pre- 
mier ordre, les différents modes de la génération. De 
même que les algues en réalisent les trois formes 
principales dans leurs variétés, les zoophytes — très 
dissemblables entre eux et dont la plupart vivent 
aussi dans la mer — les présentent également dans 
leurs différentes classes. La plupart se multiplient 
par scissiparité, comme les infusoires microscopi- 
ques, d'autres par gemmes ou bourgeonnement, 
comme les polypes, mais ceux-ci se reproduisent 
aussi par des œufs. Quelques-uns sont même herma- 
phrodites ; mais bientôt les organes se séparent et 
les orties de mer ont des femelles dont les ovairea 
s'ouvrent dans l'estomac, qui sert à la fois à leur 
nutrition et à îeur génération. 

Tout cela n'est sans doute qu'une ébauche obs- 
cure et très imparfaite de ces divers modes de la 
reproduction. 11 serait même impossible d'en distin- 
guer le mécanisme, s'il n'était éclairé, confirmé en 
s'accentuant et se perfectionnant graduellement et 
séparément dans les classes supérieures. Leur dessin 



W LA GENERATION 

en mininture, dès ces origines microscopiques de la 
vie, est comme l'expression souveraine des lois sim- 
ples et immuables qui président à sa manifestation : 
l'Esprit. 

De là l'indication, le précepte formel de procéder, 
non du simple au composé, pour en étudier et en 
connaître le mode de génération, comme le font les 
naturalistes modernes, mais du composé au simple. 
Autrement, on risque de faire de fausses interpré- 
tations et de prendre pour des lois, des règles fixes, 
de simples exceptions. 



Depuis les plus simples plantes aquatiques, comme 
les naïades, les lenticules et les joncs, jusqu'aux 
arbres dicotylédones, tous les phanérogames sont 
pourvus d'organes sexuels plus ou moins apparents 
et distincts. Leur perfectionnement graduel ne con- 
siste plus, au point de vue spécial de la génération, 
que de la manière plus ou moins sensible dont ils 
se rapprochent, se fécondent, et la conservation de 
leurs graines ou de leurs fruits, quoique l'homme 
ait aussi la faculté de les multiplier par leurs bour- 
geons. 

De ce perfectionnement gradué du règne végétal 
naît ainsi là vie animale sans lacunes ni transitions, 
les zoophytes étant pianies et animaux à la fois, 
comme leur nom l'indique. Les coraux, les polypes, 
les éponges et les seiches sont de simples rayons 
muqueux, gélatineux, produisant un véritable végé- 
tal pour les protéger, comme l'écaillé de l'huître ou 



MODES DIVERS. 91 

le nid des petits oiseaux. Ils s'y insèrent, y \ivent et 
s'y développent, puis meurent, en laissant subsister 
ces produits brillants et utiles dont l'homme se sert 
avec tant d'avantages. 

En recommençant le mode primitif de la généra- 
tion asexuée des plantes cryptogames par scissipa- 
rité ou génération endogène, leur sexualité interne 
est tacitement affirmée par celle des algues qui leur 
correspondent. Et, en effet, ces animalcules marins, 
simplement rayonnes, ne tardent pas à présenter, 
à revêtir des organes sexuels en émettant des œufs. 
Les méduses et les vers intestinaux se reproduisent 
ainsi par scission et oviparité, suivant les périodes 
de leur développement. Les œufs se fixent à un 
corps étranger et se divisent en un certain nombre 
de parties, dont chacune donne naissance à un nou- 
vel être. 

L'accouplement apparaît en ébauche chez les mol- 
lusques hermaphrodites, se réalise complètement 
chez les insectes, malgré leurs organes rudimon- 
taires, tandis qu'il n'existe pas chez les poissons, 
dépourvus d'organes copulateurs. 



La sexualité se manifeste de plusieurs manières 
différentes chez les animaux. Chez les plus infé- 
rieurs, une ampoule ou capsule pleine de liquide en 
est presque le seul caractère apparent, comme chez 
les insectes. Le contenu en fait toute la différence. 
Ce sont des spermatozoïdes chez les mâles, des ovules 
chez les femelles. Il y a donc là une grande ressera- 



92 LA GÉNÉRATIOIi. 

blaiice, comme entre les étamines et le pistil des 
pl;iiilcs hermaphrodites, ne se distinguant souvent 
que par leur siège. 

Ces organes séminifères se développent et s'éten- 
dent bientôt, sous forme de tubes déhés ou de con- 
duits filiformes, enroulés et ramifiés, si serrés et 
condensés chez les vertébrés qu'ils ont la forme 
d'f^ne glande compacte. C'est le testicule ou glande 
séminale chez le mâle, l'ovaire chez la femelle. 

A ces organes fondamentaux, portés sur deux in- 
dividus distincts, séparés, s'ajoutent, à mesure qu'ils 
se développent et se perfectionnent, des cryptes, 
des réservoirs qui en font autant d'annexés indis- 
pensables et les traits caractéristiques et opposés de 
la sexualité distincte, pour s'approprier à leur réu- 
nion intime. 

Une différence capitale les distingue. Après être 
restés uniformément [)lacés et fixés dans l'abdomen 
chez les deux sexes, comme dans l'hermaphrodisme, 
ies insectes, les poissons, les oiseaux et même cer- 
tains mammifères : la baleine, le phoque, l'éléphant 
entre autres, la glande séminale en sort bientôt chez 
le mâle, tandis que l'ovaire de la femelle reste en 
permanence fixé à l'intérieur. C'est d'abord alter- 
nativement, à l'époque du rut et pour les besoins 
de racCwi4)]ement, que celte glande sort chez la 
chauve-souris, la taupe, le hérisson, le cochon 
d'Inde, le castor, le rat. Elle rentre ensuite. Mais 
elle reste constamment placée dehors chez les mam 
milères, en formant un appendice presque unifor- 
mément situé. 



MO.DES DIVERS. 9^ 

Différents procédés en résultent pour la féconda- 
tion, dans- les diverses classes d'animaux. Si le con- 
cours des deux sexes, pourvus d'organes différents, 
est absolument indispensable, il varie, pour mieux 
en dévoiler le mécanisme, suivant que le germe ou 
œuf à féconder est à l'intérieur ou à l'extérieur de 
la femelle. Les œufs des poissons, par exemple, dé- 
posés préalablement par la femelle, exigent seule- 
ment l'épanchement de la laite du mâle pour être 
fécondés. Et on le voit ainsi passer dessus, peu de 
temps après, pour y répandre sa semence, sans 
aucun rapport direct, immédiat, avec la femelle. 
Les pisciculteurs les fécondent artificiellement en 
exprimant dessus la laite des mâles. Dans quelques 
espèces pourtant, un certain voisinage et même le 
frottement des deux sexes est nécessaire, comme 
pour indiquer l'action simplement auxiliaire de 
l'accouplement dans la fécondation. Il est, en effet, 
très intime et prolongé chez les simples mollusques 
hermaphrodites pour exciter les organes de la fécon- 
dation, tandis que ce n'est souvent qu'un simple 
contact chez la plupart des insectes et des oiseaux. 
Quand l'œuf ou l'ovule est placé plus ou moins pro- 
fondément, et reste caché à l'intérieur de la fe- 
melle, le fluide fécondant doit être, au contraire, 
porté directement dessus par un organe spécial du 
mâle. D'où l'accouplement intime du mâle et de la 
femelle, et la copulation plus ou moins prolongée, 
comme chez les mammifères. 



f4 LA GÉNÉRATION. 






Arrivés à un certain degré de développement, qui 
est leur puberté, les animaux supérieurs subissent 
le besoin impérieux de se rapprocher, de s'unir. 
C'est le rut, se manifestant chez la plupart, à des 
époques fixes et déterminées, comme le mariage de 
la généralité des plantes au printemps. Ils ne sau- 
raient se soustraire à cette influence, à moins d'être 
isoles, séparés, et encore leur organisation en 
éprouve-t-elle spontanément des modifications con- 
sidérables. La chair du saumon devient rouge à 
l'époque du frai, et les femelles des quadrupèdes 
et des quadrumanes fournissent à ce moment des 
sécrétions odorantes qui ont le pouvoir de réveiller 
et de surexciter l'ardeur des mâles. Ceux-ci répan- 
dent aussi à ce moment des exhalaisons fortes, leur 
chair devient dure et d'une saveur désagréable. 

Plus ardent et impétueux, le mâle est toujours le 
provocateur dans ces combats de l'amour. Il pour- 
suit la femelle, qui attend et cède, quoique, par une 
exception rare dans les espèces supérieures, elle soit 
la plus grosse et la plus forte chez les articulés, 
comme l'écrevisse et chez la plupait des insectes. 
Lui seul est investi de ce pouvoir de séduction et 
d'entreprise ; la chatte seule fait exception à cette 
règle. Comme ces prostituées qui entraînent l'homme 
chez elleSj la chatte décide le matou à la suivre 
jusque dans la demeure de ses maîtres. 

Une fois l'époque du rut passée et la fécondation 
opérée, tout lentre dans le silence et le calme. Les 



MODES DIVERS. 95 

femelles fuient les mâles et repoussent leurs appro- 
ches, et ceux-ci, n'étant plus excités par leurs éma- 
nations sexuelles, reviennent à leur indifférence 
habituelle. Les espèces domestiques font seules ex- 
ception, en raison de la nourriture abondante et 
des soins qu'elles reçoivent, autant que de la pro- 
miscuité dans laquelle elles vivent. Le chien, le 
chat, le bélier, le coq, le pigeon, le singe, s'accou- 
pleD.t ainsi en toute saison, sans aucun préjudice. 
La jument, comme les brebis, les truies, les femelles 
du lapin et du lièvre, reçoivent même encore le mâle 
après une première fécondation, parce qu'elles sont 
aptes à concevoir par superfétation, c'est-à-dire à 
plusieurs reprises successives. 



La fécondation ne s'opère régulièrement qu'entre 
espèces semblables ou très voisines. Elle est impos- 
sible entre espèces éloignées. Le cheval et l'âne pro- 
duisent le mulet, comme le lièvre et le lapin don- 
nent lieu à un produit intermédiaire. C'est le mé- 
tissage confondu avec l'hybridité chez les plantes. 
Mais cette dérogation à la règle générale est très 
exceptionnelle dans les espèces supérieures et ne 
donne lieu qu'à des produits stériles dont le mulet 
€St le type. Ils ne peuvent engendrer à leur tour et 
l'espèce reprend bientôt ses caractères distincts. 

La fécondité est d'autant plus grande chez les 
êtres qui en sont doués, qu'ils sont plus faibles et 
dépourvus de défense, c'est-à-dire exposés à ce que 
leur graine ou leur semence^ leur fruit, soit détruit, 



96 LA GÉNÉUATION. 

perdu, dispersé. Les végétaux ne pouvant se mou- 
voir ni changer de place et leurs graines et leurs 
fiuits (ormant la nourriture ordinaire du règne ani- 
mal, ils se multiplient d'une manière prodi^ijieuse, 
comme les zoophytes, les mollusques et les insectes ; 
mais la fécondité diminue graduellement à mesure 
que l'individu augmente de volume, de stabilité 
et de vie, par la complication même et le perfec- 
tionnement de son mode de génération, au point 
de ne produire jamais qu'un seul petit à la fois chez 
l'éléphant, comme nous en donnerons un exemple 
récent. 



Rien n'est ainsi heurté, ni brisé dans la nature; 
tout s'unit et s'enchaîne par de douces transitions 
dans ce magnifique ensemble. Si les infusoires et 
certains vers même se reproduisent encore par frag- 
mentation ou scissiparité, comme les plus simples 
cryptogames, est-ce une raison pour vouloir et pré- 
tendre ramener uniformément toute la génération à 
ce mode élémentaire et primitif de la cellule? Tous 
les autres, même les plus compliqués du règne ani- 
mal, ne sont-ils pas ébauchés dans le règne végètsl? 
Après l'hermaphrodisme des plantes , confondant 
l'oviparité et la sexualité, elles les présentent sépa- 
rément, distinctement, comme pour mieux révéler 
ce mécanisme caché et le rendre appréciable à tous 
les yeux. Et pour montrer clairement, dès lors, que 
le perfectionnement gradué est tout le secret, le 
mystère de ces transformations, elles se réalisent 



MODES DIVERS. 97 

successivement dans les variétés d'une seule espèce 
des plus simples, et primitives : celle des algues. 
L'emblème de la viviparité de l'être humain se ma- 
nifeste même dans l'oranger et le citronnier. 

Il n'est pas étonnant, dès lors, que le règne ani- 
mal perfectionné ait à réaliser ces divers modes à la 
fois et que, doué du mouvement surtout, il ne les 
présente d'abord confusément, mélangés ou entre- 
mêlés, variant d'une espèce, d'un genre et même 
d'une classe à l'autre, sans qu'il soit possible de 
connaître l'ubiquité et les métamorphoses de ces 
espèces élémentaires. Ce n'est que dans les ordres 
supérieurs de chaque classe qu'elles se régularisent, 
s'établissent, se fixent et se. distinguent avec évi- 
dence. L'hybridité des plantes, les métamorphoses des 
insectes, le métissage des mammifères par les croise- 
ments et la sélection, ont été ainsi découverts et fixés 
définitivement. La métagénèse ou génération alter- 
nante, découverte récemment au microscope, n'est 
probablement, pour cette raison, comme la parthéno- 
genèse, qu'un mode mixte entre les deux principaux. 

La perfection sublime de cet ensemble en a ainsi 
été attribuée à la Divinité par tous ses admirateurs. 
La nature, a dit Goethe, est le vêtement apparent de 
Dieu! Sous l'influence du positivisme moderne, le 
transformisme a pu naître de ces transitions insen- 
sibles et être accepté en les attribuant aux seules 
forces cosmiques, à l'influence des miheux et des 
individus. Un matérialisme grossier en est actuelle- 
ment la conséquence. De là l'importance d'entrer 
dans des détails pour montrer qu'il n'y a rien de 



08 LA GÉNÉRATION. • 

changé dans cet ordre universel. Les simples modi 
ficntions observées résultent bien plus de la sélection 
artificielle, opérée sciemment par l'homme, que de 
la sélection naturelle, et l'influence de la transmis- 
sion héréditaire y joue un bien plus grand rôle que 
le transformisme. 



Génération asexuée « 

C'est le mode le plus simple et le plus élémen- 
taire, puisqu'un seul individu, sans organes dis- 
tincts, suffit à le réaliser. Il était considéré comme 
exceptionnel autrefois dans les deux règnes et, à 
défaut de pouvoir démontrer ce mode de génération, 
on supposait souvent la sexualité oij elle n'existait 
pas, car celle-ci réalisait seule, aux yeux des anciens 
naturalistes, la vie entière, complète et parfaite. 
L'asexualité en était simplement considérée comme 
l'ébauche. Ils ne pouvaient la méconnaître sans 
doute en la réalisant artificiellement par la bouture 
et par la greffe, mais ils ne l'admettaient, à l'état 
spontané, que dans le règne végétal et dans la classe 
des zoophytes, les coraux et les polypes en particu- 
lier, qui en forment la transition insensible avec le 
Tègnc animal- 
Deux procédés, bien connus et établis d'après 
obscrvfcîion même de la nature, en dehors de tout 
esprit de système, sont ainsi admis depuis plusieurs 
siècles. Leur description suffira à indiquer les es- 
pèces auxquelles ils s'appliquent. 



SGISSll'AIlITÈ 99 

Scissiparité ou fissiparité. C'est la séparation 
fractionnée ou segmentation spontanée, par laquelle 
se reproduisent plusieurs cryptogames élémentaires, 
mais surtout les myriades d'infusoires microscopi- 
ques divers, les polypes, les coraux et quelques 
hydres ou mollusques. Arrivés à une certaine pé- 
riode de leur vie rudimentaire, ils se séparent lon- 
gitudinalement ou se détachent transversalement, 
comme certains vers intestinaux, le ver solitaire 
par exemple, dont chaque fragment ou anneau se 
convertit en un organisme nouveau. 

On produit artificiellement ce mode de génération 
en coupant un ver de terre en deux. Chaque extré- 
mité reproduira un ver nouveau, bien que la géné- 
ration soit plus lente dans la partie postérieure que 
dans l'autre. Un fragment suffit même, dans d'au- 
tres espèces, pour reproduire l'être entier. 

Certaines parties constituantes d'autres animaux, 
plus élevés dans l'échelle zoologique, se reprodui- 
sent aussi de cette manière. Les rayons des astéries 
ou étoiles de mer, les pattes des crustacés, les an- 
neaux des annélides, la queue et les doigts des sa- 
lamandres, naissent et se reforment par ce procédé 
élémentaire. 

Les écrevisses, en particulier, jouissent de cetta 
prérogative de réparer en entier leurs membres, 
lorsqu'un accident les a détachés de leur corps. Ce 
fait, bien connu des pêcheurs espagnols, est mis à 
profit toutes les fois qu'ils ont saisi une écrevisse 
d'une certaine grosseur. Ils se contentent de lui 
casser les serres ou pattes de devant, excellentes à 



100 LA GENERATION. 

/ûnii^^cr, et remettent ce crustacé dans l'eau, cer- 
tains qu'il ne manquera pas d'en repousser d'aussi 
parfaites en peu de temps, et successivement ainsi 
un grand nombre de fois. 

Suivant la théorie cellulaire, la régénération des 
tissus et des organes ne se ferait pas autrement dans 
toute la série animale, l'espèce humaine y comprise. 
Haîcke' affirme, avec l'assurance d'un sectaire con- 
vainc'::, que les cellules du corps de tout végétal et 
animal supérieur naissent par division ou scissipa- 
rité. Mais c'est là une simple induction, une vue de 
l'esprit. La fîssiparité, comme mode de reproduction 
exclusif, n'est démontrée que chez un nombre très 
restreint d'organismes inférieurs. C'est le plus sim- 
ple de la génération. 

Gemmiparité ou bourgeonnement. Intermédiaire 
entre celui qui procède et celui qui suit, ce mode 
consiste dans la formation spontanée de bourgeons 
ou d'ampoules sur certaines parties, internes ou 
externes, du corps de l'individu, et qui, en s'en 
détachant à une époque déterminée, donnent lieu à 
autant d'êtres nouveaux. Cette génération est spé- 
ciale aux végétaux et aux polypes ; mais elle se ren- 
contre également chez quelques infusoires, des mé- 
duses, des vers, qui participent, dans leurs variétés, 
aux divers modes de reproduction, depuis la fîssi- 
parité jusqu'à l'oviparité ou sexualité, en passant 
par tous les degrés intermédiaires, sans que le véri- 
table en soit bien fixé ni déterminé, comme on le 
verra à la Génération alternante. 



GEMMIPARITÉ. IM 

L'analogie est si grande entre certains bourgeons 
qui se détachent spontanément de leur souche ou 
leur tronc et la division par segmentation des infu- 
soires, qu'il est parfois difficile de décider auquel 
de ces deux procédés la reproduction est due. Les 
végétaux cryptogames, sans cotylédons, sont dans ce 
cas, d'autant plus que leur mode de génération 
change manifestement dans leurs différentes variétés. 

Sans organes générateurs distincts ni apparents, 
ces végétaux, de structure celluleuse, se présentent 
sous forme de filaments irréguliers, de tubes, de 
lames, et se développent par toute leur circonférence . 
Ils ne se reproduisent pas sexuellement, mais de 
petites cavités, appelées utricules, sporanges, con- 
tiennent des poussières, des spores granuleux. En 
se détachant spontanément de leur surface externe 
car une légère saillie, simulant un bouton avorté ou 
une floraison ébauchée, bâtarde, ils tombent sur la 
terre ou dans l'eau en s'émiettant pour reproduire 
au hasard la plante dont ils émanent. Tels sont les 
mousses, les lichens, les algues, champignons, lyco- 
podes et fougères. Un sol particulier et un milieu 
spécial, en rapport avec leur vie obscure, sont ainsi 
indispensables à leur végétation, leur prolifération, 
sans quoi ils se désagrègent et meurent bientôt. 
L'ombre et l'humidité sont favorables à la plupart, 
aux mousses et aux champignons en particulier. 
L'eau convient aux algues, tandis que les fougères 
se plaisent particulièrement à l'air et à la séche- 
resse, se rapprochant des plantes hermaphrodites 
avec lesquelles elles se confondent. 

6. 



102 LA GÉKÉAATION. 

Toiles sont les différences de ces sporules et leur 
inft'iiorilé avec la plus petite graine, le semis le 
plus fin des plantes cotylédonées qui se recueille, 
se conserve et se sème à volonté. L'albumen de 
l'amande suffît à la nourriture du germe pour lui 
conserver une vie latente qui se manifestera dès 
qu'il sera mis en contact avec un peu de terre et 
d'eau. Un certain mystère existe toujours ainsi dans 
les opérations spontanées de la nature et l'homme 
ne peut en découvrir les secrets que par une observa- 
tion attentive. 



Toutes les moisissures, dont le type est la levure 
qui se recueille dans les cuves à bière, sont des cham- 
pignons formés de filaments déliés, analogues aux 
traînées blanches qui constituent le blanc ou mycé- 
lium de champignon servant à leur culture. Elles se 
reproduisent et se propagent par leurs spores, leurs 
poussières flottantes dans l'air. Plusieurs sont ainsi 
des parasites dangereux pour l'espèce humaine. Les 
points blancs qui apparaissent sur la langue des 
enfants et envahissent toute la bouche, sous le nom 
de muguet, millet ou blanchet, est un champignon 
appelé oïdium albicans, de la même famille que 
celui qui attaque la vigne. Les croûtes jaunes, en 
godet, qui se développent à la racine des cheveux 
«ous le nom de teigne, sont aussi formées par le 
champignon achorion. Il s'en développe de même 
dans les oreilles. La muscardinc, qui détruit les vers 



GÉNÉRATION ASEXUÉE. lOS 

à soie, est encore un champignon, comme la maladie 
des pommes de terre, celle des oliviers, des céréales, 
connues sous le nom d'ergot de seigle, de rouille 
et de charbon. 

Ce sont ces moisissures que M. Pasteur considère 
comme des mfusoires microscopiques et auxquels il 
'attribue le rôle de ferments. Leur mode de généra- 
tion étant le même, par scission ou fragmentation, 
il est difficile de fixer la nature végétale ou animale 
de ces microbes, car ils paraissent former la limite 
extrême des deux règnes. Peut-être sont-ils même de 
Tun ou l'au're, suivant le milieu où les sporules- 
tombent, comme le pense M. Robin. Plus d'une ana- 
logie dans l'incubation de ces infiniment petits 
rend cette supposition vraisemblable. Comme les 
sporules des champignons ne germent que dans une 
cave humide et obscure, M. Pasteur a observé que 
l'air est toxique pour les infusoires anaérobies ou 
vivant sans air. C'est la preuve physique et vitale 
que leurs différences sont aussi insensibles au mi- 
croscope qu'aux réactifs. 



Dans ces deux procédés de génération, un seul 
organisme suffît donc également à en reproduire un 
semblable, sans aucun organe apparent de reproduc- 
tion. C'est leur caractère commun. Mais une condi- 
tion, trop souvent perdue de vue et négligée dan* 
cette génération asexuée, est non moins indispensable 
à la vie éphémère de ces végétaux ou animaux qu'un 
congénère dans la reproduction sexuelle. C'est un 



\0i LA GÉNÉRATION. 

milieu, un menstrue convenable, approprié au be- 
soin de leur (lévelop[)ement et qui les féconde, pour 
ainsi dire. La terre et l'eau en paraissent les plus pro- 
pices à la généralité. Beaucoup d'algues et de cham- 
pignons parasites se développent aussi exclusivement 
dans le corps de l'homme et des animaux, de même 
que plusieurs infusoires. On connaît encore si impar- 
faitement les mœurs, les habitudes et la vie de ces 
microbes, et ils se reproduisent avec une telle pro- 
lixité dans certains liquides organiques, comme le 
sang et l'urine, la salive et le bouillon, d'après les 
cultures faites par M. Pasteur, que l'on ne saurait 
dire quels sont les plus favorables aux différents 
genres et espèces encore indéterminés de ces micro- 
organismes. Tout ce que l'on peut inférer de ces 
cultures artificielles, c'est que ce menstrue liquide, 
avec ou sans air, est indispensable à la germination 
ou à la génération de ces microbes asexués. Les uns y 
vivent et s'y reproduisent, en effet, avec prolixité en 
quelques heures, tandis que d'autres y meurent en- 
core plus rapidement. Il est donc nuisible, toxique 
même à quelques-uns. De là leur division en aéro- 
bies et anaérobies par l'illustre panspermiste. 



Il ne faut pas confondre cette génération asexuée 
avec celle des plantes hermaphrodites. Rien n'en 
montre icisux la différence que la reproduction de 
celles-ci parla greffe et la bouture. Coupez une jeûna 
braac'ie d'un arbre ou d'une plante vivace, et plan- 
tez-la en terre, en ayant soin de n'endommager ni 



GÉNÉRATION ASEXUÉE. 105 

l'écorce, ni les bourgeons appelés yeux, et elle prendra 
racine, si vous le faites à l'époque et dans les con- 
ditions convenables. Insérez de même un ou plusieurs 
bourgeons sur la tige ou entre l'écorce d'un jeune 
arbuste coupé au-dessus, et vous reproduirez un 
nouvel individu, s'il y a coïncidence de végétation 
entre les deux plantes. C'est ce que l'on fait avec tous 
les tubercules, com.me la pomme de terre, se re- 
produisant par bourgeonnement. Mis en terre, cha- 
que bourgeon donne un nouveau produit, et l'on 
peut ainsi les séparer à volonté. Démonstration 
évidente de la liaison intime, immédiate, de l'herma- 
phrodisme avec les modes asexués, puisqu'il peut 
les reproduire au besoin ; mais il en prouve aussi la 
supériorité et le perfectionnement en pouvant s'en 
passer. La transition est donc sans lacune. 

En voyant la vie de tous ces êtres rudimentaires, 
asexués, si menacée qu'elle cesse dès qu'ils ne trou- 
vent plus le milieu, le menstrue indispensable à sa 
conservation, n'est-il pas probable que cet élément 
de nutrition, ayant si peu à faire ici dans ce sens, 
agit surtout comme principe fécondant? C'est un 
rapprochement de plus entre ces deux fondions 
principales et inséparables de la vie : la nutrition et 
la reproduction. Cette interprétation est d'autant plus 
vraisemblable que la reproduction constitue presque 
toute la vie éphémère de ces êtres sans sexe, leurnu- 
trition étant presque nulle. Ils ne vivent que pour 
se reproduire et mourir aussitôt, pour servir à d'au- 
tres générations multiples. 

L'emploi du microscope a donné une importance 



10(J LA GÉNÉRATION. 

consulrraMe à ccproccdôde reproduction. En révo 
lanl, aux youx des modernes positivistes, ces myria- 
des d'infiniment petits, végétaux ou animaux, qui 
flottent dans l'air et dans les eaux, il leur a permis df» 
douer d'une vie autonome et indépendante les cel- 
lules de nos tissus et les globules de nos humeurs. 
Dépourvus d'organes distincts, tous ces innombrables 
milliards d'êtres microscopiques, animés et vivants, 
ne pouvant se reproduire par sexualité, ont été com- 
parés et assimilés à ces spores, sporules et plastidu- 
les ou poussières végétales qui flottent incessamment 
dans l'atmosphère et se reproduisent seules, en tom- 
bant sur la terre ou dans l'eau. C'est leur proto- 
plasma naturel où ils se développent, comme les em- 
bryons dans la matrice. De là l'immensité d'êtres 
asexués, connus et inconnus, comparativement à 
ceux qui se reproduisent sexuellement. « Nous serons 
certainement plutôt en deçà qu'au delà de la vérité, 
dit Haeckel, si nous soutenons qu'en moyenne, pour 
chaque acte de génération sexuelle, il y a dans la 
nature plus de mille et vraisemblablement plus d'un 
million d'actes de génération asexuée. » 

En permettant aux positivistes de remonter à 
l'origine de la vie par de simples atomes de matière, 
ce mode informe, primitif, de la génération, est de- 
venu..., pour eux, le modèle le plus simple et le plus 
clair de la reproduction. On l'appelle monogonie, et 
il est donné aujourd'hui comme la règle pour éclai- 
rer la génération sexuée et en comprendre exacte- 
ment la nature. Celle-ci est maintenant reléguée au 
second rang, comme trop compliquée, et n'est plus 



GENERATION ASEXUEE. 107 

considérée que comme un cas spécial, une exception 
dans la multitude des procédés supposés, imaginés, 
pour expliquer la multiplication infinie de ces êtres 
inférieurs. Ils font ainsi naître des individus sexués 
des asexués et réciproquement, puisque cellules et 
globules se rencontrent dans tous les corps organisés 
jusqu'aux plus parfaits. Sans pouvoir expliquer cette 
métamorphose, ils considèrent la difficulté comme 
vaincue par une génération alternante, et le tour 
îst fait. 

Les matérialistes les plus avancés sont pourtant 
obligés de reconnaître unanimement que les éléments 
dô ces êtres microscopiques, unicellulaires, dont ils 
font leur unique point de vue, leur dieu, se réunissent 
toujours au moins deux à deux pour former la plasti- 
dule ou la cellule mère, le globule primitif. Qu'ils en 
fassent, au gré de leur système ou de leur imagina- 
tion, des granules ou atomes, des plastides ou de 
gemmes, des corpuscules-germes ou des spores, tou- 
jours est-il qu'ils se fusionnent forcément pour for- 
mer la plastidule ou la cellule vivante et animée, 
susceptible de se reproduire par scission ou segmen- 
tation. La bouture ne prend, ne se développe qu'en 
la plantant dans la terre, et la greffe ne réussit qu'en 
la soudant à un autre arbuste, de même que tout 
bourgeon, détaché de sa souche, ne vit et se développe 
qu'à l'aide d'un autre menstrue. Les œufs des vers, 
des limaçons et des colimaçons, comme la plupart 
les insectes, ne sont féconds qu'en étant déposés 
dans la terre, comme ceux des poissons dans l'eau, 
d'est une incubation indispensable à leur évolution, 



108 LA GÉNÉRATION. 

comme le bois, le cuir, le fromage ou d'autres mi- 
lieux le sont pour divers insectes. 

Dès lors, l'affinité mutuelle des gemmules entre 
elles, admise par Darwin pour réaliser la sélection 
naturelle, le perfectionnement graduel des êtres en 
résultant, et l'affinité chimique des deux cellules 
amantes, imaginée parllœckel, étant reconnues né- 
cessaires, indispensables à la réunion, la fusion, la 
concrescence de ces deux premières unités de la vie, 
ne doivent-elles pas être admises également entre 
leurs composés? Si déliés que l'on suppose ces élé- 
ments amorphes du plasson ou du plasma, c'est-à- 
dire de la matière dont ils émergent spontanément, 
comment prouver qu'ils viennent de la même nature? 
Réduites à cette ténuité extrême de molécules infi- 
nitésimales, invisibles et impondérables, rien ne proit 
ve qu'une force différente ne les attire ou les repousse 
et ne les fasse réagir entre eux. L'affinité admise 
entre leurs composés immédiats ne peut provenir 
que d'eux-mêmes. Ils sont donc doués aussi — nous 
ne dirons pas de tendresse ni de sympathie — des 
mêmes forces attractives ou répulsives les uns pour 
les autres. C'est leur esprit, c'est-à-dire la force la- 
tente, immatérielle, qui les anime et qui s'observe 
jusque dans la terre, lorsqu'elle est vivifiée, comme 
on dit, par le soleil, son fidèle amant. 

La sexualité admise entre la Terre et le Soleil 
était plus logique. C'est au printemps qu'Ûsiris, 
selon les Égyptiens, fécondait la nature. C'est au 
printemps que la Tarre s'unit au Soleil, dit Dupuis 
dans son Origine des cultes. La Terre amoureuse, 



GÉNÉRATION ASEXUÉE. 109 

selon Virgile, demande au Ciel le principe vivifiant 
qui doit féconder son sein. 11 y a plus de vérité réelle 
sous ces figures poétiques que dans ces abstractions 
matérielles d'où l'esprit des auteurs ne peut faire 
jaillir ni la vie ni la vérité. 

N'est-ce donc pas là une sexualité réelle, incontes- 
table ? C'est en négligeant systématiquement ce pre- 
mier facteur de la génération asexuée, chez les orga- 
nismes élémentaires, pour faire remonter la vie 
directement à la matière, que les matérialistes, tra- 
vestissant les rôles, accordent la prééminence à celle- 
«i. Elle n'a pis lieu sans doute suivant les lois con- 
nues, ni les procédés grossiers observés dans les 
espèces supérieures, mais elle est aussi évidente, aux 
yeux de l'esprit, que celle de la cellule ovulaire fe- 
melle et la cellule spermatique mâle, dont la fusion 
n'a jamais pu ni ne pourra jamais être saisie ni prise 
sur le fait. On admet celle-ci par induction, comme 
il faut admettre celle-là. Ne s'opéràt-elle qu'entre la 
matière amorphe et la force qui l'anime, que l'on 
ne saurait la nier à l'origine même de la vie. C'est 
en se perfectionnant graduellement qu'elle est de- 
venue directement apparente et s'est réalisée sous 
nos yeux par des organes spéciaux. 



La sexualité est encore si bien le type de la géné- 
ration que les positivistes allemands — dont l'esprit 
abstrait, imbu de la philosophie positive de Kant, 
excelle si bien à concréler, synthétiser les élucubra- 
tions, les spéculations les plus subjectives en les ren- 

1 



110 LA GÉNÉRATION. 

dant objectives, palpables, évidentes par des mots 
tirés du grec — ont tout fait, avec le microscope et 
les réactifs, pour la démontrer jusque dans les crypto- 
games : végétaux les plus élémentaires, comme on 
Ta vu, sans cotylédon ni aucun caractère extérieur 
de sexualité. Des spores microscopiques ayant été 
trouvées réunies, à l'intérieur delà plante, dans une 
sorte d'enveloppe rudimentaire, ils en ont fait une 
vésicule fictive, appelée sporange, et assimilée à 
l'ovaire femelle. L'organe séminal mâle était donc 
immanquable, il fallait le trouver à toute force. Et 
l'on fit tant et si bien... qu'il le fût, représenté par 
l'anthéridie ou petite anthère se développant tantôt 
d'une manière ici, tantôt d'une autre là.sansaucune 
régularité et sur quelques espèces seulement. 

Mais Bischoff ayant comparé la sporange, qui 
contient et émet les spores ou graines, à la floraison 
des autres plantes, il fallait remplacer leur ovaire. 
Il imagina l'archégone, formépar une grande celluk, 
provenant directement de la génération ou germina- 
tion primitive des spores de fougères, qui sont les 
espèces les plus parfaites. Son volume, sa situation 
et son sexe, varient tant qu'il n'est pas toujours 
revêtu d'une enveloppe. On rencontre à la fois, 
dans son intérieur, des anthéridies ou spermogonies 
et des prothalliums ou organes femelles dont les 
granulations, se divisant par segmentation, pro- 
duisent les cellules embryonnaires ou microspores 
qui donnent même naissance à des prothalliums à 
anthéridies. 

C'est donc là, en un mot, et sans entrer dans plus 



GÉNÉRATION ASEXUÉE. Hl 

de détails techniques, une véritable génération anor- 
male, monstrueuse, des cellules végétales, absolu- 
ment comme l'hermaphrodisme des plantes est une 
monstruosité chez les animaux supérieurs. De la 
génération asexuée des plantes, sans cotylédon à 
l'œil nu, on remonte ainsi successivement, par l'a- 
nalyse microscopique, à la sexualité, à l'hermaphro- 
disme, à la segmentation cellulaire, véritable géné- 
ration endogène où sont confondus, en fin de compte, 
les germes mâle et femelle. Voilà tout ce que pro- 
duisent, en dernière analyse, ces prétendues décou- 
vertes microscopiques. On n'est pas plus avancé à 
la fin qu'au commencement et invariablement ra- 
mené à ne pouvoir distinguer ce qui produit ni l'un 
ni l'autre de ces deux inséparables facteurs. 

En ne s'appliquant qu'aux êtres élémentaires, 
primitifs des deux règnes, animés et vivants, le mode 
asexué n'est donc que le commencement, l'ébauche 
imparfaite de la génération, dont la sexualité dis- 
tincte est le type et le modèle. Tout un monde s'é- 
lève ainsi graduellement entre ces infiniment petits, 
végétaux et animaux, microscopiques ou informes, 
dont la nutrition se confond avec la reproduction, 
sans sexualité ni fécondation apparentes, et les mam- 
mifères qui en offrent le type complet et parfait. 
Leur manifestation, évidente ici, permet et com- 
mande même de les supposer là, en vertu de l'immu- 
tabilité des lois naturelles. On verra dans chaque 
classe, genre ou famille des deux règnes, toute 
espèce supérieure s'en distinguer par la sexualité, 
s'accentuant et se perfectionnant progressivement 



H2 LA GÉNÉRATION. 

à mesure qu'elles s'en éloignent, qu'elles croissen* 
en volume, en force, en instinct et en utilité pour 
se rapprocher de ces derniers. 

Les Algues, par exemple, dont la structure est si 
simple, parmi les plantes sans cotylédon, que la plu- 
part vivent dans l'eau et en parasites dans les li- 
quides de l'homme et des animaux, s'élèvent néan- 
moins graduellement dans leur mode de reproduc- 
tion à uK^sure que leur tissu se perfectioime. Les 
deux premiers ordres, dont un grand nombre d'es- 
pèces sont parasites, sont ainsi asexuées, tandis que 
les Algues à fronde, formant le troisième, et dont la 
plupart vivent dans la mer, portent des organes 
mâle et femelle réunis sur la même tige et sont her- 
maphrodites, alors que les Floridées sont sexuées 
séparément. Plusieurs zoophytes et des mollusques 
présentent la même succession progressive dans leur 
génération. 

En eK^osaniV Évolution des cryptogames d'après 
les données les plus récentes et précises sur les ca- 
ractères paléontologiques de ces plantes obscures, 
figurés par de belles planches, MM. de Saporla 
et Marion montrent ainsi le dimorphisme sexuel 
comme l'une des propriétés les plus importantes 
du monde organisé. « La reproduction, disent-ils, 
fonction des plus essentielles, qui multiplie et 
perpétue rèlre individuel, en se manifestant aussi 
ijien chi'z les animaux que chez les plantes, trahit, 
pour ainsi dire d'elle-même, la communauté d'ori- 
gine de ces êtres. L'évolution organique, môme 
considérée comme une simple hypothèse, implique 



GENERATION ASEXUÉE. 113 

pour la vie un moment initial. Nous comprenons 
aisément que les forces biologiques ne possèdent 
point les attributs de l'éternité. La géologie apprend 
que la vie s'est manifestée sur le globe à un moment 
déterminé, après une longue succession de phéno- 
mènes uniquement physico-chimiques. C'est là un 
fait aussi certain que mystérieux dont le secret 
nous échappe, et loin de suivre certains esprits dans 
leurs efforts pour en demander la clef à l'action 
des forces purement mécaniques, nous préférons 
avouer notre complète ignorance du problème des 
origines de la vie. N'ayant jamais assisté à la genèse 
spontanée d'un organisme, nous restons forcément 
muets sur la cause qui l'a engendré une première 
fois. En revanche, l'être naissant se montre toujours 
comme la suite d'un être préexistant. Rien de plus 
naturel dès lors que de supposer toutes les formes 
vivantes issues d'une émission initiale dont la raison 
nous échappe. Les théories géologiques actuelles 
confirment cette présomption, en démontrant qu'au- 
cun phénomène, depuis les époques les plus an- 
ciennes, n'a été susceptible d'arrêter la vie à la 
surface du globe. Cette succession permanente des 
organismes est précisément la condition indispen- 
sable de l'évolution qui nous semble avoir été la 
raison d'être du monde vivant ; d'autre part, nous 
saisissons que ce principe de perpétuité n'est en 
réalité que la conséquence de cette propriété souve- 
raine des êtres : la capacité de reproduction ». 
{V Évolution des cryptogames, page 17, vol. 59 de la 
Bibliothèque scientifique internationale,Paiis, 1881 .) 



114 LA GÉNÉRATION. 

Endogenèse. En voyant, au microscope, naître 
d'une cellule unique deux autres cellules plus pe- 
tites, semblables à la première, les micrographes 
en ont fait un mode spécial de génération, sous le 
nom d'endogène, qui signifie en dedans. Mais ce 
n'est évidemment là qu'une scission de la cellule 
primitive en deux cellules jumelles, résultant de la 
dissociation, la fragmentation de ses granulations. 
Ce n'est donc pas un mode normal, ordinaire, régu- 
lier de la reproduction, mais une simple proliféra- 
tion ou multiplication de la cellule, c'est-à-dire une 
variété de la génération asexuée. L'analyse cellulaire 
de la génération des fougères n'a donné ainsi, en 
définitive, que des cellules mixtes ou hermaphro- 
dites, comme Varchégone. Les cellules épithéliales, 
les plus fécondes, donnent aussi naissance, dans une 
cavité spéciale, à une ou plusieurs autres cellules 
semblables; c'est la condition de l' endogenèse. 

Depuis Schwann, on applique le nom de cellule- 
mère au vitellus de l'ovule, représenté par le jaune 
de l'œuf ordinaire, et qui donne naissance, par la 
segmentation, aux cellules-filles formant l'embryon 
de tous les ovipares. Mais c'est à tort et tout à fait 
improprement, car l'ovule n'a plus les caractères 
simples de la cellule, dès l'instant où ce fraction- 
nement a lieu, comme les figures de la Conception 
en témoignent plus loin. Ce n'est donc pas là une 
simple endogenèse, car le produit embryonnaire 
ne naît pas directement du vitellus de l'ovule; 
il en est tout différent, comme les leucocytes ou 
globules blancs naissent de cellules épilhéliales. 



HERMAPHRODISME. 115 

C'est là, au contraire, une véritable génération 
hétéromorphe, naissant d'éléments distincts, et 
donnant lieu, par une sorte d'hybridité ou de métis* 
sage, à des granulations primitives ou embryonnaires, 
à un produit nouveau. La différence entre l'ovule 
mâle et femelle s'accroît ainsi et devient plus appa- 
rente, à mesure que l'espèce végétale ou animale 
s'élève et se perfectionne dans l'échelle organique. 
Les amibes ou grégarines naîtraient ainsi des cel» 
Iules endogènes d'animaux articulés et des vers lom- 
brics. Elles se rencontrent dans le ventre de oeux-ci 
sous forme de corps globulaires nombreux se mou- 
vant en tous sens. Très petits d'abord, ces grains de- 
viennent successivement elliptiques j puis globulai- 
res, et restent immobiles comme un kyste. Ce liquide 
se prend en masse gélatineuse, enveloppé d'une 
membrane externe, avec une cellule ovale au centre. 
Puis le contenu se transforme en granulations, le 
milieu se condense, le noyau se forme et, l'enve- 
loppe se détachant, ce noyau s'échappe, sous forme 
d'une amibe sphérique qui devient une grégarin 
ensuite. 



Hermaphrodisme» 

Formé de Mercure et Vénus, ce mot indique la 
réunion des organes reproducteurs des deux sexes 
sur un seul individu qui se féconde lui-même. Ce 
procédé de génération est diamétralement le con- 
traire du précédent et l'intermédiaire de la reppo- 



116 LA GÉNÉRATION. 

duction sexuée s'opérant entre deux individus dis 
tincts. Il est la première manifestation apparente de 
la sexualité, obscure ou latente ailleurs. Le règne 
végétal en offre surtout le plus parfait modèle. La 
plupart des plantes sont hermaphrodites, parce que. 
fixées au sol et incapables de mouvement, elles ne 
peuvent se mettre en rapport ensemble, à moins 
d'être très rapprochées, comme c'est ordinairement 
le cas dans les plantes unisexuées. 

Sauf les Fucacées, parmi les algues marines supé- 
rieures à fronde, présentant des organes mâle et fe- 
melle distincts sur le même pied, aucun cryptogame 
n'est hermaphrodite par l'absence d'organes repro- 
ducteurs dans son mode de reproduction asexuée. 
Au contraire, la plupart des plantes phanérogames, 
de beaucoup les plus nombreuses, sont pourvues 
d'organes mâle et femelle au centre même de la fleur, 
la partie la plus brillante et remarquable par la va- 
riété de ses formes et de ses couleurs. Le centre da 
calice, formé en dehors par la corolle verte, et dou- 
blé intérieurement des pétales colorés aux suaves 
parfums, est ainsi le lit nuptial des plantes, dit 
Linné, et le théâtre charmant de leurs amours. Voici 
la description des organes qui y sont dévolus. 

Êfamines. Organes mâles placés au dedans des 
pétales qui les protègent. Elles se présentent sous 
forme de petits filaments déliés, naissant du fond 
du calice, plus ou moins longs, et se distinguent 
par leur sommet renflé. C'est l'anlhère, petit sac 
membraneux, renfermant le pollen ou poudre fécon- 



HERMAPHRODISME VEGETAL. HT 

danle, et qui forme, en s'ouvrant, comme une petite 
houppe facile à reconnaître. 

Loin d'être unique, comme chez les animaux, cet 
organe, partie essentielle pour la reproduction des 
plantes, est ordinairement multiple. Sur les vingt- 
quatre classes formées par Linné et comprenant plus 
de treize cents genres, la première seule, composée 
de quinze genres, n'offre qu'une étamine. Delà son 
nom de monandrie pour indiquer ce fait, car c'est 
sur le nombre de ces organes importants que le 
célèbre botaniste suédois a basé sa belle classifica- 
tion. D'où les noms de diandrie, triandrie, tétran- 
drie, indiquant deux, trois, quatre étamines ou 
plus, suivant leur nombre jusqu'à vingt ; la polyan- 
drie comprenant toutes les espèces qui en ont da 
vantage et jusqu'à cent parfois. 

Variables dans leur quantité, ces organes diffèrent 
aussi dans leur qualité. Les uns sont plus longs, les 
autres plus courts sur la même plante. Le chou et 
la moutarde, par exemple, sur six étamines, en ont 
quatre qui dépassent notablement les autres. D'autres 
fois, ils sont réunis tous ensemble ou séparément 
par faisceaux et sont même fixés sur l'organe fe- 
melle, comme l'indique le nom de gynandrie, — 
femme et homme, — donné à cette classe spéciale. 

Le Pistil est l'organe femelle et le plus souvent 
unique de la plante. C'est un petit style ou filet 
creux, tubulé, naissant du renflement plus ou moins 
sensible placé à la base de la corolle et s'élevant 
droit du fond du calice au milieu des étamines qui 

7. 



H8 LA GÉNÉRATION. 

l'entourent. Il s'en distingue par son extrémité éva- 
sée, appelée stigmate, destinée à recevoir le pollen 
fécondant des étamincs. Déposée là, cette semence 
s'introduit, s'insinue 3t descend par cet étroit cana- 
licule filiforme du pistil, qui la transporte jusqu'à 
la base renllée avec laquelle il communique. C'est 
l'ovaire où se trouvent les petits grains ou œufs 
destinés à être fécondés et qui forme la graine et le 
fruit où elle est souvent renfermée. 

Il est facile de s'expliquer dès lors le mécanisme 
de la génération hermaphrodite de la plupart des 
plantes, d'autant plus qu'il se rapproche de la géné- 
ration sexuelle dont il est l'emblème rudimentaire. 
Linné, qui en a si merveilleusement dévoilé les 
mystères, compare ainsi le calice de la fleur au lit 
dont la corolle, d'une blancheur immaculée ou aux 
couleurs éclatantes et variées, forme les rideaux. 
L'anthère des étamines représente les glandes sémi- 
nales dont le pollen est véritablement la liqueur fé- 
condante. Le pistil la reçoit dans son stigmate, 
comme les parties sexuelles, et la conduit, la trans- 
porte jusqu'à l'ovaire représentant la matrice. L'ac- 
tion réciproque des étamines sur le pistil est l'accou- 
plement ou la consommation de l'acte sexuel. 



Ce n'est guère qu'au temps de la floraison par- 
faite, de l'épanouissement de la fleur, que se célè- 
brent ces noces merveilleuses. C'est la véritable 
puberté des végétaux. On voit alors les enveloppes 
florales se dédoubler et étaler la beauté de leurs 



HERMAPHRODISME VÉGÉTAL. 119 

couleurs ; les organes mâles et femelles exhalent une 
odeur spéciale en devenant plus irritables et en ac- 
quérant une force d'action sensible à l'oeil nu pour 
remplir les diverses fonctions qui vont suivre. 

C'est d'abord le rapprochement sexuel, l'accou- 
plement, le coït entre les organes. Aussitôt l'épa- 
nouissement des enveloppes florales, on voit les 
étamines diriger leurs anthères vers l'extrémité du 
pistil ou stigmate pour répandre à sa surface et y 
verser, pour ainsi dire, la poussière fécondante con- 
tenue dans ses loges. 

Rien de plus simple et facile quand ces différents 
organes sont rapprochés et placés à niveau sur la 
même fleur, comme cela existe dans la majorité. 
Mais il n'en est pas toujours ainsi. Les exceptions 
sont nombreuses et variées ici, comme dans toutes 
les créations de la nature. Non seulement ces organes 
présentent diverses particularités sur la même fleur 
qui semblent s'opposer à leur rapprochement mu- 
tuel, ils sont de plus séparés et isolés parfois sur 
des fleurs et sur des tiges distinctes, n'ayant qu'un 
sexe, comme on le verra à la génération sexuée. II 
est donc curieux et intéressant de montrer ici l'at 
traction admirable qui rapproche ces organes entr 
eux sur les fleurs hermaphrodites et par quel méca 
nisme — on dirait presque intelligent et volontaire 
— leur attouchement s'opère chez certaines espèces. 

Tandis que dans le cas ordinaire d'égalité des or- 
ganes sexuels, les fleurs sont indistinctement droites 
ou infléchies, on les voit, au contraire, se diriger ver- 
ticalement quand les étamines sont plus longues que 



120 LA GENERATION. 

le pistil et se renverser, quand le pistil dépasse les 
étaniines, pour que celles-ci réalisent mieux leur at- 
touelicnKMit avec lui. H suffit d'examiner l'une de 
ces fleurs renversées, le fuchsia, par exemple, pour y 
trouver la confirmation de ce fait. 

Dans la fraxinelle et la rue, où les dix étamines 
sont éloignées de quatre-vingt-dix degrés environ 
du pistil central lors de l'épanouissement de la 
fleur, on voit successivement et tour à tour l'un de 
ces dix maris diriger alternativement l'anthère vers 
le stigmate de celui-ci, y déposer sa semence et 
se retirer ensuite pour céder la place à un autre. 
C'est, au contraire, par le secours de la corolle, se 
contractant sur elle-même pour les rapprocher au 
centre, que les quatre étamines des soixante-six 
espèces de la germandrée peuvent s'accoupler avec 
le pistil. 

Dans la pariétaire, où l'anthère des étamines est 
placée au-dessous de l'organe femelle par l'in- 
flexion du filet, celui-ci se redresse macliiiîalemenfe 
pour lancer sa poussière fécondante à la surface du 
stigmate. 

Le contraire s'observe chez d'autres espèces du 
genre Kaimie dont les étamines ont leurs anthères 
logées dans de petites fossettes placées bien au- 
dessous du j)istil. On voit les filets mâles se contrac- 
ter et se courber sur eux-mêmes pour dégager les 
anthères qui vont verser leur pollen à la surface 
du pistil. 

Un phénomène encore plus remarquable s'offre 
chez plusieurs plantes aquatiques, comme le nénu- 



HERMAPHRODISME VÉGÉTAL. 121 

phar et le ményanthe, dont la fécondation ne pour- 
rail s'opérer dans l'eau, parce que la matière hui- 
leuse du pollen ne peut se mêler à ce liquide. 
On voit le pédoncule de leurs boulons s'allonger 
peu à peu, parfois d'une longueur considérable, 
suivant le niveau de l'eau, pour les mettre à sa 
surface. La fleur s'épanouit alors et opère le con- 
tact séminal, après quoi elle se replonge dans l'eau 
pour y mûrir ses fruits, qui ne peuvent se dévelop- 
per que dans ce liquide. 

Si, dans cette conjonction sexuelle, le rôle actif 
revient au mâle, comme chez les animaux, la fe- 
melle n'y reste par absolument étrangère. Lors de 
la déhiscence du pollen des anthères, correspon- 
dant à l'éjacuiation animale, le stigmate du pistil 
de certaines fleurs manifeste un penchant très pro- 
noncé à absorber cette poussière. Il devient ainsi 
plus humide, plus chaud, plus odorant. Sur la 
tulipe et la sensitive, il se gonfle et s'agite, au con- 
tact de cette poussière fécondante, au moment des 
amours ; l'arum d'Italie développe mémo une éleva 
lion de température sensible au thermomètre. Il se 
baisse et se penche vers les étamines dans plu- 
sieurs plantes lorsqu'il les excède en hauteur. Ses 
frémissements et l'ivresse amoureuse deviennent 
même perceptibles chez la parnassie des marais, 
quand elle reçoit cette impression excitante de la 
fécondation, par le passage du pollen dans son cana- 
hcule filiforme. 

L'absorption pollinique, pour n'être pas si mar- 
quée chez les végétaux que celle du fluide séminal 



122 LA GÉNÉRATION. 

chez les animaux, n'en est donc pas moins réelle. 
L'ovaire jouit en effet de la faculté de pomper, 
d'aspirer la poussière déposée par les étamines sur 
le stiijmate. Autrement, elle ne pourrait s'introduire 
et pénétrer par ces conduits si ténus et déliés de 
l'extérieur jusqu'à l'intérieur de l'ovaire pour fécon- 
der les ovules qui y sont contenus. 



Du contact et de la fusion de ces deux germes de 
la vie végétale résulte la fécondation et une vie nou- 
velle pour tous ces éléments granuleux formés d'a- 
vance dans l'ovaire, pendant l'accroissement de la 
plante. Ils fussent restés tels et seraient morts bientôt 
avec elle, s'ils n'eussent reçu cette imprégnation fé- 
condante, et toute la vie était à jamais finie pour eux 
et la plante tout entière. Cette imprégnation, au con- 
traire, communique à toutes ces granulations micro- 
scopiques un nouvel essor, et leur imprime un nou- 
veau mode de vitalité. Elles croissent rapidement 
et se transforment en véritables graines capables de 
reproduire un nouvel individu. 

Pour la réalisation de cette vie nouvelle, un 
autre élément est indispensable : la chaleur. Une élé- 
vation de température, que les animaux supérieurs 
développent et puisent en eux-mêmes à cet effet, est 
aussi nécessaire aux végétaux pour cet acte impor- 
tant. Dans l'impossibilité de la produire pour effec- 
tuer leur génération, ils ne célèbrent leurs noces et 
leurs amours qu'à l'époque des chaleurs, comme les 
insectes et tous les animaux inférieuis, suivant le 



HERMAPHRODISME VEGETAL. 123 

degré de température convenable à chaque espèce. 
Soumis à la matière, ils obéissent passivement à une 
loi naturelle sans pouvoir y rien changer. Il ne s'agil 
donc ici, ni de choix m d'instinct, ni de volonté, 
comme certains positivistes l'infèrent de ces phéno- 
mènes pour les comparer, les rapprocher ou les 
assimiler à ceux de l'homme. Toute la différence 
éclate en voyant l'horticulteur changer ces condi- 
tions à son gré en faisant naître et vivre ces végé- 
taux en hiver à l'aide de la serre, comme l'éleveur 
avec la couveuse. 

n serait facile d'étudier expérimentalement, à 
l'aide du microscope, ce phénomène intime de la 
génération des plantes. En pratiquant une ouverture 
ou fenêtre au calice de la plante sur pied, on pour- 
rait observer toutes les phases, les modifications 
successives des graines. Cette expérience d'embryo- 
génie végétale n'a pourtant pas été faite. Sa lenteur 
et le peu d'enseignement qu'elle offrirait à la con- 
ception animale ont sans doute arrêté les plus intré- 
pides. 

Mais au prix de quels sacrifices cette transmission 
de la vie s'est-elle opérée! A l'éclat et à la fraîcheur 
de la corolle succède la flétrissure et bientôt la mort. 
Les étammes se fanent et tombent à leur tour. Le 
pistil, désormais inutile, est frappé de la même dé- 
gradation et les suit dans leur chute, et de ce bril- 
lant palais nuptial, élevé avec tant de pompe, il ne 
reste plus que l'ovaire, pour perfectionner les élé- 
ments des générations futures contenues dans son 
sein. C'est dans ce réceptacle, en effet, transformé par 



124 LA GENERATION. 

l'accroissement en capsules, baies ou fruits, que se 
rencontrent les graines fécondées, lesquelles mises 
en terre, fécondées clle-mémes par l'eau, reprodui- 
sent la plante après une incubation plus ou moins 
prolongée. 

Une autre similitude de ce mode de reproduction 
avec la génération sexuée est dans les changements, 
les caractères particuliers que certaines plantes ac- 
quièrent spontanément et d'où naissent ces espèces 
bâtardes, ou plutôt ces variétés curieuses que les 
amateurs recherchent tant. Ce sont évidemment au- 
tant d'exemples d'hybridité ou de métissage résultant 
de la confusion des poussières fécondantes portées 
pêle-mêle de fleur en fleur par les vents ou par les 
insectes. 

Le vent, par exemple, secoue les anthères ou- 
vertes, se charge du pollen qu'elles laissent échap- 
per et vient le déposer sur des stigmates auxquels 
il n'était pas destiné. Les insectes, surtout ceux qui 
vivent de butin et pénètrent jusqu'au fond des co- 
rolles pour y trouver leur propre vie, comme les 
abeilles et les coléoptères, sont encore des agents 
très actifs de croisement. Leur corps se couvre de 
poussière fécondante qu'ils transportent avec eux, 
la secouant et la déposant pourainsi dire de fleur en 
fleur. Si la fécondation est possible entre ces fleurs, 
l'hybridité en résulte naturellement. Le premier 
exemple d'hybridation se révéla ainsi, dès 1744, 
aux yeux étomiés du grand Linné, par l'apparition 
spontanée de tulipes flambées, panachées, au mi- 
lieu des semis de graines provenant de plantes uni- 



HERMAPHRODISME VÉGÉTAL. l25 

colores. Dans une seule année, M. Naudin a obtenu 
au Jardin des plantes, avec les graines de la même 
courge, la reproduction de plus de douze cents va- 
riétés de citrouilles, de forme, de volume, ou de 
qualités différentes, qui se trouvaient réunies dans le 
même jardin. 

Est-ce à dire que toutes les plantes entre elles,^ 
dans l'extrême confusion qui les réunit partout, et le 
pêle-mêle de leur floraison annuelle, soient égale- 
ment aptes à se féconder et se reproduire? Nulle- 
ment. Les variétés d'une même espèce y sont aussi 
aptes que celles de familles distinctes, éloignées, y 
sont réfractaires. La fécondation est même impossible 
entre les semences d'espèces ou familles opposées. 
L'hybridité véritable, résultant de la fécondation- 
d'espèces différentes, est ainsi très limitée. On en 
compte à peine une vingtaine d'exemples bien cons 
tatés. Tout le reste n'est que du métissage, ou mé- 
lange des semences de la même espèce. 

L'horticulteur obtient artificiellement de la sorte 
des variétés nouvelles et curieuses de fleurs et de 
fruits qui en sont les perfectionnements. Leur per- 
sistance les fait prendre pour des espèces nouvelles, 
mais ce ne sont que des variétés qui reviennent 
promptement à leur type primitif, comme les ani- 
maux, dès que l'on n'en entretient pas la culture et 
la fécondation. 



L'accroissement de la graine ou du fruit, extrê- 
mement variable entre les diverses espèces, corres 



126 LA GÉNÉRATION. 

pond manifestement à la gestation animale et à la 
grossesse de la femme; leur expulsion ou leur 
di'liisccnce spontanée sont l'analogue de l'ouverture 
de l'œuf par l'oiseau, comme certaines capsules en 
offrent l'image, et de la parturition, de Taccouche- 
men^ même. On peut se convaincre qu'il y a, dans 
ce procédé très élémentaire de la génération her- 
maphrodite des plantes, un tableau complet de la 
génération sexuée du règne animal et de l'espèce 
humaine en particulier. 

On ne saurait douter de l'identité de ces fonctions 
devant la similitude des résultats obtenus par la 
caslratior de ces fleurs et celle des animaux. « Re- 
tardez la fécondation, dit Mérat, empéchez-la par 
quelques moyens, et la fleur conservera longtemps la 
fraîcheur de son calice. Il suffît ainsi de retrancher 
les anthères des étamines ou le stigmate du pistil, 
avant la fécondation, pour les rendre stériles, comme 
chez les animaux et dans l'espèce humaine. Le fait 
se démontre encore plus facilement dans les plantes 
dioïques, unisexuées, en les séparant l'une de l'autre 
pour les rendre absolument infécondes, comme nous 
en donnerons des exemples authentiques. 

Les plantes que l'on fait croître trop rapidement 
dans les jardins perdent encore de même leurs 
facultés reproductrices, comme les animaux engrais- 
sés. En se chargeant d'embonpoint, les organes 
mâles et femelles perdent leurs propriétés généra- 
trices. En transformant les étamines en pétales, 
pour rendre les fleurs doubles, on les stérilise. 

Une contradiction frappante résulte toutefois de 



HERMAPHRODISME VÉGÉTAL. 427 

cette comparaison appliquée à la génération dans 
les deux règnes vivants ; c'est la polyandrie végétale, 
constituée par la présence d'un nombre infini d'or- 
ganes mâles pour un seul organe femelle ou quel- 
ques-uns seulement. C'est absolument le contraire 
de la polygynie qui s'observe dans le règne animal, 
011 un seul mâle suffit ordinairement à plusieurs fe- 
melles. L'homme l'a établie lui-même, comme le 
mode le plus favorable à ses intérêts, dans la repro- 
duction de ses animaux domestiques, et l'emploie 
aussi pour son plaisir personnel. La polygamie, 
c'est-à-dire un seul homme pour plusieurs femmes, 
est ainsi sanctionnée par les lois de tous les peuples 
orientaux, soumis au code de Mahomet, et si elle est 
interdite par celles des peuples civilisés, sous l'in- 
fluence du christianisme, elle n'en existe pas moins 
dans le cœur des hommes, dont la plupart, mono- 
games parla loi, sont polygames en leurs amours. Si 
le climat chaud a pu contribuer à autoriser cette 
faculté au mahométan : d'avoir autant de femmes 
qu'il peut en nourrir, nul doute que beaucoup de 
chrétiens occidentaux ne l'imitent clandestinement, 
à en juger par les affections naturelles et les mœurs 
d'un grand nombre. 

Est-ce à dire que les femmes auraient une aver- 
sion marquée pour cet état de la polyandrie végétale? 
L'empressement des monogames à se choisir des si- 
gisbés, des chevaliers et des amis de la maison, 
comme auxiliaires de leurs maris, prouve indubita- 
blement le contraire. L'exercice de la prostitution 
publique et clandestine en est de plus la confirma- 



128 LA GÉNÉHATION. 

tion. Mais cet état est essentiellement contraire aa 
vœu de la nature, comme Tenscigne la continence 
prolongée des femelles domesti(|uos. La femme vo- 
lage montre sa supériorité sans doute en ne les imi- 
tant pas, pour se rapprgcher des fleurs, mais en fai- 
sant aussi échec à la reproduction. 

Il existe d'ailleurs des exemples de polyandrie 
humaine établie par l'usage dans certaines contrées. 
Dans son récent voyage dans le Cachemire et le petit 
Thibet, RI. Ujfalvy a vu cette singulière coutume 
chez les Koulous, indous montagnards à mœurs 
douces, laborieux et économes. Une femme a six ou 
huit maris, généralement frères, qui la choisissent et 
la possèdent ainsi à tour de rôle par mesure d'éco- 
nomie. Elle reste alternativement un mois avec 
chacun. Ce n'est pas que la continence soit plus en 
honneur parmi eux, car il existe de nombreuses 
bayadères dont ils se servent dans l'intervalle où ils 
ne possèdent pas la femme commune. De là la fré- 
quence des infanticides et des avortements et aussi le 
peu de cas qui est généralement fait de cette femme 
de la communauté. Elle est encore plus libre dans 
le Dakar : quand un mari ne lui convient plus, elle 
en change. 

La différence existant à cet égard entre les végé- 
taux et les animaux s'expliijue par l'immobilité même 
de la plante et toutes les difficultés mises à la fécon- 
dation de la fleur. Elle est sans volonté et livrée sans 
défense à tous les hasards de la température, de la 
pluie et dos vents, à la voracité des insectes, des ani- 
maux et jusqu'à la main de l'homme s'opposant au 



HERMAPHRODISME VEGETAL. 129 

Tœu suprême de la reproduction. Une gelée subite, 
des insectes nombreux font souvent avorter la se- 
mence, en portant atteinte aux organes mâles ou 
femelles. C'est pourquoi laboureurs ou vignerons re- 
doutent tant les pluies fortes et prolongées, lors delà 
floraison de la vigne et des blés, car, en tombant sur 
les étamines, l'eau en enlève le pollen et l'entraîne 
dans sa chute. Les cultivateurs disent ainsi que le 
fruit coule. 

C'est pour contrebalancer tous ces obstacles à la 
fécondation et ces nombreuses causes d'avortement 
que ce procédé élémentaire de reproduction est en- 
touré de tant de garanties spéciales. De là la plura 
lité des organes mâles pour l'assurer et l'extrême 
fécondité des plantes, se réalisant par les moyens 
mômes qui peuvent l'empêcher. La multiplication 
des graines est ainsi considérable chez certaines 
espèces. Une tige de maïs en porte deux mille, l'au- 
née trois mille, le tournesol ou soleil quatre mille, 
le pavot plus de trente, le tabac quarante, le platane 
cent et l'orme jusqu'à trois cent mille. Cette fécon- 
dité est donc prodigieuse. Et pour obvier à leur im- 
mobilité, les vents et les eaux, les insectes et les 
animaux contribuent ensemble, avec l'homme, à les 
propager, les disséminer. De même que le pollen, 
poussière fécondante, est souvent transporté à de 
grandes distances par le vent et les ailes des insec- 
tes, mouches, abeilles et papillons, qui vont le dé- 
poser sur le stigmate des pistils pour les féconder, 
les graines légères ou pourvues d'aigrettes, comme 
le pissenlit, sont aussi emportées de cette ma- 



130 LA GÉNÉRATION. 

nière ou entraînées par le courant des eaux. Elles 
descendent par là du sommet des rochers ou des 
montagnes arides, dans les plaines et les vallées fé- 
condes, et émigrent parfois d'une île ou d'un conti- 
nent à l'autre. Le coco des Maldives fut ainsi trans- 
porté aux Séchelles et les côtes de laNorwège offrent 
souvent des fruits venus du Nouveau Monde. Les 
fruits du mimosa et du cocotier ont été portés en 
Scandinavie par les flots de l'Océan. 

Toutes ces opérations si délicates et merveilleuses 
de la nature, appliquées à la reproduction des plan- 
tes et leur dissémination sur toute la surface du 
globe, ne sont-elles pas un emblème saisissable et 
frappant de l'esprit divin et créateur qui y préside? 
Il se manifeste sans doute par des phénomènes 
naturels; mais l'essence aérienne, impalpable de 
ceux-ci n'est-elle pas une preuve de l'essence imma- 
térielle de l'esprit, de l'intelligence et de l'âme de 
l'homme, lorsqu'il réalise lui-même cette œuvre 
sublime de la génération humaine? Leçon évidente 
qu'elle ne doit jamais être exclusivement matérielle 
pour en obtenir tous les effets salutaires. 

Hermaphrodisme animal. Il n'existe qu'excep- 
tionnellement chez les animaux inférieurs appelés 
androgynes, c'est-à-dire mâle et femelle. Ce sont les 
plus mous, les plus faibles, et les moins en état de 
se rechercher pour l'acte de la reproduction. Tels 
sont les mollusques acéphales, sans tète, comme 
les huîtres et les moules. Réunissant les organes 
mâle et femelle dans le même individu, absolument 



HERMAiPHRODISME ANIMAL. 13 

comme la plante hermaphrodite, ils se pfôpagen» 
sans aucun accouplement. Les lombrics ou grands 
vers de terre, comme ceux qui vivent dans l'intestin 
de l'homme, réunissent aussi manifestement les deux 
sexes sur le même sujet. Les limaces, les limaçons et 
tant d'autres gastéropodes, ne pouvant se mouvoir 
qu'en rampant, en se traînant sur le ventre, sont dans 
le même cas. Les premiers ont leurs organes mâle et 
femelle réunis vers le milieu du corps et les seconds 
au fond de la cavité, du trou, qu'ils présentent sur 
le côté droit du cou. Il est très facile de les observer 
et les distinguer, comme sur les fleurs. 



Toutefois, une différence sensible existe déjà sur 
ces derniers mollusques. Au lieu de se suffire à eux- 
mêmes, comme la fleur hermaphrodite, le concours 
d'un être semblable à eux est indispensable à !eur 
reproduction, comme chez les plantes dioïques ou 
sexuées séparément. Les vers de terre et les sangsues, 
les limaces et limaçons se réunissent en effet deux à 
deux, dans un contact plus ou moins prolongé, qui 
suffit à la génération en excitant et en réveillant les 
organes générateurs internes. N'est-ce pas aussi afin 
de développer la chaleur organique indispensable à 
la fécondation des germes dans toute génération? 

Redi, médecin toscan, qui a longtemps observé 
l'accouplement des limaces, s'est assuré que les 
mâles et les femelles ont, à l'intérieur du corps, un 
organe absolument semblable, de même forme et 
de même grandeur. Il est constitué par un cordon, 



H32 LA GÉNÉRATION. 

long de plus d'une brasse, faisant saillie à l'exté- 
rieur par le même mécanisme que les cornes de ces 
gastéropodes. En s'accouplant, les limaces entrela- 
cent, entortillent ces deux cordons ensemble et res- 
tent ainsi si intimement unies qu'elles se laissent 
écraser plutôt que de se quitter. On ne peut même 
les séparer que par lambeaux. 

Poursuivis par le besoin de la reproduction, le» 
vers de terre apparaissent en foule à sa surface, 
où l'on peut voir le frottement mutuel qu'ils exer- 
cent l'un contre l'autre, pour déterminer l'action 
des organes mâle et femelle dont ils sont pourvus 
tous deux; emblème frappant des effets sympathi- 
ques que les irritations de la peau produisent sur 
l'appareil sexuel, dans l'espèce humaine et un grand 
nombre d'animaux. C'est donc là comme l'ébauche 
du mode suivant, qui se perfectionne et se complète 
graduellement, en allant des différentes classes d'a- 
nimaux à l'homme. 

L'hermaphrodisme se prolonge jusque chez les 
annélides nageurs, comme les sangsues. Redi a 
trouvé une conformité parfaite de leurs organes 
sexuels avec ceux des vers. Mais ceux-ci se repro- 
duisent manifestement par des œufs, qui, une fois 
fécondés, se dirigent vers la partie postérieure et 
sortent près de l'anus, tantôt enveloppés d'une 
espèce de cocon, tantôt nus, ce qui marque un nou- 
veau perfectionnement sur les limaces. 

Dès que les animaux s'élèvent dans l'échelle orga- 
nique, l'hermaphrodisme constitue chez eux, au con- 
traire, une grave anomalie. Aucun vertébré ne le 



HERMAPHRODISME HUMAIN. 133 

présente à l'état normal, sinon quelques poissons 
chez lesquels il est plutôt probable que démontré. 
L'espèce humaine, placée au sommet, n'en offre 
jamais que des traces. 

Hermaphrodisme humain. Au sens vrai du mot, 
il n'existe pas et ne saurait exister, car il suppose 
la coexistence d'ovaires et de testicules qui sont 
les organes reproducteurs essentiels. Et comme les 
uns sont les homologues ou les représentants des 
autres, leur existence simultanée implique une con- 
tradiction et une dérogation inutile et inexpli- 
cable aux lois de la nature. L'hermaphrodisme vrai, 
représenté par la coïncidence des organes mâle 
et femelle chez un seul individu, ne peut donc 
constituer, comme chez les plantes, un mode spé- 
cial de génération, car il en, est la négation même. 
Il ne peut élre qu'une superfétation monstrueuse 
dans l'espèce humaine, une véritable monstruosité 
comme celle des frères Siamois ou des sœurs Millie 
Christine, accolés ensemble. Il y a des monstruosités 
par défaut de tète ou de membres, comme avec des 
organes doubles; mais, de toutes, l'hermaphrodisme 
est la plus horrible, car en étant limité aux organes 
Ijénitaux, il annihile l'individu : au lieu de deux 
sexes, il n'en a aucun; il est neutre. 

De là la distinction établie entre l'hermaphrodisme 
normal des végétaux et l'hermaphrodisme anormal 
des animaux, dont plusieurs formes incomplètes se 
rencontrent assez fréquemment, comme les vices de 
conformation ou difformités congénitales. 



134 LA GÉNÉRATION. 

Trois formes distinctes, établies par Geofsrjy- 
Saint-Iiilaire, en ont été observées dans l'espèce hu- 
maine. Elles varient suivant la disposition des orga- 
nes mâle et femelle chez le môme individu. Placés 
séparément d'un côté et de l'autre, ils constituent 
r hermaphrodisme latéral. On l'appelle mixte ou 
double, quand ces organes se rencontrent simulta- 
nément des deux côtés, comme Rokilanski en a 
trouvé un exemple, en 1869, à l'autopsie d'un nommé 
Hoffmann. Il portait deux ovaires avec leurs trompes 
et un utérus rudimentaire donnant lieu à une men- 
struation régulière. Un pénis imperforé et un scro- 
tum bifide se distinguaient extérieurement, ainsi 
qu'un testicule et un canal déférent contenant des 
spermatozoïdes à l'intérieur. Aucun désir sexuel ne 
s'était jamais produit chez cet hermaphrodite. 

Le plus souvent, ces organes sont superposés sur 
la ligne médiane. C'est Vhermaphrodisme verticaï, 
dont plusieurs exemples authentiques ont été publiés. 
C'était le cas notamment de la fameuse Dorothée Per- 
rier, née en Russie le 17 août 1790, et qui parcourut 
l'Europe, sans avoir été d'aucun sexe pour les avoir 
présenté tous les deux. A son autopsie faite à Paris, 
on trouva, en effet, des organes doubles complets, 
mâles et femelles, superposés les uns au-dessus des 
autres intérieurement et extérieurement, les pre- 
miers en haut, les seconds au-dessous. 

La neutralité est donc le caractère distinctii de 
l'hermaphrodisme vrai dans l'espèce humaine. Au 
lieu des deux sexes, il n'en donne aucun. Toutes les 
histoires, racontées par les anciens, de prétendus an- 



HERMAPHRODISME HUMAIN. 135 

drogynes devenus hommes après avoir été femmes, 
et réciproquement, ou qui étaient l'un et l'autre à 
la fois, succubes et incubes, ne sont que des fa- 
bles, des faits mal observés. C'étaient de simples 
anomalies, des vices de conformation de l'appa- 
reil reproducteur, qui se rencontrent parfois chez 
l'homme et la femme comme chez les animaux. En 
en altérant la forme, ils en troublent les rapports 
naturels et nuisent ou s'opposent même parfois à 
ta génération. Des habitudes vicieuses, des rapports 
contre nature, peuvent aussi en résulter, d'autant 
plus que ces êtres imparfaits, incomplets, présentent 
ordinairement les apparences extérieures opposées 
de leur vrai sexe. Les hommes sont efféminés avec 
des formes arrondies, délicates, aux chairs blanches 
€t molles, la voix grêle, aiguë, caractère timide; 
au contraire, les femmes ont les formes masculines, 
la voix grave, rauque, ayant barbe au menton avec 
toute l'audace et la désinvolture de l'homme. De là 
un hermaphrodisme apparent pouvant induire en 
erreur sur le sexe réel à la naissance, car toutes ces 
personnes ont un sexe distinct, comme de nombreux 
exemples l'ont prouvé. 

Tel était le cas d'un malade entré comme homme, 
sous le nom de Pagetti, à l'hôpital de Lodi, le 
12 août 1878. Agé de 68 ans, il était petit, trapu, 
robuste et portait une barbe grise assez épaisse. 
Pris subitement de graves accidents, il succomba 
dans les vingt-quatre heures. A l'autopsie, les doc- 
teurs Arigo et Fiorani constatèrent que, malgré son 
aspect tout viril, c'était une femme et non un homme, 



136 LA GÉNÉRATION. 

comme on l'avait cru toute sa vie. Un pénis très ap- 
parent existait en effet, mais il était placé très haut 
et l'on constata aisément que c'était nn simple cli- 
toris très volumineux, imperforé, c'est-à-dire sans 
canal de l'urèthre ni méat urinairc. Une ouverture 
vaginale étroite existait au-dessous avec l'urèthre et 
conduisait dans un utérus vierge, dont lo corps et le 
col étaient bien conformés, avec ligaments larges, 
trompes de Fallope et ovaires vierges, sans traces 
d'ovules ni de menstruation. 

Au lieu d'un homme, c'était donc bien une femme 
à barbe, sans mamelles, avec un clitoris très déve- 
loppé. Ce n'est pas un exemple d'hermaphrodisme 
vrai, mais de monstruosité par le développement 
imparfait des organes femelles, inaptes à en rem- 
plir les fonctions. C'était un individu neutre, sans 
sexe, et probablement incapable toute sa vie d'avoir 
pu exercer ni l'un ni l'autre. 

La rétention des testicules chez les jeunes garçons 
hypospades, c'est-à-dire avec une ouverture smiulant 
♦ le vagin, a pu quelquefois les faire prendre pour des 
filles. iMarie Germain, observée par le grand chirur- 
gien Paré et Montaigne, à Vitry, devint ainsi homme 
à seize ans, par la descente subite de ses testicules 
en sautant un fossé. Bien des homnies incomplets 
ont été baptisés et mariés conmie femmes, dont le 
vrai sexe n'a été reconnu qu'après leur mort. 

L'absence d'ovaires, de matrice et même de va- 
gin chez quelques femmes peut également laire mé- 
connaître leur vrai sexe. Le clitoris est si développé 
' chez quelques-unes qu'elles ressemblent à des hom- 



HERMAPRHPDISME HUMAIN. 137 

mes. Mais il suffit qu'elles se soumettent à la fécon- 
dation pour découvrir l'erreur. Tel lut ce moine 
d'Issoire qui accoucha dans sa cellule, au rapport 
de Montaigne, et ce soldat hongrois qui mit un en- 
fant au monde en plein champ. 

Il ne faut donc pas confondre ces vices de confor- 
mation avec l'hermaphrodisme vrai. Celui-ci est heu- 
reusement très rare, et les deux sexes conservent en 
général, malgré ces malformations génitales, leurs 
caractères et leurs attributs différentiels. Mais elles 
déterminent souvent la stérilité sinon l'impuissance 
chez les deux sexes, comme de nombreux exemples 
en sont relatés dans nos ouvrages à ce sujet. 



Tels sont les mystères de la génération herma- 
phrodite, regardés autrefois comme des miracles 
avant que l'observation n'en eût été faite rigoureuse- 
ment. Des preuves péremptoires en sont fournies 
surtout par les plantes dioïques qui se reproduisent 
sexuellement, car c'est par leur perfectionnement 
graduel que les végétauxse rapprochent davantage des 
animaux. Les ressemblances deviennent ainsi de plus 
en plus frappantes entre les deux règnes vivants, et 
leurs similitudes plus saisissables. On n'aperçoit 
plus, sur leurs confins, que des transitions insen- 
sibles. 

Le mouvement ou changement de lieu, qui est en 
effet le caractère distinctif, fondamental, des ani- 
maux, s'observe à l'état rudimentaire chez quelques 
plantes, comme on l'a vu, et il est en apparence 

8. 



158 LA GÉNÉRATION. 

moins sensible chez certains zoophytes, comme les 
coraux, les polypes, les éponges fixées au rocher. 
Leur substance, végétale et animale à la fois, ne 
manifeste le mouvement que par les cellules ou 
bourgeons qui s'en détachent spontanément par scis- 
siparité pour aller reproduire un être semblable, 
absolument comme la spore du champignon ou de 
Jâ fougère. Ceux-ci tombent sur la terre, les au- 
tres dans l'eau, c'est toute leur différence; encore 
n'est-elle pas absolue, puisque les algues se reprodui- 
sent de la même sorte dans l'eau. Beaucoup de zoo- 
phytes peuvent être ainsi placés dans les deux rè- 
gnes à la fois. L'incertitude à cet égard est si pro- 
fonde aujourd'hui, que les myriades d'infusoires 
microscopiques sont considérés, par M. Robin, 
comme des mycoïdes ou champignons, rangés dans 
le règne végétal par leur seule résistance aux réactifs ; 
au contraire, M. Pasteur les conserve dans le règne 
animal, d'après leur mouvement. Toutela différence 
d'interprétation est donc dans le mode d'envisager 
la création, soit d'une manière spontanée par la ma- 
tière, soit d'une manière secondaire et par l'esprit. 
Ce profond dissentiment entre deux naturalistes 
aussi éminents montre bien l'intime connexion des 
deux règnes, d'après leurs caractères physiques. 
Leurs différences ne s'accusent pas davantage par la 
génération. Les trois modes leur sont communs, 
puisque la sporogonie ou scissiparité et le bourgeon- 
nement se manifestent également dans l'un et l'au- 
tre sans fécondation apparente. Et de même qu'il y 
a des acimaux hermaphrodites, on va voir qu'il y a 



MÊTAGENÈSE. 139 

des plantes sexuées séparément, comme les animaux 
vertébrés. La scission entre les deux règnes vivants 
est aussi insensible dans leurs commencements, 
qu'elle l'est ensuite entre leurs classes, leurs ordres, 
leurs familles et leurs espèces, par les nombreuses 
variétés qui en comblent les transitions». La vie est 
une et continue, sans intersection absolue. 



nétagenèse. 

En contradiction avec la loi naturelle, consacrée 
par une observation générale et séculaire, d'après 
laquelle tout être vivant reproduit son semblable 
suivant le mode de génération, sexué ou non, quil'a 
fait naître, les positivistes modernes ont admis une 
génération hétérodoxe et hétéromorphe. Basés ex- 
clusivement sur la théorie cellulaire, et le sexe n'é- 
tant plus représenté pour eux que par les cellules 
ovulaires et spermatiques, ils ont expliqué ainsi tous 
les phénomènes anormaux de la génération. A dé- 
faut de pouvoir le constater, ils l'ont supposé. Ne 
pouvant expliquer la formation, l'organisation ou 
plutôt la naissance de la cellule-mère ou la plastide 
originelle que par l'agrégation, la fusion génésique 
d'éléments hétérogènes, ils ont été conduits à con- 
sidérer la génération par simple division ou scissi- 
parité comme la règle et l'exemple, tandis que la 
sexualité perfectionnée ne serait plus que l'excep- 
tion. La parthénogenèse et la génération alternante, 
distinguées par divers auteurs, ont été ainsi réu- 



140 LA GENERATION. 

nies, conlondues, sous ce titre de mélagenèse, par 
Ri( liard Owen, qui n'en fait plus qu'un même mode 
d'évolution, particulier à certains êtres organisés, 
pendant leur développement. 

Ce mode de génération consiste en ce fait remar- 
quable qu'un être, né d'un ovule ou œuf, donne 
naissance à des germes nouveaux, sans être fécondé, 
privé qu'il est encore d'organes génitaux. Il meurt 
aussitôt qu'il a fourni ces germes, et ceux-ci, évo- 
luant et se développant d'une manière indépen- 
dante, interrompent la série et la ressemblance 
même avec leurs ancêtres. De là des individus sexués 
ou asexués, végétaux ou animaux. 

On appelle Génération alternante la reproduc- 
tion de quelques végétaux et animaux très infé- 
rieurs par une succession alternative de générations 
offrant des caractères différents dans la forme, l'or- 
ganisation et le sexe. Chaque génération diffère de 
la précédente pour revenir au type primitif, comme 
dans l'hybridité, après plusieurs évolutions. Krohn 
paraît avoir observé, le premier, ce phénomène sin- 
gulier chez les orties de mer : simples animalcules 
gélatineux, de forme circulaire, rayonnée, flottant 
sur les mers. Il a vu naître ainsi des individus iso- 
lés, solitaires dans une première génération des Sal- 
pas, lesquels produisaient des individus agrégés, 
réunis en groupe, en chaîne, hermaphrodites comme 
leur ancêtre ; tandis que ceux-ci reproduis.'iont de» 
individus isolés entre eux, l'un fournissant l'œuf et 
l'autre le sperme nécessaire à sa fécondation. 



MÉTAGENÈSE. 141 

Affassiz a vu aussi des méduses sexuées, de la 
même classe de zoophytes, pondre des œufs d'où 
sortaient des individus ressemblant à un polype hy- 
droïde sédentaire, d'aspect tout différent. Celui-ci 
ne tarde pas à se diviser, par une série d'étrangle- 
ments en travers, en un certain nombre de disques, 
formant, après plusieurs changements successifs, 
autant d'individus séparés et nouveaux. Leur re- 
production par bourgeonnement donne de nouvelles 
méduses flottantes, identiques aux parents sexués, 
mâles et femelles, capables à leur tour de donner 
des œufs. 

Des spores ou cellules g&rminatives de fougères 
ont aussi donné naissance à une forme végétale in- 
férieure, sans tige ni feuille, ressemblant à une 
mousse hépatique. Dès la seconde génération, celle- 
ci, en devenant sexuée, produisait une nouvelle 
cellule se divisant par scission réitérée. Il en naissait 
une nouvelle fougère reconnaissable à sa tige et à 
ses feuilles et surtout aux petits amas bruns de 
spores naissant à la partie inférieure pour la repr 
duction. 

La Parthénogenèse est un mode de génératior. 
analogue, sinon semblable, qui s'applique spéciale- 
ment aux êtres intermédiaires à celui qui les produit 
et naissant sans intervention des sexes. 

Les pucerons et divers petits crustacés, comme 
les daphnides, se reproduisent ainsi sans féconda- 
tion, comme Réaumur et Bonnet l'ont constaté, ils 
naissent par segmentation durant l'été, c'est-à-dire 



142 LA GÉNÉRATION. 

asexiicllement, par cellules germinatives ou spore? 
non fécondes ; une génération sexuellement différen- 
ciée de mâles et de femelles apparaît au contraire 
en automne, laquelle, après s'être reproduite unifor- 
mément, donne lieu, au printemps, à de nouveaux 
individus sans sexe, comme l'a établi Carus. 



Ce n'est évidemment pas là de la métamorphose. 
Les plantes ou les animaux qui passent par diffé- 
rents états successifs, avec une forme, une organi- 
sation et des mœurs différentes pour atteindre leur 
perfectionnement définitif, les présentent d'une ma- 
nière constante et invariable, sans être capables de 
reproduction dans l'intervalle, comme on le verra 
plus loin. On ne peut la rapprocher davantage de 
l'hybridation ou du métissage par le croisement 
d'espèces différentes ; et pourtant, devant l'obscurité 
et la rareté de ce mode de génération, en contradic- 
tion flagrante avec toutes les lois connues et ad- 
mises de ce grand acte, n'est-il pas permis de sup- 
poser qu'il se rapproche de ces deux exceptions, 
constatées ostensiblement entre les plus hautes es- 
pèces? L'infériorité des végétaux et des animalcules 
entre lesquels ce mode de génération inexplicable a 
été observe jusqu'ici, leur variabilité et leur insta- 
bilité, l'ignorance de leurs mœurs, le voisinage et 
le rapprochement des producteurs et des produits 
transitoires, même entre les deux règnes, et surtout 
leur retour constant et rapide au type primitif, 
n'autorisent-ils pas celte interprétation? 



MÉTAGEiNÈSE. 143 

Examinons. 

Pour expliquer ce phénomène suivant les lois 
connues, on a admis la fécondation simultanée de 
plusieurs cellules ovulaires des pucerons femelles se 
transmettant, ainsi fécondées, de génération en 
génération successive, sous l'influence de la chaleur, 
et se localisant dans l'ovaire. Cette interprétation 
semble confirmée par la gemmation spontanée des 
cellules de cet organe, constatée par Carus, repro 
duisant par segmentation simple, et tant que la cha- 
leur dure, dix à douze générations successives d'êtres 
imparfaits, sans ailes comme elles. La reproduction 
du polype, né de l'œuf de méduse, s'opère aussi par 
gemmiparité et, en présence du fait bien connu de 
la fécondation instantanée de vingt ovules à la fois 
chez la poule, donnant chacun un poulet, quoique 
pondus séparément en vingt jours successifs, cette 
explication semble parfaitement rationnelle. 

Mais, dit-on, comment ce puceron femelle, sans 
ailes pendant l'été, devient-il ailé et sesué à l'au- 
tomne, sans fécondation nouvelle, et donne-t-il en- 
suite des individus mâles et femelles? Pourquoi 
l'œuf de la méduse, devenu polype, redevient-il mé- 
duse?... On remarquera tout d'abord que cette gé- 
nération alternante, cette raétagenèse de produits 
différents, sexués et asexués, ne s'observe qu'entre 
un petit nombre d'espèces très voisines, dans les 
deux règnes végétal et animal, placées précisément 
dans chaque classe, ordre, genre ou famille, au point 
oiJ changent les caractères apparents des deux modes 
de la génération. 



I4i LA GÉNÉRATION. 

I.;i plupart des méduses proviennent encore di- 
irrlcuicnt aujourd'hui des polypes. Sur la paroi du 
polit |)olypc hydroïde de mer croît un bourgeon qui, 
peu à peu, devient une méduse, laquelle, comme le 
Iruit mûr, s'en détache et nage librement. Elle 
pond des œui's dont les germes produisent de nou- 
veaux polypes, en passant par la forme intermédiaire 
de l'hydre. La filiation entre le bourgeonnement 
et l'ûviparité s'établit ici par une véritable méta- 
morphose. 

Il y a donc plus d'analogie et de ressemblance 
entre l'œuf de la méduse et le segment ou bourgeon 
du polype, la cellule même de l'éponge, qu'avec 
l'œuf de l'oiseau. Entre l'œuf fécondé du puceron 
et la cellule segmentée de sa femelle, il n'y a pas de 
différence sensible.- Balbiani a constaté que tout le 
travail organisateur de l'embryon, chez ces pucerons 
parthénogénésiques, c'est-à-dire vierges ou non fé- 
condés, s'effeciue absolument de la même manière 
que chez les pucerons fécondés. « 11 y a toujours 
au début, dit-il, conjugaison de cellules hétérogènes, 
comme chez les plantes hermaphrodites oiî la fécon- 
dation résulte simplement du contact de la matière 
pollinique avec le tissu utriculaire né dans l'ovairo. 
Une fécondation analogue, chez les animaux herma- 
phrodites, suffit à déterminer le mouvement géné- 
sique nécessaire à la production d'un nouvel indi- 
vidu. » 

C'est aussi l'opinion de M. de Quatrefages, expri- 
mée en ces termes dans son cours du Muséum en 
1800 : < Aujourd'hui, pour tous les naturalistes, la 



HÉTAGÉNÈSE. 145 

larve ciliée, qui se meut à la manière d'un infusoire, 
les animaux hydriformes, qui couvrent la tige et les 
rameaux du polypier fixé à demeure sur quelque 
rocher, la méduse isolée et libre, qui mène en plein 
Océan une vie vagabonde, sont autant d'individus 
d'une même espèce. » 

Cette interprétation rationnelle et physiologique 
s'est confirmée par les expériences faites pendant 
l'été de 1880 et 1881, sur plusieurs espèces d'hy- 
draires dont la génération alternante est représentée, 
soit par les sporosacs, fixés au polype sur lequel ils 
ont bourgeonné, soit par les méduses qui s'en dé- 
tachent et nagent librement. M. de Varenne a 
trouvé en effet des ovules en voie de développement 
dans l'endoderme ou la partie interne de l'écorce du 
polype lui-même, avant l'apparition de ses sporosacs 
et des méduses. Ces ovules proviennent de cellules 
diflerenles de l'endoderme représentant les éléments 
ovulaires et spermatiques, car on y rencontre toutes 
les formes intermédiaires entre ces cellules ordi- 
naires et l'œuf complètement développé. 

D'où la preuve que la génération ne s'opère pas 
ici entre des organismes difierents : polype et mé- 
duse. Elle résulte de l'agrégation, la fusion de cel- 
lules gorminatives différenciées, nées dans les tissus, 
le cœnosarce du polypier lui-même, comme entre 
les cellules endogènes des fougères. En représentant 
les ovuk's et Ls spermatozoïdes, ces cellules passent 
dans un bourgeon, simple diverticulum des parois 
du corps du polype qui, en se développant, devient 
un sporosac y restant attaché et émettant à un 

9 



146 LA GÉNÉRATION. 

moment donné une méduse libre. {Soc. de bioL, 
janvier 1882.) 

Les sporosacs et les méduses ne sont donc pas 
des individus sexués séparément et formant entre 
eux une génération alternante. Le polype se féconde 
lui-même, comme certaines plantes cryptogames sans 
organes mâles ni femelles apparents. Les méduses 
en naissent invariablement selon la loi ordinaire. Ce 
fait a été démontré expérimentalement. Ces animaux 
primitifs ne se reproduisant pas en hiver à cause 
de l'abaissement de la température, il a suffi d'éle- 
ver artificiellement celle-ci pour que le phénomène 
se produise. C'est donc la consécration même du 
fait. 

Autrement, la génération alternante est une véri- 
table confusion des espèces, des classes, et même des 
règnes ; il n'y a plus d'ordre établi entre les espèces 
ni les individus; plus de sexualité. C'est un mystère 
comme la parthénogenèse, c'est-à-dire le chaos et 
l'obscuiité répandus de nouveau sur la génération 
des espèces inférieures, pour favoriser et justifier les 
théories matérialistes, celle du transformisme en 
particulier. 



Née de l'observation de quelques naturalistes 
distingués, qui l'ont présentée comme un problème, 
cette génération alternante, encore peu étudiée et 
mal établie, a été admise avec empressement et gé- 
aéralisée aussitôt par les positivistes. Elle est pour 
eux la démonstration de l'autonomie et de l'indé* 



METAGENESE. 147 

pendance des organismes élémentaires. L'appliquant 
aux plastides et aux cellules des organismes supé- 
rieurs, ils en ont fait la preuve ostensible, évidente, 
de leur évolution et leur transformation. En la sé- 
parant de l'hybridation et du métissage, ils ont érigé 
cette exception anormale, monstrueuse, d'un egéné- 
ration de produits asexués par des êtres sexués et 
réciproquement de ceux-ci par ceux-là, en règle de 
la génération normale. 

Haeckel affirme ainsi « que les innombrables mil- 
liards de cellules composant le corps de tout ani- 
mal et de tout végétal supérieurs ne naissent point 
par génération sexuée, mais par division ou scissi- 
parité, bourgeonnement ou formation de spores. » 
L'évolution et la transformation incessantes, les per- 
fectionnements de ces premiers éléments de la vie 
humaine, lui servent à expliquer également tous les 
mystères de la reproduction et de l'organisation, 
par la force même de la matière. L'énigme insoluble 
de la distinction des sexes n'a même plus de mys- 
tères... pour lui, en remontant à l'union asexuée 
des cellules : la cellule ovulaire femelle pouvant 
aussi bien produire par gemmation la cellule mâle 
que le spermatozoaire une cellule femelle. Aussi con- 
sidère-t-il « la condition nécessaire et absolue de 
l'union des deux sexes pour la reproduction, comme 
une opinion vulgaire, dont il faut nous débarrasser. 
11 soutient qu'en moyenne il y a plus de mille et 
plus d'un million même d'actes de la génération 
asexuée pour chacun de génération sexuée. » {Psy- 
chologie cellulaire, p. 48 et 49.) 



148 LA GENÉUATION. 

(juoi (l'étonnant dès lors et d'extraordinaire à ce 
que ces organismes se réunissent et se confondent 
en des métamorphoses inexplicables ? Celles des in- 
sectes plus parfaits, comme les papillons, ou des 
reptiles comme la grenouille, pour être plus uni- 
formes et mieux connues, sont-elles mieux expli- 
quées ? On ne saurait être aussi exigeant pour les 
êtres élémentaires dont il s'agit. Leurs germes repro- 
ducteurs sont encore si instables et imparfaitement 
fixés, de part et d'autre, que la moindre influence 
atmosphérique peut en changer la nature et en mo- 
difier la vitalité, comme celle des plantes. La tempé- 
rature n'est pas étrangère évidemment à la parthé- 
nogenèse des pucerons. Et comme les phénomènes 
de h génération alternante, loin d'être identiques, 
varient suivant les espèces et même les individus, 
au point de simuler de véritables métamorphose» 
chez les vers, on peut admettre que le milieu y con- 
tribue également. 



La métagénèse nous paraît ainsi un phénomène 
particulier de la génération des espèces élémentaires, 
formant la transition des divers modes de génération. 
Elle participe à la fois de la génération endogène 
et de la sexualité et n'exclut ni n'infirme celle-ci; 
au contraire, elle la confirme toujours. L'amphigo- 
nie, recherchée au microscope par les Allemands, 
jusque chez les fougères, pour expliquer la viabilité 
des spores, des poussières qu'elles émettent, a été 
constatée, comme ou l'a vu, par la présence de cel- 



MÉTAGÉNÈSE. 149 

Iules mâles et femelles à l'intérieur. Les algues con- 
firment d'ailleurs cette interprétation en réunissant 
seules, de tous les cryptogames, la triple reproduc- 
tion : asexuée, hermaphrodite et sexuée. 

Envisagée ainsi, la métagénèse n'est pas un mode 
spécial de génération, car elle participe à la fois et 
alternativement des deux modes, sexué et asexué, 
particuliers aux êtres entre lesquels elle se manifeste. 
Elle est inexplicable autrement, et c'est pour vouloir 
s'en tenir au fait brut de l'observation même, sans 
l'interpréter, que les positivistes l'ont posée comme 
un point d'interrogation, un X insoluble. 

Voilà jusqu'à quel point le culte exclusif de la 
matière a conduit les naturalistes modernes. La phy- 
siologie leur prescrivait d'étudier, de comparer et 
de raisonner, à la lumière des règles établies depuis 
des siècles, sur les fonctions appréciables de la gé- 
nération et les actes constants de la vie, chez les 
êtres qui en possèdent la manifestation supérieure, 
car seuls ils peuvent en donner la clef, selon Claude 
Bernard. Au contraire, ils vont en prendre l'exemple 
chez les êtres inférieurs, dans des exceptions inexpli- 
cables, contradictoires, se réalisant sur des atomes, 
des particules, dont la vie, le genre et l'espèce, sont 
à peine reconnaissables au grossissement du plus 
puissant microscope I Conclure aveuglément de ces 
visions artificielles et suspectes, de ces erreurs pos- 
sibles, pour en opposer les résultats à ce qui est 
palpable, tangible et évident aux moins clairvoyants, 
n'est-ce pas faire de l'ontologie systématique et de 
la monstruosité ? Se baser sur des abstractions si in- 



150 LA GENERATION. 

saisissables et spéculatives, pour se livrer à des subti- 
lités inconcevables, c'est faire plus que de la méta- 
physique, c'est revenir au surnaturel, au miracle, 
et les admettre implicitement en voulant les discré- 
diter. 



Génération sexuée. 

Ce dernier mode de reproduction est le plus com- 
pliqué, en exigeant le concours de deux sexes dis- 
tincts, séparés et pourvus d'organes différents. Com- 
mun à l'immense majorité des animaux, il est le 
type normal et régulier de la génération animale, 
comme l'hermaphrodisme l'est du règne végétal. 
C'en est la différence capitale, distinctive et la 
marque de leur perfectionnement graduel, en procé- 
dant du simple au composé. Au-dessous sont confon- 
dus pêle-mêle les représentants respectifs de ces deux 
règnes, dans un ordre asexué, dont la reproduc- 
tion, livrée au hasard et à toutes les forces aveugles 
de la matière, ne décèle aucun signe d'instinct, ni de 
volonté ; au contraire, les transitions sont insensibles 
de part et d'autre entre ces extrêmes d'un sexe à 
deux. 

Certaines plantes acotylédonées, les algues, pré- 
sentent les trois modes de génération dans leurs dif- 
férents ordres, comme on l'a vu. Les plus simples, 
ddnt plusieurs espèces vivent en parasites dans les 
liquides de l'homme et des animaux, sont asexuées, 
et celles d'un ordre supérieur hermaphrodites, tan- 



FLEURS SEXUÉES. 151 

dis que les Floridées, dont la plupart vivent dans la 
mer, sont sexuées séparément. 

Par cet exemple, la sexualité distincte est mani- 
festement le mode de reproduction le plus complet 
et le plus parfait. Il est aussi le plus répandu, puis- 
que, selon la remarque de Buffon, le nombre des 
espèces d'animaux dépasse de beaucoup celui des 
espèces végétales, évalué par lui à plus de quarante 
mille, connues alors; celui des insectes, dont la plu- 
part échappent aux yeux, étant à lui seul bien supé- 
rieur aux espèces de plantes visibles sur la terre. Elle 
n'est pourtant pas exclusivement limitée aux ani- 
maux, comme on le croit trop souvent. Les plantes 
sexuées séparément, comme certains mollusques ré- 
putés hermaphrodites, y sont aussi soumis. D'où la 
nécessité de les signaler préalablement. 

Fleurs sexuées. Quoique provenant de la même 
graine, il y a des plantes exclusivement mâles ou 
femelles. Contrairement aux fleurs hermaphrodites, 
elles n'ont qu'un sexe et ne portent que des étamines 
ou un pistil et se distinguent absolument par là, 
comme les filles et les garçons d'une même famille. 
On les subdivise en monoïques et dioïques, suivant 
qu'elles portent des fleurs unisexuées sur un seul 
pied ou sur des pieds différents et séparés. 

En effet, la même tige porte parfois, sur des pé- 
doncules distincts, séparés, des fleurs n'ayant qu'un 
seul organe sexuel, pistil ou étamines. Ce sont les 
plantes androgyncs. Elle se rencontrent aussi réu- 
nies sur un réceptacle ou ovaire commun. Ce sont 



152 LA GÉNÉRATION. 

les fleurs composées. L'orlie, le mûrier, le buis, le 
chêne, le noyer, le noisetier, le platane, le pin, en 
oflrent l'exemple. C'est la monœcie de Linné ou la 
monoclinie des botanistes modai'ncs. 

D'autres fleurs unisexuées sont portées séparé- 
ment sur des pieds différents, comme le chanvre, le 
houblcri, l'épinard, le peuplier, et forment la diœcie 
Ou diclinie. 

Il est même des plantes hermaphrodites qui por- 
tent séparément des fleurs unisexuées et exclusive- 
ment mâle et femelle, comme pour suppléer à l'infé- 
condité des fleurs principales. C'est la polygamie 
véritable, comme elle s'observe trop souvent dans les 
ménages à trois de l'espèce humaine. 

C'est par ces nuances insensibles que s'efface la 
transition entre l'hermaphrodisme complet de la plu- 
part des plantes et la sexualité distincte, séparée, qui 
caractérise les plus élevées. Celles-ci viennent à leur 
tour mettre en évidence le mécanisme si obscur de la 
fécondation cbez les premières, et confirmer que les 
rudiments dos graines, contenus dans l'ovaire, ne par- 
viennent à leur développement que par l'action de la 
poussière fécondante du mâle sur la femelle. Quel- 
ques observations authentiques et concluantes, sur 
co sujet délicat et important, ne seront donc pas de 
irop pour amener la conviction dans l'esprit de ceux 
qui n'ont jamais observé ce curieux phénomène 
végétal. 






On cultivait depuis quatre-vingts ans, dans le 



FLEURS SEXUEES. 153 

Jardin des plantes de Berlin, plusieurs dattiers 
femelles qui fleurissaient chaque année sans avoir 
jamais porté de fruits. On fît venir de Leipsick des 
branches en fleurs de dattier mâle, que l'on secoua 
fortement sur les premières et, dès cette année, ce 
dattier femelle, jusque-là stérile, porta des fruits. 
Pendant dis-huit ans, ces deux plantes, restant iso- 
lées, continuèrent à fleurir inutilement; mais il suffit 
alors de renouveler l'expérience pour obtenir le 
même résultat que la première fois et en confirmer 
l'interprétation. 

La même observation a été faite par Linné sur la 
Clutia pulchella, dont il cultivait un pied à fleurs 
femelles dans ses serres. Elle fleurissait chaque 
année, au renouvellement du printemps, sans porter 
aucun fruit. Il lui suffit de placer à côté un pied 
mâle pour la rendre féconde, mais elle redevint 
stérile dès qu'il fut retiré. 

Deux pistachiers femelles fleurissaient depuis 
longtemps, chaque année, dans le Jardin des plantes 
de Paris, sans produire aucun fruit. Grand fut l'éton- 
oement, une année, de voir les fleurs se nouer et 
donner du fruit en abondance. Bernard de Jussieu 
affirma dès lors, comme l'avait fait Linné dans un 
cas analogue, que des pieds mâles devaient se trou- 
ver dans les environs. Des recherches furent faites et 
l'on découvrit en effet, à la pépinière des Chartreux, 
un pistachier mâle qui avait fleuri à la même époque, 
et dont le pollen, emporté par le vent, était venu 
féconder ses voisines. Telle est l'affinité merveilleuse 
des fleurs femelles des palmiers avec les fleurs mâles, 

9, 



154 LA GÉNÉRATION. 

qu'elles s'attirent à plusieurs lieues de distance. 

Ces expériences sont faciles à répéter sur le 
chanvre, en enfermant des pieds femelles dans une 
serre bien close. Ils ne donneront jamais de chène- 
vis, mais il suffira de placer un seul pied mâle au 
milieu d'elles pour qu'elles deviennent toutes fécon- 
des, seraient-elles au nombre de plusieurs milliers. 

Une remarque à faire ici, à ce propos, c'est que le 
mâle est plus fin, plus pâle, jaune et grêle, que la fe- 
melle qui porte les graines. Les pieds de celle-ci 
sont si forts et verts, d'une odeur si pénétrante, que 
les paysans les confondent et donnent faussement le 
nom de femelle au mâle qui se récolte avant, sans 
graine, parce qu'il produit un tissu meilleur et beau- 
coup plus fin. Exemple naissant de ce qui s'observe 
chez un grand nombre d'insectes, dont la femelle 
est plus forte que le mâle pour avoir le temps de 
pondre et déposer ses œufs, tandis que le mâle suc- 
combe aussitôt après la fécondation. 

Cet accouplement des fleurs, différemment sexuées, 
ne s'effectue parfois que par des moyens irréalisa- 
bles en apparence. La Valisneria spiralis en offre 
un exemple frappant. Cette plante sexuée habite le 
fond des eaux où ses organes reproducteurs se déve- 
loppent séparément. Les fleurs femelles, attachées 
à un pédoncule très long, spiroïde ou en tire-bou- 
chon, viennent à la surface de l'eau, comme les 
fleurs hermaphrodites au moment des amours, grâce 
à la distension, l'allongement du pédicule. Mais 
les fleurs mâles, retenues au fond de l'eau par un 
pédicule court pour la nutrition et la maturation 



FLEURS SEXUEES. 15> 

de leurs germes spéciaux, semblent ne pouvoir les 
rejoindre pour opérer le contact. L'attraction est si 
forte et impérieuse pour la reproduction que le 
pédoncule court se rompt spontanément et la fleur 
mâle, venant se mettre aussitôt en rapport avec la 
fleur femelle, s'ouvre et la féconde, pour mourir et 
disparaître bientôt. C'est aux dépens de sa vie que 
cette plante en reproduit une autre, comme beau- 
coup d'insectes périssent, les araignées exceptées, 
après leur accouplement. 

Entre cet accouplement exceptionnel et très in- 
complet des plantes sexuées entre elles et celui que 
commence dans le règne animal dont il est la règle, 
la transition est encore insensible. L'accouplement 
des vers de terre et des limaces, des sangsues, con 
siste en effet, comme nous l'avons indiqué, bien plus 
dans le contact et le frottement que dans une intro- 
mission réelle. Ils sortent de terre et se portent en 
foule à sa surface pour les besoins de la fécondation, 
comme ils y rentrent ensuite pour pondre leurs 
œufs qui s'y développent, ainsi que ceux des insectes, 
sans subir de métamorphoses. 

Tous les modes de reproduction sont d'ailleurs 
communs à ces annélides. Ils se reproduisent par 
fissiparité, comme on l'a vu, et, de leurs cellules en- 
dogènes, naissent les amibes, les grégarines, par gé- 
nération alternante. Leur hermaphrodisme est ma- 
nifeste autant que leur oviparité, ce qui nous conduit 
directement à ce mode le plus répandu de la géné- 
ration. 



\56 LA GÉNÉRATION. 

Oviparité. C'est la reproduction par l'œuf, se- 
/oii le fameux aphorisme de Ilarvey : Omne vivum 
ab ovo, tout ce qui vit vient de l'œuf. Proclamé au 
seizième siècle, il s'appliquait alors à la généralité 
des êtres vivants connus dans les deux règnes, car 
l'œuf, dans son état complet et parfait, tel qu'il est 
pondu par les oiseaux et dont la poule offre le type, 
n'est, à son début, qu'une simple vésicule contenue 
dans l'ovaire des femelles. De là son nom d'ovule. A 
l'état rudimentaire, c'est la granulation amorphe qui 
se rencontre dans l'ovaire de toutes les plantes pha- 
nérogames, hermaphrodites et sexuées, comme dans 
celui de tous les animaux sexués où il se perfec- 
tionne graduellement jusqu'à se retrouver dans l'o- 
vaire de la femme. Dès que le germe a besoin pour 
évoluer, se développer et donner la vie, d'être fé- 
condé par un autre, de subir le contact d'un élément 
étranger, provenant d'un organe ou d'un être dis- 
tinct, il représente l'œuf et appartient à la généra- 
tion sexuée ou ovipare. 

C'est en considérant l'œuf à ce point de vue élevé, 
du haut de l'échelle organique jusqu'à sa base, que 
les anciens naturalistes ont pu étendre et généraliser 
le système de roviparité à tout ce qui a vie dans 
les deux règnes. Cette doctrine s'est trouvée vraie 
pendant plusieurs siècles, comme nous l'indique- 
rons à la Menstruation. 

Mais en découvrant la cellule au microscope, les 
Allemands l'ont complètement renversée et obscur- 
cie, remplaçant l'aphorisme de Ilarvey par celui-ci : 
omnis ccllula ex cf/Ai/fl. L'œuf n'est plus maintenant 



OVIPARITE. 157 

l'objectif de l'origine de la vie, d'où chacun la voit 
encore manifestement sortir tous les jours. C'est 
la cellule, être abstrait, inconnu, d'oiî tout naît au- 
jourd'hui, d'après la doctrine cellulaire précédem- 
ment exposée. L'ovule ou vitellus, représenté par 
le jaune de l'œuf, n'étant composé que de cellules 
semblables, comme tous les tissus, les organes et 
l'homme tout entier, ils ont fait naître celui-ci d'une 
cellule femelle ou ovulaire, fécondée par une autre 
cellule mâle ou spermatique, sans que personne 
puisse le voir ni s'en convaincre. Il faut l'admettre 
de confiance ou par induction, car cette doctrine 
n'est pas établie directement par les sens, elle re- 
pose tout entière sur un instrument d'optique arti- 
ficiel, multipliant tellement l'acuité de l'œil humain 
et la perception de la lumière, le grossissement des 
objets, que l'on court grand risque d'y voir double 
ou faux. 

Tout le progrès et l'avantage de la nouvelle doc- 
trine sur l'ancienne sont évidemment là. En ne 
voyant la vie que dans ses moindres manifestations, 
la cellule ou le globule et leurs divisions, c'est-à-dire 
par le petit bout et de bas en haut, on ne peut en 
saisir ni l'ensemble ni les détails. Le champ du mi- 
croscope n'a que 25 centimètres carrés d'étendue, 
d'après M. Pasteur. C'est d'en haut qu'il faut la con- 
templer pour bien la connaître. L'analyse ne sert à 
rien si l'on n'y joint la synthèse, et l'on ne peut 
voir l'esprit dans la matière seule. 

La génération par la théorie cellulaire est aussi 
abstraite et inconcevable, pour Monsieur Tout le 



158 lA GÉNÉRATION. 

Monde, que celle de l'oviparilé harveyenne est claire 
réelle et positive. Sa base est aussi vaste que l'autre 
est étroite et celle-ci n'éclaire ni ne démontre mieux 
l'origine de la vie par la matière. Le bourgeon et la 
cellule, le sporule ou la plastidule même, se déta- 
chant spontanément ou artificiellement de leur 
ensemble, ont toujours besoin du contact d'un élé- 
ment étranger pour évoluer, se développer et repro- 
duire; sinon leur vie reste latente, endormie, et finit 
mvariablement par s'éteindre. Le germe ambiant, 
le grain de levure, le ferment et le plasson même 
doivent donc être assimilés à l'ovule, car ni l'un ni 
l'autre ne peuvent se passer de cet élément étranger, 
fécondant, solide, liquide ou gazeux, c'est-à-dire la 
terre ou l'eau, l'air ou le soleil, jouant le rôle de 
sexe connexe. 

L'antique figure des anciens conserve ainsi toute 
sa vérité, sa réalité, malgré les immenses progrès 
accomplis par la chimie moderne dans l'analyse 
et la synthèse. Si l'eau est composée de deux gaz, 
l'hydrogène et l'oxygène, ces corps simples n'ont 
pas plus de vie que les autres éléments. Leurs com- 
binaisons et leurs forces diverses sont même inca- 
pables de la produire directement; ils ne peuvent 
l'engendrer entre eux. De même qu'ils sont indis- 
pensables au germe, au ferment, au grain de levure, 
ce même élément vital leur est absolument néces- 
saire pour que la vie en résulte, comme les deux 
sexes ou leurs organes entre eux. A défnut de cet 
élément de vie, l'esprit seul peut produire celle-ci 
ou.... l'imaginer. 



OVIPARITE. 15Î 

Cette comparaison n'est pas rappelée ici pour 
éclairer la génération ovipare. Au sens strict de ce 
mot, on ne saurait considérer, comme s'y rappor» 
tant, toute cette infinité d'êtres primitifs et élémen- 
taires, sans organes apparents ni sexualité distincte. 
Assimiler la cellule, et même l'amibe qui en provient, 
à l'œuf ou à l'ovule, serait abuser de la figure et faire 
de l'ontologie. « Si les ovules, mâle ou femelle, des 
végétaux et des animaux commencentparunecellule, 
ils deviennent rapidement autre chose en se dévelop- 
pant, dit M. Robin . C'est un organe spécial très simple 
comparativement aux autres, mais différent des élé- 
ments anatomiques appelés cellules. Son usage, sa 
fonction spéciale, sont différents de celles-ci. » {Dic- 
tionnaire de Nijsten : Multiplication.) 

En rendant la vie perceptible chez ces microbes, 
unicellulaires ou polycellulaires, en en éclairant la 
reproduction spontanée par simple division, segmen- 
tation ou bourgeonnement, le microscope ne permet 
plus ces assimilations. La doctrine cellulaire en rend 
compte beaucoup plus clairement et rationnellement. 
Méconnaître ce fait, serait nier le progrès et les im- 
menses conquêtes réalisées par cet instrument dans 
le domaine de l'incoimu. 

Mais en faisant de cette simple cellule leur unique 
objectif, en la considérant comme l'unité de la vie, 
en analysant l'œuf et l'ovule à ce degré extrême de 
n'y plus voir que la cellule ovulaire, et en représen- 
tant toujours et partout celle-ci comme le type unique 
de la génération ovipare, les positivistes ont ab- 
solument fait perdre celle-ci de vue. Ils ont si pro- 



160 LA GÉNÉRATION. 

fondement obscurci, altéré, dénaturé ce mot, en 
n'y attachant plus l'idée de sexualité qui doit y res- 
ter indissolublement fixée, et réduit à si peu de 
chose celte condition indispensable de deux facteurs 
placés à 'a base de toute génération, — si primitive 
et élémentaire qu'on la suppose, — qu'elle est négli- 
gée et oubliée aujourd'hui. On n'en tient plus compte 
dans cette recherche incessante de l'origine de la 
vie par la cellule exclusivement, car, dans cette con- 
templation microscopique, l'oviparité et la sexualité, 
placées au-dessus, disparaissent, quoique la réalisant 
comme ses modèles les plus patents. 

Et cependant, la cellule, comme l'œuf et l'ovule, 
doit être fécondée, vivifiée par un agent ou un es- 
prit quelconque pour évoluer et proliférer. C'est la 
loi universelle des êtres vivants. Sinon, elle se né- 
crobiose et meurt aussitôt, de même que la plus faible 
plante privée de terre ou d'eau. Une logique invin- 
cible a conduit ainsi les matérialistes les plus déci- 
dés à ne pouvoir constituer la vie du moindre mi- 
crobe, amibe, vibrion ou bactérie, cellule ou plas- 
tide, ni même de la cellule archégone des végétaux 
cryptogames, sans cette condition indispensable de 
la dualité. Aucune des théories en vogue n'a pu s'en 
passer et la vie entre spiritualistes et matérialistes, 
panspermistes, hétérogénistes ou transformistes, 
n'est pas encore apparue sans ces deux facteurs. 
Les corpuscules-germes de M. Pasteur ne se déve- 
loppent que dans des liquides spéciaux absolument 
indispensables et les sporules, les gemmules, les 
plaslidules, comme l'ajithéridie et l'arohégonie, qui 



OVIPARITE. 161 

gouvernent souverainement l'esprit des savants mo- 
dernes, ont été ainsi créés ou imaginés à la base de 
leur système pour les rendre acceptables. La vie, 
vue ici du plus bas de l'échelle organique, à tra- 
vers le micioscope, n'a pu leur apparaître distincte- 
ment que sous la forme de ces entités nébuleuses, 
imaginées pour animer des atomes, impalpables mo- 
lécules ou granules informes et sans nom avant eux. 
On ne pf ut voir et rencontrer que la matière, exa- 
minée et interrogée aussi exclusivement. Un seul, 
Hseckel, renchérissant sur le tout, a poussé ce sys- 
tème matérialiste jusqu'à l'absurde, en animant son 
plasson d'une force et d'une âme — pour rire. 
C'est donc bien une véritable fécondation de la ma- 
tière par l'esprit. 



Ainsi se trouve justifiée cette longue digression. 
En montrant cette indispensable dualité originelle 
de la vie comme une réalité reconnue et admise 
par tous les systèmes positifs, et qui se révèle en- 
suite si éclatante chez l'homme, elle permet d'y 
voir l'emblème de la sexualité s'élevant graduelle- 
ment jusqu'à l'oviparité. Figurée primitivement par 
les corpuscules-germes et les sporules ambiants, 
flottant dans l'atmosphère, ou représentée par les 
granulations atomiques, moléculaires, du plasson 
ou du plasma, les microspores de la sporange ou de 
l'archégone, cette sexualité d'éléments divers, en les 
fusionnant par leur affinité ou leur attraction réci- 
proque, les féconde par la réaction même de l'un 



162 LA GÉNÉRATION. 

sur l'autre et la fermentation qui en résulte. Ainsi 
doit se former la cellule vivante, animée, étant mâle 
ou femelle, végétale ou animale, selon ses parties 
constituantes. En en produisant d'autres semblables 
par division ou segmentation, celles-ci s'assemblent, 
s'unissent et se fondent ensemble pour former ces 
masses cryptogamiques, ces amas muqueux et vi- 
vants, sans organes sexuels distincts ni apparents. Ils 
se reproduisent néanmoins par des spores, des pous- 
sières, comme les champignons ou les fougères, ou 
en se segmentant comme les infusoires, les coraux 
et les polypes qui commencent le règne animal. 

C'est à ce point d'intersection du règne végétal au 
règne animal, où les espèces voisines se confondent 
presque dans leurs variétés, que se rencontrent les 
phénomènes les plus obscurs de la sexualité. Après 
l'avoir constatée progressivement distincte et séparée 
chez la plante, même des plus infimes, comme les 
algues, on ne la retrouve plus chez les zoophytes, 
dont les coraux et les polypes, avec leurs branches, 
ressemblent tant à des végétaux. Mais le mode de 
génération a changé et l'on constate de nouveau ici 
la scissiparité primitive, et la segmentation reparait 
comme la plus sûre distinction des deux règnes. 

Une différence fondamentale marque toute la su- 
périorité de celui-ci. Dès ce premier embranche- 
ment d'animalcules simplement rayonnes, la sexua- 
lité apparaît distinctement. M. Robin a constaté des 
organes sexuels rudimcntaires chez les méduses ou 
orties de mer et Fola figuré la pénétration des sper- 
matozoïdes chez l'oursin, comme nous l'établirons 



OVIPARITE. 1«3 

plus loin. L'anthéridie spermogène a été constatée 
aussi, il est vrai, sur des fougères, mais d'une ma- 
nière beaucoup moins positive. 

L'oTiparité animale commence ainsi chez la plu- 
part des zoophytes. Quelques polypes en présentent 
même des traces. Mais, à l'exception des orties de 
merunisexuées, l'oviparité n'existe alors qu'à l'état 
hermaphrodite, c'est-à-dire sur un seul individu, 
comme chez les mollusques acéphales, les vers, les 
limaçons et la plupart des gastéropodes marchant 
sur le ventre. (V. Hermaphrodisme ani7nal.) Aussi 
est-elle des plus évidentes dans tous ces cas. L'huî- 
tre et la moule déposent des masses d'œufs dans 
l'eau, sans accouplement, comme les vers dans la 
terre, les escargots et les lymnées sur les plantes, 
après s'être accouplés pour se féconder réciproque- 
ment. Le spectacle est donc absolument semblable 
aux plantes laissant échapper leurs graines ou lors- 
que celles-ci, jaillissant de leurs capsules, tombent 
sur la terre chargée de les recevoir pour les faire 
germer. 

Autre analogie frappante : c'est que les uns et les 
autres sont également dangereux et toxiques pour 
l'homme et les animaux qui s'en nourrissent. Par 
leur extrême ténuité, les œufs de ces mollusques 
s'introduisent fréquemment dans l'intérieur de 
l'homme et des animaux avec l'eau, les végétaux et 
les viandes servant à l'alimentation. Ils y subissent 
même leurs transformations, leurs métamorphoses, 
et s'y multiplient en nombre considérable. De là les 
nombreux vers entozoaires qui se rencontrent dans 



i64 LA GÉNÉRATION. 

tous les organes à peu près. Le tube digestif est le 
siège des ascarides ou lomijrics, des ténias ou vers 
solitaires et des oxyures du rectum. Mais en circu- 
lant dans le sang et les humeurs, ils se fixent de 
préférence ici ou là, suivant leur siège d'élection, 
pour évoluer et s'y développer en parasites toujours 
dangereux, redoutables, sinon mortels. Les cysti- 
cerques se développent ainsi dans tous les tissus, le 
cerveau, les yeux, oîi ils produisent les accidents les 
plus graves. Il en est de même des hydatides par 
les volumineux kystes qu'ils développent dans le foie, 
l'ovaire, les poumons. L'anchylostome duodénal, la 
douve du foie, la trichine et les filaires des chairs, 
qui ne peuvent être ni tués ni extraits, déterminent 
souvent la mort. On ne saurait alors trop se pré- 
munir contre la présence de ces hôtes dangereux, 
surtout dans la viande crue de bœuf et celle du 
çore. 



La sexualité distincte, séparée, ne commence à 
s'observer que dans la dernière classe des mollus- 
ques céphalopodes se dirigeant par la tête, comme 
les poulpes, les calmars, les seiches. Mais il faut 
arriver jusqu'aux insectes, parmi les animaux arti- 
culés, pour en observer le type. Toutefois, les crus- 
tacés, recouverts d'une croule calcaire, comme l'é- 
crevisce et les crabes, présentent déjà des organes 
de fécondation doubles, symétriques, comme chez 
les mammifères. 

A l'exemple du chanvre, parmi les végétaux, le 



OVIPARITÉ. 165 

mâle est ici sensiblement plus petit que la femelle, 
ses organes font saillie sur la hanche de la dernière 
paire de pattes, tundis que les ovaires de la femelle 
sont placés sous la grande écaille qui recouvre la 
tète et le corps. Mais un canal part de là pour abou- 
tir sur les hanches de la patte du milieu, oh l'on 
aperçoit deux petites ouvertures rondes, recouvertes 
d'une espèce de soupape membraneuse qui s'ouvre 
en dedans lorsque le mâle vient y déposer sa li- 
queur fécondante. Ainsi fécondés, les œufs sortent 
par la même ouverture et s'amoncellent graduelle- 
ment sous la queue de l'animal, beaucoup plus lon- 
gue et arrondie, à cet effet, que celle des mâles qui est 
carrée. Les œufs y éclosent et donnent le jour à des 
êtres vivipares qui, comme les pucerons, se trouvent 
fécondés pour trois générations successives, c'est-à- 
dire qu'ils sont capables de se reproduire sans nou- 
vel accouplement entre eux. C'est pourquoi ces œufs, 
même desséchés en partie, ont la faculté de repro- 
duire des écrevisses, s'ils sont replacés dans l'eau, 
leur véritable incubateur. (V. Vie latente.) 

Quoique moins chauds que les insectes, les crus- 
tacés n'en célèbrent pas moins leurs noces avec ar- 
deur. Les pécheurs ont souvent occasion de l'obser- 
ver. Le petit mâle est si fortement uni à sa femelle 
que tous deux semblent avoir oublié le danger com- 
mun et se laissent prendre dans cet état de flagrant 
délit. Ces crustacés pondent leurs œufs dans les 
deux derniers mois de l'année, bien que l'on en 
trouve encore d'attachés à leur queue en janvier et 
eu lévrier. 



166 LA GÉNÉRATION. 

Moins volumineux en général que ces derniers, 
les Insectes s'en distinguent encore de plusieurs 
manières. Aussi légers que les autres sont lourds, 
— puisqu'ils nagent ou rampent pour la plupart^, 
tandis que ceux-ci sautent et volent, — les insectes 
forment le monde de la nuit. Ils sont tous lucifuges. 
Ceux même, comme l'abeille, qui travaillent le jour, 
préfèrent pourtant l'obscurité, dit Michelet. Ils se 
caractérisent principalement par un accouplement 
réel et visible, la ponte de leurs œufs et surtout les 
changements, les transformations qu'ils subissent 
pour leur reproduction. Le ver à soie, le papillon, 
l'abeille, la mouche, l'araignée, et tous ces petits 
êtres qui nous entourent en foule, même les para- 
sites qui vivent sur notre corps comme l'acarus de 
la gale, la puce, la punaise, offrent les phénomènes 
les plus curieux et intéressants à ce sujet. 

L'appareil sexuel des insectes est très délié éI 
compliqué, comme le reste de leur corps, et varie 
suivant les espèces. Un corps glanduleux, qui se 
trouve dans le ventre des deux sexes, en est la par- 
tie la plus saillante. C'est l'organe principal chargé 
de préparer la semence de part et d'autre. Il repré- 
sente le testicule chez le mâle, l'ovaire chez la fe- 
melle, et leur contenu en forme la seule différence. 

Chez le mâle, la semence est conduite par un 
canal filiforme dans une vessie adjacente, représen- 
tant la vésicule séminale, d'où elle se dirige, par un 
canal déférent, vers un petit corps conique, creux, 
qui se durcit, entre en érection pour l'éjaculer. 
C'est l'organe copulateur se rencontrant à l'anus 



OVIPARITE. 467 

chez la plupart des insectes, comme le papillon, 
l'abeille et la guêpe. Il se trouve près de la bouche 
chez l'araignée et sous le ventre chez d'autres. 

L'ovaire, contenant des œufs chez la femelle, 
communique à l'extérieur par un canal qui s'ouvre 
près de l'anus. C'est l'analogue du style dans la fleur 
et de la vulve chez les grands mammifères, car il 
sert à transporter le fluide fécondant du màle pen- 
dant l'accouplement et à pondre ensuite les œufs 
fécondés. 

Le liîécanisme de la copulation de ces petits êtres 
est le même que chez les oiseaux, mais l'appareil 
extérieur en est si rudimentaire qu'il ne suffirait 
pas à différencier les sexes si d'autres caractères 
ne les séparaient. Tous les mâles sont ainsi plus 
petits que les femelles, comme chez l'écrevisse, et 
ils s'en distinguent encore, ici et là, par des cornes 
ou antennes ornées de nœuds, des bouquets de poils 
simulant la barbe, des ailes plus développées et des 
couleurs plus foncées. Le màle est gris quand la fe- 
melle est blanche. Il est toujours possible de le re- 
connaître à ces caractères, même parn^i les espèces 
inaptes à la reproduction, comme les termites et les 
abeilles, neutres ou mulets. 

Des particularités singulières en résultent chez 
plusieurs espèces. Le mâle de l'araignée, plus petit 
que la femelle, ne s'en approche qu'avec prudence 
et défiance, par crainte d'en être dévoré, d'autant 
que leur accouplement est plus intime, comme 
Réaumur l'a constaté. Elles s'enlacent d'abord avec 
leurs pattes, puis à laide de leurs bras, simulant 



168 LA GÉNÉRATION. 

les antennes, et terminés par un bouton ; celui-ci 
s'ouvre chez le mâle qui va ainsi en porter le con- 
tenu sous le ventre de la femelle, dans une fente 
située à son origine pour la féconder. Ce mode de 
copulation, différant de tous les autres, fit placer le 
sexe des insectes dans leurs antennes, car on ob- 
serve, chez tous ceux qui en portent, un frémisse- 
ment particulier du mâle frottant ses organes contre 
la femelle, absolument comme les anthères des éta- 
mincs déposant leur pollen sur le pistil des fleurs. 

Observant à l'île Sainle-Marguerite deux files de 
chenilles processionnaires marchant régulièrement 
la tête dans le derrière les unes des autres, selon 
l'expression de Réaumur, M. G. Pouchet eut l'idée 
d'éprouver l'instiuct curieux de ces insectes. Il plaça 
une pierre au milieu de l'une des files : la chenille 
qui devait franchir la première cet obstacle s'arrêta 
et toutes celles qui marchaient devant s'arrêtèrent 
aussi. Répétant cette expérience en 1880, au Mu- 
séum, avec une certaine quantité de ces chenilles, il 
lui a suffi d'en supprimer une de la chaîne pour 
que celle qui la précède s'arrêta^ immédiaiement» et 
toutes les autres d'arrière en avant jusqu'au chef de 
file. Lorsque le train reprend sa marche, c'est la 
dernière chenille qui commence. [Soc. de biologie.) 

Un observateur systématique ne manquerait pas, 
en pareil cas, de prêter à ces pauvres bestioles 
le raisonnement qu'il ferait lui-même : Si... 
mais... c'est que... et voilà pourquoi les chenilles 
s'arrêtent. Moins ingénieux, l'auteur les voit tout 
simplement soumises à une excitation particulière 



OVIPARITE. 169 

qui les fait agir d'une certaine façon, toujours de la 
même, sous cette influence. C'est l'instinct de ces 
bêtes, ne pas confondi'e avec intelligence. 



C'est du printemps à l'automne, sous l'irifluence 
de la chaleur, que les insectes ayant accompli obscu- 
rément leurs métamorphoses, pendant l'hiver, appa- 
raissent tout à coup dans l'atmosphère chaude, lu- 
mineuse et claire, pour y déployer tout leur éclat 
et se livrera la reproduction. C'est l'époque de leur 
puberté. Ils ont acquis alors tout leur accroissement 
et leur force, et on les voit s'épanouir et briller 
avec les fleurs, parés de couleurs éclatantes. Les pa- 
pillons, dont on compte plus de quinze cents es- 
pèces, sont surtout admirables. Leur sensibilité et 
leur contractilité acquièrent subitement une in- 
tensité extraordinaire, tous leurs mouvements s'exé- 
cutent avec une extrême agilité ; ils sont dans une 
agitation continuelle, se recherchant avec ardeur, 
comme pour se dédommager de leur existence éphé- 
mère par la rapidité de leurs actes. 

L'ardeur amoureuse des insectes, surtout ceux 
qui portent des ailes, est en raison directe de la 
durée de leur existence. Les hannetons mâles sont 
ainsi en contact immédiat presque continuel avec 
leurs femelles durant les huit à dix jours de vie 
qu'ils ont à consacrer à leur reproduction. Après 
être restés quatre ans pour se développer, ils sont 
à peme sortis de leur engourdissement, arrachés de 
leur état inerte et grossier par les rayons du soleil, 

10 



170 LA GÉNÉRATION. 

qu'nnimés d'un excès de vie, ils s'empressent de 
payer leur tribut à l'amour. Dévorés d'une flamme 
que leur contact réciproque peut seul éteindre, mâles 
et femelles se recherchent avec une ardeur sans 
égale, car le feu qui les dévore est encore animé par 
J'odeur spermatique des fleurs. Leur ivresse amou- 
reuse est ainsi exaltée au suprême degré et c'est 
pourquoi on les rencontre ordinairement sur les 
fleurs les plus brillantes et fraîchement épanouies, 
accomplissant leurs délicieux sacrifices. 

Les éphémères offrent, sous ce rapport, un phé- 
nomène encore plus remarquable. Après avoir sé- 
journé, pendant trois ans, dans la vase des rivières 
pour se développer, la larve vient à la surface de 
l'eau à l'état de nymphe, comme les fleurs aquati- 
ques, et en quelques secondes, prenant leur vol, ils 
se recherchent pour s'accoupler. Dès ce premier vol, 
ne durant parfois que quelques minutes, les mâles, 
plus nombreux, ayant fécondé les femelles, perdent 
leur vigueur et périssent aussitôt. Les femelles ne 
leur survivent que le temps d'aller déposer leurs 
œufs à la surface de l'eau, d'où ils tombent dans la 
vase pour s'y développer. Et c'est ainsi qu'en peu 
d'heures, de cet essaim innombrable d'insectes ailés 
s'élevant de l'eau, il ne reste plus qu'un monceau 
de cadavres, dont les poissons sont très avides. 

Celte mort immédiate de beaucoup d'insectes, 
après leur reproduction, est évidemment causée par 
l'ardeur qu'ils mettent dans leurs amours. Les plus 
forts, s'ils n'y succombent, offrent tous les signes 
d'un profond collapsus ; ils tombent comme en syn- 



OVIPARITÉ. 17t 

cope. Leur vie est si frêle, qu'elle ne peut se parta- 
ger. Elle leur échappe en se communiquant, comme 
celle de la plante annuelle qui se fane et meurt dès 
qu'elle a fleuri. Image saisissante que l'acte destiné 
à donner la vie en emporte bien une portion même 
chez tous les êtres vivants. 

Ils payent d'ailleurs tous le même tribut à l'a- 
mour, dans cette brillante saison des voluptés de la 
génération. De quelque côté que l'homme porte ses 
regards, le même spectacle d'un amour universel 
s'offre à lui, dans tout le monde animé, pour l'in- 
viter à y prendre part. L'humble bruyère où repo- 
sent nonchalamment deux jeunes amants attirés par 
l'amour dans le silence des bois, le reptile qui 
rampe sous l'herbe, le papillon qui voltige de fleur 
en fleur autour d'eux et les oiseaux par leurs chants 
mélodieux, tout semble se réunir pour égayer leurs 
amours ! La nuit, son oreille est frappée des chants 
du grillon domestique, pendant qu'il repose auprès 
de sa moitié. A peine ouvre-t-il les yeux, dès l'aube, 
qu'il rencontre l'ardent accouplement de deux mou- 
ches, si son front même n'est le théâtre de leurs 
amours. Deux brillants papillons s'enivrent des plus 
douces voluptés sur les fleurs qu'il cultive et, à 
chaque pas dans ses promenades, il peut voir le 
mâle des demoiselles saisir lestement sa femelle par 
le cou, à l'aide des deux tenailles placées à l'extré- 
mité de sa queue, pour la forcer à consommer l'acte 
amoureux pendant leur vol. Et plus loin, l'abeille 
s'offre à son admiration lorsque, arrachée de la ru- 
che, qu'elle dirige en reine, par le besoin de la re* 



172 LA GÉNÉRATION. 

production, elle reçoit les élroifs embrassements 
d'une foule de bourdons, empressés de lui payer à 
l'envi leur tribut de nulles et de sujets. 

Les insectes n'ont en général d'autres relations 
entre eux que celle de la fécondation. Une séparation 
éternelle s'ensuit aussitôt par la mort immédiate du 
mâle, comme les éphémères. La femelle, toujours 
supérieure en force et en vigueur, le tue même chez 
certaines espèces. L'araignée et l'abeille domestique, 
méprisant les plaisirs sans but, en agissent ainsi 
pour ne s'occuper ensuite qu'à déposer en sûreté le 
fruit de leurs amours. 



Admirables sont, en effet, l'instinct et l'amour 
maternel des insectes pour leurs œufs. C'est l'uni- 
que soin de la mère, dans ce petit monde où elle 
meurt généralement après l'avoir donné, de lui 
trouver un lieu sûr pour éclore et vivre, malgré la 
fécondité fabuleuse de quelques-uns. Une portée de 
papillon est de 4 à 500 œufs, une reine abeille en 
pond 12 000 en deux mois, comme plusieurs espèces 
de charançons, celui du blé entre autres. L'unique 
femelle de chaque essaim de termites a l'horrible 
fécondité de pondre 80 000 œufs par jour. Une seule 
mouche peut produire jusqu'à 746 496 mouches sem- 
blables à elle. Un seul accouplement chez les puce- 
rons féconde sept à huit générations successives. 

Variables de forme, de couleur et de grosseur, ces 
œufs sont pondus durant les mois de juin à sep- 
tembre. Quelques insectes les déposent dans des ma- 



OVIPARITÉ. 175 

tières végétales et animales en putréfaction : le fro- 
mage, la viande, par exemple, comme les endroits les 
plus favorables à l'éclosion, le développement et le 
bien-être de leurs larves. Pour d'autres, c'est dans 
les excréments, à l'intérieur des plantes et surtout le 
calice des fleurs, où ils se développent en formant des 
tumeurs ou galles. Parfois, c'est sur les fleurs et les 
fruits, comme la plupart des papillons ou sous l'é- 
corce des arbres, qui en meurent quelquefois, et 
jusqu'à l'intérieur des bois les plus durs. Le termite, 
qui dévore le bois sec, est devenu ainsi l'ennemi de 
la Rochelle, comme le taret fut autrefois celui de la 
Hollande en dévorant le bois mouillé de ses digues 
et de ses navires. 

C'est dans la cire, les tapisseries, les pelleteries, 
les grains et les fruits, que les chenilles occasionnent 
des dégâts considérables. Mais c'est surtout dans la 
terre, sur les bords des mares, des étangs et des petits 
ruisseaux que ces œufs se rencontrent en quantité. 
Et quand on voit l'abeille et la guêpe disposer si 
artistement sa cellule pour y déposer les siens, et la 
fourmi construire si laborieusement ses admirables 
fourmilières, on ne s'étonne plus que d'autres choi- 
sissent le corps des animaux et la peau de l'homme 
Quelques-uns poussent même la témérité jusqu'à 
s'introduire dans les orifices ouverts de leurs cavités 
naturelles, pour aller y déposer ces germes de mort. 
Certaines mouches pondent ainsi leurs œufs dans le 
fondement des chevaux, dans les narines du mouton 
et de l'homme, où leurs vers et larves déterminent 
souvent des accidents mortels. 

10. 



174 LA GÉNÉRATION. 

Ici se révèle la cause secrète qui guide si intelli- 
gemment rinstinct des insectes les plus élevés de 
leur classe, dans ce choix si varié des milieux pour 
déposer leurs œufs : c'est évidemment le degré de 
chaleur, de température, que réclament leur incuba- 
tion et le développement de leurs larves. Ils pas- 
sent ainsi l'hiver oîi ils sont pondus, et n'éclosenl 
qu'au printemps. Les graines des plantes unisexuées, 
comme le chanvre, exigent la chaleur et une terre 
récemment et abondamment fumée pour germer rapi- 
dement, se développer et croître dans les meilleures 
conditions de texture. La chaleur, unie à l'humidité 
de la terre, est aussi nécessaire à la germination de 
la graine des plantes que la chaleur animale est in- 
dispensable à l'incubation de l'œuf des oiseaux. C'est 
le premier emblème de la température élevée néces- 
saire au développement de tout germe à sang chaud 
dans le règne animal. N'y voir que la nécessité de 
leur alimentation et leur nutrition ultérieures, c'est 
méconnaître la condition indispensable à l'incubation 
de l'œuf des oiseaux; confirmation péremptoire de 
notre interprétation. 



A l'exception de l'araignée et de quelques abeilles, 
la femelle des insectes meurt aussitôt qu'elle a pondu 
ses œufs. Leur incubation, en dehors d'elle, dure 
un temps très variable. Cette durée est de six à sept 
mois chez le ver à soie et la plupart des papillons. 
Ils peuvent ainsi servir de type aux transformations 



OVIPARITÉ. 175 

successives qu'ils subissent dans leurs métamor- 
phoses, dont voici la description. 

Métamorphoses. De l'œuf éclôt d'abord la larve, 
sous forme de ver ayant des pattes, de chenille pour 
les papillons. De là les noms de ver à soie, de ver 
blanc qui fournit le hanneton ; l'asticot, sans pattes, 
produit la mouche. 

Sous cette première forme, la larve ne fait d'abord 
que se nourrir avec avidité, et grossit vite. C'est 
pourquoi l'œuf est déposé avec tant de soin dans les 
différents milieux indiqués plus haut comme spécia- 
lement favorables à sa nutrition. Elle augmente ra- 
pidement de volume, en cliangeant successivement 
de peau à plusieurs reprises; c'est par la même 
cause que l'écrevisse renouvelle son test chaque 
année. Ce sont les mues de la chenille. Beaucoup de 
larves se forment même une enveloppe protectrice 
artificielle. Tel est le cocon du ver à soie que l'on 
élève spécialement à cet effet. 

On donne le nom de nymphe ou chrysalide à cet 
état intermédiaire de l'insecte. Son accroissement 
étant terminé, il se transforme alors, en essayant ses 
premiers mouvements, et sort enfin de sa dernière 
enveloppe, au printemps, avec la forme qu'il doit 
conserver pendant l'été. 

La durée de cette dernière transformation varie 
depuis quelques jours, comme pour un grand nom- 
bre de mouches, jusqu'à plusieurs années chez les 
hannetons et les éphémères. Celle de la cantharide 
à vésicatoire, dont les métamorphoses sont encore 



176 LA GÉNÉRATION. 

imparfaitement connues, malgré sa présence uni- 
verselle et son utilité, ne dure pas moins d'un an. 
M. Lichtenstcin, qui étudiait cet intéressant in- 
secte in vilro, depuis vingt ans, est parvenu à s'en 
assurer au mois de mai 1879, en nourrissant la 
Ijrve avec des estomacs, des œufs et des larves d'a- 
beilles enduits de miel. {Acad. des sciences.) Chaque 
printemps fait ainsi renaître ces myriades de petits 
animaux. 

En vertu même de ces mutations variées et con- 
tradictoires qui s'observent surtout parmi les êtres 
inférieurs, en formant une énigme souvent indé- 
chiffrable pour le naturaliste, une autre exception 
inexplicable est à signaler ici. C'est une ébauche, 
chez deux insectes les plus rudimentaires, de la 
perfection même de la génération : la viviparité, qui 
se rencontre seulement au sommet du règne animal. 
Les pucerons, si communs dans les bois et les jar- 
dins, naissent ainsi tout vivants, chaque femelle 
étant fécondée. à la fois, comme chez les crustacés, 
pour plusieurs générations successives. Pressez un 
de ces pucerons, dès sa naissance, et il en sortira 
par l'anus un nombre variable d'embryons avec des 
ailes. Filles, petites-filles et arrière-petites-filles 
sont ainsi engendrées par le même père. Quelle 
monstruosité ! 

Le mécanisme de cette génération, tour à tour 
ovipare et vivipare des pucerons, s'opère, d'après 
Carus, par la formation spontanée, dans l'ovaire des 
femelles, de gemmes qui se segmentent en cellules 
sans fécondation, en donnant ainsi successivement 



OVIPARITÉ. 177 

naissance à dix ou douze générations de pucerons 
vivants, exclusivement femelles et sans ailes tant 
• qu'il fait chaud. C'est à l'automne que des mâles et 
des femelles ailés naissent et se fécondent, en pon- 
dant des œufs qui sont déposés à l'aisselle des feuilles 
oîi ils passent l'hiver. Une seule minute d'amour 
communique à cette espèce aimée, dit Michelet dans 
VInsecte, ce don inouï d'une fécondité pour quarante 
générations ! On le comprendra mieux en sachant 
que ces pucerons sont les vaches laitières de la tribu 
non moins nombreuse et féconde des fourmis. 

Un phénomène non moins extraordinaire se ren- 
contre chez la cochenille. Sa fécondation étant un 
arrêt de mort pour elle, les œufs restés dans son 
corps y éclosent et s'y développent en se nourrissant 
des organes de leur mère. Au printemps suivant, le 
cadavre acquiert Un volume considérable, la peau 
crève et il en sort des insectes vivants. C'est une 
véritable métamorphose dont l'industrie a su tirer 
parti, comme pour le ver à soie, en utilisant ces 
œufs dans la teinture. 

L'artiste par excellence de cet ordre si intéressant 
dont la vie est si frêle et fugitive, l'araignée, en 
révèle tout l'instinct sous sa forme la plus délicate : 
sa tendresse maternelle pour sa progéniture. Dans 
certaines espèces, elle ne se contente pas de porter 
ses œufs en cocon, elle les nourrit vivants, avides, 
les garde, les porte sur son dos; ou bien elle les fait 
marcher en les retenant par un fil comme un enfant 
k la lisière. S'il y a danger, elle tire le fil, ils sau- 
tent sur elle, elle les sauve. Si elle ne le peut, elle 



78 LA GÉNÉRATION. 

aime mieux périr. On en a vu qui, pour ne pas les 
abandonner, se laissaient engloutir au gouffre du 
formica-leo. D'autres, d'une espèce lente, ne pou- 
vant les sauver ne fuient pas davantage et se font 
prendre avec eux. {L'Insecte.) 



Par opposition, le monde des Poissons est celui 
du silence. On dit : Muet comme un poisson. Er 
commençant l'ordre des vertébrés par la colonne 
simplement cartilagineuse dont ils sont pourvus, ils 
se distinguent de tous les autres, dans leur repro- 
duction, par l'absence d'accouplement, de contact 
même chez la plupart, quoique unisexués et ovi- 
pares. La mère ici ne fait rien pour ses œufs que les 
confier à l'Océan, dit Michelet. 

Les organes sexuels, doubles et symétriques, étant 
placés uniformément dans le ventre, comme chez 
l'msecte, la femelle pond ses œufs spontanément, 
par l'orifice qui se trouve près de la queue, sans être 
fécondée. Mais le mâle, attiré sans doute par son 
instinct naturel, sinon un appât, un attrait sexuel 
particulier, peut-être une odeur spéciale — on ne 
peut supposer le simple hasard pour une opération si 
importante, — passe sur ces œufs, en y répandant 
de la même manière sa laitance pour les féconder, 
sans aucun rapport direct, immédiat avec la fe- 
melle. 

Une grande quantité de cette semence doit être 
perdue ainsi, mais la fécondité prodigieuse des fe- 
melles suffit à la conservation de l'espèce. De 50 000 



OVIPARITÉ. . 179 

chez le hareng et le brochet, les œufs s'élèvent an 
double chez la carpe, au triple chez d'autres, sui- 
vant leur volume, pour se décupler chez le maque- 
reau et s'élever de trois à neuf millions chez une 
seule morue. Les poissons ne cessent ainsi de se 
multiplier, malgré la guerre opiniâtre que les in- 
sectes, les crustacés, les oiseaux, et l'homme surtout 
leur livrent en permanence. 

La résistance vitale de ces œufs est encore une 
garantie de leur fécondation. Qu'ils soient mis hors 
de l'eau, desséchés, avalés même par les oiseaux, il 
jiiffît de les replacer dans leur liquide incubateur, 
pour que, fécondés, ils en produisent de nouveaux, 
'..omme ceux de l'écrevisse. De là la facilité de les 
multiplier à l'infini, même artificiellement, et l'on 
peut de même en restreindre, en empêcher la pro- 
pagation à volonté. 11 suffit d'enlever, par la castra- 
tion, les ovaires et les laitances aux petits, pour que 
leur chair devienne plus tendre et délicate. Les 
carpes et les brochets, engraissés dans les viviers 
par ce moyen, fournissent un aliment aussi succu- 
lent que savoureux. L'avantage de ce procédé, déjà 
signalé sur les plantes, s'obtient de même chez tous 
les vertébrés. 

Quelques poissons osseux, comme les squales ou 
requins, n'ont qu'un seul organe génital, un testi- 
cule chez le raàle, un ovaire chez la femelle. La 
cause de cette anomalie ne s'aperçoit que dans le 
danger de leur extrême multiplication, leur féro- 
cité et la mauvaise qualité de leur chair ne les ren- 
dant propres à rien. 



180 



LA GENERATION. 



Tous les poissons ne se reproduisent pas aussi 
simplement. Un grand nombre de cartilagineux s'ae- 
couplent : les raies et les squales se fécondent par 
une véritable affriclion de leurs organes génitaux, 
et il en est même dont les petits sortent tout vivants 
du corps de la mère, comme chez la loche et l'ana- 
bleps. Mais c'est l'exception. 



Tous les Reptiles s'engendrent par accouplement, 
sans organes apparents au dehors. Ils diffèrent donc 
entièrement des poissons, quoique leur ressemblant 
par la forme. Les serpents et les vipères, qui en sont 
le type, ont en effet la même forme allongée et ram- 
pent sur la terre — d'où leur nom — comme les 
poissons nagent dans l'eau. Aussi la différence de 
leur mode de génération n'est-elle pas aussi tranchée 
qu'elle le paraît tout d'abord. Une transition insen- 
sible les réunit au contraire. 

De même que le contact, l'accouplement même, 
s'observe chez les poissons les plus parfaits de leur 
classe, les batraciens ou grenouilles, qui forment le 
commencement de la suivante, sont de véritables 
poissons en jnaissant. Ils ne deviennent reptiles en- 
suite que par métamorphose, pour former la liaison 
entre ces deux classes. 

L'accouplement des batraciens, crapauds, gre- 
nouilles et tortues, s'effectue simplement eu se tenant 
serrés l'un contre laolre, au moyen de pelotes ou de 
verrues noires, papilleusi's, se développant sur les 
pouces c u les piedii de devant du mâle au moment 



OVÎPARITE. 181 

-des amours. 11 se cramponne fortement ainsi sur le 
dos de la femelle et y reste fixé pendant quinze 
jours environ, sans qu'on puisse l'en séparer, versant 
d'une manière intermittente et successive sa liqueur 
fécondante sur les œufs de celle-ci, à mesure qu'ils 
sortent de son corps sous la forme de cordon. Leur 
incubation a ensuite lieu dans l'eau. 

Les œufs de la grenouille, transparents comme 
-une gelée, apparaissent, en effet, dans l'eau de même 
que ceux des poissons non fécondés. Un point brun, 
noirâtre, analogue au jaune de l'œuf des oiseaux, 
s'y distingue : c'est le têtard, véritable larve, dont 
la tète forme d'abord la partie principale. La queue 
«e dessine ensuite et la larve vit ainsi dans l'eau, 
durant plusieurs mois, en se nourrissant comme les 
poissons. Elle se métamorphose graduellement en 
véritable grenouille ou crapaud à quatre pattes, la 
queue disparaissant à mesure que celles-ci poussent. 
de même chez les tritons et les salamandres. Dans 
cet état parfait, ce sont de véritables reptiles, ram- 
.pant ou sautant comme eux, mais ils conservent tou- 
jours leur marque d'origine en préférant un certain 
4egré d'humidité à la sécheresse et la chaleur des 
vrais reptiles : f^erpents, vipères et lézards 

Aussi bien, ceux-ci sont-ils aussi ardents en amour 
que les autres sont froids. Pourvus de deux pénis, 
correspondant aux dev\x ovaires de la femelle, les 
lézards se livrent des combats acharnés au printemps 
pour sa possession. Les serpents ont de même un 
accouplement prolongé. Mais, à part quelques es- 
pèces de couleuvres et de vipères, dont les petits 

11 



182 LA GENERATION. 

naissent tout vivants, les œufs des reptiles, à coquille 
molle, éclosent sans le secours de la mère. Elle les 
déjjose simplement dans l'eau ou dans le sable, 
oîi leur éclosion spontanée a lieu sous l'influence de 
la chaleur ambiante. La tortue les expose même aux 
rayons du soleil. Quelques crapauds portent pour 
tant leurs œufs sur le dos, jusqu'à leur éclosion, 
comme les crustacés. 

De récentes observations sur le crapaud accou 
cheur ont montré au professeur Math. Duval que cet 
intéressant batracien enroule ce chapelet d'œufs 
autour de ses cuisses et le promène sur la terre ou 
dans le sable dont la chaleur est sans doute néces- 
saire à l'incubation de ces œufs. Il ne les plonge 
dans l'eau que vers l'époque de leur éclosion et les 
abandonne entièrement dans une mare. Le têtard 
sort de l'œuf assez développé, gros comme un pois 
et muni d'une longue queue. Il respire à l'intérieur 
de l'œuf avec les branchies très développées qui 
s'étendent à la surface interne, non comme le pois- 
son dans l'eau, mais d'une manière analogue au 
poulet dans sa coque et l'on peut dire par extension 
comme le fœtus des mammifères à l'aide du pla- 
centa dans le sein de la mère. 

La fécondité, considérable encore chez les batra- 
ciens, et notamment les grenouilles, diminue nota- 
blement dans les ordres supérieurs. Et, si quelques- 
B.ns de ceux-ci jouissent de la faculté de régéné- 
rer, reparer les parties détruites de leur corps, à 
l'exemple des écrevisses, comme la queue chez 
les lézards et les membres chez les salamandres, 



OVIPARITE. 183 

aucun ne peut plus reproduire ainsi un être nou- 



veau. 



Aucun animal ovipare n'offre un type aussi par- 
fait de ce mode de génération que la nombreuse 
classe des Oiseaux. C'est d'après leur exemple que la 
savante ignorance, le clairvoyant génie des anciens 
émit cet oracle : Tout vient de l'œuf, c'est le berceau 
du monde. Tous pondent des œufs et aucun ne met 
directement au monde des individus vivants, comme 
c'est la règle chez les mammifères placés au-dessus 
et une exception très rare chez ceux qui sont au-des- 
sous. C'est en nous fondant sur les changements qui 
s'opèrent dans cet œuf, depuis sa fécondation jusqu'^ 
sa ponte, par opposition avec celui des poissons, que 
nous distinguons la fécondation de la conception 
humaine, {y .Conception.) 

Michelet leur a donné un autre caractère distinclif. 
Le monde des oiseaux est celui de la lumière et du 
chant, dit-il. Tous vivent du soleil, s'en imprègnent 
ou s'en inspirent. Sa chaleur est absolument indis- 
pensable à leur existence. Ceux du Midi en mettent 
les reflets sur leurs ailes et ceux de nos climats dans 
leurs chants ; beaucoup le suivent de contrée en 
contrée et font ainsi le tour du monde. (L'Oiseau.) 

Leurs organes sexuels sont cependant placés et 
disposés, comme chez les reptiles et les poissons, 
dans une poche ou cloaque servant à la fois à la gé- 
nération et à la défécation. L'ovaire gauche et son 
oviducte se développent seuls chez la plupart des fe- 



184 LA GENEIIATION. 

melles. Sauf l'autruche, le canard, l'oie et quelques 
autres, tous les màlcs sont dépourvus de pénis. Un 
tubercule éreclile, agissant par ai'friction, en tient 
lieu. De là, l'instantanéité de leur coït et son renou- 
vellement fréquent. Le contact de leurs organes est 
aussi indispensable à la fécondation et un seul rap- 
prochement suffit, chez la poule, pour féconder 
vingt œufs, comme le crustacé et le puceron fécondent 
sept à huit générations successives à la fois chez la 
niéme femelle. 

C'est de cinq à huit mois après leur naissance que 
les oiseaux ont acquis le développement et la force 
nécessaires pour se livrer à la reproduction. Un 
^eul mâle suffit ordinairement à plusieurs femelles, 
îomme le pJus célèbre polygame de nos basses- 
■cours, le coq, en offre l'exemple. Il sulfit amplement 
à plus de vingt poules; ce qui permet d'émascuier le 
plus grand nombre pour en faire de gras et savou- 
reux chapons. 

La polygamie parmi la gent volatile est d'autant 
plus anormale que la fécondité des femelles est très 
limitée. Les espèces domestiques, parmi lesquelles 
elle s'observe, font seules exception, en raison de la 
nourriture excitante qui leur est accordée. Parmi 
les oiseaux libres, la femelle ne donne jamais qu'un 
nombre limité d'œufs, soit six à douze en moyenne. 
Si la mésange en donne jusqu'à vingt, les rapaces 
n'en pondent que deux. La règle est ainsi l'union à 
deux, au moins pour la saison. Dès qu'ils se sont 
choisis et accouplés, mâle et femelle se gardent 
une hdélilé à toute épreuve dans leurs amours. La 



OVIPARITÈ. 18& 

sollicitude admirable qu'ils déploient ensemble pour 
30 assurer et garantir les fruits pourrait môme ser- 
vir de leçon et d'exemple à l'espèce humaine. 

C'est au printemps que les oiseaux comme les 
insectes, partageant l'animation nouvelle manifes- 
tée dans toute la nature, se recherchent mutuelle- 
ment. Leurs mouvements sont alors plus actifs et ïh 
voltigent de branche en branche en faisant retentir 
leurs chants mélodieux et briller coquettement tou- 
tes les beautés de leur plumage. Le mâle porte ses 
regards sur les femelles et les poursuit, tandis que, 
parées de cette pudeur native propre à leur sexe, 
elles semblent éviter et repousser leurs approches 
comme pour mieux aiguillonner leurs désirs et pro- 
voquer ainsi la sécrétion spermatique qui les rend 
de plus en plus hardis et entreprenants. 

Dans ces délicieux combats ou plutôt ces char- 
mants jeux de Tamour, on voit l'oiseau, lorsqu'il 
rencontre celle qui l'attire, s'élancer d'abord avec 
impétuosité vers elle; puis, réprimant ce premier 
mouvement, comme effrayé de son audace, il recule, 
se rapproche en tremblant, voltige, revient ensuite 
comme pour témoigner de toute son ardeur, tandis 
que la femelle, ainsi poursuivie, s'envole à de gran- 
des distances, les diminue ensuite pour se laisser 
atteindre en combattant et céder à la force et à la 
persévérance de celui qui l'avait subjuguée. Cette 
résistance pudique des femelles provoijue l'orgasme 
vénérien des mâles, élaliorc le fluide séminal, en 
perfectionne le principe fécondant et, en détermi- 
nant l'érection d'un moment, contribue puissam- 



486 LA GÉNÉRATION. 

mont à une procréation vigoureusement organi- 



sée. 



M « 



A peine ce premier rapprochement effectué qui 
consacre leur mariage, leur union saisonnière, les 
deux amants, loin de folâtrer, se choisissent une re- 
traite assurée pour y déposer le fruit de leurs amours. 
Le nid est une création de l'amour, a dit Michelct. Sa 
fabrication est ainsi l'objet de toute leur sollicitude 
pour mettre leurs œufs et leurs petits à l'abri des 
dangers et des intempéries. Les uns le placent, à cet 
effet, au sommet des plus grands arbres, comme le 
corbeau et la pie ; d'autres le suspendent h l'extré- 
mité des branches, comme les loriots; les linottes 
le cachent dans des buissons inaccessibles. Ceux-ci 
choisissent les falaises ou les rochers les plus escar- 
pés, comme le cormoran; ceux-là, les fentes ou les 
trous des murs, le tronc des vieux arbres ; quelques- 
uns se creusent même des terriers. 

L'art avec lequel ils le construisent est souvent 
d'une habileté, d'une perfection inimitable au plus 
habile architecte humain. Ce sont des chefs-d'œuvre 
chez quelques-uns. Des épines interdisent l'entrée 
de la petite ouverture par laquelle les pies seules 
peuvent pénétrer et celle que les hirondelles se 
ménagent dans la maçonnerie qu'elles suspendent 
si artistement aux tuyaux des cheminées, sous l'en- 
tablement ou les fenêtres de la façade méridionale 
des habitations, en sont les modèles. Le vrai maçon, 
dit Michelet, c'est l'hirondelle qui suspend sa maison 



OVIPARITE. 187 

aux nôtres. La plupart sont formés de branchettes et 
quelques-uns sont ainsi flottants sur l'eau. La mé- 
sange suspend son berceau, en forme de bourse d'un 
côté, et se confie au vent pour bercer sa famille. 
Et avec quelle admirable prévoyance la plupart des 
espèces en garnissent l'intérieur, en employant des 
matériaux à leur portée, pour en faire un lit doux et 
chaud à leurs petits ! Les linottes dérobent la toison 
des moutons et la plupart s'arrachent leur propre 
duvet. 

La propagation de leur espèce étant l'unique in- 
stinct de ces tendres animaux, ils se livrent avec em- 
pressement à leurs amours, dès que cette retraite sûre 
est préparée. L'oiseau, sous ce rapport, surpasse tous 
les autres. Aucun n'est plus ardent. Les tendres gé- 
missements de la tourterelle et les sifflements amou- 
reux du merle, au temps de la reproduction, en sont 
des manifestations aussi éclatantes que les chants 
voluptueux du rossignol pour enchanter la femelle 
qu'il poursuit. L'amour seul inspire ces accords en- 
chanteurs et toute cette musique est la voix de l'a- 
mour, dit Thomson. Le coq d'Inde fait briller sa 
gorge de rubis aux yeux de sa femelle; le paon 
étale, aux yeux de la sienne, la magnificence de son 
plumage et s'en approche rayonnant de majesté. Les 
pigeons offrent surtout le tableau de cette ardente 
excitation amoureuse en faisant entendre leurs rou- 
coulements amoureux sur le toit de la maison cham- 
pêtre. Ils s'agacent et se fuient tour à tour en 
épanouissant gracieusement les ailes et la queue, 
tournant le cou avec grâce pour l'embellir de mille 



188 LA GENERATION. 

couleurs passagères et portant des regards étince- 
lants sur leurs femelles. Aussi bien, comme celles- 
ci, après une feinte résistance, répondent à leur 
ardeur! Admirez leurs étroits embrassements sur 
les parties internes du bec et l'impression qu'ils 
en ressentent, et contemplez leur vol subit de ré- 
jouissance, après l'accomplissement de la copula- 
tion, en contraste avec l'affaissement, l'accablement 
qui s'observe dans l'espèce humaine ! 

Dès que la femelle a pondu le nombre ordinaire 
des œufs, les oiseaux accouplés abandonnent les plai- 
sirs de l'amour, comme des jouissances stériles et 
sans but, pour se livrer entièrement aux douceurs 
de la paternité. La mère se place dans le nid sur ses 
œufs, y reste assidûment dès que leur incubation est 
commencée. Ni l'aiguillon de la faim, ni les délice* 
du printemps qui fleurit à l'entour ne peuvent l'ar- 
racher aux soins maternels. Souvent le mâle se place 
près d'elle, sur une branche, et chante sans cesse à 
lu fauvette, pour la préserver de l'ennui. Exemple 
que beaucoup de jeunes ménages devraient imiter, 
au lieu de continuer leurs plaisirs mondains, pendant 
la grossesse et l'allailemenl. 

On peut s'étonner de cette continence du mâle 
chez un animal si chaud, si ardent. Mais, outre que 
l'époque du rut est passée pour lui, une observation 
de Bufi'on en rend compte. Les testicules, chez la 
plupart des oiseaux, se flétrissent et sont presque ré- 
duits à rien après la saison des amours. Ils sommeil- 
lent pour ainsi dire et ne reprennent leur vie et 
leur grosseur qu'à la saison nouvelle, où ils ac- 



OYIPARITE. 189. 

quièrent un Tolume supérieur à celui de leur petit 
corps. 



L'incubation de l'œuf par la mère est aussi indis- 
pensable au développement de l'embryon que son 
éclosion hors de Tœuf. Ceux que le coucou aban- 
donne sont ainsi couvés par d'autres espèces. Dans 
les pays chauds, la chaleur ambiante suffit à cet effet 
et l'autruche y dépose ses œufs dans le sable, les 
abandonnant à leur éclosion, absolument comme les 
reptiles. Une température continue de 37 à 58 degrés 
centigrades, naturelle ou artificielle, est nécessaire 
à cette éclosion et on l'obtient en plaçant Jes œufs 
dans le sable, le fumier ou des couveuses artifr 
cielles. 

Cette condition d'une température constante et 
élevée, pour l'éclosion de l'œuf des oiseaux, marque 
l'importance de l'être qu'il représente. Tandis que, 
dans les classes inférieures des végétaux et des ani- 
maux, la terre et l'eau suffisent à son développe- 
ment, des milieux spéciaux sont indispensables à 
certaines graines, comme à la plupart des animaux» 
Ceux-ci meurent dans l'eau douco. ceux-là dans l'eau 
salée, de même qu'un climat particulier est néces- 
saire à l'incubation des œufs des reptiles. De là les 
soins que les insectes mettent dans le choix des mi- 
lieux si différents, convenables à l'éclosion des leurs» 

Tous les œufs des oiseaux ont à peu près la même 

composition. Son nom lui vient de sa forme ovoïde» 

Il est renfermé dans une enveloppe calcaire se- 

11 



190 LA GÉNÉRATION. 

liile, appelée coquille, recouverte à l'intérieur d'une 
ineiubrane ou pellicule qui y adhère intimement. 
Un 'iquide plus ou moins visqueux et transparent, 
appelé albumen ou blanc d'œuf, en remplit toute la 
périphérie, moins un espace libre placé à la grosse 
xlrémité. C'est la chambre à air, renfermant celui 
qui est nécessaire au développement de l'embryon. 

Au centre est une masse globuleuse, de couleur 
jaune, contenue dans une membrane très mince, et 
suspendue par deux cordons ou ligaments albumi- 
neux, adhérents aux deux extrémités de la membrane 
interne de l'œuf. Sur un point de la surface du jaune, 
se dislingue une tache blanchâtre, sous forme d'une 
cicatrice lenticulaire, à peine visible à l'œil nu cor- 
respondant à l'insertion du cordon suspenseur. C'est 
le germe de l'embryon de l'oiseau, au développement 
auquel toutes les autres parties de l'œuf doivent 
tontribuer. 

Après quelques heures d'incubation, on voit le 
jaune s'élever du centre de l'œuf vers sa grosse ex- 
trémité où se trouve la chambre à air. Tout le blanc 
se déplace ainsi au fond et le germe s'attache à sa 
place, à la membrane interne du gros bout, sous 
la forme d'un point blanc, gros comme un petit pois. 
MM. Laborde et Du val y ont distingué au micros- 
cope, en 1877, des battements dès la vingt-sixième 
heure de l'incubation, montrant par là que si le 
cœur meurt le dernier chez l'homme, il bat aussi 
le premier, comme Buffon l'avait déjà dit. Harvey 
n'avait aperçu ce battement que le quatrième jour, 
tandis que, dès le septième, l'œuf est transl'oruié 



OVIPARITÈ. 191 

en un poulet, qui, brisant sa coquille par l'augmen- 
tation même de son volume, se montre vivant dès 
le vingt-unième jour. 

La durée de l'incubation varie suivant que l'oi- 
seau naît plus robuste et parfait. Tous les petits oi- 
seaux, comme les mésanges et les linottes, éclosent 
€n onze à dix-sept jours, tandis qu'il en faut de vingt 
à trente aux perdreaux, aux canards qui marchent 
et voient en naissant. Les parents des petits ont 
ainsi à pourvoir, pendant plusieurs jours, à leur ali- 
mentation et à l'entretien de leur vie par la cha- 
leur. 



La génération des Mammifères, c'est-à-dire ani- 
maux à mamelles, se distingue par un trait essentiel 
de celle de tous les autres. L'accouplement est le 
même que chez les oiseaux et la fécondation aussi ; 
seuls les organes qui y sont destinés sont plus déve- 
loppés, perfectionnés et le mécanisme en est ainsi 
plus compliqué. Mais l'incubation de l'œuf ou de 
l'ovule qui le représente est toute différente. Au 
lieu de se faire au dehors, la iemellc l'accomplit au 
dedans d'elle, dans un organe appelé matrice, d'oîi 
les petits animaux sortent tout vivants. C'est la vivi- 
parité, au lieu de l'oviparité telle qu'elle est ébau- 
chée chez les crustacés, les pucerons et la cochenille 
parmi les insectes, les couleuvres et les vipères chez 
les reptiles, et qui devient ici la règle absolue, le 
caractère distinctif. 



192 LA GENERATION. 

La Viviparité est le mode le plus compliqué et 
parfait de la génération. L'œuf ou l'ovule fécondé 
n'est plus abandonné au hasard aussitôt pondu 
comme dans les autres modes, et exposé à être perdu 
ou détruit sans avoir vécu. Il reste attaché à sa 
mère qui le conserve dans son sein pour le faire vivre 
de sa propre vie, de son sang, jusqu'à sa naissance. 
Quelques petits se suffisent même, à ce moment, 
pour vivre seuls, mais la règle est qu'elle les nour- 
risse du lait de ses mamelles. L'exception offerte par 
les pucerons vivipares et quelques reptiles, à cet 
égard, peut même servir à prouver qu'ils sont seule- 
ment l'ébauche informe de ce mode de génération, 
dont on trouve les manifestations rudimentaires 
jusque dans le règne végétal. Les graines de l'oran- 
ger et du citronnier germent ainsi dans leur péri- 
carpe. 

La matrice étant le réceptacle incubateur de l'o- 
vule fécondé des mammifères, ne se rencontre que 
chez les femelles à mamelles, formant l'accessoire 
pour nourrir, alimenter les petits. Cet organe n'existe 
dans aucun autre ordre. La terre, l'eau et l'air le 
remplacent, dans la plupart des cas, pour les ani- 
maux comme pour les végétaux. Les œufs des zoo- 
phyles et des mollusques, des reptiles et des pois- 
sons, n'ont pas d'autre menstrue pour évoluer, éclore 
et se développer. L'eau douce ou salée, un terrain 
ou un climat spécial en font toute la différence par la 
température même qui s'y trouve. Son élévation se 
révèle distinctement, pour l'incubation dos œufs de 
quelques insectes par la rechcrcbe qu'ils font d'un 



VIVIPARITE. 193 

milieu spécial pour les déposer à cet effet, comme 
l'intérieur des habitations, les chambres à coucher 
surtout, le corps de l'homme et des animaux, où ils 
se multiplient à l'infini avec une extrême rapidité. 

Tel est l'emblème de cette chaleur si nécessaire 
à l'éclosion de tout germe à sang chaud. C'est par 
cette condition que s'étabUt la liaison entre les in- 
vertébrés et les vertébrés du monde ailé, démontrée 
si péremptoirement par la température élevée, indis- 
pensable à l'incubation des œufs des oiseaux. Et 
c'est précisément parce qu'elle doit s'élever graduel- 
lement plus constante et uniforme chez les mammi- 
fères, à mesure qu'ils se perfectionnent et se rappro- 
chent de l'espèce humaine, que cette incubation 
s'accomplit à l'intérieur. 

La raison de cette différence d'incubation es^ 
dans la nature même dusang. Incolore chez les mol* 
lusques, il se colore ceulement chez les annélides^ 
et les articulés, en restant noir et froid chez les 
poissons. Caractère commun à tous les animaux qui 
vivent dans l'eau, tandis qu'il est chaud chez les in- 
sectes et surtout les oiseaux où il devient rouge^ 
pour être à la fois chaud, noir et rouge chez les mam- 
mifères, comme chez l'homme. 



On retrouve pourtant, dans cette classe, plusieurs 
types des précédentes pour en former la liaison. Les 
mammifères se relient ainsi à celle des poissons 
par l'ordre des cétacés, dont les types, baleine eJ 
dauphin, vivent dans l'eau comme eux; mais ils 



194 LA GÉNÉRATION. 

en diffèrent par les principaux détails. Les baleines 
s'accouplent en s'approcliant l'une de l'autre, dres- 
sées sur leurs queues, s'embrassent avec leurs na- 
geoires et demeurent ainsi plusieurs heures. Plus 
tard, la mère transporte de même son baleinon en- 
tre ses nageoires sans jamais l'abandonner, quelque 
danger qu'elle coure, ne se servant que de sa queue 
pour diriger sa marche dans l'Océan. 

D'autres s'assimilent aux oiseaux par leur vol. 
Telle est la chauve-souris, qui, comme la baleine, 
emporte son petit accroché à son épaule et vole 
ainsi la nuit. Et la preuve que cet instinct de la 
tendresse maternelle ne réside pas dans la matière, 
le volume, c'est de se manifester avec une égale 
délicatesse chez des êtres aussi petits, l'araignée 
par exemple, que celui-ci est gros. 

Il en est qui sont amphibies, vivant alternative- 
ment sur la terre et dans l'eau, comme le phoque et 
l'hippopotame. Mais si différents et éloignés qu'ils 
ioient entre eux par leur volume, leurs formes, leur 
genre de vie et leur séjour, tous ces animaux supé- 
rieurs se rapprochent et se ressemblent par ce trait 
commun de leur génération : les femelles sont toutes 
pourvues, à l'intérieur, d'un sac ou réservoir spé- 
cial, servant à l'incubation de l'ovule fécondé, et de 
mamelles pour nourrir et alimenter les petits dès 
leur naissance. 

Tout en variant de forme et de volume, ces orga- 
nes essentiels et connexes ont un siège presque uni- 
forme chez tous les quadrupèdes. La matrice ren- 
fermée à l'intérieur du bassin, situé à la partie infé 



VIVIPARITE. 195 

rieure et postérieure du corps, repose un peu en 
avant des pattes de derrière. Les marsupiaux font 
seuls exception à cette règle, en ayant cette poche à 
l'extérieur, comme pour révéler l'origine de la vivi- 
parité. Dès que les petits de la sarigue et des kan- 
guroos sont un peu développés dans cette poche 
ouverte, on les voit sortir la tête, puis rentrer et s'y 
cacher. La mère évite de la sorte tout danger pour 
eux, en les emportant jusqu'à ce qu'ils soient en 
état de sauter eux-mêmes. 



Les mamelles, toujours doubles et symétriques, 
sont placées latéralement sous le ventre, un peu 
plus en avant ou en arrière de l'ombilic et parfois 
même pendantes entre les cuisses chez les meilleures 
/aitières, comme la vache. Par exception, la chauve- 
souris qui vole, les porte sur la poitrine à l'égal de 
la femme. De deux seulement chez celles qui n'ont 
qu'un petit à la fois : la chèvre, le cerf et l'élé- 
phant, leur nombre s'élève à quatre chez beaucoup 
d'autres espèces comme la vache et même de six à 
huit chez la chienne, la chatte et la souris. 

A ces caractères, il est facile de distinguer le mâle 
de la femelle par des organes différents, apparents et 
distincts, situés à la même place. Ce sont les deux 
testicules placés en arrière et renfermés séparément 
dans une poche, avec le pénis en avant s'étendant 
plus ou moins sous le ventre et recouvert par le four- 
reau. Nous n'en dirons rien de plus ici, car les dé- 
tails étant absolument les mêmes que dans l'espèce 



196 LA GÉNÉRATION. 

humai 110, on les trouvera à ce mode de génération. 

Une exception mérite pourtant d'être signalée : 
c'est la rétention des testicules dans le ventre de 
quelques mâles, comme ciiez les oiseaux et les in- 
sectes. La baleine, l'éléphant et d'autres grands 
mammifères, n'ont pas de testicules apparfuts. Chez 
d'autres plus petits, ils n'en sortent momentanément 
qu'à l'époque du rut et pour les besoins de l'accou- 
plement. La chauve-souris, la taupe, le hérisson, le 
rat, le castor et le cochon d'Inde sont dans ce cas. 

Mais outre son organisation sexuelle, le mâle 
se distingue au premier coupd'œil, dans cette classe 
d'animaux supérieurs, par des avantages extérieurs 
de développement, de force et de vigueur, qui le 
font reconnaître facilement. Il est en général plus 
grand, plus fort, plus robuste, plus audacieux et 
plus beau. L'étalon, le taureau, le cerf, le bélier, le 
verrat, le sanglier, le lion en sont de frappants exem- 
ples. Des j)roductions extérieures, comme les cornes 
chez le chevreuil, le musc chez le chevrotin, la cri- 
nièie du lion et la trompe des lions marins, les dis> 
tingiient aussi. 

Ces caractères extérieurs, distinctifs des mâles^ 
sont en rapport avec leur rôle actif, provocateur, 
pour la fécondation. Plus ardents et plus impé- 
tueux, comme l'insecte et l'oiseau, ils poursuivent 
la femelle qui attend et cède, et dont la résistance 
ne fait qu'exciter utilement la sécrétion du fluide 
séminal. C'est par exception que, dans leur lasciveté, 
les femelles provoquent le mâle ; leurs exhalaisons, 
leurs cris, beuglements, hennissements ou miaule- 



VIVIPARITÉ. 197 

menls suffisent toujours à l'attirer. Ils doivent être 
d'autant plus forts et plus beaux, chez les mammi- 
fères, que l'accouplement ne peut s'opérer, à l'état 
de liberté du moins, qu'avec son consentement. La 
chamelle s'accroupit ainsi pour recevoir le mâle. 
Les femelles des insectes à cet égard ne font excep- 
tion à la règle qu'en raison de leur extrême fécon- 
dité. 



La force, la pétulance et une hardiesse insoKte 
sont les marques de la puberté des mammifères. 
C'est leur premier rut ou chaleur. L'époque en 
varie, selon leur grandeur et la durée de leur vie. 
De deux à trois mois chez les souris et autres qua- 
drupèdes de ce genre, elle s'élève de cinq à six 
mois chez les lapins, de sept à huit chez les lièvres 
et jusqu'à un an chez le chien. Le renard ne se mon- 
tre guère en chaleur qu'à dix-huit mois et le loup à 
deux ans. Deux à trois ans sont nécessaires chez les 
chevaux, trois à quatre chez les chameaux, sept à 
huit chez les cerfs et jusqu'à quinze à vingt chez les 
éléphants, comme un exemple authentique le con- 
firme plus loin. 

Les femelles sont généralement plus précoces, 
mais il ne faut pas toujours satisfaire chez elles 
cette première chaleur pour avoir de beaux produits. 
Règle générale, la femelle peut être livrée à la 
reproduction un an avant le mâle. 

Sauf quelques exceptions dans les espèces domes- 
tiques, le chien et le chat par exemple, le rut ne se 



198 LA GENERATION. 

raanifcple qu'une fois par an chez les grands mam- 
mifères, à des époques déterminées, fixes, mais 
variables suivant les espèces. Il dure le plus long- 
temps chez les brebis, de novembre à avril, et seu- 
lement une quinzaine de jours, au plus fort de l'hi- 
ver, chez les loups et les renards. Il en est de même 
en automne pour le chevreuil et l'ours, au prin- 
temps pour les vaches et les juments. 

Son influence est si profonde et intense chez cer- 
tains animaux qu'ils en perdent le sentiment de 
leur propre conservation. Il commence chez les 
vieux cerfs, au mois de septembre, par une sorte 
de mélancolie qui leur fait recherclier la solitude 
et marcher tète baissée, nuit et jour. Une férocité 
insolite y succède. Ils attaquent l'homme et tous les 
animaux qu'ils rencontrent, puis poursuivant les 
biches à outrance, surtout pendant la nuit, ils en 
saillissent jusqu'à quinze ou vingt successivement. 
Pendant quinze jours, ils se livrent les plus rudes 
combats entre eux pour se disputer leur possession. 
Ils se précipitent, avec la fureur du lion, sur les chas- 
seurs et les chiens qui les attaquent. Heureusement 
l'odeur forte et repoussante qu'ils exhalent alors 
prévient les accidents, en empêchant même les chiens 
de les poursuivre. Ils se font souvent des blessures 
mortelles, si ce n'est lorsque, retenus par l'entrela- 
cement de leurs cornes, les loups en profitent pour 
les dévorer. 

Le chameau, si doux et docile, devient aussi in- 
domptable et furieux au printemps, quand le rut se 
manifeste. 11 attaque tous les animaux qu'il rencon- 



VIVIPARITE. 193 

tre, les frappe de ses pieds et de ses dents et se pré- 
cipite, avec une sorte de fureur maniaque, sur ceux 
qui lui sont bien supérieurs pour l'attaque et la dé- 
fense, comme le lion, la panthère, le tigre et tant 
d'autres. Son conducteur n'est même pas à l'abri de 
ses coups. 

Transporté par l'impétuosité de ses désirs et em- 
brasé d'une flammée dévorante, le taureau dédaigne 
les gras pâturages et s'enfonce, s'égare au plus pro- 
fond des bois, en frappant de ses cornes, tant sa 
passion l'aveugle, les troncs noueux des arbres qu'il 
prend pour des rivaux. Et de même le coursier, 
fougueux et sauvage, emporté par l'attrait du plaisir, 
fuit en frémissant dans les plaines lointaines, traver- 
sant les déserts et les bois, escaladant rochers et 
montagnes, il hennit, 

Tantôt fier, l'œil en feu, les narines fumantes, 
Demande au vent les lieux où paissent ses amantes 



Sauf les exceptions déjà citées de la baleine et du 
chameau, l'accouplement de tous les mammifères 
est le même et s'opère tout simplement par la partie 
postérieure du tronc. L'éléphant n'agit pas diffé- 
remment, malgré l'assertion de Buffon ; mais la 
femelle s'agenouille, comme la chamelle, pour ren- 
dre l'approche du mâle plus facile et complète. Si les 
hérissons, les porcs-épics et les castors se tiennent 
droits comme la baleine, c'est à cause des obstacles 
qu'ils auraient à se recouvrir. Les singes seuls se 



200 LA GENERATION. 

renversent sur le dos, et c'est par un raffinement de 
luxure dépravée que l'homme varie ce mode naturel 
à son caprice, en imitant ceux de tous les autres 
animaux. 

L'absence tout exceptionnelle de vésicules sémi- 
nales pour la réserve et l'accumulation du sperme, 
chez les mâles de l'espèce canine, explique la parti- 
cularité observée chez ces animaux de ne pouvoir se 
séparer à volonté après l'accouplement. Le sperme 
ne pouvant s'écouler que goutte à goutte, un obsta- 
cle devait les tenir réunis, pendant un certain 
temps, pour qu'il fût versé, épanché à l'intérieur en 
quantité suffisante à la fécondation. La consistance 
osseuse du pénis de Tours, la martre, le chien, le 
loup, le renard, la hyène et le blaireau, et son 
gonilement, produisent cet obstacle mécanique et 
tout providentiel. Cette particularité remarquable, 
spéciale à l'espèce canine, s'observe même chez le 
phoque et la loutre parmi les poissons. 

La polygynie, c'est-à-dire un seul mâle pour plu- 
sieurs femelles, est la règle parmi ces animaux, en 
raison même de la force et de la vigueur supérieures 
du premier. Un cochon d'Inde suffit à quinze 
femelles, le cerf à vingt biches, un taureau à cent 
vaches et le bélier à un troupeau encore plus nom- 
breux. Les étalons de nos haras sont ainsi spéciale- 
ment destinés à toutes les juments de la contrée. La 
mère est chargée exclusivement, en retour, de l'aU- 
mentation et de l'éducation des petits. C'est par 
exception que le chevreuil ne prend qu'une femelle 
et la suit partout, en partageant avec elle l'éduca- 



VIVIPARITE. 201 

lion de la famille. Les baleines paraissent dans le 
même cas. 

Tout rapport sexuel cesse entre les mammifères 
dès que la femelle est fécondée. Sa chaleur passée, 
éteinte, le mâle n'est plus attiré ni excité par elle 
et les deux sexes sont ensemble comme n'en formant 
qu'un. Peu d'exceptions à cette règle existent seu- 
lement dans les espèces domestiques, la jument 
entre autres. 






Toute manifestation du rut cesse dès que l'animal, 
mâle et femelle, est souffrant ou malade. Une par- 
faite santé est indispensable à la fonction de repro- 
duction et la force génitale est subordonnée à cette 
condition essentielle chez les mammifères, d'autant 
plus qu'ils s'élèvent dans leurs divers ordres et que 
leur organisme est plus développé et sensible. Tout 
animal qui souffre est impropre à la génération. 

La domestication exerce une influence considé- 
rable sur la fécondité des animaux. Elle s'annihile 
parfois ou s'accroît d'une manière remarquable. La 
laie sauvage n'a qu'une portée annuelle de six ou 
huit marcassins, tandis que la truie domestique en 
donne deux, de dix à quinze petits et même davan- 
tage. Une variété du cochon d'Inde, le cobaye, au 
lieu d'une portée annuelle d'un ou deux petits à 
l'état sauvage, donne cinq à six nichées de six à dix 
petits qui servent aux expériences, aux vivisections 
des savants. 

La promiscuité des sexes dans le repos, la stabu- 



202 LA GENERATION. 

lation, avec une nourriture assurée et abondante^, 
contribuent plus que le climat à ce résultat. Obligé 
de chercher sa vie et de la protéger, l'animal sau- 
vage ne sacrifie à l'instinct génésique que sous l'in- 
fluence du rut annuel. Le célibataire, en proie aux 
idées lubriques, aux désirs erotiques, trouve une 
diversion efficace dans l'exercice, la chasse et les 
travaux manuels. 

L'influence du climat peut changer l'époque de la 
reproduction, chez les animaux comme chez les vé- 
gétaux. Une oie d'Egypte, introduite en France, a 
relardé sa ponte annuelle d'un mois, jusqu'à la faire 
en avril, comme les oies originaires, au lieu de dé- 
cembre. Nous montrerons qu'il en est de même de 
la menstruation chez les filles transportées du climat 
chaud dans nos régions tempérées. 

La fécondité des animaux semble diminue^ à me- 
sure que leur volume croît. Malgré des exceptions 
nombreuses, cette règle est rendue palpable chez 
les mammifères, dont les plus grands ne donnent 
ordinairement qu'un petit. L'éléphant n'en a qu'un 
seul à la fois et trois ou quatre portées durant sa 
longue existence de quatre-vingt-dix à cent ans en 
moyenne. Au contraire, si les fils et les petits-fils 
d'un seul puceron arrivaient tous à bien pendant un 
seul été, dit M. de Quatrefages, ils couvriraient en- 
viron quatre hectares de terrain. Si le globe entier 
n'est pas envahi par ces petits animaux, c'est que le 
chiffre des morts dépasse infiniment celui des vi- 
vants. Il est aussi évident que si la multiplication 
des morues et des esturgeons, dont les œufs se 



M 



YIVIPARITÈ. 205 

comptent par centaines de mille, n était providen- 
tiellement arrêtée, tous les océans en seraient 
comblés en moins d'une vie d'homme. 

Rien de semblable n'a lieu chez les mammifères, en 
raison même de la perfection du produit. Tous étant 
vivipares, ils ne peuvent porter qu'un nombre très 
limité der petits et le temps nécessaire à leur incu- 
bation et leur allaitement empêche la plupart 
d'avoir plus d'une portée chaque année. Le lapin, 
le chat, la truie parmi les espèces domestiques, font 
seuls exception à cette règle en ayant trois à quatre 
portées par an, surtout en raison de la nourriture 
abondante qu'ils reçoivent, tandis que la jument 
n'en peut avoir qu'une tous les deux ans au plus. 

L'exemple le plus concluant est fourni par l'élé- 
phant, le plus monstrueux des grands pachydermes. 
Il ne donne qu'un petit à la fois, comme la nais 
sance toute récente d'Âmerica, à Philadelphie, en 
offre la confirmation positive et authentique. La 
rareté de cet événement curieux, d'un éléphant né 
en captivité, mérite d'en consigner ici les princi- 
paux détails, recueillis et publiés par l'Académie 
des sciences naturelles de Pensylvanie. 

Hébé, d'origine indienne, âgée de 18 à 20 ans et 
pesant huit mille livres, fait partie d'un groupe 
de sept élé[jhants formant le cirque Cooper, voya- 
geant aux États-Unis. Couverte à deux reprises, le 
25 mai 1878, par un mâle de la même troupe, — 
sans aucune particularité dans l'accouplement ve- 
nant à l'appui des croyances répandues à cet égard, 
— elle mit bas le 10 mars 1880, c'est-à-dire après 



504 LA GÉNÉRATION. 

655 jours de gestation, soit 21 mois et demi. 
Aucun indice n'annonça la délivrance, qui s'effectua 
spontanément, sans aide ni assistance que le gar- 
dien, réveillé à deux heures et demie du matin par 
un bruit inaccoutumé. Les six autres éléphants, 
réunis dans la même loge, tiraient sur leurs chaînes, 
dansaient, gambadaient et trompetaient» en grande 
joie autour du nouveau-né. La mère le saisit alors 
avec sa trompe et, brisant sa chaîne, l'emporta à 
une certaine distance en renversant et brisant tout 
«ur son passage. Il fallut la présence du maître pour 
rétablir l'ordre et la paix. 

Le nouveau-né est une femelle pesant 213 livres 
^t demie, ayant trente-cinq pouces de haut, quatre 
pieds et demi de long et quatre pieds environ de 
circonférence. Elle se leva aussitôt après sa nais- 
sance et se mit à teter avec la bouche, non avec la 
trompe, à deux immenses mamelles, pourvues d'é- 
normes mamelons, placées devant le thorax entre 
les deux membres supérieurs. La génération de ce 
monstrueux pachyderme, ainsi vérifiée, ne présente 
donc rien d'aussi extraordinaire et merveilleux que 
celle du moindre puceron. 



L'accouplement de deux races différentes, mais 
voisines par leur organisation et leurs mœurs, se 
rencontre parfois chez les grands mammifères. C'est 
le croisement ou métissage que l'on opère aussi ar- 
tificiellement, de même que dans les plantes. Le 
cheval réuni à l'ânesse peut ainsi la féconder et pro- 



i 



VIVIPARITE. 205 

duire le bardot qui, par son organisation, se rap- 
proche de l'un et de l'autre. L'âne réuni à la jument 
produit aussi le mulet ou la mule. Le loup se pro- 
page de même avec le chien et celui-ci avec le re- 
nard, le sanglier avec les cochons. Mais tous ces 
produits mélangés, résultats ordinairement artifi- 
ciels de l'industrie ou de la science, quoique s'opé- 
rant entre des espèces très analogues et ressem- 
blantes, sont toujours dégénérés, bâtards et neutres, 
c'est-à-dire inféconds. Ils ne peuvent se reproduire 
entre eux et constituer une espèce distincte. C'est 
leur marque d'origine, et ils reviennent promple- 
ment au type primitif dont ils proviennent. 

Ce croisement des races est une preuve irrécu- 
sable de l'hérédité organique. Le mulet est un des 
meilleurs exemples de l'influence combinée de deux 
sexes hétérogènes. C'est fondé sur cette loi que, de- 
puis un siècle environ, l'homme a pu opérer de vé- 
ritables prodiges. Backwell, le célèbre colon anglais, 
a pu ainsi, chez les bœufs destinés à la boucherie, 
donner un développement considérable aux parties 
charnues, constituant les morceaux de choix, aux 
dépens des parties inférieures ou de rebut. Après 
quinze ans d'essais, il put présenter une nombreuse 
race de bœufs ayant la tête et les os réduits au plus 
petit volume, les membres courts, le ventre étroit, 
la peau fine et douce, la poitrine large, l'intervalle 
qui sépare la croupe ou les hanches très développé 
et les masses musculaires si considérables qu'elles 
formaient à elles seules plus des deux tiers du poids 
i-otal de l'animal. Il fit plus : persuadé que les cornes 

12 



206 ' LA GÉNÉRATION. 

sont inutiles et même dangereuses, il arriva à créer 
dos espèces naturelles complètement privées de cor- 
nes. L'Angleterre lui doit également cette race de 
chevaux gigantesques qui font à Londres le service 
des omnibus et des chariots. 

La réforme du bétail laineux fut sans contredit la 
plus difhcile de ses entreprises et son plus grand 
triomphe. Daubenton avait bien obtenu en France 
l'amélioration de la toison en accouplant exclusive- 
ment entre eux les animaux qui présentaient la laine 
la plus fine et la plus longue. En dix ans, il parvint 
à former une race dont la laine, grossière et longue 
de trois pouces seulement à l'origine, en avait vingt- 
deux en devenant aussi fine que celle du mérinos 
Mais, en unissant les parents avec les enfants et 
ceux-ci entre eux, Backwell arriva à des résultats plus 
prompts et perfectionnés. Seul, il put obtenir, chez 
ses moutons de Dishley, la réunion des deux qualités 
que certains agronomes et éleveurs regardent encore 
comme presque incompatibles : la finesse de la toison 
et le développement des parties charnues. 

D'autres célèbres éleveurs anglais, Fowler, Paget, 
rlaceps, ont obtenu par le même procédé, en sau- 
tant d'une race à l'autre et d'un individu à ses 
divers produits, telle proportion des membres ou de 
leurs parties, en croisant des mâles et des femelles 
présentant au plus haut degré de développement le 
caractère physique que l'on désirait reproduire par 
la transmission. La race loutre des moutons-bassets 
a été créée ainsi en 1791 dans le Massachusetts, où 
naquit le premier bélier bas sur pattes, et remarqué 



VIVIPARITE. 207 

par ce fait qu'il ne pouvait franchir comiT\e les au- 
tres les barrières où il était parqué. Le premier 
agneau à laine droite et soyeuse, qui forme en 
France la race de Mauchamps, naquit de même dans 
celte ferme, en 1828, au milieu d'un troupeau de 
mérinos ordinaires. 



Des mutilations accidentelles chez les parents peu- 
vent même être un élément d'hérédité pour les 
petits. Il a suffi d'exciser un membre ou l'une de 
ses parties pour que cette mutilation se reproduisît. 
Ce phénomène serait même plus fréquent sur les ani- 
maux que chez l'homme, d'après Brown-Séquard. 

Les effets de l'éducation se transmettent égale- 
ment par la génération chez les animaux. Les chas- 
seurs savent très bien que les chiens nés de parents 
bien dressés sont d'autant plus éducables qu'ils 
leur ressemblent davantage physiquement. Et ce 
n'est pas seulement l'aptilude qui se communique 
ainsi, mais jusqu'à sa spécialité. Des recherches ex- 
périmentales de Knight, continuées pendant trente 
ans sur diverses espèces de chiens, ont démontré la 
vérité scientifique du dicton populaire : « Bon chien 
chasse de race. » Plus un chien est habitué à se 
jeter à l'eau, et plus ses petits montrent de disposi- 
tions à le faire. Les chevaux issus de parents montés 
par d'habiles écuyers se forment plus promptement 
au manège. Leur aptitude pour la voiture ou la selle 
est également congénitale, Cuvier dit que, dans les 
localités où les renards sont pris aux lacets, leurt 



208 LA GENERATION. 

petits, dès qu'ils sortent de leurs tanières, montrent 
une circonspection dont manquent les doyens de 
leur espèce dans les lieux moins fréquentés par les 
chasseurs et où l'on ne leur dresse pas tant d'embû- 
ches. Knighl a constaté également, chez les abeilles, 
des modilicalions de l'inslinct qui suffiraient à dis- 
tinguer les races domestiques de celles ayant con- 
stamment vécu en liberté. 

La génération peut donc être mise largement à 
profit, même par le croisement de races voisines ou 
de variétés de la même espèce, pour transmettre et 
réunir les diverses qualités du mâle ou de la femelle 
sur le produit nouveau ou pour corriger leurs dé- 
fauts organiques. L'homme pétrit et façonne aujour- 
d'hui certains êtres, animaux et végétaux, comme 
la matière morte. D'un type unique, il tire à peu près 
tout ce qu'il veut, à l'aide de ces deux forces à son 
service : le milieu et l'hérédité. Car le milieu n'agit 
pas seulement par le climat, la température, le sol, 
mais par la nourriture, les soins, les habitudes et 
les facilités spéciales pour l'existence. De là la for- 
mation de variétés et de races différentes, de la 
même espèce, souvent à de bien faibles distances. 

L'armature osseuse et le système musculaire sont 
héréditaires chez les animaux domestiques, d'après 
Hofalvor, et les modifications réalisées depuis à ce 
sujet par la sélection artificielle, sur les bœufs et les 
chevaux anglais, en sont une démonstration positive. 
Les chiens et les moutons bassets, les dilToronccs 
très apparentes entre le bœuf de trait et celui de 
boucherie, en sont une autre preuve. 11 existe dans le 



VIVIPARITÉ. 209 

Piacentino, d'après M. de Filipi, une race de bœuf& 
possédant quatorze paires de côtes au lieu de treize. 
Les crânes du sanglier et du porc domestique se dis- 
tinguent au premier coup d'œil, et le cerveau du 
barbet est le double de celui du dogue. 

Toutefois, le système osseux est manifestement le 
plus difficile et aussi le plus lent à se modifier. John 
Sebright, le plus habile éleveur de pigeons anglais, 
disait : « En trois ans, je puis proJuiie n'miporte 
quel plumage qui m'aura étcindiqué, mais il me faut 
six ans pour façonner une tête ou un bec. » Lorsque 
Backwell et ses successeurs ont voulu réduire le 
squelette du bœuf Dishley au profit de son engraisse- 
ment, ils n'ont pu obtenir la même perfection à cet 
égard que les frères CoUins sur le bœuf Durham, 
quoique agissant par des procédés identiques. Le 
Durham est devenu ainsi le bœuf de boucherie mo* 
dèle en réduisant mieux son ossature. Il y a donc 
des races plus propres que d'autres à cet effet. 



Mais on ne peut constituer, établir ainsi une nou- 
velle espèce par l'impossibilité absolue d'unir en- 
semble deux espèces d'organisations très différentes, 
comme le cheval et la vache, le chien et la truie. 
La promiscuité la plus complète et tous les strata- 
gèmes imaginables, jusqu'à l'injection directe du li- 
quide fécondant, n'ont jamais réussi à donner un 
produit fécondé, pas plus l'homme avec les animaux 
que les chiens avec la femme. Ce qui indique que 
deux cellules, spermatique et ovulaire, d'origine 

12. 



510 LA GENERATION. 

diffôiente, ne peuvent se fusionner ni s'assimiler ; 
■elles sont antipathiques. 

Tel est le trait distinctif entre l'hybridité et le 
métissage, d'après M. de Quatrefages, et qu'il a sur- 
tout contribué à bien fixer. Ces deux mots, appli- 
qués séparément à Tun et à l'autre règne, ne sont 
donc pas synonymes, comme beaucoup de personnes 
les emploient encore. Le métissage s'opère exclusi- 
vement entre les variétés ou les races différentes de 
la même espèce, tandis que l'hybridité résulte delà 
fécondation entre espèces différentes. De là l'extrême 
rareté de celle-ci, malgré la promiscuité des plantes 
et des animaux. Si tout se passait d'espèce à espèce 
comme entre les variétés et les races, les hybrides 
seraient aussi communs que les m.étis, et c'est pré- 
cisément le contraire qui s'observe parmi les végé- 
taux et les animaux. 

L'immutabilité insurmontable de l'espèce dément 
donc ces miracles, ces prodiges supposés par les mo- 
difications du transformisme. Si la sélection artifi- 
cielle a réussi à établir quelques variétés spéciales 
de l'espèce, comme les chevaux anglais, les vaches 
sans cornes, les moutons-bassets et mérinos, des co- 
chons monstrueux, il n'y a pas d'exemple d'une hy- 
bridité spontanée et durable par la création d'une 
espèce nouvelle. La confusion des espèces végétales 
entre elles et l'action incessante du climat n'ont pu 
même réaliser, par l'hybridité, une nouvelle espèce 
distincte. L'acacia non épineux, appelé spectabilis 
par Descemet, qui le découvrit dans sa pépinière de 
Saint-Denis en 1805, en offre un exemple. Tandis 



VIVIPARITÉ. "211 

qu'il s'est reproduit, sans épines, dans le monde 
entier par la bouture et la greffe, ses graines n'ont 
jamais donné que des produits épineux. D'où la 
preuve que ce n'est qu'une variété de la véritable 
espèce. C'est donc là une loi suprême, inéluctable, 
qui se manifeste jusque dans les combinaisons chi- 
miques de la matière, par la répulsion de certains 
atomes entre eux. 

Au contraire, l'homme peut à son gré, son caprice, 
son intérêt ou son profit, diminuer à volonté la fé- 
condité générale des espèces soumises à son empire, 
soit par l'isolement des femelles, soit par l'éraas- 
culation des mâles, en les châtrant. En perdant la 
faculté d'engendrer, par l'excision des glandes sémi- 
nales, la ligature ou la torsion du cordon, c'est-à- 
dire le bistournage amenant l'oblitération du canal 
circulatoire du liquide fécondant, l'étalon devient 
nongre, le taureau un bœuf, le bélier un mouton et 
.e verrat un porc, c'est-à-dire des neutres. De là, la 
perte de leur force, de leur courage, de leur fierté. 
Ils deviennent lourds, pesants, lâches, timides, do- 
ciles, et, pour ceux dont la chair se mange, elle de- 
vient plus tendre, succulente et délicate. 



Toutes les femelles à l'état libre ont, comme les 
oiseaux, l'instinct de se faire un nid, se creuser une 
tanière pour y déposer leurs petits et les élever. 
Tandis que les lapins creusent leurs terriers en ligne 
droite, la femelle sur le point de mettre bas en 
«reuse un autre en zigzag, pour y déposer ses petits 



212 LA GENERATION. 

en pins grande sécurité. Elleloiir prépare un lit des 
plus cliautJs et doux en s'arracliant les poils du 
ventre, comme on le voit chez les lapins domes- 
tiques. C'est au fond des bois que la louve va choi- 
sir une espèce de fort, qu'elle remplit de mousse, 
pour y déposer ses petits, fiiibles et aveugles en 
naissant, comme ceux du chien. L'ourse recherche 
à cet effet une caverne profonde et la garnit aussi 
de feuilles et de mousse. A ce défaut, elle ramasse 
et casse de grosses branches pour en faire, avec des 
herbes, une sorte d'habitation impénétrable à l'eau. 

Tel est le lit de travail, de mi:^ère et de douleur 
de ces animaux, car tous les quadrupèdes se cou- 
chent ou s'accroupissent pour mettre bas ; seule, la 
jument reste debout. La tendresse des mères est si 
grande ensuite pour leurs petits que la lapine le» 
réchauffe et les allaite pendant deux jours sans 
sor'ir. Elle ne les quitte après, comme la louve 
pendant deux mois, que pour aller prendre la nour- 
riture nécessaire. 

Dès qu'elle a mis bas dans son nid, la mère, 
comme les oiseaux de proie surtout, défend coura- 
geusement ses petits contre toute attaque, au péril 
même de sa vie. La fièvre d'amour maternel exalte 
ses facultés, centuple ses forces et la fait lutter avec 
des animaux bien supérieurs. La chatte attaque ainsi 
le chien qui s'approche, et la chienne ne recule pas 
davantage contre le loup furieux. La baleine périt 
plutôt que d'abandonner son baleinon, et ce n'est 
aussi qu'en marchant sur le cadavre de la louve, de 
l'ourse, de la lionne, de la laie, défendant l'entrée 



VIVIPARITE 213 

de la retraite de leur famille avec une fureur sans 
égale, que ses ennemis pourront s'en emparer. 

Sexes. C'est surtout par l'observation des ani- 
maux domestiques que l'on a cherché à connaître 
les influences déterminantes de la formation du sexe 
dans l'espèce humaine. Les agronomes et les éle- 
veurs ont longtemps cru à une influence occulle cl 
contribué à faire admettre, sous le règne des doc- 
trines astrologiques, que la lune, la direction du 
vent, la température, avaient une action à cet égard. 

Après vingt-neuf expériences sur des vaches, le 
professeur Thury, de Genève, attribua le sexe au 
moment même de la fécondation, c'est-à-dire de la 
monte ou de l'accouplement. Admettant que l'ovule 
subit deux phases successives et continues entre les 
périodes du rut, il fixe le sexe, suivant qu'il est fé- 
condé plus ou moins rapidement, après sa manifes- 
tation chez les diverses espèces. La fécondation réa- 
lisée dès que l'animal entre en chaleur donnerait 
une femelle ; un mâle quand elle n'est opérée que 
plusieurs jours après. On pourrait avoir ainsi des 
sexes à volonté. Mais le célèbre embryogéniste Coste, 
ayant vérifié cette ingénieuse théorie sur des poules 
et des lapins, a aussi bien échoué chez ces espèces 
multipares que chez la femme, dont la menstruation 
représente 1 époque du rut. On trouvera à la fécon- 
dation humaine une nouvelle théorie se rapprochant 
de celle-ci, et qui semble la confirmer, mais dont 
l'interprétation est toute différente. 

Une observation plus attentive des espèces dômes- 



2U LA GENERATION. 

tiques et une appréciation rationnelle des faits, 
ont hientôt montré que le sexe dépendait directe- 
ment des producteurs et était donné par celui qui 
apporte le plus de chaleur, de force et de vigueur, 
sinon de matière, dans l'acte de la procréation. 

Un éleveur distingué, Girou de Buzareingnes, l'a 
confirmé, au commencement de ce siècle, par ses 
expériences et ses recherches patientes et multi- 
pliées sur des chevaux, des vaches, des agneaux, des 
oiseaux, en établissant : que la prédominance des 
mâles est proportionnée à la vigueur du producteur. 
Les premières montées dans un troupeau de mou- 
ions donnent ainsi moins de mâles que dans les 
suivantes, quand le bélier a acquis toute son éner- 
gie prolifique; absolument comme les mariages pré- 
coces donnent ordinairement des filles au début. 
Les pigeons, les tourterelles, les perdrix et autres 
oiseaux monogames, s'accouplant à chaque saison des 
amours, produisent un nombre égal de mâles et de 
femelles, tandis que les poules, les oies, les dindes 
et autres oiseaux polygames, dont un seul mâle couvre 
plusieurs femelles, donnent incomparablement plus 
de femelles que de mâles. Au contraire, les chien- 
nes, les chiittes, les louves, qui se laissent couvrir 
par divers mâles, engendrent plus de ceux-ci. 

Des résultats diamétralement opposés etcontradic- 
toires ont été obtenus récemment à Houston (Texas) 
par un avocat américain qui s'est fait éleveur pour 
sa santé. Basé sur cette supposition toute gratuite 
que les désirs de la femelle sont constammeiit plus 
ardents que ceux du mâle, tandis que le service du 



VIVIPARITÉ. 21b 

mâle est beaucoup plus nécessaire à la distinction 
du sexe, il a institué l'expérience suivante pour pro- 
duire des se"xes à volonté. Huit vaches furent choi- 
sies à cet effet, dont une seule fut destinée à pro- 
duire un veau mâle. Il commença à la nourrir le 
plus abondamment de grains et de bon foin, et, quel- 
ques jours avant la période où elle devait entrer 
en chaleur, il la livra au taureau, qui avait été sou- 
mis préalablement au vert et à une nourriture ra- 
fraîchissante pour modérer sa vigueur ordinaire. La 
différence entre les deux animaux étant ainsi très 
sensible, le sexe mâle, annoncé et prévu, se réalisa 
parfaitement. 

Les sept autres vaches furent d'abord soumises 
aux galanteries impuissantes d'un taureau coupé, 
afin de satisfaire leur chaleur et en connaître exac- 
tement le retour affaibli. Le taureau qui lo'ir était 
destiné fut dès lors nourri avec de bons grains et 
du fom de choix, tandis que les vaches étaient tenues 
à un régime rafraîchissant et vert. A mesure qu'elles 
entraient en chaleur, elles étaient livrées d'abord 
au taureau coupé, comme atténuation, et n'étaient 
couvertes séparément ensuite qu'à une semaine d'in- 
tervalle par le taureau producteur, qui se montrait 
plein d'ardeur vis-à-vis* de femelles modéréinent 
excitées. L'expérience était donc l'opposé de la pre- 
mière, et les sept vaches donnèrent chacune un veau 
femelle. [Journal de f agriculture.) 

Ces expériences, répétées dans plusieurs trou- 
peaux, ont constamment donné les résultats prévus, 
comme l'attestent plusieurs témoins, et l'auteur en 



21« LA tiEKÉUATlON. 

promet la réalisation à tous les éleveurs qui voudront 
riiiiiter. Mais qui pourrait y distinguer une règle 
précise et rationnelle, sinon celle du moment môme 
(le la fécondation, suivant la théorie de Tliury, ainsi 
que l'ont fait ses critiques. 

On s'est peu occupé de distinguer le sexe des ani- 
maux avant leur naissance. Leur multiplicité d'une 
part et la difficulté de se livrer à un examen et des 
observations suivies, chez la plupart des mammifères 
qui ne portent qu'un petit, en rendent compte. Les 
espèces domestiques pouvaient seules en être l'objet 
par l'intérêt particulier qu'elles offrent. M. Lemoal, 
de Rennes, a fait ainsi une remarque importante» 
à ce sujet, chez la vache et la jument. C'est l'œdème 
ou l'cnllure des parties génitales externes durant les 
derniers mois de la gestation, coïncidant avec le sexe 
emelle, tandis que ce signe n'existe pas quand c'est 
un inàle. 11 peut être utile de vérifier cette remar- 
(juc dans certains cas. 



L'action directe du mâle sur la femelle, et jusqu'à 
celle de leurs germes distincts, est rendue évidente 
par ces derniers modes de génération sexuée. La fé- 
condation des œufs de poisson, s'opérant extérieure- 
ment par la laite du mâle et sans accouplement, en 
est la démonstration évidente, d'autant plus (ju'elle 
se renouvelle artificiellement par les pisciculteurs. 
Celle ([ui se fait à l'intérieur par l'accouplement est 
ainsi éclairée et prouvée par la différence même de 
conformation des deux sexes, suivant que 1 œul ou 



VIVIPARITÉ. 217 

l'ovule à féconder est situé plus ou moins profondé- 
ment. Le simple attouchement des organes suffit 
chez la plupart des oiseaux, où l'ovule est placé à 
la surface du cloaque, tandis que ces organes se 
distinguent et se perfectionnent graduellement, à 
mesure que l'œuf ou l'ovule se cache ou s'enfonco 
plus profondément à l'intérieur. Ils se différencieni 
complètement chez les mammifères, parce que in 
fluide fécondant est porté directement sur l'ovule 
par un organe spécial pour le féconder. D'où uii 
accouplement plus intime, prolongé, et une copu- 
lation indispensable entre le mâle et la femelle. 

Les modifications imprimées à l'œuf par la fécon- 
dation lui font quitter son siège primitif plus ou 
moins rapidement. Comme le fruit tombe de l'arbre 
à sa maturité, il se détache de la femelle et est 
pondu par les oiseaux, sauf à être soumis ensuite à 
une incubation naturelle ou artificielle pour en dé- 
velopper et faire naître le nouvel individu. Sa mi- 
gration est si lente, au contraire, chez les ovovivipa- 
res, qu'il s'ouvre en parcourant son chemin et que le 
nouvel être sort tout vivant du sein de sa mère, 
comme chez les vipères. Ainsi se différencie Tovipa- 
rité de la viviparité. 

Privé de coquille, l'ovule, en quittant l'ovaire des 
mammifères, tombe dans la matrice, ou il s'entoure 
de membranes qui l'enveloppent comme dans un sac. 
C'est la poche amniotique ou des eaux. Entouré de 
liquide, l'embryon s'y développe par une sorte d'in- 
cubation interne pendant un temps plus ou moins 
prolongé, suivant sou volume et la perfection de ses 

13 



S18 LA GÉNÉRATION. 

organes. Il vit là en nageant et en respirant absolu- 
nicnt comme le poisson dans l'eau. Les branchies de 
celui-ci sont en effet remplacées par le gâteau pla- 
centaire ou délivre accolé à la surface interne de la 
matrice et parcouru par le sang de la mère qui nourrit 
le fœtus jusqu'au terme naturel de l'incubation. Il 
s'ouvre alors spontanément un passage à l'extérieur 
et naît avec sa forme définitive. 

C'est parmi les vertébrés et surtout les mammi- 
fères, placés sous les yeux de l'homme et soumis 
à sa domination, que se manifestent les premières 
lois de la nature sur la réserve à observer dans les 
premiers rapprochements des sexes pour la généra- 
tion. Comme pour lui servir d'exemple et d'ensei- 
gnement à cet égard, les espèces en liberté ne don- 
nent ainsi que des produits inférieurs par leurs 
accouplements anticipés. Les jeunes poules pondent 
des œufs de moitié plus petits que celles plus âgées 
et, selon Bechstein, les produits d'une première 
fécondation de la chienne acquièrent rarement une 
grande taille. Là, comme dans l'espèce humaine, la 
puissance reproductrice exige un exercice répété, 
ainsi que toutes les autres fonctions, pour imprimer 
le sceau d'une élaboration parfaite à ses résultats. 

Eclairé par cette expérience, l'éleveur retarde l'ac- 
couplement de ses bestiaux, quand il les voit entrer 
trop tôt en rut, pour en avoir de meilleurs et de 
plus beaux produits. La génisse et la pouliche ne 
sont ainsi livrées au mâie que lorsqu'elles ont 
acquis tout leur développement, c'est-à-dire à deui 
et trois ans. 



On ne peut méconnaître une progression graduée 
dans les divers modes de génération précédents, un 
perfectionnement proportionné à l'importance, l'uti- 
lité, la durée et le rôle des êtres à procréer. Quelle 
différence entre la simple fragmentation de l'orga- 
nisme, pour se reproduire, avec la génération sexuée, 
exigeant le concours de deux êtres distincts, séparés, 
pour en former un autre, comme celle de tous les 
vertébrés ! Celle des grands mammifères en offre 
spécialement le modèle et, si le mécanisme en était 
décrit, il n'y aurait rien à ajouter ici, car les orga- 
nes sont absolument les mêmes dans l'espèce hu- 
maine. Toute la différence est dans leur action. Les 
animaux les plus parfaits ne peuvent s'en servir à 
''état de liberté que d'une manière intermittente, 
sous l'influence naturelle du rut et en se laissant 
aller à leur unique instinct, tandis que la volonté et 
le raisonnement y président chez l'homme. Il le 
montre suffisamment en ne s'en servant que d'une 
manière privée, secrète, mystérieuse, alors que les 
animaux le font publiquement. C'est là le caractère 



220 LA GÈNÉIUTION. 

dislinctif et différenlicl en montrant que la pudeur 
y préside. 

Un autre caractère de l'unité distincte et indé- 
pendante de l'espèce humaine se déduit de la géné- 
ration même : c'est la fécondité des diverses races 
entre elles. Le métissage est aussi facile et fréquent 
entre les différentes races, blanche et noire, jaune 
et rouge, que l'iiybridation est rare et difficile à 
réaliser entre les espèces différentes des végétaux et 
des animaux. C'est le meilleur signe que l'homme 
provient d'une seule espèce, et n'en forme pas plu- 
sieurs, comme l'admettent les polygénistes. Au con- 
traire, la génération est impossible entre lui et les 
animaux, si rapprochés qu'on les suppose, pas plus 
qu'entre le végétal et l'animal bien caractérisés. 
Ainsi se justifie la description séparée de la généra- 
tion humaine. 

On ne saurait en dire autant de la différence de 
position employée à cet effet dans l'espèce humaine, 
la marche seule en étant la cause. Plusieurs ani- 
maux s'en servent d'ailleurs, les singes notamment, 
comme pour marquer leur rapprochement. La 
nature n'a rien fait par bonds — Natura non facit 
saltum. — Disposant de l'infinité du temps, elle a 
accumulé les variations partielles à ce sujet, multi- 
plié les nuances et traversé l'un après l'autre tous 
les degrés qui séparent l'inertie absolue de la sensi- 
bilité la plus exaltée, la passiveté de la liberté et 
l'instinct de l'intelligence. Toute la vie est ainsi 
dans la génération chez les animaux inférieurs ; ici, 
au contraire, elle n'en est que le commencement et 



EMBRYOGÉNIE, ENFANCE. 221 

-doit se compléter par la grossesse et l'allaitement. 
La perfection de l'organisation humaine, autant 
que les facultés morales et intellectuelles apportées 
dans l'acte de la génération, légitiment donc cet 
ordre à part pour en fixer les différences avec le rè- 
gne animal. La supériorité de l'homme dans la créa- 
tion et la fonction spéciale de la femme ne permet 
talent pas de les confondre. Leurs organes sexuels, 
en en formant le type, trouvent naturellement la 
place de leur description ici pour ne pas faire double 
emploi. Tous les détails nécessaires à l'intelligence 
de cette fonction se trouveront réunis avec les signes 
qui l'annoncent et les diverses conditions influant 
jur son développement. 



Embryogénie et Enfance. 

Les organes génitaux sont, à la naissance de l'en- 
fant, le caractère distinctif du sexe. Il n'en est pas 
de même à l'origine de la vie, après la fécondation. 
La conception qui en forme la première période, 
distinguée et figurée plus loin par deux corps radiés 
ou globules polaires, ne se différencie par aucun ca- 
ractère spécial entre les deux sexes, et il en est de 
même durant les deux à trois premières semaines de 
la vie intra-utérine. Une telle confusion existe entre 
les diverses parties de l'embryon, vues au microscope, 
que la distinction dii sexe est impossible. L'obser- 
vation directe montre bien deux zones disîiiictes de 
l'appareil génital, l'une interne, l'autre externe. 



•222 LA GÉNÉRATION. 

formant chacune un champ d'cvolut'on organique se 
développant séparément pour produire l'upparcil 
unique chargé de la génération, mais sans pouvoir 
ak^ûlument rien distinguer de particulier dans la 
forme des parties de celle-ci. La zone interne, for- 
mée par la coexistence du corps de Wolff et du con- 
duit de Mûller, qui sont isolément les éléments con- 
stitutifs de chaque sexe, ne permet pas de dire quel 
il sera. Tel est l'hermaphrodisme embryonnaire. 

La différence du sexe résulte du développement 
de l'un de ces canaux au détriment de l'autre qui 
s'atrophie simultanément. Sic'estle corps de Wolff, 
il donne naissance au spermiducte et concurremment 
au testicule et c'est un garçon. Si, au contraire, le 
conduit de Mûller prend le dessus, il en résulte un 
oviducte et un ovaire et c'est une fille. Mais comme 
ces organes sont doubles et symétriques, ils peu- 
vent se développer parfois inversement et constituer 
l'hermaphrodisme réel ou seulement un demi- 
homme ou une femme incomplète par ces anoma- 
lies de l'organisation. De là un sexe double, sinon la 
moitié d'un seul. 

Des anomalies semblables se produisent d'autant 
plus dans la zone externe que ces deux extrêmes 
sont reliés entre eux, au moins chez la femme, par 
une zone intermédiaire qui les rend solidaires. De 
là souvent un hermaphrodisme apparent à la nais- 
sance et qui peut faire confondre un sexe avec l'autre 
et enregistrer un garçon pour une fille et récipro- 
quement, si l'on n'y fait attention. De nombreux 
exemples de ces graves méprises sont ainsi relatés à 



PUBERTÉ. 225 

ia Stérilité humaine T^ar l'hermaphrodisme apparent 
qui la détermine souvent. 

L'enfant n'a qu'une vie individuelle et ne parti- 
cipe au monde extérieur que pour la satisfaction de 
ses besoins personnels. Confondus sous cette déno- 
mination commune, les deux sexes se ressemblent 
au physique et au moral. Par cet égoïsme d'un in 
stant, l'enfant n'est pas une réalité, ce n'est encore 
qu'une espérance en s'ouvrant la voie de l'existence 
dont le but unique, aux yeux de la nature, est la 
production d'un être nouveau et semblable à lui. Il 
n'est ainsi rien dans le passé, peu dans le présent, 
tout dans l'avenir. A mesure qu'il avance vers la 
puberté, les formes extérieures se modifient différem- 
ment suivant le sexe, la vie végétative change de 
courant et des tendances opposées dirigent l'esprit. 
Ces divergences s'accusent et se prononcent tous les 
jours davantage et les dissemblances s'accentuent 
jusqu'à l'époque de la puberté. 



Puberté. 

Littéralement, ce mot ne signifie, d'après son éty- 
mologie latine de puhescere, que l'apparition des 
poils sur la surface du corps. Mais on doit l'entendre 
de tous les phénomènes qui accompagnent cette pre- 
mière manifestation sexuelle. La puberté s'annonce» 
chez les deux sexes, par le développement des organea 
sexuels et la stimulation, le prurit et même l'irrita- 
tion intolérable dont ils deviennent le siège par la. 



Î24 LA GÉNÉRATION. 

formation et l'accumulalion des germes reproduc- 
teurs. Le jeune homme et la jeune fille sont ainsi 
conduits à se rapprocher l'un de l'autre pour calmer 
ce sentiment pénible en le satisfaisant. 

La puberté a été employée longtemps comme syno- 
nyme de nubilité, quoiqu'il y ait une grande diffé- 
rence entre elles. La première est l'apparition des 
phénomènes qui annoncent, chez les deux sexes, le 
début de la faculté procréatrice, c'est-à-dire la sécré- 
tion spermatique chez les garçons et l'ovulation 
chez les filles, marquée par un écoulement sanguin; 
la nubilité, au contraire, est l'accomplissement com- 
plet et régulier de ces deux fonctions dont le déve- 
loppement s'accroît graduellement avec les autres 
parties du corps. La différence est donc considérable. 
L'aptitude procréatrice des premières années, quand 
le corps du jeune homme s'accroît encore, n'estque 
le prélude de son évolution complète, le signe ini- 
tial de cette grande phase de l'organisme qui con- 
stitue l'un des âges de l'homme. La mettre à l'épreuve, 
et surtout en abuser alors, entraîne les plus funestes 
conséquences pour la santé et la longévité des pa- 
rents, la force et les probabilités de vie des enfants. 
La croissance, le développement physique et moral 
des procréateurs, doivent être complets, pour que la 
progéniture soit robuste et bien conformée. Pour 
donner la vie à un nouvel être, il faut la posséder 
dans toute son intensité, comme elle existe seule- 
ment à l'âge de virilité complète. 

La faculté de procréer étant le point culminant du 
développement organique, c'est une loi, selon Bur- 



PUBERTÉ. 225 

tlach, qu'elle apparaît d'autant plus tôt que la vie 
est plus pauvre et courte, l'individualité moins pro- 
noncée, l'organisation plus simple et le corps plus 
petit. De tous les êtres vivants, l'homme l'acquiert 
ainsi le plus tard, quanta son âge et à la durée de sa 
vie. Elle n'a pourtant rien de fixe et varie suivant 
une foule de circonstances inhérentes à l'individu 
ou aux conditions dans lesquelles il vit. 






Dans nos climats tempérés, la puberté se montre 
ordinairement de 15 à 16 ans chez les garçons et 
de 15 à 14 ans chez les filles. Le droit français en a 
fixé l'époque à 14 ans pour ceux-là et 12 pour 
celles-ci ; mais, dans les climats plus au nord que le 
«entre de la France, elle est fréquemment retardée 
de deux à trois ans, si l'on compare des individus 
semblables. La puberté est plus précoce chez ceux 
qui sont forts, robustes, bien développés, que chez 
ceux qui sont faibles, délicats. 

L'influence du climat ou plutôt de la température 
est si décisive sur le développement du sens géné- 
sique que la puberté en est avancée ou retardée. 
Sous les climats chauds des tropiques, les fillles 
«ont réglées dès 8 à 10 ans, les garçons sont aussi 
pubères plus tôt. Elle est si manifeste que des jeunes 
filles de 9 à 10 ans, réglées dans les Indes orien- 
tales, ont cessé de l'être aussitôt leur transport en 
Europe et surtout en Angleterre, jusqu'à 14 et 
15 ans, sans que leur santé en souffrît dans l'inter- 
valle. On voit ainsi, sous cette influence excitatrice 



M« LA GÉNÉRATIOU. 

de la chaleur, des garçons de 15 ans se marier avec 
des filles de 12 à 13 ans, comme j'en ai été témoin 
une fois dans l'Amérique du Sud. C'est le contraire 
dans les pays froids, au rapport de tous les voyageurs. 

On ne peut douter de cette influence de la chaleur, 
d'après l'exemple des femmes habitant des pays trè» 
froids, comme les Samoyèdes, Elles sont aussi pré- 
coces que celles des tropiques en vivant presque 
toute l'année dans des souterrains où règne une 
chaleur étouffante, produite par la vapeur de l'eau 
jetée sur des pierres rougies. Si l'hérédité y con- 
tribue, à la longue, ce contraste, avec ce qui se 
passe dans les autres pays froids, témoigne de l'ac- 
tion de la chaleur sur la menstruation et peut la 
faire servir dans un but thérapeutique. 

L'action de l'hérédité et de la race est si profonde 
sur le développement de cette fonction, que les 
négresses, nées en Europe, sont réglées de bonne 
heure comme sous le ciel brûlant de l'Afrique. Les 
créoles, nées dans les pays tempérés, héritent de la 
disposition organique de leurs mères. Les Juives con- 
servent de même partout cette marque "distincte 
d'une puberté précoce. Sur cent femmes de la race 
slave en Pologne, on en trouve à peine une qui soit 
réglée à 13 ans, tandis qu'on en trouve déjà douze 
parmi les Juives, dit le docteur Raciborski. 

Les femmes des grandes villes, par leur genre 
de vie, leurs habitudes, leur régiuie, leurs plaisirs 
mêmes, qui en font autant d'excitants, partagent 
aussi cette précocité de la menstruation sur les cam- 
pagnardes. Il semble, dit Brière de Boismont, que 



PUBERTE. 227 

celte précocité du système nerveux soit une virita- 
ble serre faisant éclore les règles et remplaçant, jus- 
qu'à un certain point, la chaleur des contrées équa- 
toriales. L'âge moyen de leur première apparition 
est de 16 ans à la campagne, de 15 dans les TÏlles, 
et de 14 à Paris, sans distinction de position ni de 
fortune. 



* 



Au point de vue du sens génital, qui doit seul 
nous occuper ici, voici les phénomènes qui s'obser- 
vent. Les organes génitaux, qui n'avaient fait que 
se nourrir jusque-là, commencent à prendre plus 
de développement ; ils deviennent plus volumineux 
et plus excitables. Une connexion intime, encore 
inconnue, s'établit entre l'appareil génésique et le 
cerveau, ainsi que le reste de l'économie, surtout 
chez la jeune fille, qui en ressent les premières ma- 
nifestations. Les seins se développent ainsi que les 
mamelons dont l'aréole se dessine. Les parties gé- 
nitales se garnissent de poils, surtout le mont de 
Vénus, en même temps qu'il acquiert plus d'éléva- 
tion et de largeur. 

L'aspect extérieur de cette région, avant et après 
la puberté, se distingue par une différence très 
manifeste et sensible. Absolument glabre chez la 
petite fille, la fente vulvaire est verticale et cette 
ouverture en V regarde directement en avant. 
Elle est entr'ouverte en haut et cet écartement des 
grandes lèvres laisse voir le clitoris saillant et l'ori- 
fice du méat urinaire au-dessous. Fermée en bas, 



228 LA GÉNÉRATION. 

elle cnclie et dissimule coniplètemciit Touverlure 
du vagin, comme pour en indiquer le rôle sans em- 
ploi. Cette disposition est surtout évidente chez les 
petites filles accroupies pour uriner. 

Une disposition inverse s'observe ckez la jeune 
fille pubère. Ombragée ou garnie d'un duvet plus 
ou moins touffu et abondant qui la dissimule, la 
fente vulvaire s'étendant jusque près de l'anus est 
dirigée obliquement de haut en bas et d'avant en 
arrière. L'écartement supérieur n'existe plus et le 
clitoris et le méat en sont complètement cachés, 
dissimulés. Elle s'entr'ouvre au contraire en bas 
en découvrant l'orifice du vagin, comme pour in- 
diquer le rôle actit qu'il est appelé à prendre. En 
outre les plis du vagin se multiplient, les grandes 
lèvres deviennent saillantes, fermes et rosées. C'est 
dans ces conditions que la première menstruation 
survient, par l'apparition du sang aux parties 
sexuelles, avec les symptômes et les modifications 
organiques qui l'accompagnent. 

Connue sous les divers noms de m.enstrues, règles, 
lunes, époques, mois, etc., cette exhalation ou écou- 
lement sanguin, qui a lieu périodiquement chez la 
femme, est le signe de sa fécondité. Elle apparaît 
ainsi de douze à seize ans. Un climat chaud, l'ali- 
mentation substantielle et excitante, les bals, les 
spectacles, la réunion des deux sexes, une constitu- 
tion robuste, le tempérament sanguin, la navigation, 
en avancent l'apparition, tandis que les conditions 
opposées la retardent. 

Un sentiment de lassitude générale avec pesan- 



PUBERTÉ. 229 

leur, chaleur, tension dans le bas-ventre, déman- 
geaison avec écoulement muqueux, jaunàlre, plus 
ou moins abondant, en sont ordinairement les 
signes précurseurs. ?lus tard, il y a mal de tête, 
migraine, oppression, tuméfaction et sensibilité 
des seins, douleurs des cuisses, yeux ternes, cer- 
nés, teint bistré, haleine forte, impressionnabilité 
plus grande, propension à la mauvaise humeur, 
à la tristesse, au repos. Les femmes faible^ et nen- 
veuses ressentent surtout ces malaises avec intensité. 
Ils diminuent ou cessent avec l'apparition du sang 
qui, rare, clair et pâle d'abord, se colore et s'épais- 
sit en augmentant pour finir comme il avait com- 
mencé. Et tout rentre dans l'ordre. 

La durée de l'écoulement du sang varie de quel- 
ques heures à plusieurs jours, ainsi que sa quantité. 
De quelques gouttes chez les unes, il constitue par- 
fois une véritable hémorrhagie ou perte. Il est plus 
abondant chez les femmes précoces et dans les pays 
•chauds, à la ville qu'à la campagne. 

Quant aux détails sur les causes, le mécanisme 
-et la périodicité de cette fonction, on les trouvera 
à VOvulation, qui se confond avec elle, après la 
description des organes qui en sont le siège. 



Comme chez tous les mâles des grands mammi- 
fères, la puberté est plus tardive chez l'homme, parce 
que sa constitution robuste exige une nutrition pré- 
liminaire plus perfectionnée que la structure délicate 
^e la femme.^ Elle est surtout apparente chez les 



230 LA GÉNÉRATION. 

garçons par le développement du corps dans toutes 
ses parties. Les formes perdent leurs cimtours et de- 
viennent anguleuses, la taille s'élance, la peau bru- 
nit et le menton se couvre d'un duvet cotonneux 
bientôt remplacé par la barbe. Les parties sexuelles 
se garnissent aussi de poils, ainsi que la poitrine et 
les aisselles. La voix devient grave et la marche plus- 
assurée. En doublant de volume, les testicules agran- 
dissent le scrotum ou les bourses qui se contractent 
sous leur influence ; le pénis grossit, s'allonge et 
entre spontanément en érection. De là les songes 
erotiques, les pertes spermatiques. C'est alors qu'une 
force inconnue, irrésistible, l'entraîne vers l'autre 
sexe, quand des habitudes vicieuses ne le retiennent 
pas avec ses semblables ou dans la solitude et l'iso- 
l^nent. 

Tous ces changements sont si bien dus au déve- 
loppement de la fonction génératrice que les enfants 
pâles, chétifs, faibles, délicats, lymphatiques, scro- 
fuleux ou cachectiques, efféminés, les présentent 
plus tardivement, lentement et à un moindre degré. 
Ceux dont les testicules manquent ou qui restent 
dans le ventre, comme ceux qui en ont subi l'ablation 
par maladie ou autrement, sont même exempts de ces 
phénomènes. Leur système graisseux l'emporte sur 
le système musculaire et conserve aux formes exté- 
rieures ces contours moelleux, arrondis, particuliers 
aux femmes. Ils restent imberbes, ou bien les rares 
poils qu'ils présentent sont mal plantés et mal ve- 
nants. C'est le contraire chez les filles stériles, par 
absence ou atrophie congénitale des ovaires : des 



1 



PUBERTÉ. 231 

poils naissent sur la lèvre supérieure et au menton, 
et leur habitus extérieur perd tellement le cachet de 
leur sexe, qu'on les a surnommées viragos, hom- 
masses. 

Une femme hommasse extérieurement, portant 
moustaches, comme un homme efféminé n'en ayant 
pas, sont des imperfections organiques auxquelles 
on attache souvent une importance exagérée pour 
taxer cet homme d'impuissance et cette femme de sté- 
rilité. A moins d'être très accentuées de bonne heure, 
ces apparences extérieures sont souvent trompeuses 
et n'expriment pas toujours la signification blessante 
qui leur est attribuée, comme le prouve ensuite leur 
fécondité. Des femmes stériles ont, au contraire, 
tous les attributs extérieurs de leur sexe. Le célèbre 
Boerhaave disait bien que la castration faisait tom- 
ber la barbe et rendait la voix enfantine et flùtée. 
Ce fait n'est vrai que sur les enfants émasculés avant 
la puberté. Sur l'homme fait, cette mutilation ne 
lui enlève que sa fécondité ; il n'est même pas tou- 
jours impuissant, comme un exemple récent en a 
été relaté. Les nombreuses castrations, faites dans 
ces dernières années par l'ovariotomie normale et 
pathologique, sur des femmes et des filles de tout 
âge, ont montré que les survivantes ne changeaient 
ni d'aspect, ni de sexe, ni de goûts. 



La puberté n'est pas l'âge de la reproduction. 
Bien que possible à celte époque, celle-ci ne peut 
se réaliser que dans de mauvaises conditions. Une 



Î32 LA GÉNÉRATION. 

fonction, la génération surtout, n'acquiert pas toute 
son ("uergie dès son apparition. Il faut, dit Burdach, 
que la puissance existe pendant quelque temps, sans 
entrer en exercice, pour se développer parfaitement 
et déployer tous ses effets. La nature a pris soin 
d'empêcher ainsi l'accouplement des animaux aussi- 
tôt l'éveil du sens génital, et les éleveurs intelligents, 
prévoyants, ne manquent pas de la seconder. Sans 
parler de la loi du plus fort qui donne aux mâles 
seuls complètement développés la puissance de re- 
pousser les rivaux et de conquérir la femelle, on 
peut citer l'exemple du cerf. Il entre bien en rut à 
trois ans, mais il est alors dépourvu de la voix pro- 
preté attirer sa femelle; elle ne commence à se faire 
«ntendre que l'année suivante, mais faible encore, 
et ce n'est qu'à cinq ans qu'elle a toute sa force. 

De même à l'éveil du sens génital chez îe jeune pu- 
bère, l'érection ne paraît pas encore sous l'empire 
de l'âme ni du cœur; elle se produit à tort et à tra- 
vers, sans but bien déterminé, et sous l'influence de 
circonstances diverses. Chez la jeune fille, le plaisir 
n'atteint pas les limites de la volupté, et ce n'estpas 
«ans raison que les hommes véritablement sensuels 
préfèrent la femme de 20 à 30 ans. Une fille de 
16 ans et même de 18 n'a que l'apparence de la 
force, dit M. Legouvé. La gestation l'énervé, l'allai- 
tement l'épuisé, elle n'est pas plus propre au rôle de 
mère qu'à celui de femme. 

Les unions sexuelles précoces risquent d'épuiser 
les faciillés génératrices chez les deux conjoints et 
de les conduire à une impuissance prématurée. Les 



PUBERTE. 235 

produits d'une conception hâtive sont souvent plus 
frôles et délicats que leurs puînés ou cadets, comme 
chez quelques mammifères. Le premier accouche- 
ment a même lieu avant terme, et la sécrétion du 
lait pèche ordinairement en quantité et en qualité. 
De là la débilité générale des premiers-nés dans ces 
conditions, favorisant l'explosion des maladies héré- 
ditaires et une certaine infériorité intellectuelle. 

La mortalité en est même très augmentée, chez 
les parents, d'après les recherches statistiques ré- 
centes du docteur Bertillon. Tandis que celle des 
garçons avant l'âge de 20 ans est, en France, de 6, 9 
sur 1000, 7 à 8000 de ces jouvenceaux mariés avant 
cet âge, suivant la licence de la loi, ont donné une 
mortalité de 40 à 50 par 1000. Et la preuve que le 
mariage est bien la cause de cette mortalité extrême, 
c'est qu'à Paris, où les jeunes gens rencontrent de 
bonne heure des amours faciles, la mortalité de 18 à 
20 ans est de 2 pour 1000 plus élevée que dans le 
reste de la France. 

Le danger est encore plus grand pour la femme, 
petite et délicate surtout. Chargée de former et de 
porter le nouvel être, elle court le risque de man- 
quer des matériaux nécessaires à son existence, si 
son propre développement n'est pas complet, et de 
ne donner naissance qu'à des avortons. 

La mortalité des femmes mariées de 15 à 20 ans 
est ainsi de 11,86 pour 1000, et celle des filles dé 
cet âge do 7,53 seulement. Elle est encore supérieure 
de 20 à 2.J ans, par le fait même de la maternité et 
de ses conséquences, tandis qu'après cet âge elle 



234 LA GÉNÉRATION. 

est toujours inférieure à celle des célibataires. La 
loi autorisant ces mariages hâtifs est donc homicide 



et doit être abrogée. 



NnMlit«. 

La vraie maturité procréatrice, dit Mende, est 
l'état de la vie où les fonctions génitales peuvent 
s'accomplir, sans porter atteinte à la santé physique 
ni morale de l'individu, en imprimant aux produits 
le caractère de l'espèce d'une manière profonde et 
complète. L'évolution de la puberté doit donc être 
entière par le développement normal des organes et 
leur fonctionnement régulier, avec toutes les qua- 
lités inhérentes du sang et surtout des germes repro- 
ducteurs. C'est ce qui constitue la nubilité, l'apti- 
tude au mariage et l'union sexuelle dans les meil- 
leures conditions pour la génération future. 

En favorisant le développement organique, les 
climats chauds hâtent la nubilité comme la puberté. 
Le cheval du midi de la France est formé à 4 ans, 
le cheval normand ne l'est qu'à 6. 

Cet accroissement n'est complet chez l'homme 
que de 25 à 28 ans dans les pays plus au nord que 
le centre de la France et de un à trois ans plus tôt 
dans le midi. Cet âge a varié d'ailleurs, dans tous 
les temps et les différents pays, suivant le point de 
vue des législateurs. Lycurgue l'avait fixé à 37 ans 
pour les hommes, et Solon à 35, afin d'en faire de 
valeureux guerriers. 11 leur était même interdit de 



NUBILITÉ. 235 

se marier avant 40 à Rome. Celui des femmes, au 
contraire, est fixé par Manou à 8 ans et à 12 par 
Numa, poui en faire des instruments de plaisir. Ne 
cherchant que de vigoureuses génératrices, Lycurgue 
les marie à 20 ans. Chez les Germains, la nubilité 
était fixée à 18 ans pour les filles et à 20 pour les 
jeunes gens. Aujourd'hui encore, cet âge est, en 
Prusse, de 15 pour les femmes et de 19 pour les 
hommes, tandis qu'en Autriche il est d'un an de 
plus pour les uns et les autres. 

En France, l'âge légal est de 18 ans pour l'homme 
et de 15 pour la femme; mais la coutujiie l'élève 
de 18 à 22 et le plus ordinairement à 20, ce qui est 
encore souvent trop tôt. Comme précepte général 
indiqué par Platon et conformément à la statistique, 
l'hygiène conseille que l'homme se marie de 25 à 
35 ans et la femme de 20 à 26. Pendant le dix-hui- 
tième siècle, l'âge moyen des mariés à Paris a été 
de 29 ans chez les hommes et de 24 pour les 
femmes. La statistique générale de la France, de 
1857 à 1860, a reculé cet âge à 30 ans et demi chez 
les hommes et 26 ans deux mois chez les femmes, 
mais toujours une année environ plus tôt à la cam- 
pagne qu'à la ville. Ce fait marque bien que la dif- 
férence des situations sociales importe beaucoup 
plus que l'âge à la réalisation du mariage. 



Des caractères extérieurs, physiques et psycholo- 
giques, distinguent aisément d'ailleurs le garçon el 
la fille nubiles. Avec les organes génitaux, ils com- 



Î36 LA GÉNÉRATION. 

plètent la sexualité individuelle et constituent cette 
admirable harmonie d'opposition, appelée polarisa- 
tion des sexes. Voici le tableau des principales dif- 
férences qu'ils présentent entre eux. 

La chaleur, l'expansion et la force prédominen» 
chez l'homme, car il est destiné à donner la vie et 
le mouvement au nouvel être. Il engendre hors de 
Ij.iet la femme en elle. 

L'homme est ardent, altier, robuste, velu, auda- 
cieux, prodigue et dominateur; son caractère est 
ordinairement expansif, bouillant; sa texture est 
fibreuse, serrée, compacte ; ses muscles sont sail- 
lants, ses cheveux raides, sa barbe noire et fournie ; 
sa poitrine velue exhale le feu qui l'embrase ; son 
génie sublime et impétueux le pousse aux grands 
desseins et le fait aspirer à l'immortalité. Organisé 
plus complètement que la femme, plus fort et plus 
grand, il prédomine numériquement dans les facultés 
supérieures. Il est aussi plus nombreux de l/JT" en- 
viron chez toutes les nations où la polygamie 
n'existe pas. 

Une belle stature, à la démarche fière et noble, 
ornée d'un courage martial, la poitrine carrée, sur- 
montée d'une tète altière, à la chevelure abondante, 
aux yeux de feu, ne manquent jamais de faire im- 
pression sur la femme et de lui plaire. De même 
l'homme s'enthousiasme à la vue de celle qui unit 
les grâces de Vénus à une taille supérieure, avec de 
grands yeux, vifs et langoureux, des seins bien ac- 
cusés et saillants, indice de la perfection d'autres 
organes secrets et sympathiques. 



KUBILITÉ. 237 

La femme a généralement une taille d'un dou- 
lième au-dessous de celle de l'homme. Sa tête est 
plus petite, son front moins large et élevé, sa figure 
plus courte et arrondie, son tronc plus large, ses 
membres plus courts, ses genoux plus gros, les 
mains et les pieds plus petits, son cou plus long et 
plus gracieux. La poitrine est moins haute, mais sa 
base est plus large. Le ventre est plus ample et sail- 
lant. Le bassin, formé par les os des hanches et 
constituant le laboratoire de la génération, est plus 
spacieux et circulaire que chez l'homme ; ses os sont 
plus petits, ses tissus moins compacts et les saillies 
de son corps moins anguleuses et prononcées. 

Par son tissu cellulaire plus abondant, sa graisse 
plus blanche et compacte, la femme a ses muscles 
moins forts et saillants que l'homme, ses contours 
plus arrondis. Aussi son poids est-il d'un tiers 
moindre. Sa peau, plas blanche, plus fine, plus vas- 
cularisée, est moins velue ; mais ses cheveux sont 
beaucoup plus longs et plus fins. Toutes les parties 
de son corps ont une texture plus flexible et plus 
douce. 

Sa force musculaire est beaucoup au-dessous de 
celle de l'homme; sa voix, moins forte, est plus 
douce et surtout plus aiguë. Elle est plus élevée, 
criarde en chantant, et plus douce en parlant. Par 
leur multiplicité et leur finesse, ses phénomènes 
expressifs correspondent au caractère de son exquisô 
sensibilité. Chez elle, les sens sont plus délicats, 
plus fins, et les facultés affectives remplacent les fa- 
cultés intellectuelles de l'homme. 



Ï38 LA GÉNÉRATION. 

Le rôle de la femme, dit Cabanis, n'est pas de 
figur»M' au lycée ni au portique, dans le gymnase ou 
à l'hippodrome. Aussi n'a-t-elle créé aucune reli- 
gion, ni composé de poème épique, ni fait de grandes 
découvertes. Son destin est de fonder les délices et 
l'amour de la famille. L'amour est sa passion domi- 
nante, comme l'ambition celle de l'homme. Tout ce 
qui est sentiment, exaltation généreuse, resplendit 
avec force en elle. Artémise et Lucrèce sont des 
types qui n'ont pas d'analogues dans le sexe mascu- 
lin. Jamais un amour si ardent et désintéressé que 
celui d'Héloïse pour Abélard ne s'est rencontré 
parmi les hommes, et, si l'on veut une personnifi- 
cation du repentir, il faut la chercher dans la Made- 
leine, comme celle de l'enthousiasme patriotique 
dans Jeanne d'Arc, la vierge de Domrcmy. 

Tout indique surtout sa prédominance dans la gé- 
nération, cette direction promordiale de son origine. 
Son individualité est beaucoup moins prononcée que 
chez l'homme, plus égoïste et moins patient. La 
femme vit plus pour l'espèce que pour elle-même, 
comme l'attestent les fonctions spéciales qui lui sont 
imposées pour la propagation humaine : la mens- 
truation, la grossesse, l'accouchement et l'allaite- 
ment. La prépondérance de sa plasticité, sa nutri- 
tion et sa conservation plus faciles, la rapidité des 
phases de son organisation, son accroissement et sa 
puberté précoces, ainsi que son infécondité et son 
déclin plus marqués que chez l'homme, tout montre 
qu'elle est essentiellement destinée à la génération. 
Leur fonction réciproque dans cet acte en est même 



NUBILITE. 239 

la preuve, car, après avoir fourni la base de l'être 
nouveau et tous les matériaux nécessaires à son évo- 
lution, son développement, la femme a encore toutes 
les charges du travail, elle en supporte toutes les 
fatigues, les douleurs et les peines; l'homme n'est 
que l'architecte de ce grand-œuvre. 



Nombreux et variés sont les mobiles des désirs 
vénériens, dit Roubaud. L'instinct qui les éveille 
chez les animaux , à l'époque du rut, les excite éga- 
lement dans l'espèce humaine, lors de la puberté. 
Il est aussi provoqué par la continence, la vie calme 
et retirée des champs. Mais, en dehors de ces condi- 
tions et dès que l'âge, l'habitude ou la satisfaction 
des besoins les plus pressants ont calmé les pre- 
mières ardeurs de l'instinct, ces désirs ne répondent 
plus guère qu'au pouvoir des sensations. Tous les 
sens ont la puissance de les éveiller. Ceux de la 
vue, du loucher et de l'ouïe, ont une action si di- 
recte, qu'on pourrait les appeler les sens de l'a- 
mour. L'odorat jouit aussi d'une influence décisive 
et la nature a placé, dans les organes génitaux de 
tous les animaux, une odeur sui generis qui 
surexcite leur sensualité. 

Mais, si l'instinct seconde les sensations chez les 
animaux, la volonté existe chez l'homme pour les 
refréner. Elle exerce surtout un empire absolu sur 
le sens génital. On voit ainsi l'homme et la femme 
résister aux séductions les plus provocantes et sortir 
victorieux de cette lutte des sens et de la volonté. 



240 lA GÉNÉRATION. 

Elle sera sans doute entraînée par les excitations 
extérieures, si l'on ne se prémunit contre la tenta- 
tion, carie silence de la volonté équivaut à son con- 
sentement. A elle seule, elle peut môme évoquer les 
désirs vénériens, sans le secours d'aucune sensation. 
Il suffit qu'elle éveille l'imagination, par qui le 
passé se ranime et l'avenir se fait réalité, pour que 
l'érection se produise. Grâce à elle, l'heure présente 
se peuple de formes indicibles que le regard caresse, 
que les lèvres embrassent, et que les mains saisis- 
sent ; fantômes gracieux dont l'existence, tout à la 
fois idéale et réelle, plonge l'âme et les sens dans 
l'extase voluptueuse de l'amour le plus complet. Tel 
est cet empire de l'imagination que, par son unique 
force, en dehors de l'instinct et de toute sensation, 
elle peut aller jusqu'à déterminer l'éjaculation sper- 
matique avec toute la volupté, le plaisir, qui y sont 
attachés dans l'état normal. Le souvenir du plaisir 
et toute associationd'idées, en rappelant les charmes, 
déterminent ainsi toute la fonction naturelle dans le 
songe. 

En coïncidant avec la plus belle et luxuriante pé- 
riode de l'existence, chez les deux sexes, cette ma- 
turité des fonctions reproductrices en montre les 
rapports intimes avec la vie elle-même. La généra- 
tion en est si manifesternent l'émanation directe, 
qu'elle est la première altérée, troublée, annihilée, 
dès que la vie est atteinte dans sa source : la nutri- 
tion. La démonstration en est des plus frappantes, 
saisissante dans une image charmante et des plus 
comparables. C'est la plante couverte de boutons. 



NUBILITÉ. 241 

Tout est disposé alors au mieux pour que la féconda- 
tion s'opère entre les fleurs hermaphrodites qui vont 
éclore successivement. Déjà deux ou trois bou- 
tons précoces sont ouverts au milieu des nombreux 
boutons qui les environnent sur toute plante multi- 
flore, le fuchsia, par exemple. Transplantez-la alors 
et immédiatement, tous ces boulons, petits et 
grands, vont s'arrêter dans leur développement, 
leur floraison, pour se détacher et tomber bientôt 
sans éclore. Les fleurs écloses resteront même sté- 
riles, malgré la persistance du feuillage et la vie 
même de la plante. Il a suffi que sa nutrition ait été 
interrompue, suspendue, dans ce moment critique, 
pour que sa reproduction annuelle, si pleine d'espé- 
rances, ail été détruite, quoique la vie persiste. Que 
d'exemples semblables ne se montrent pas au prin- 
temps de la vie, dans l'espèce humaine! 

Mais il ne suffît pas de rester dans ces généra- 
lités. Pour faire comprendre le mécanisme normal 
de la génération, il faut préciser. Il est donc néces- 
saire de décrire et même de représenter et figurer, 
autant que la pudeur le permet, les organes des- 
tinés à cette fonction chez les deux sexes. Il faut 
aussi expliquer, pour plus de sécurité, le mécanisme 
secret, caché, de celte fonction, dans ses détails, 
afin que chacun puisse en connaître le rôle physio- 
logique, en pénétrer le mystère et distinguer l'état 
sain de l'état anormal de ces organes. 



l« 



242 LA GENERATION. 



Rlécanisme physiologique. 

Deux actes distincts, bien qu'inséparables et suc- 
cessifs, sont absolument indispensables pour réaliser 
la génération naturelle dans l'espèce humaine. Ce 
sont la copulation et la fécondation. Elles s'exécu- 
tent simultanément entre les deux sexes, sans que 
l'un puisse se passer de l'autre. L'instinct, le besoin, 
ne suffisent plus ici, comme chez les animaux, pour 
les réaliser normalement : le désir, la volonté, le 
consentement mutuel et réciproque, sont nécessaires. 
S'il existe des exemples authentiques de femmes 
fécondées sans leur connaissance et malgré leur vo- 
lonté, ce sont de très rares exceptions à la règle, et 
il est permis de se demander ce que les enfants 
avaient de leur mère. Assurément ce n'était ni son 
intelHgence, ni son esprit, pas plus que l'on ne pour- 
rait espérer voir un garçon résulter des fécondations 
opérées artificiellement. 

Une différence fondamentale distingue ces deux 
actes : le premier, entièrement soumis à la volonté, 
est externe et apparent, tandis que le second est in- 
terr.3, caché et involontaire. C'est la condition même 
de leur accomplissement régulier. 

Deux groupes d'organes ou plutôt deux appareils 
différents, réunis et connexes, correspondent à ces 
deux actes, chez l'homme et chez la femme. A dé- 
faut du premier, le second reste nul, sans action ni 
effet. L'acte séminal ou fécondant ne peut avoir lieu 



MÉCANISME PHYSIOLOGIQUE. 245 

que par l'acte copulateur qui le précède, et celui-ci 
n'est rien sans être suivi de celui-là. Etroitement 
solidaires l'un de l'autre, ils doivent s'accomplir 
successivement, autrement ils sont toujours anor- 
maux et incomplets. 

Et pour mieux marquer leur rôle et leur impor- 
tance relative, une différence fondamentale les dis- 
tingue. Le premier est simple, unique, impair chez 
les deux sexes, tandis que le second est double» 
symétrique, afin que, si d'un côté l'une des parties 
de cet appareil compliqué manque, l'autre puisse 
y suppléer et le remplacer au besoin ; absolument 
comme un œil suffit pour voir et une oreille pour 
entendre. 

L'absence, la malformation ou la maladie, les lé- 
sions et les altérations de ces deux groupes d'or- 
ganes, entraînent également l'infécondité chez les 
deux sexes. En troublant, en gênant ou en empê- 
chant le jeu régulier de leurs fonctions naturelles, 
ces yices organiques la déterminent fatalement, soit 
en totalité, soit en partie. L'impuissance est ainsi 
exclusivement produite par celle du premier groupe, 
et, lorsqu'elle se manifeste, c'est seulement dans 
les obstacles à l'acte copulateur qu'il faut en recher- 
cher la cause de part et d'autre. L'homme n'est 
souvent impuissant que par la faute de la femme. 
La stérilité, au contraire, dépend toujours de l'acte 
séminal, imparfait ou incomplet, et c'est dans les 
organes profondément cachés, oîi il s'accomplit, 
qu'il faut en rechercher la cause ; c'est pourquoi 
l'homme en est aussi souvent frappé que la femme. 



244 LA GÉNÉRATION. 

Autant et plus encore que toutes les autres fonc- 
tions physiques, ces deux actes de la génération, 
par leur délicatesse même et le profond reten- 
tissement qu'ils provoquent, sont soumis aux im- 
pressions morales et à de nombreuses sympathies 
organiques. Le mécanisme en est ainsi troublé, 
dérangé par des causes étrangères, qui déterminent 
l'impuissance et la stérilité, dont il faut rechercher 
la cause dans le cerveau, le dérangement ou la ma- 
ladie d'autres organes. Mais celles-ci sont les moins 
dangereuses et disparaissent ordinairement avec les 
causes passagères qui les ont produites. Les causes 
venant de l'esprit, l'imagination, la pensée, soumises 
au centre génital, sont, au contraire, aussi insaisis- 
sables que persistantes. D'oij l'importance de mon- 
trer préalablement l'influence spéciale de ce centre 
sur le mécanisme de ces organes et leurs fonctions. 



Centre génital. 

Le siège en fut primitivement fixé dans la moelle 
épinièrc par Ilippocrate, le fondateur de la médecine, 
par la consomption dorsale qu'il avait observée à 
la suite des excès et des abus vénériens. Cette ma- 
ladie, dit-il, naît de la moelle de l'épine du dos. 
Elle attaque les jeunes mariés et les libidineux. 
Les dyspnées nerveuses, les palpitations, la débilité 
musculaire, les pesanteurs de tête, les vertiges, l'a- 
maigrissement, la consomption, sont les principaux 
signes de cette cachexie génitale. 



CENTRE GENITAL. 245 

Durant plus de 2000 ans, la médecine en resta 
•sur cette tradition hippocratique, et quand Willis, au 
dix-septième siècle, voulut localiser le besoin de la 
reproduction dans les centres nerveux, il le fixa 
aussi dans la moelle épinière. C'est seulement à la 
fin du dix-huitième, pendant lequel la préoccupation 
de toutes les choses de l'amour physique s'était vive- 
ment emparée des esprits, que le célèbre phrénolo- 
..giste Gall tenta de changer ce siège. Obéissant aux 
vues de son ingénieux système des localisations céré- 
brales, qui fixait un siège spécial à chaque faculté, il 
plaça celle-ci dans le cervelet. Cet organe intermé- 
diaire entre le cerveau et la moelle épinière, en 
formant comme l'épanouissement supérieur de celle- 
ci, était pour lui le siège exclusif de l'amour physique 
ou de l'instinct de la propagation. 

Des coïncidences très curieuses et frappantes entre 
la saillie, le développement de la bosse occipitale, 
située en arrière et en bas du crâne, et une propen- 
sion précoce ou exagérée aux plaisirs de l'amour, 
y firent placer ce centre. L'impuissance, au con- 
traire, succédant aux blessures, aux lésions de cette 
partie, comme plusieurs exemples en sont relatés à 
VImpuissance physique et morale, ce siège parut 
comme démontré. La castration des jeunes animaux, 
en empêchant le développement du cervelet, sem- 
bla confirmer cette interprétation. Enfin, le profes- 
seur Serres l'ayant appuyée de son autorité et de 
son crédit, par des observations d'érection marquée 
suivie de pollutions dans plusieurs cas d'hémor- 
rhagie du cervelet, le siège du centre génital fut 

14. 



246 LA GÉNÉRATION. 

définitivement fixé dans cet organe jusqu'en ces 
dernières années. Une grande puissance de l'amour 
physique et même moral était, pour les phrénolo- 
gues, dans une nuque large, saillante, bosselée, 
comme l'effacement, l'aplatissement ou la dépres- 
«ion de cette bosse étaient les signes caractéristiques 
de la froideur amoureuse, sinon de l'impuissance. 

Mais le discrédit de la phrénologie amena bientôt 
des objections. Leuret avait nié le résultat des expé- 
riences de Gall sur le cervelet, et des castrations 
nombreuses, faites ensuite par Huschke sur des 
quadrupèdes et des oiseaux domestiques, avant et 
après le développement des fonctions reproduc- 
trices, donnèrent des résultats uniformes sur cet 
organe. Comment juger d'ailleurs de son développe- 
ment anormal par la proéminence, l'évasement de la 
bosse occipitale? L'irritation, la suppuration, le ra- 
mollissement et les tumeurs, constatées dans le cer- 
velet à l'autopsie d'individus des deux sexes livrés 
avec fureur à l'onanisme, n'étaient pas davantage des 
preuves concluantes. Combelte trouva en effet cet 
organe complètement absent à l'autopsie d'une fille 
de onze ans, adonnée à la masturbation, et qui mourut 
à l'hospice des Orphelins, en 1861, après plus de 
quinze mois d'observation, dans un épuisement 
complet. 

L'analyse plus rigoureuse des lésions du cervelet 
montra bientôt que leur siège au voisinage de la 
moelle était la principale condition pour déterminer 
des phénomènes génitaux. L'apoplexie du lobe mé- 
dian en particulier ayant déterminé sept fois une 



CENTRE GÉNITAL. 24T 

surexcitation des organes génitaux, Serres y limita 
d'abord le siège du centre génital, avec d'autant plus 
de raison que de nombreux faits d'hémorrhagie et 
de ramollissement de l'un des lobes latéraux, ob- 
servés par Andral, n'avaient produit aucun phéno- 
mène particulier des organes génitaux. Ainsi sur 
56 cas de produits accidentels développés dans la 
masse cérébelleuse, un seul avait coïncidé avec une 
érection permanente et, dans ce cas particulier, le 
tubercule exerçait une compression manifeste sur la 
partie supérieure de la moelle. Dans 14 cas de ra- 
mollissement circonscrit du cervelet, il n'existait 
d'érection dans aucun, tandis que sur 3, où il enva- 
hissait la totalité de l'organe et pouvait intéresser 
la moelle, Andral avait observé deux fois l'érection 
du pénis. 

Ainsi se circonscrivit graduellement le foyer du 
centre génital du cervelet à ses rapports immédiats 
avec la moelle épinière. L'observation directe et sé- 
culaire des blessés et des pendus tendait même à le 
fixer exclusivement dans la portion cervicale ou su- 
périeure de celle-ci. L'érection, avec tendance au 
priapisme, est ainsi un phénomène fréquent des^ 
blessures du cou, en arrière, et un signe de la mort 
par pendaison. Toutes les fois que la moelle cervi- 
cale, c'est-à-dire aussi près que possible de la bosse 
occipitale, est intéressée, lésée ou comprimée par la 
fracture ou la luxation des premières vertèbres, 
l'érection se produit spontanément et d'une manière 
continue, tant que la vie persiste. Il suffit même que 
la constriction, le serrement du cou arrête la circu- 



248 LA GÉNÉRATION. 

laiion du sang chez les pendus pour que l'éjacula- 
tioii s'ensuive. La présence du sperme sur le linge 
après la mort est un signe de la pendaison. L'obser- 
vation suivante de Jolly en est la démonstration 
péremptoire : 

Un coup de pistolet, chargé à poudre, est tiré à 
bout portant sur la partie supérieure et externe du 
côté droit du cou d'un individu qui jouait à la boule. 
La mort eut lieu en moins d'une minute et l'on 
trouva sur sa chemise les traces d'une éjaculation 
récente, comme chez les pendus. La massa apophy- 
saire des deuxième et troisième vertèbres cervicales 
était brisée. L'expérimentation directe sur les ani- 
maux produit le même résultat. Il a suffi d'intro- 
duire un stylet dans le cervelet d'un cochon d'Inde 
pour déterminer l'érection, et l'éjaculation s'ensuivit 
en le poussant jusque dans la moelle lombaire; c'est 
donc la démonstration évidente, positive, que le 
centre génital existe dans la moelle. Le cervelet en 
a été considéré ainsi comme un simple annexe. 
Budge en fixe le siège au niveau de la quatrième 
vertèbre lombaire, c'est-à-dire en bas. 

Quelle que soit sa localisation précise, son in- 
fluence capitale sur l'exercice des fonctions génitales 
ne peut être mise en doute. Les impressions morales 
du cerveau, les désirs créés par l'imagination, si 
Afè qu'ils soient, n'agissent pas directement sur les 
organes génitaux pour les mettre en éréthisrae. 
L'intermédiaire de la moelle est indispensable pour 
ieuî* donner une force active. L'instinct profond, 
inconscient qui agit en dehors de la volonté et la 



CENTRE GÉNITAL. 249 

subjugue réside dans ce cordon nerveux, tandis que 
la volonté est impuissante à le réveiller s'il est en- 
dormi, ni à le créer s'il n'existe pas ou s'il est éteint, 
paralysé. 

Delà les impressions diverses, opposées, produites 
par les maladies de la moelle sur les fonctions 
sexuelles. Elles sont augmentées, activées, dépravées 
même quand la moelle est excitée, irritée par une 
blessure, une compression, une lésion quelconque. 
Elles diminuent ou cessent dans le cas d'affaiblisse- 
ment, d'anémie par une altération, une dégénéres- 
cence ou la division de ce cordon nerveux. De là 
l'impuissance la plus fréquente. L'instinct génital 
peut même être complètement anéanti quand les 
relations de ces organes avec le centre nerveux du 
cerveau sont affaiblies ou interceptées. 

L'une des maladies les plus communes et les plus 
graves de la moelle, l'ataxie locomotrice, produit 
ainsi consécutivement l'exaltation des fonctions gé- 
nitales, par l'irritation de la moelle qui en résulte 
au début et la paralysie ensuite lorsqu'elle est sclé- 
rosée, dégénérée. Le pouvoir de répéter le coït plu- 
-sieurs fois successivement, comme les oiseaux, le bé- 
lier, le taureau, le cerf, est toujours un fait anormal 
et de mauvais augure chez l'homme. Cette névrose 
çjénitale est un signe d'irritation de la moelle qui peut 
eire l'annonce ou l'avant-coureur de cette redoutable 
maladie. Un ataxique de l'Hôtel-Dieu avouait à 
Trousseau avoir pu répéter le coït huit à neuf fois 
par nuit peu de temps avant son anaphrodisie 
•complète. Ces travaux d'Hercule, lorsqu'ils s'accom 



250 LA GÉNÉRATION. 

pagnent de rétention d'urine ou de pertes sémmates, 
sont ordinairement un prodrome de l'ataxie. 

La cause de tous les excès vénériens, surtout contre 
nature, réside donc primitivement dans la moelle. 
En réagissant à leur tour sur ce foyer exubérant 
d'innervation, ces excès suscitent en lui des alté- 
rations de tissu qui l'affaiblissent, le détruisent et 
entraînent une impuissance irrémédiable. C'est le 
tabès dorsalis ou consomption dorsale, observée 
par le grand Hippocrate, il y a plus de 2200 ans, et 
vérifiée depuis par tous les grands médecins anciens 
et modernes. Cet enseignement universel de l'obser- 
vation des malades n'est-il pas plus concluant que 
tous les systèmes et les expériences anatomiques et 
physiologiques pour révéler le vrai siège du centre 
génital? Si le cerveau a une très grande part, comme 
centre d'incitation de l'amour par les désirs, les 
idées, les images, les souvenirs qui y naissent spon- 
tanément dans les régions oii siège l'imagination» 
l'action n'en vient-elle pas surtout des impressions 
nerveuses émergeant de la pulpe des doigts, de la 
surface des lèvres, de l'intérieur des yeux et en 
particulier de la moelle épinière et des nerfs qui se 
distribuent aux organes de la génération? 

Il est donc essentiel de connaître l'état normal, 
régulier des organes secrets, déliés et délicats qui 
sont comme les ministres, les agents spéciaux de ce 
centre insaisissable et dont les actes si soudains et 
voluptueux sont aussi incompréhensibles que leurs 
résultats sont grandioses et merveilleux. Que l'une 
de leurs parties constituantes manque, soit lésée ou 



ORGANES GOPULATEURS. 251 

altérée, que l'un des canaux fins, déliés, dans les- 
quels circulent la source et l'essence même de la vie 
future, soit bouché, oblitéré, et c'en est fait du mé- 
canisme tout entier. La génération sera impossible. 
Décrire séparément ces organes et leurs fonctions, en 
montrer le mécanisme, est donc indispensable. Les 
deux planches suivantes, en en figurant les parties 
principales dans leur type de conformation normale 
chez les deux sexes, rendront cette interprétation plus 
aisée. Toute difformité capitale ou malformation 
deviendra facilement appréciable à chaque intéressé. 
Ces planches serviront de base à l'ouvrage pour en 
favoriser l'intelligence en évitant les répétitions. 



Organes copnlatears. 

Ils sont uniques en apparence, chez chacun des 
deux sexes. La forme en est diamétralement opposée 
et disposée pour une fonction unique et commune. 
Séparés, ils ne servent à rien, ils sont inutiles. C'est 
la preuve de leur destination réciproque. Le rôle 
actif étant dévolu à l'organe mâle, c'est par lui que 
nous en commencerons la description. 

Chez l'homme, cet organe unique est cylindroïde : 
«'est le pénis ou verge, situé à la partie inférieure 
et médiane de l'abdomen, soutenu et fixé parun liga- 
ment fibreux et la peau mince, fine et lisse, qui l'en- 
veloppe. Il est assez bien connu, sous diverses déno- 
minations métaphoriques, pour rendre toute descrip- 
tion superflue ; mais il n'en est pas de même de ses 



î-ias 



LA GÉNÊHATION. 







m u H > o 



ORSAKES COPULATEURS. 



ZU 



ORGANES GEMTAUX FEMININS. 



MATRICE OU UTERUS 




15 



S54 Ik GÉNÈRATIOIH. 

diverses parties constituantes qui, en vertu de leur 
texture spéciale, le font changer soudainement de 
consistance, de volume et de forme, au point de 
le rendre méconnaissable. De mou et pendant, dans 
le repos, il grossit, durcit et s'érige sous diverses 
influences, physiques et morales, qui ne sont pas 
toujours celles de l'amour. C'est le phénomène de 
l'érection, indispensable à son rôle actif d'organe 
copulateur mâle, et qui en fait l'agent principal de la 
génération. 

Considéré, dans les temps primitifs, comme le 
symbole de la force et de la virilité, il a été adoré 
sous le nom de Phallus. De là aussi le culte odieux 
rendu par la Grèce à la monstruosité de Priape. Son 
importance et la considération superstitieuse dont 
il a joui à diverses époques, dans l'enfance des so- 
ciétés, viennent surtout de la mutilation féroce que 
les. peuples sauvages en faisaient dans leurs guerres. 
Pour mettre fin à la coutume trop commune des Juifs 
de recourir à cet ignoble attentat dans leurs com- 
bats, Moïse condamne la femme qui saisit l'homme 
par ses parties naturelles à avoir la main coupée, de 
même qu'il rend l'eunuque indigne d'entrer dans 
l'assemblée de l'Éternel. {Deutéronome, XXIII, 1, et 
XXV, 11 et 12). 

Au contraire, un sentiment de pudeur très respec- 
table, parmi les nations civilisées, porte aujourd'hui 
chacun à tenir cet organe secret et soigneusement 
caché, comme une partie honteuse, et il est même 
indécent de prononcer les diverses appellations tri- 
viales qui le désignent ou y font allusion, comme il 



ORGANES COPULATEURS. 255 

est lâche et infâme d'attenter à la région où il se 
trouve. 



Trois parties principales entrent dans la structure 
du pénis et méritent ici une description séparée, par 
le rôle différent qu'elles remplissent dans l'acte de 
la copulation : ce sont les corps caverneux, siège 
principal de l'érection; le gland, source du plaisir 
et de la volupté, et le canal de l'urèthre, servant à 
l'émission du sperme ou éjaculation. 

Les corps caverneux s'étendent de chaque côté de 
la verge dans sa portion externe, depuis le pubis jus- 
qu'à l'espèce de cône qui la termine en avant. Ils sont 
formés d'un. tissu érectile et spongieux, composé d'a- 
réoles, de vacuoles qui se remplissent de sang, sous 
l'influence de l'excitation sexuelle qui l'y fait affluer. 
En se gonflant, les mailles de ce tissu triplent 
le volume et la longueur du pénis. La stagnation 
prolongée du sang dans ces vacuoles, par la répéti- 
tion et la durée de l'érection, peut ainsi en les dila- 
tant, les agrandissant outre mesure, augmenter le 
volume de l'organe. Les jeunes masturbateurs en 
particulier sont dans ce cas. La castration, avant la 
puberté, en arrête, au contraire, le développement. 
Mais les hommes adonnés à la masturbation sont 
privés de bonne heure du pouvoir de l'érection, car 
ce tissu perd bientôt le ressort et la vitalité qui lui 
Bont propres. De là leur impuissance précoce. 

Quand les esprits animaux étaient considérés au- 



*256 LA GÉNÉRATION. 

trefois comme les moteurs de la machme humaine, 
011 pensait que ces esprits déterminaient l'érection en 
remplissant la verj^e et que les muscles la soutenaient 
et la redressaient comme un bâton soutenu par des 
cordes. C'est à de Graaf que l'on doit cette décou- 
verte, en démontrant expérimentalement qu'elle ré- 
sulte de l'accumulation du sang. Ayant lié le pénis 
d'un chien à sa racine, au moment de l'érection, il le 
trouva rempli de sang et le vit revenir à sa flacci- 
dité ordinaire quand il en fut expulsé. Il confirma 
ce fait en injectant de l'eau, par les veines honteuses, 
dans le pénis d'un homme mort, et il en résulta une 
distension et une érection plus énergiques que sur 
le vivant. 

Restait à déterminer par quel mécanisme le sang 
était retenu dans les veines pour entretenir l'érection. 
Attribuée d'abord à une propriété spéciale du tissu 
érectile, puis à la contractilité même des parois des 
vacuoles de ce tissu par Bérard aîné, cette propriété 
restait à démontrer. Un mécanisme beaucoup plus 
simple est résulté des injections et des dissections 
minutieuses du docteur Kobelt. La compression 
môme des veines du gland, surtout à sa partie posté- 
rieure, à sa couronne, par la turgescence même des 
corps caverneux, déterminerait cette rétention du 
sang et la prolongation même de l'érection. Sans 
entrer dans les détails anatomiques propres à dé- 
montrer ce mécanisme, il suffit pour le comprendre 
de connaître la sensibilité exquise du gland et son 
extrême vascularité. Aidée de l'action des muscles 
bulbo et ischio-caverneux et de la circulation inter- 



ORGANES COPULATEURS. 257 

médiaire entre le gland et le bulbe, au moyen du 
corps spongieux de l'urèthre, l'érection s'explique 
ainsi très rationnellement*. 

C'est sous l'influence d'attouchements excitants 
ou de l'imagination que le pénis se gonfle, durcit et 
s'érige. Siège principal de l'érection, les corps caver- 
neux ne paraissent jouer aucun rôle dans la mani- 
festation de la volupté. 11 est au moins permis de 
l'inférer de la consistance osseuse de la verge, chez 
les animaux de l'espèce canine, nécessaire à leur 
fécondation même, comme on l'a vu. Leur fonction 
est donc de supporter simplement les organes du 
plaisir, de faciliter l'intromission dans les organes 
femelles et leur servir d'excitant. 

Le gland est cette espèce de cône tronqué, coupé 
obliquement à sa base, qui termine le pénis. Il est 
formé d'un lacis veineux excessivement riche en nom- 
breuses ramifications dont les plus ténues aboutis- 
sent à la surface, surtout sur la couronne, sous forme 
de petites houppes qui en sont l'épanouissement. 
Comme dans tous les organes des sens dont une par- 
tie est abondamment pourvue de nerfs sensitifs ser- 
vant de foyer à tout le reste de l'appareil, ce centre 
particulier, dont l'excitabilité est mise enjeu parles 
impressions internes et externes, est richement doté 
de nerfs qui y pénètrent surtout à l'endroit de If 
couronne. Leurs rameaux traversent l'intérieur en st 



1. De l'appareil du sens génital des deux sexes, au point de vu* 
anatomiqiic et physiologique, traduit de l'allemand par le docteuf 
Kaula. Slrasboaig, 1851. 



258 LA GÉNÉRATION. 

ramifiant et lormentdcs réseaux tellement entrelacés 
et serrés qu'on ne peut les suivre. Ils viennent en- 
suite s'épanouir à la surface, d'une manière insaisis- 
sable, en donnant lieu à celte sensibilité voluptueuse 
si exquise qui en fait le principal siège du plaisir- 

En raison même de ce rôle spécial et pour conser- 
ver intacte cette exquise sensibilité du gland, si es- 
sentielle à l'intuition même du sens génésique, il est 
recouvert d'une expansion non adhérente de la peau 
de la verge. C'est le prépuce, dont la fonction est de 
le protéger et le garantir contrôle contact et les frot- 
tements extérieurs, en dehors de la copulation, pour 
ne pas en émousser la sensibilité. C'est l'analogue du 
fourreau chez la plupart des mammifères. 11 le couvre 
ainsi complètement chez les enfants pour lesquels il 
est parfois une cause d'irritation par le smegma ac- 
cumulé dessous et qui les incite à l'onanisme. 11 ne 
se rétracte spontanément en arrière que par le gon- 
flement du gland, sous l'influence de l'érection, fixé 
qu'il est en dessous par le frein ou filet, beaucoup 
plus court, qui le maintient derrière la couronne du 
gland. 

Trop long, le prépuce constitue une véritable dif- 
formité, surtout nuisible à la copulation et parfois 
même à la génération. Le rétrécissement de son ou- 
verture, en l'empêchant de franchir le gland, con- 
stitue le phimosis et exige une petite opération, un 
débridement. C'est la circoncision des petits garçons 
juifs prescrite par Moïse, autant comme mesure 
hygiénique (jue comme distinction de la race. Trop 
court, il reste fixé en arrière et constitue le paraphi- 



ORGANES COPULATEURS. 259 

mosis, en laissant le gland continuellement décou- 
vert, exposé à l'extérieur, ce qui en émousse, en 
altère la sensibilité. 

Ces difformités sont assez fréquentes, souvent par 
défaut de soin, d'attention chez les enfants, d'abus 
chez les jeunes gens. Elles sont la source de nom- 
breux accidents et de maladies, dans l'exercice même 
de la génération. Beaucoup d'hommes, ayant l'ha- 
bitude de tenir le gland découvert, perdent, à la 
longue, les plus vives et douces sensations de la sen- 
sibilité de cet organe ; ceux atteints de phimosis 
o'éprouvent qu'une volupté obtuse. 

Le gland est donc, dans le sens génital de l'homme, 
le centre autour duquel toutes les actions viennent 
aboutir. Le corps spongieux de l'urèthre, le bulbe et 
le muscle bulbo-caverneux n'en sont que les auxi- 
liaires placés sous ses ordres. Son inflammation ou 
fcalanite entraîne l'impuissance. 

L'urèthre est le conduit membraneux servant à 
l'émission de l'urine et du sperme. Placé sous la 
verge entre les corps caverneux, il part de la vessio 
et s'étend, sur une longueur de 16 centimètres en- 
viron, jusqu'au gland, au milieu duquel est son ou- 
verture appelée méat. On en distingue la portion 
libre, mobile, externe et apparente, de celle qui es( 
cachée, interne et fixe. La première, dite spongieuse 
est la plus extensible et élastique pour suivre tous les 
mouvements du pénis et de beaucoup aussi la plus 
longue et la plus régulière. La portion cachée, au 
contraire, est fixée dans les tissus, immobile, irré- 



2C0 LA GÉNÉRATION. 

gulière, s'élargissant et se rétrécissant alternative- 
ment. C'est Jà que s'ouvrent les canaux éjaculateurs 
donnant issue au sperme. 

De là l'importance de l'intégrité, la perméabilité 
de ce conduit pour raccomplissement normal de 
l'éjaculation. Qu'il soit rétréci dans son trajet, à la 
suite de l'inflammation ou chaude-pisse, ou qu'il 
s'ouvre anormalement le long de son parcours, par 
une mauvaise conformation, un accident ou une 
maladie, et l'éjaculation étant incomplète ou impos- 
able, la stérilité en résultera, sinon l'impuissance. 

L' imperforation ou atrésie du méat entraîne l'ou- 
verture vicieuse, anormale de Turèthre : soit sous 
le gland en hypospadias, soit au-dessus en épispa- 
dias. En s'opposantà une éjaculation normale, com- 
plète, elle est aussi une cause fréq^uente de stérilité, 
encore plus que d'impuissance. On peut cependant 
rester fécond, malgré cette difformité parfois héré- 
ditaire. Le docteur Dousseau a observé deux frères 
dans ce cas, en Savoie, dont la paternité légitime se 
justifiait par la même difformité chez leurs fils . 

La brièveté extrême du frein, en attirant l'ouver- 
ture du méat en bas, simule parfois l'hypospadias 
et produit le même effet. 

La plupart des hommes atteints de ces difformités, 
assez fréquentes, et ceux qui ont des rétrécissements 
du canal de l'urèthre, des fistules ou ouvertures ac- 
cidentelles le long de son trajet, se livrent plus ou 
moins régulièrement au coït. Ils ne sont pas impuis- 
sants, mais l'éjaculation lente, indirecte et incom- 
plète qui en résulte, les rend ordinairement infié- 



ORGANES COPULATEURS. 26t 

conds : le sperme n'étant pas lancé avec cette force» 
cette vélocité, nécessaires à l'œuvre mystérieuse de la 
fécondation. 



Il n'y a absolument rien de fondé sur tout ce que 
l'on a dit des dimensions trop exiguës ou du volume 
exagéré du pénis, comme cause d'impuissance et de 
stérilité. Son développement varie, non seulement 
suivant les individus, mais il n'a souvent aucune 
proportion avec leur taille ni leur constitution, pa& 
même avec leur nez, comme on l'a imaginé. Il en a 
encore moins avec la vigueur dans la copulation et 
l'énergie fécondante. 

Son absence seule est un obstacle absolgi à la 
reproduction. Il s'est en effet rencontré des hommes 
où il a'avait que le volume du mamelon. Chez un 
jeune soldat bien conformé du reste, Fodéré a con- 
staté un simple bouton, d'où s'échappait l'urine, à 
la place du pénis. C'est la plus rare difformité con- 
génitale, l'arrêt de développement le plus mons- 
trueux. Aussi l'impuissance de ce fait est-elle radi- 
cale et sans remède. Tous les liniments et les 
emplâtres ne serviraient à rien, pas même en tra- 
versant le prépuce d'un anneau pour y suspendre un 
plomb, comme on le fit, dit-on. 

Mais la verge est exceptionnellement le siège 
d'excroissances, verrues ou condylomes, varices ou 
tumeurs, brides ou adhérences qui, en la défor- 
mant, s'opposent à son érection, son intromission, 
et les rendent douloureuses. La chirurgie est si 

15. 



202 LA GÉNÉRATION. 

puis>:ante et l'art si ingénieux pour vaincre ces dil- 
fonuités, qu'elles sont rarement des causes d'im- 
puissance absolue. 



L'appareil correspondant chez la femme se com- 
pose, au contraire, d'un canal membraneux appelé 
vagin, de 11 à 12 centimètres de profondeur et 
dont le diamètre varie dans de grandes proportions, 
suivant les besoins et les circonstances : témoignage 
évident que ces deux organes correspondants sont 
destinés l'un pour l'autre et ne forment chacun que 
la moitié d'un tout, suivant cette belle figure tou- 
chante qui fait deux moitiés de l'homme et de la 
femn\e pour se réunir par l'union sexuelle. 

Ce conduit de la génération commence intérieu- 
rement à la matrice dont il embrasse l'ouverture ou 
col. De là il se dirige de bas en haut, entre la vessie 
et le rectum, vers l'extérieur, où il se termine par 
une ouverture verticale appelée vulve. Une couche 
musculaire lui donne l'élasticité nécessaire »ses fonc- 
tions. Un tissu érectile rampe aussi dans toute sa lon- 
gueur, entre les diverses membranes qui le consti- 
tuent, pour le rendre plus impressionnable. Etroit 
et serré lors de la puberté, il se dilate progressive- 
ment, au point de donner passage au produit de la 
conception lors de l'accouchement; mais l'entrée en 
est toujours la partie la plus étroite pour lui conser- 
ver sa destination. 

Deux replis membraneux, placés de chaque côté 
de cette ouverture, l'entourent de haut en bas et la 



ORGANES COPULATEURS. 263 

ferment, la cachent, comme le prépuce lecouvre le 
gland chez l'homme. De là le nom de lèvres. Les 
plus grandes sont extérieures, formées par un repli 
de la peau et garnies de poils. Elles recouvrent les 
deux petites ou nymphes, formées par un repli de la 
muqueuse et placées à l'intérieur. De même que le 
prépuce, elles sont souvent ou trop grandes ou trop 
petites et parfois réunies, souciées ensemble. Elles 
acquièrent de telles dimensions, en Turquie et en 
Perse, que le rapprochement sexuel en est rendu dif- 
ficile, sinon impossible. Elles forment le tablier 
des Hottentotes au cap de Bonne-Espérance, d'où 
l'habitude de leur excision. 

Ces lèvres forment ainsi le vestibule de la vulve. 
L'entrée en est fermée en arrière, surtout en bas, 
par un repli transversal qui, en s'élevaiit plus ou 
moins sur les côtés, prend la forme d'un croissant ou 
demi-lune. C'est Vhymen dont on a fait le sceau 
de la virginité. Cette membrane, très mince et fra- 
gile, presque tranchante dans l'extension, est analo- 
gue au frein de la verge, qui y correspond directe- 
ment dans l'union sexuelle. Comme celui-ci, l'hy- 
men peut donc se distendre, se rompre et se briser 
accidentellement sans aucun rapprochement. 

C'est à tort que l'absence de cette membrane est 
considérée comme un signe de défloration. Si sa 
déchirure ou sa rupture récente est un signe de viol 
chez les petites filles, il n'en est pas de même chez 
les femmes nubiles. Monter à cheval, sauter un 
fossé et parfois le moindre écart suffit à la rompre. 
Elle est si épaisse, dense, musculeuse et résistante, 



304 LA GÉNÉRATION. 

dans quelques cas exceptionnels, qu'elle devient 
un obstacle sérieux à la copulation. Imperforée^ 
elle peut même s'opposer à l'écoulement du sang 
des règles et former parfois un tel obstacle à l'ac- 
couchement, que le chirurgien est obligé d'inter- 
venir. 

Cette barrière virginale est rarement le principaF 
obstacle à l'accouplement des sexes. Elle est même 
franchie le plus souvent sans douleur ni effusion de 
sang, si les rapports des parties ne sont pas trop dis- 
proportionnés. L'orifice vaginal est assez large, am- 
ple et ses bords souples, chez certaines jeunes filles, 
aux tissus lâches, mous, pour que les premiers rap- 
ports sexuels aient lieu sans rupture ni déchirure. 
13 femmes étaient dans ce cas sur les 75 examinées 
et interrogées spécialement à ce sujet par le docteur 
Budin. Les nouveaux mariés ont donc conçu bien à 
tort des soupçons injurieux contre leurs femmes, à 
cause d'une pénétration trop facile. Il en est même 
qui les ont accusées, sur ce seul motif, de les avoir 
trompés et des séparations en sont résultées. C'était 
probablement pour avoir rencontré d'extrêmes diffi- 
cultés dans des déflorations antérieures. 

Des hémorrhagies considérables se manifestent 
au contraire parfois. Deux jeunes mariés, partis en 
voyage aussitôt après la cérémonie nuptiale, furent 
ainsi obligés de s'arrêter et de descendre de chemin 
de fer pour avoir les secours d'un médecin à cet ef- 
fet. La perte de sang était si effrayante que la nou- 
velle mariée faillit succomber. Appelé au Grand 
Hôtel pour un accident semblable, arrive à de nou- 



ORGANES COPULATEURS 265 

veaux mariés, le professeur Depaul trouva la jeune 
femme exsangue. C'est une leçon, pour ceux dont 
l'état local peut inspirer des craintes de produire de 
tels délabrements à leurs premières approches de 
ne pas fuir sitôt. Un jeune garçon, tout novice, me 
consultait récemment pour savoir s'il n'était pas 
dans le cas de blesser la femme qu'il était à la veilla 
d'épouser. Après examen, je dus, en raison de l'exu- 
bérance du pénis, le dissuader d'entreprendre son 
voyage de noces avant d'avoir positivement acquis 
la preuve du contraire. 

L'occlusion ou l'imperforation du canal vaginal, 
par l'accolement, la soudure des nymphes entre 
elles, est bien plus redoutable. Mais elle se décèle 
toujours, chez les jeunes filles pubères, par la réten- 
tion des règles et les douleurs mensuelles qui en sont 
la conséquence. Une femme de vingt-cinq ans, ma- 
riée de^Kiis cinq mois, ne s'en aperçut ainsi, mal- 
gré les douleurs continues qu'elle éprouvait depuis 
l'âge de dix-huit ans, que par l'impossibilité de 
tout rapprochement sexuel. Jamais elle n'avait eu ses 
règles. Les seins étaient peu développés. H suffit au 
docteur Marchai de pratiquer une incision pour faire 
disparaître les accidents et rendre la jeune femme 
mère. [Revue méd. de l'Est, mars 1878). 

Le cloisonnement du vagin, par l'hymen épaissi, 
induré, tout en permettant la copulation et l'issue 
du sang, peut empêcher la fécondation, comme un 
exemple en a été observé récemment par le docteur 
Boens, chez une femme de trente ans, restée stérile 
depuis dix ans de mariage. Elle était chlorotique et 



266 Lk. GÉNÉRATION. 

très parcimonieusement réglée. Un simple pertuis 
suffisait au suintement du sang, mais le fluide sémi- 
nal ne pouvait s'introduire. Une simple incision fit 
disparaître tous les accidents. 

Mais l'imperforation peut être totale et complète. 
U y a alors absence même de vagin et l'impuissance 
de la femme est radicale, absolue. Le docteur L. Le 
Fort en a rencontré un exemple sur une fille de 
vingt-six ans qui n'avait jamais été réglée. Il réussit 
à créer un vagin artificiel, au moyen de l'élec- 
trolyse et sans effusion de sang. [Acad. de méd., 
juillet 1876). 

Ce phénomène de l'absence totale de l'organe co- 
pulateur, si rare et si curieux chez l'homme qu'il 
est presque introuvable, est assez commun au con- 
traire chez la femme. Une dizaine d'exemples en 
sont relatés dans notre traité de V Impuissance phy- 
sique et morale contre un seul chez l'hofnme. La 
raison de cette différence est toute simple et natu- 
relle. Ce vice de conformation étant absolument in- 
curable chez l'homme, sans que rien puisse l'atté- 
nuer ni le corriger, il le prive irrémédiablement de 
son sexe. Susceptible d'être le plus souvent modifié, 
corrigé, sinon détruit complètement par l'art cheï 
la lemme, il n'est qu'un accident pour elle. Des ef- 
forts naturels ont même suffi à creuser assez ce 
canal pour qu'il servît imparfaitement à son usage. 
C'est le secret de sa fréquence. 

C'est surtout dans l'étroitesse extrême du vagin 
ou sa sensibilité excessive, la contracture du muscle 
constricteur, que consistent les plus graves et fré- 



ORGANES COPULATEURS. 267 

quents obstacles à l'union des sexes, comme nous 
l'indiquerons à la copulation. 

A cet organe unique de la copulation chez la 
femme se rattachent aussi, comme chez l'homme, 
divers accessoires dont le rôle important complète 
l'acte copulateur. C'est d'abord le clitoris, correspon- 
dant au gland comme siège de la volupté ; les deux 
bulbes ef le muscle constricteur du vagin, agissant 
sur l'érection, et enfin l'éminence qui se trouve au- 
dessus et surnommée le mont de Vénus. 

Clitoris. Petit tubercule, allongé et érectile, caché 
sous une espèce de capuchon formé par la réunion 
supérieure des deux replis membraneux, appelés 
grandes et petites lèvres, dont le rôle est de cacher 
et de protéger l'entrée de la vulve en la fermant. 
C'est l'organe le plus sensible de l'appareil génital 
de la femme, surtout par son extrémité ou gland. 
En s'érigeant, en vertu de son érectilité dans l'acte 
copulateur, il se dirige de haut en bas, contraire- 
ment au pénis, dont il reçoit ainsi les frottements, 
aurtout s'il est développé outre mesure, comme chez 
certaines femmes. De là la volupté qui en résulte 
pour elles. 11 sert à \a masturbation des petites filles 
en entraînant des accidents fort graves. C'est ce qui 
en a fait pratiquer l'excision par divers chirurgiens. 
Baker-Brownl'a instituée à Londres sous le nom de 
clitoridectomie . 11 la pratiquait surtout contre l'ona- 
nisme, la manuélisationet le saphisme; ce qui a été 
un opprobre pour la mémoire de ce gynécologiste 
distingué. 



LA GÉNÉRATION, ' 

Les deux 6m/6<?s, placés sur les parties latéralct 
de l'entrée du vagin, ont la même fonction que ce- 
lui de l'homme; en resserrant l'entrée du vagin, ils 
compriment le pénis et activent ainsi la copulation. 
Le muscle constricteur du vagin, en se contractant^ 
comme tous ceux qui ferment les ouvertures natu- 
relles, contribue également à ce double effet. 

La volupté de la femme est encore augm^tée par 
la présence des poils qui garnissent le mont de 
Vénus et dont l'influence sur la sensibilité de cette 
partie n'a pas échappé aux physiologistes. 



Sauf leurs différences de situation et de développe- 
ment, l'analogie de ces organes, chez les deux 
sexes, est évidente, malgré leur diversité. Ils sont 
également impairs, se garnissent uniformément de 
poils à l'extérieur, lors de la puberté, et l'odeur 
spéciale qui s'en exhale est, pour les deux sexes, un 
«timulus puissant lors de leur rapprochement. Une 
sorte d'érection ou plutôt d'éréthisme se manifeste 
aussi chez la femme, sous l'influence des désirs 
qu'elle éprouve. Les anciens n'y voyaient qu'un fond 
commun de similitudes, parce que leurs détails 
anatomiques n'étaient pas connus comme aujour- 
d'hui. Un véritable parallélisme de rapports existe 
au moins entre eux. Celui du pénis avec le va- 
gin est surtout frappant, et une étroite correspon- 
dance de forme et de tissu existe entre le frein et 
l'hymen, (e prépuce et les grandes lèvres, dans l'exer- 
cice de la fonction importante qui leur est dévolue. 



ORGANES COPULATEURS. 26»- 

Mous et spongieux extérieurement chez les deux 
sexes, et recouverts d'une peau très fine, ces organes 
sécrètent et absorbent en grande abondance un li- 
quide spécial, crémeux ou caséiforme, très odorant 
et fétide, qui les lubrifie et en facilite le glissement. 
Mais, en s'accumulant dans leurs replis, il devient 
acre et corrosif et provoque la démangeaison, le pru- 
rit. C'est là souvent la première cause qui incite les 
enfants à y toucher et à contracter de mauvaises ha- 
bitudes. 

Une extrême propreté de ces organes est donc in- 
dispensable, surtout pendant l'été. L'homme et la 
femme doivent se laver tous les jours les aines et le 
périnée avec de l'eau pure, de source ou de rivière, 
et légèrement savonneuse de temps en temps. Le 
scrotum et les grandes lèvres doivent aussi être dé- 
barrassés des résidus de la transpiration épaisse de 
toutes ces parties et jusqu'aux replis du gland et des 
nynjphes où se forme le smegma. Si l'étroitesse du 
prépuce s'oppose à ces lotions, comme dans le phi- 
mosis, il est indispensable de pratiquer de fréquentes 
injections d'eau tiède pour l'entraîner. L'odeur fétide 
qu'il développe en s'accumulant est une cause de 
dégoût, d'irritation et d'inflammation de ces parties, 
ce qui donne lieu à la vulvite chez les petites filles 
et à la balanite chez les garçons. Des écoulements 
blancs s'ensuivent même avec excoriations et ulcéra- 
tions parfois. 

Négliger la propreté de ces parties, c'est s'exposer 
en outre à en altérer les fonctions. Si l'un des con- 
joints n'est pas propre, et que l'autre, plus délicat, 



270 LA GÉNÉRATION. 

en éprouve de la répulsion, il en résultera de la froi- 
deur et une impuissa ce relative qui peut entraîner 
des désagréments et troubler la paix et l'union. Le 
divorce en est même résulté. Les injections, les 
bains, les ablutions, doivent être employés, surtout 
après la copulation et la menstruation en particulier. 
Pour tous ces usages de la toilette intime, l'eau 
pure et limpide, froide ou dégourdie, est encore 
préférable à tous les parfums inventés par le char- 
atanisme. 



Considérés isolément, les organes externes de la 
génération humaine n'ont qu'un rôle des plus infi- 
mes. Ce sont de simples conduits évacuateurs des ré- 
servoirs auxquels ils correspondent directement : la 
vessie chez l'homme, la matrice chez la femme. Ils 
ne servent donc séparément qu'à l'émission de 
l'urine et à l'élimination du sang, sans avoir à chan- 
ger de volume ni de forme pour remplir ce rôle 
passif. 

C'est tout le contraire dès qu'ils sont mis en con- 
tact, réunis et agencés; ils remplissent alors la fonc- 
tion la plus élevée de la vie : la procréation. Ils en 
sont du moms les agents actifs. L'usage est donc 
tout différent. Aussi, pour se livrera ce noble rôle 
de communiquer la vie, une vitalité nouvelle doit 
s'emparer d'eux. Celle des deux conjoints n'est pas 
de trop pour celte œuvre sublime. Elle s'y concentre 
«oudainement tout entière pour se transmettre plus 
«ûrement. Du cœur, le sang s'y porte avec violence 



ÉRECTION. 271 

pour les animer et ils vont aussitôt changer de cou- 
leur, de volume, de forme et d'aspect. De mous, 
froids et pâles, ils se congestionnent, se colorent et 
s'érigent, en devenant durs, chauds, brûlants. C'est 
une véritable transformation, une métamorphose : 
le spectacle de la vie remplaçant la mort apparente. 
Les causes de ce phénomène sont toutes différen- 
tes. A l'état normal, naturel, il est provoqué chez 
les deux sexes par un besoin réel des sens ou un 
violent désir du cœur. Dans le premier cas, il est le 
signe évident, la manifestation de l'orgasme véné- 
rien; dans le second, il est l'expression de l'amour. 
Il peut ainsi résulter de l'un ou l'autre séparément, 
mais il n'est complet, énergique et efficace, que s'il 
est produit par les deux à la fois. Il est même per- 
mis d'affirmer que l'acte est toujours imparfait sans 
cette union des cœurs avec la coopération des sens. 
A ce prix seul, il donne le plaisir pur et les jouis- 
sances ineffables que l'on y cherche, les fruits que 
l'on espère ou les effets salutaires que l'on en attend. 
Sans cette participation du corps et de l'esprit, c'est 
un amusement vain et stérile, ne donnant que des 
se;isations artificielles et préjudiciables à l'un ou à 
l'autre et parfois à tous les deux. On le comprendra 
par la description physiologique du mécanisme des 
deux phases principales de cet acte. 

Érection. 

Cette fonction consiste en ce que le pénis grossit, 
durcit et s'érige, comme la condition indispensable 



272 LA GÉNÉRATION. 

pour accomplir l'acte copulateur. On n'en tient 
compte que chez l'homme parce qu'elle se manifeste 
le plus souvent chez lui d'une manière spontanée, 
en raison de son rôle actif et provocateur, lorsque 
l'instinct, le désir ou la volonté éveillent l'orgasme 
vénérien. C'est à tort, car la femme la subit égale- 
ment. Outre l'éréthisme qui s'empare de tout son 
appareil génital, lorsqu'elle éprouve le besoin ou le 
désir du coït, le clitoris et le mamelon s'érigent, 
durcissent et sont le siège d'une érection réelle. Si, 
en raison du rôle passif de la femme, elle n'est pas 
indispensable de sa part, on n'en doit pas moins 
tenir compte dans un coït normal. 

D'après les phénomènes apparents de l'érection,^ 
Haller l'avait comparée, assimilée à une irritation. 
Le sang se porte avec violence à toute partie enflam- 
mée, dit-il ; elle se gonfle, devient rouge et chaude, 
et sa sensibilité est augmentée à l'excès. Mais c'est 
là une excitabilité spécifique, propre au sens gé- 
nital, sans analogie avec la sensibilité générale, et 
qui se manifeste dans l'appareil nerveux si riche du 
gland. Il devient ainsi un organe tout nouveau, 
lorsque l'âge de la puberté, soit de quinze à sei/e 
ans, développe l'éréthisme vénérien par les change- 
ments survenus dans sa sensibilité. En retentissant 
sur la sensibilité générale, par l'excitation du cer- 
veau, cet éréthisme du gland est d'autant plus aug- 
menté qu'il appelle un afflux considérable de sang 
artériel dans son tissu ou parenchyme. Toutes le» 
puissances auxiliaires entrent en jeu, sous l'influence 
de la rétention du sang et la compression intense el 



ÉRECTION. 273 

rapide qu'il subit à l'intérieur des vaisseaux. L'ap- 
pareil musculaire du bulbe, mis en mouvement à 
son tour par un phénomène réflexe, détermine par 
ses contractions, analogues au choc du cœur, l'émis- 
sion du sperme. C'est là du moins l'explication mé- 
canique qu'en donne Kobelt. 

Comparant cet appareil à une machine hydrau- 
lique dont le jeu accroît à chaque instant la force 
motrice, \ç docteur Roubaud décrit encore plus 
clairement ce mécanisme. « L'éréthisme vénérien, 
dit-il, en éveillant cette sensibilité générale du 
gland, attire dans cette partie une plus grande quan- 
tité de sang, dont l'effet est d'augmenter suffisam- 
ment la sensibilité générale pour qu'elle aille re- 
tentir dans les centres nerveux. Par suite, l'excita- 
bilité des muscles bulbo-caverneux est éveillée à son 
tour et leurs contractions, en comprimant le bulbe, 
chassent vers le giand, par le corps spongieux de 
l'urèthre, un plus grand afflux de sang. Augmentée 
encore par cette pression sanguine, la sensibilité du 
gland double, à son tour, l'énergie contractile du 
muscle bulbo-caverneux ; et ainsi de suite jusqu'au 
moment où l'émission du sperme, annonçant que la 
fonction est remplie, ramène le calme au milieu de 
tout cet appareil si violemment agité. » Ne tenant 
compte que de l'intromission des parties, de leur 
rapport immédiat, de la chaleur et de l'excitation 
qui se dégagent de leur frottement, nous disons 
simplement que l'éjaculation éclate aussi soudaine 
et involontaire que la décharge électrique par la 
rencontre des deux pôles. 



274 LA GÉNÉRATION. 

Si le mécanisme précédent de l'érection est exact, 
il aurait l'avantage d'éclairer les causes mêmes de 
l'impuissance passagère. Elle se produira, en effet, 
dès que la circulation du sang sera entravée par le 
moindre obstacle, comme une petite tumeur vari- 
queuse, dans le lacis vasculaire, si fin et ramifié, 
qui provoque l'érection ; elle serait aussi l'effet de la 
paralysie des fibres des muscles qui l'entretiennent 
par leurs contractions. Le sang, n'arrivant pas en 
quantité suffisante au gland, n'en pourra entretenir 
l'excitation primitive, et l'éréthisme vénérien, se 
lassant d'appeler en vain la sensibilité générale, 
s'éteindra au milieu de ces efforts inutiles. 

On a prétendu expliquer ainsi toutes les causes 
d'anaphrodisie par des lésions matérielles, en relé- 
guant l'influx nerveux, tant invoqué à cet égard, 
comme étant le bouclier de l'ignorance. Mais des 
expériences toutes récentes contredisent cette inter- 
prétation. Il a suffi à MM. Laffont et Yizzu d'exciter 
le nerf honteux externe, soit dans sa continuité, soit 
dans le bout périphérique après sa section, pour 
provoquer l'érection du gland chez le mâle et celle 
du mamelon chez les femelles. [Soc. de biologie, 
novembre 1879.) 

L'influx nerveux n'est donc pas un mythe dans la 
production de ce phénomène. Des érections presque 
inconscientes naissent ainsi sous l'influence d'une 
irritation du cervelet et de la moelle. Toute convul- 
sion violente du système nerveux produit l'érection 
et l'émission même, dit Haller. L'épilepsie, diffé- 
rents poisons, l'opium en particulier, déterminent 



ÉRECTION. 27& 

ce phénomène. Les pendus sont trouvés souvent 
aussi en état d'érection. La chaleur du lit, la réplé- 
tion de la vessie ou du rectum, en gênant la cir- 
culation veineuse, suffisent à la provoquer chez les 
enfants et les vieillards, comme chez les adultes, 
en dehors de toute excitation vénérienne. La consti- 
pation, résultant de la dureté des matières fécales 
retenues dans le rectum, est souvent la cause d'une 
érection mécanique, fatigante, et d'une sorte d'éja- 
culation à chaque selle, chez les individus affaiblis 
par les excès. Il ne faut donc pas confondre ces érec- 
tions morbides avec l'érection normale résultant des 
désirs vénériens. 

Le défaut d'érection constitue l'impuissance radi- 
cale de l'homme. En dehors des causes physiques 
extérieures, la faiblesse ou débilité de constitution, 
des vices héréditaires, ou une frigidité naturelle, en 
sont aussi la cause. La vieillesse ou l'âge avancé 
l'entraîne fatalement. Mais la vieillesse acquise^, 
prématurée, par les abus, les excès et la fatigue, l'in- 
tempérance, le travail, la masturbation surtout, est 
encore bien plus redoutable. Les pertes séminales 
involontaires ou spermatorrhée en sont aussi une 
cause très fréquente. 

Et telle est l'influence de l'imagination et du cer- 
veau sur cette fonction, que peu d'hommes ne se 
sont trouvés impuissants au moment de satisfaire les 
plus ardents désirs, soit à la suite d'une contention 
prolongée, soit par le trouble du cerveau. Plus d'un 
fougueux amant s'est trouvé paralysé honteusement 
près de consommer ce qu'il convoitait avec tant 



276 LA GÉNÉRATION. 

d'ardeur. Une idée fixe, la crainte, les soupçons, le 
respect, la honte ou la timidité, un soupir mal in- 
terprété, un souvenir inopportun, une parole équi- 
voque, la surprise causée par un bruit ou la pré- 
sence de quelque personne étrangère, la répugnance 
ou le dégoût, suffisent à en empêcher la manifesta- 
tion ou à l'arrêter momentanément, preuve que la 
volonté est insuffisante à produire l'éreclion. 



Foyers érogèncs. 

Il est encore généralement admis que le sentiment 
spécial et si voluptueux se dégageant des organes 
copulateurs par leur fonctionnement mutuel et réci- 
proque entre les deux sexes, dépend indifféremment 
de toutes leurs parties constituantes; c'est une er- 
reur. Des centres distincts, isolés, sont chargée d'y 
présider en vertu de leur organisation particulière. 
En eux réside l'élément nerveux correspondant au 
cerveau, centre de l'imagination qui incite et porte 
aux plaisirs de l'amour, par l'intermédiaire de la 
moelle épinière qui les met en rapport. Ce gros cor- 
don nerveux en transmet et en distribue le senti- 
ment à tout l'organisme par les nombreux filets qui 
s'en détachent. La main, les lèvres, les yeux en sont 
ainsi les principaux auxiliaires par le réseau ner- 
veux qui s'épanouit à Içur surface. 

De là l'importance d'indiquer ici ces foyers de 
l'amour, après la description des organes qui en sont 
le siège. Us aideront à en comprendre le mécanisme 



FOYERS ÈROGÈNES. 277 

et le fonctionnement pour développer et augmenter 
ia volupté qui s'en dégage. 

Le gland est l'unique foyer erotique du sens gé- 
nital chez l'homme. C'est autour de lui que viennent 
aboutir toutes les actions, en vertu du lacis veineux si 
riche et ramifié qui en forme la trame. En s' épa- 
nouissant à sa surface en forme de petites houppes, 
notamment sur la couronne, les filets nerveux ténus 
et déliés déterminent cette sensibilité voluptueuse 
si exquise qui en fait le principal siège du plaisir. 
D'où l'indication précise de le tenir recouvert du pré- 
puce, son enveloppe naturelle, afin de conserver in- 
tacte cette sensibilité si précieuse de l'amour, sans 
l'émousser par le contact de l'air et des frottements, 
ni l'altérer en le tenant emprisonné comme dans le 
phimosis. 

Ce foyer est réparti en trois organes distincts chez 
la femme : le clitoris, la matrice et les mamelons, 
jouissant à divers degrés de cette sensibilité volup- 
tueuse qui les fait entrer en érection comme le gland 
chez l'homme. Les deux premiers se confondent, il 
est vrai, en un seul par la copulation, en donnant leur 
part d'action réciproque chez les femmes les mieux 
organisées, comme on en jugera par son mécanisme. 
Le troisième y joint même ordinairement la sienne 
pour tripler la somme de volupté résultant de ce 
consensus et mieux en assurer l'effet. Mis simulta- 
nément en action, comme il convient à l'état physio- 
logique, les trois n'en forment réellement qu'un seul 
et l'un supplée ou remplace l'autre au besoin, en 
doublant son activité. 

1« 



278 LA GÉNÉRATION. 

La preuve que ces foyers sont aussi isolés et dis- 
tincts dans leur action que séparés dans leur siège, 
c'est que l'un est ordinairement choisi, préféré par 
la femme à l'exclusion des deux autres, à cause des 
sensations plus voluptueuses qu'elle en éprouve, soit 
par sa sensibilité plus grande, soit par son excitabilité 
spéciale. Le foyer clitoridien est en général le plus ac- 
tif. C'est lui qui correspond directement à celui de 
l'homme et comme tel il prend ordinairement la part 
la plus active à la préparation et l'accomplissement 
de l'acte réflexe qui détermine la jouissance et la 
mène graduellement au maximum de son intensité, 
sans que le volume plus ou moins minuscule paraisse 
y contribuer. La plupart des femmes n'entrent en 
éréthisme sensuel que par lui, quel que soit le pro- 
cédé employé, direct ou indirect, c'est-à-dire naturel 
ou artificiel. De là le rôle prédominant accordé à cet 
organe. 

Mais la preuve qu'il n'est pas absolument indis- 
pensable, c'est que pour certaines femmes l'intromis- 
sion pénienne est tout. Il faut que le foyer utérin soit 
touché, secoué et fortement mis en action, ébranlé si 
l'on peut dire par une copulation très active. Là s'é- 
labore toute la sensation progressivement accrue et 
de là aussi s'élance l'irradiation terminale du spasme 
vénérien, sans que le clitoris paraisse y prendre au- 
cune part, même avec un volume relativement con- 
sidérable dans quelques cas. 

Les mamelons, aussi érectiles et richement inner- 
vés que les deux autres, sont beaucoup moins actifs. 
Il est exceptionnel qu'ils acquièrent la faculté de 



COPULATION. 279 

l'érélhisme voluptueux au point que leur titillation 
puisse provoquer dans toute leur plénitude et leur 
intensité les sensations du spasme génital avec émis- 
sion du liquide vulvaire qui l'accompagne. Il est ce- 
pendant avéré que certaines nourrices éprouvent 
une vive impression de plaisir par la succion de l'en- 
fant en les tétant. 

Ces différences d'excitation isolée des foyers ero- 
tiques chez la femme sont surtout accentuées dans 
les divers procédés d'onanisme. Notre ouvrage sur 
ce sujet spécial, qui vient de paraître, en est la dé- 
monstration. 

Copulation. 

L'union intime des deux sexes, mettant en rap- 
port immédiat les organes dont la description pré- 
cède, constitue la copulation ou coït. C'est l'acte 
générateur effectué eu commun pour la procréation. 
Le mécanisme en est si simple et naturel qu'il est 
superflu de le décrire. On n'enseigne pas la dégluti- 
tion, et, malgré son mécanisme compliqué, le nou- 
veau-né même ne s'étrangle pas. Il y a des deux 
parts tant de volupté dans cette réunion intime, 
secrète, et chacun trouve un attrait, un plaisir si 
irrésistible dans cette délicieuse étreinte, que per- 
sonne ne se trompe pour l'accomplir. A plus forte 
raison pour ceux qui se sont choisis, aimés libre- 
ment et qu'un mutuel amour réunit. Libres et con- 
fondus, ils n'ont plus qu'à se dire et se prouver ré- 
ciproquement tout le bonheur qu'ils en éprouvent. 



280 LA GÉNÉIUTION. 

C'est le propre de l'amour de savoir sans avoir 
appris, dit Michelet dans VInsecte. C'est aussi la 
plus sûre garantie mise par la nature à la conserva- 
tion de l'espèce humaine, et la cause qui en fait user 
si souvent illicitement et démesurément. 

Un correctif à cette opinion absolue est indispen- 
sable ici, d'après un exemple constaté personnelle- 
ment, depuis la première édition, chez un commis- 
voyageur de vingt-cinq ans, grand et beau garçon, 
ayant les allures dégagées et l'aisance de son emploi. 
Marié en Belgique depuis quatre jours à une belle 
fille de vingt ans, bien réglée, il était venu passer 
sa lune de miel à Paris et, malgré des tentatives ré- 
ciproques et persévérantes jusqu'à déterminer de la 
rougeur et de la cuisson de part et d'autre, ils n'a- 
vaient pu consommer leur mariage. Jeunes, vigou- 
reux, pleins d'amour et de tendresse l'un pour l'au- 
tre, quel pouvait être l'obstacle à leur union? Il n'en 
savait rien. Bien conformé et en pleine érection, il 
n'avait pu pénétrer dans aucune ouverture. Pour- 
tant il y en a une, dis-je, puisque votre femme est 
réglée. — Oui, je m'en suis assuré en y portant le 
doigt, comme vous l'indiquez dans le Mariage. — 
Pourquoi n'avez-vous pas suivi cette voie? Votre 
femme n'est donc pas conformée comme les autres? 
Je ne sais, jamais je n'en ai vu ni touché une. C'était 
le mot de l'énigme. 

J'acquis l'assurance que ces deux innocents no- 
vices, retenus par une pudeur exagérée, avaient 
omis de s'éclairer mutuellement. Dans leur igno- 
rance réciproque, ils avaient employé la simple po- 



COPULATION. 281 

sition horizontale à plat, sans élétalion du siège ni 
écartement suffisant des cuisses chez la femme. 
L'ouverture du vagin étant ainsi dissimulée, effacée, 
le pénis s'était constamment fourvoyé dans la partie 
supérieure de la vulve, comme l'indiquait la rou- 
geur du frein, tandis que l'ouverture cherchée était 
en has, à l'endroit que je lui indiquai sur lui-même. 
Cette démonstration topique lui valut un succès 
complet le soir même; ce qui me démontra que l'en- 
seignement de cet exercice, si simple et naturel, est 
parfois indispensable à ceux-là dont la désinvolture 
semble indiquer tout le contraire. 

La seule condition indispensable à l'exécution 
normale de cette fonction, c'est l'état régulier et 
physiologique des organes qui y concourent. L'ab- 
sence de pénis ou du vagin, dont nous avons précité 
des exemples, la rend absolument impossible. 
L'extrême exiguïté de ces organes, chez l'homme en 
particulier, est parfois un obstacle très sérieux. 
Telle était l'étroitesse du vagin constatée par les 
commissaires anglais, chargés de reconnaître la vir- 
ginité de Jeanne d'Arc, qu'elle constituait une véri- 
table impuissance. De là son surnom de Pucelle 
d'Orléans. 

Ce rétrécissement du vagin constitue rarement 
une impuissance absolue, car les auteurs relatent 
divers cas où ce conduit n'avait que le calibre d'une 
plume à écrire et qui permit cependant, par une 
dilatation progressive, la copulation et jusqu'à 1 ac- 
couchement. 

Tel est le cas, rapporté par Van Swieten, d'une 

16. 



Î88 LA GÉNÉRATION. 

femme qui, ne pouvant recevoir son mari, allait 
voir son mariage déclaré nul. Benevoli, consulté, 
employa d'abord les fomentations émollientes et 
introduisit ensuite une racine de gentiano dont il 
augmenta progressivement le volume ; en se gon- 
flant par l'humidité, elle dilata le passage. La moelle 
d'une tige de maïs et l'éponge préparée, employées 
successivement, le rendirent ensuite apte à sa fonc- 
tion naturelle. 

L'agrandissement dont les canaux ou ouvertures, 
revêtues de membranes muqueuses, sont parfois 
susceptibles est étonnant, quand les tentatives de 
dilatation sont graduées, prolongées et faites à un 
âge où la rigidité des tissus ne s'oppose pas au suc- 
cès. Le docteur Latour, d'Orléans, en a constaté un 
singulier exemple chez une femme qui l'appela pour 
une incontinence d'urine. Son mari s'étant plaint à 
son directeur spirituel de la stérilité de sa femme, 
celui-ci, le supposant assez candide et simple pour 
substituer l'urèthreau vagin, lui avait répondu mé- 
taphoriquement : qu'il ne suivait peut-être pas le bon 
chemin. L'homme essaya en effet d'une autre voie, 
et, malgré la difficulté des commencements, il di- 
lata tant et si bien l'urèthre qu'il resta dans l'er- 
reur, jusqu'à ce que les accidents en résultant l'obli- 
gèrent d'appeler le médecin qui seul l'éclaira. 

L'absence complète d'ouverture vaginale n'est pas 
un obstacle absolu à la copulation. L'anus et l'urè- 
thre peuvent en tenir lieu quand le sang des règles 
s'écoule par ces voies anormales. Le fameux exemple 
de Louis fit ainsi approuver par la cour de Rome 



COPULATION. 283 

l'usage de la parte poste en vue de la génération et 
celui de l'urèthre est également justifié par le cas 
récent, observé à l'hôpital d'Épernay [Marne), oh 
l'acconchement s'ensuivant détermina une si vaste 
dilacération des parties qu'un nouveau vagin en ré- 
sulta. Il n'y a pas lieu de s'arrêter ici sur ces faits 
authentiques, relatés in extenso dans notre traité 
de Vlmpuissance physique et morale chez les deux 
sexes, pages 428 à 452. 



La conformation, le volume et la capacité des or- 
ganes copulateurs ne sont pas ordinairement les 
principaux ni les plus fréquents obstacles à cet acte 
naturel. On peut s'en assurer facilement chez les 
animaux. Quelles que soient leurs dimensions en 
plus ou en moins, monstrueuses ou exiguës, on 
arrive toujours, avec le temps, des soins et des ef- 
forts mutuels, à les accorder et les agencer réci- 
proquement. Mais ce n'est pas tout. Normaux en 
apparence, ils peuvent être atteints de lésions la- 
tentes, cachées, que rien n'indique et qui les ren- 
dent impropres ou impuissants à l'épreuve. Celle-ci 
réserve ainsi parfois de cruelles déceptions dans le 
mariage, de la part de la femme vierge. Tel est le 
vaginisme ou état nerveux du vagin, qui, associé 
ou non au rétrécissement de ce canal, provoque de 
telles douleurs à l'approche du mari que la femme le 
repousse involontairement. Il s'agit ordinau'ement 
d'un état spasmodique déterminant le resserrement 
convulsif du canal, au point que l'on ne peut y tou- 



284 LA GÉNÉRATION. 

cher ni inlroduire une plume sans provoquer des 
cris. Les jeunes (ilies nerveuses, hystériques, y sont 
particulièrement exposées, et cette extrême sensibi- 
lité forme une barrière insurmontable à l'accom- 
plissement du mariage, comme un cas récent relaté 
plus loin nous en a fourni l'exemple. 

Il y a ainsi plus à s'inquiéter de la femme que de 
l'homme pour le succès de cette première épreuve. 
Le pouvoir de l'érection, indispensable à celui-ci 
pour l'exécution de son rôle actif dans cet acte, lui 
est toujours connu d'avance, car elle se manifeste 
spontanément, comme tous les besoins naturels, dès 
l'âge de la puberté. C'est pour lui le signe delà viri- 
lité, comme la menstruation chez la jeune tille. Ce 
sont les deux conditions essentielles pour se livrer à 
la copulation. 

Attouchements. Tous les sens contribuent plus 
ou moins à l'exercice régulier de cette fonction, 
comme La vue, l'ouïe, l'odorat, mais l'intégrité du 
toucher, du tact, lui est surtout nécessaire. Il en 
est le compagnon indispensable par les baisers qui 
en sont le prélude, le complément et la fin. La main 
caresse avec volupté les seins et les formes arrondies 
de la femme, et ces attouchements envoient à l'âme 
des deux conjoints des excitations plus vives, qui 
hâtent et provoquent l'éjaculation. L'exemple relaté 
plus haut montre de quel secours ils sont aux no- 
vices ignorants pour leur faire reconnaître et tracer 
la voie à suivre. 



COPULATION. 285 

Positions. Il y a, pour toutes les espèces anima- 
les, un mode d'accouplement naturel dont la diver- 
sité est admirable suivant leur forme et leur volume. 
Les serpents s'entrelacent, les oiseaux s'accouplent 
sans intromission chez la plupart. Chez les arai- 
gnées, dont la femelle egt plus forte que le mâle, 
comme chez les crapauds et les grenouilles, l'union 
dure six à huit jours et même davantage, comme 
nous l'avons signalé, en offrant des phénomènes cu- 
rieux et bien dijijnes d'études. Sans iioUî faire le 
narrateur complaisant de la position horizontale, 
usitée dans l'espèce humaine, nous devons mettre 
en garde contre les autres postures illégitimes, les 
attitudes forcées et capricieuses, inventées par la 
prostitution et le libertinage. 

Décrites par les fameuses courtisanes grecques, — 
Cyrène en inventa jusqu'à douze, — dont la peinture 
décorait les alcôves de Tibère et que l'obscénité a 
perpétuées plus ou moins clandestinement, par le 
burin ou la lithographie, jusqu'à nos jours, ces po- 
sitions contre nature sont toujours fatigantes et la 
source d'accidents, de lésions ou de maladies gra- 
ves. Les animaux n'en ont qu'une, et c'est conseillé 
par la satiété, la lasciveté iippuissante et corrompue, 
sinon le vice, que l'homme a pu violenter la nature 
de plusieurs manières. Aussi ces égarements et ces 
abus de la liberté morale sont-ils toujours cruelle- 
ment punis. 

« Celle où l'on se parle bouche à bouche en 
s'embrassant par devant, l'homme prenant l'empire 
qu'il a sur sa femme, selon les lois de la nature, est 



286 LA GÉNÉRATION. 

encore la plus commode et la plus voluptueuse, dit 
Venelle en son Tableau de Vamour conjugal. Il est 
bien lâche à lui de se soumettre à une femme, 
quand ils veulent prendre ensemble des plaisirs 
amoureux. C'est une atteinte à son privilège et une 
honte qu'il s'attire par cetlq complaisance. » {Colo- 
gne, 1696.) 

Au nom de l'hygiène et de la morale, il faut stig- 
matiser ces aberrations inqualifiables et ces prati- 
ques abominables de l'onanisme à deux, car tous 
ces expédients infâmes, suggérés par le dégoût, la 
satiété ou les vils calculs de l'intérêt, que l'on dé- 
core faussement du nom de poses de Vamour, sont 
antagonistes de l'amour même; ils éludent ou con- 
trarient le but de la copulation et convertissent cette 
fonction en véritable prostitution clandestine. Les 
dangers et les mauvais résultats en seront indiqués 
plus loin. 

Certains états particuliers, comme l'extrême obé- 
sité, la polysarcie, une grossesse avancée, la dispo- 
sition à l'avortement, certaines hernies ou d'autres 
maladies, peuvent être une exception permanente 
ou seulement temporaire au mode naturel et légi- 
time de la copulation horizontale. Plusieurs vices de 
conformation des organes génitaux, n'en permettant 
pas le rapport immédiat, peuvent aussi commander 
des positions artificielles pour réaliser plus sûre- 
ment la fécondation, comme nous l'indiquerons à 
YExercice. 

Vheiire la plus propice à cet acte est la nuit, 



COPULATION. 287 

avant de se livrer au sommeil, lorsque la digestion 
est terminée ainsi que le travail mental ou mécani- 
que qui constitue la profession. 

Trop de clarté fait peur au doux plaisir, 

dit Parny, et Victor Hugo l'exprime dans les ver& 
suivants : 



Le plaisir, fils des nuits, dont l'œil brillant d'espoir 
S'éteint vers le matin et se rallume au soir. 



La copulation délasse alors agréablement les 
membres fatigués et prédispose au sommeil, comme 
un doux narcotique. C'est le contraire, si les facul- 
tés mentales sont excitées par une forte contention 
d'esprit, un bal, une soirée, réunion ou spectacle, 
ayant pu stimuler l'érotisme d'une manière factice. 
Le repos est alors nécessaire et mieux vaut remettre 
au lendemain matin, sans prendre le change comme 
dans la consullation suivante : 

Jeanne voulait savoir du médecin 
Lequel vaut mieux, le soir ou le matin, 
Au jeu d'amour. 11 dit que plus plaisant 
Était le soir, le matin plus duisant 
Pour la santé. « Lors, dit Jeanne en riant, 
Je le ferai d'un appétit friand, 
Doncques au soir pour la grand' volupté, 
Et le malin pour la bonne santé. » 

Les érections du réveil, provoquées par la réplé- 
tion de la vessie et la chaleur du lit, sont rarement 



28g LA GÉNÉRATION. 

l'expression d'un besoin naturel, comme cela est 
déjà signalé à Érection. 

Le coït est lent et dangereux immédiatement 
après le repas et pendant les deux à trois he\ires 
que dure la première digestion. On doit aussi^ s'en 
abstenir après une grande fatigue, l'agitation, l'exal- 
tation des facultés intellectuelles. On savoure mal 
les plaisirs de l'amour après un bal. Il faut surtout 
s'en priver durant la période menstruelle, dès ses 
premières manifestations jusqu'à la fin. Moïse le 
prescrivit aux Juifs, sous peine de mort, pour pré- 
venir l'abâtardissement et la dégénérescence de la 
race, et le Coran, plus rigoureux, étend cette obliga- 
tion aux huit jours qui précèdent et suivent la mens- 
truation. C'est beaucoup trop, surtout d'après les 
rè<^les de la théorie positive de l'ovulation, c'est-à- 
di?e pour avoir des enfants. Il faut, au contraire, 
n'en user qu'avec une grande réserve pendant la 
crrossesse et l'allaitement pour les conserver. 

« » 
Des positivistes modernes ont prétendu trouver, 
dans les phénomènes purement locaux et mécani- 
ques du coït, tout le secret du plaisir et de la volupté 
qui en résultent. Après la période de préparation, 
des caresses, des baisers et des attouchements, soug 
l'influence desquels Véréthisme vénérien fait entrer 
les organes en érection, par la stimulation, l'excita- 
tion générale en résultant, ils font dériver toutes les 
suites vivifiantes du mécanisme seul de l'inU-orais- 



COPULATION. 289 

sion et du frottement des organes. La rencontre du 
clitoris par le gland allume tout d'abord ces deux 
foyers sensitifs, dit Roubaud ; puis le corps du pénis 
embrassé, serré à mesure qu'il pénètre dans le \agin 
par les deux bulbes et le tissu érectile qui le tapisse 
et dont la turgescence augmente graduellement par 
les mouvements répétés de la copulation, on arrive 
au point culminant de cette excitation mutuelle et 
réciproque par l'éjaculation d'une part, et, de l'au- 
tre, la réception du sperme dans la matrice. D'où 
la fécondation. 

Cette théorie purement anatomique du professeur 
Kobelt, de Fribourg, qui entre à cet égard dans les 
plus minutieux détails pour mieux l'établir, rendrait 
compte de tout le plaisir éprouvé dans cet acte, sans 
y faire intervenir ni le cœur, ni l'amour, ni l'esprit. 
Comparant l'étendue de la surface muqueuse du va- 
gin avec celle du gland, et le nombre des papilles 
qui s'y trouvent, il fait de ce mécanisme physique 
et purement charnel tout le secret de cet acte. Et 
c'est en tenant compte seulement de la grande sen- 
sibilité générale de la femme, provoquée par la com- 
pression énergique de ses bulbes, qu'il prétend ré- 
soudre la question insoluble et tant controversée :A 
^ui revient la plus grande part de volupté dans c*^.t 
acte? pour l'attribuer au sexe féminin. Comme si 
ce résultat n'était pas essentiellement variable et 
transitoire, suivant le tempérament, l'âge et les 
dispositions du moment. Aussi vaut-il encore mieux 
dire avec Roussel : que la nature n'est marâtre en 
vers personne. 

n 



200 LA «ËNEUA'l'ÎUN. 

Les sensualistes démoralisés ont pu prendre, dans 
ces doctrines matérialistes, des leçons pour leurs 
raffinements licencieux dans la salislaction de leurs 
passions erotiques. Par* des calculs mathématiques 
de proportion, de volume et de capacité, on obtien- 
drait la plus grande somme de jouissances. Heureu- 
sement, il n'en est pas ainsi le [)lus souvent et les 
libertins, en y comptant, s'exposent à de fréquen- 
ies et amères déceptions. Chacun sait par expé- 
rience que les plus sûres garanties du bonheur à 
éprouver, dans cet acte, sont le désir, le besoin de 
se trouver ensemble réunis et confondus dans un 
mutuel amour. Le mécanisme est si accessoire, qu'en 
dehors de ces conditions essentielles il suffit d'un 
mot, d'un geste, du sentiment, même le plus léger, 
de douleur, de crainte, de dégoût, pour le rendre 
instantanément impossible en faisant cesser l'érec- 
tion. C'est pourquoi, dit Fodéré, l'acte de la copu- 
hition exige la confiance en ses propres forces, la 
complaisan-^-e de la femme, la tranquillité d'esprit, 
le silence, la solitude et le secret. 

Les excitations extérieures ne sont assurément pas 
sans action sur l'éveil du désir. Souvent même, 
inerte ou paresseux, celui-ci ne sort de son apathie 
qu'à la vue d'une belle femme ou par des attouche- 
ments licencieux. Mais l'érélhisme général comme 
l'érection locale et, par suite, le plaisir, la volupté, 
chez les deux sexes, ne se manifestent que sous l'in- 
fluence du sens intime de l'âme, de l'imagination, 
c'est-à-dire de la partie intellectuelle de l'être. La 
fenmie violée ou contrainte à la copulation, avec un 



COPULATION. 291 

homme que son cœur repousse, reste passive dans 
l'acte qu'elle laisse accomplir sans volupté. Et ce- 
pendant le stimulus extérieur ne lui a pas manqué, 
les frottements ont eu lieu comme d'habitude, et 
tandis que, dans d'autres circonstances, ils l'eussent 
plongée dans des ravissements frénétiques, ils la lais- 
sent froide et insensible, parce que l'initiation mo- 
rale lui a fait défaut. 

Les préludes du coït valent ainsi mieux que le 
coït même. En tenant les facultés de l'âme, de l'es- 
prit et du cœur, dans l'extase et le ravissement, par 
l'excitation générale de tout le corps, le cœur et le 
cerveau en particulier, ils exaltent à la fois toutes 
les fonctions et les sentiments, en les contenant à un 
degré élevé d'activité et de perception intense qui en 
fait les délices. La copulation, en exagérant tout à 
coup ces douces sensations et en les élevant à leur 
apogée, entraîne, au contraire, la raison au milieu de 
la tempête qu'elle soulève dans l'organisme, enlève 
à celui-ci la conscience du stimulus intérieur et ne lui 
laisse qu'une conception troublée et affaiblie des sen- 
sations vénériennes par l'émission du sperme d'une 
part, et l'arrosement du col de la matrice de Vautre. 

Une indication précise en ressort pour 1 jomme 
qui veut goûter toute la volupté de cet acte et en 
recueillir les fruits : c'est de ne pas trop se presser 
dans son accomplissement, suivant le naïf conseil 
d'Ambroise Paré au cultivateur, de n'entrer dans le 
champ de Nature humaine à l'estourdy, sans que 
premièrement n'aye fait ses approches à sa compa- 
gne par des caresses, des baisers et des attouche- 



292 LA GÉNÉRATION. 

mcnts, afin qu'elle soit aiguillonnée et titillée tant 
qu'elle soit esprisc des désirs du mâle et prenne vo- 
lonté et appétit d'habiter et faire une petite créature 
de Dieu. {La manière d'habiter et faire génération, 
G* édition, 1007.) Il doit toujours se régler sur l'ex- 
citation simultanée de sa compagne et attendre 
qu'elle soit arrivée à son diapason pour que l'union 
soit complète. Il est probable, malgré toute la diffi- 
culté de constater le fait, que le secret du 'plaisir et 
de la fécondité est dans cette concordance du désir 
et de l'excitation des conjoints. 

La froideur ou frigidité de beaucoup de femmes 
dans le coït dépend souvent de ce défaut d'exci- 
tation. Ne tenant pas compte de la lenteur de l'exci- 
tabilité génitale de leur compagne, certains maris 
3goïstes ne savent pas éveiller, a\ant de terminer 
eux-mêmes l'acte sexuel, le sens qui paraît manquer 
et qui le plus souvent sommeille. Il ne s'agit que de 
l'exciter adroitement pour qu'il se manifeste. A ces 
femmes de marbre en apparence, il suffit de convo- 
ler en secondes noces avec un époux plus habile, 
sachant les mettre à leur diapason, pour éprouvei 
"orgasme vénérien dans toute son ivresse. Si l'acaité 
du plaisir n'est pas égale chez toutes les femmes, 
il en est peu qui ne soient capables de le ressentir, 
8i l'on sait en exciter la sensibilité spéciale en lui 
donnant le temps de se développer. 

Par l'exaltation momentanée des facultés morales, 
qui, sous l'empire des désirs vénériens ou de la co- 
pulation, dicte ces paroles magiques à l'ignorant, 
ces hymnes à l'amoi^r, on a la preuve que le cerveau, 



COPULATION. 29' 

c'est-à-dire l'esprit et l'âme, prend une large part à 
l'acte de la génération. Il a même été considéré 
comme son siège, et l'on verra à Exercice que de 
nombreux faits militent en faveur de cette opinion. 

Exécutée normalement, cette fonction est si peu 
localisée aux organes chargés de la remplir, qu'elle 
produit, du commencement à la fin, un retentisse- 
ment sur tout l'organisme. Tous les principaux 
organes de la vie, le cœur, les poumons, le cer- 
veau el tous les systèmes à la lois : circulatoire, 
nerveux et musculaire, y prennent une part consi- 
dérable. Dès qr.8 le désir survient, par la vue ou 
au contact d'une femme ou d'un homme aimés, 
avant même que l'organisme vénérien impressionne 
les organes génitaux, la circulation du sang s'accé- 
lère et donne lieu à une chaleur générale, le cer- 
veau est excité, les yeux brillent, la respiration est 
plus ample et rapide, et ce consensus général va 
a^escendo, d'accord avec la turgescence locale, jus- 
qu'à son accomplissement. 

11 n'y a là rien d'étonnant. La vie doit être élevée 
à son apogée lorsqu'il s'agit de la transmettre, au- 
trement elle ne peut croître ni se développer. C'est 
pourquoi, à la description imagée et imaginaire des 
organes génitaux, tracée par les anatomistes qui 
n'ont pu ni les voir, ni les saisir dans leur fonction- 
nement que chez les animaux, nous substituerons, 
comme plus fidèle, authentique et exact, le tableau 
physiologique des copulateurs dont chacun peut se 
rendre compte. 



191 LA GËNËRATION. 

L'excitation générale, en activant la circulation, 
porte surtout le sang au cerveau. Arrêté par la con- 
traction des muscles du cou et le renversement de 
la tête en arrière, il y détermine une congestion 
momentanée, pendant laquelle l'intelligence se perd 
et toutes les facultés s'anéantissent. Les yeux, vio- 
lemment injectés, deviennent hagards et rendent le 
regard incertain ; dans la majorité des cas, ils se fer- 
ment même spasmodiqueraent pour éviter le contact 
de la lumière. 

La respiration, haletante et entrecoupée chez quel- 
ques-uns, se suspend chez d'autres par la contrac- 
tion spasmodique du larynx, et l'air comprimé ne 
s'échappe au dehors qu'à travers des paroles sans 
suite et des mots inconnus. 

Toutes les sensations, rendues confuses par la 
congestion du cerveau, la motilité et la sensibilité, 
sont dans un désordre inexprimable. Les membres, 
saisis de convulsions et même de crampes, s'agitent 
dans tous les sens ou se tendent et se raidissent 
comme des barres de fer; les mâchoires serrées font 
grincer les dents et quelques personnes portent le 
délire erotique si loin, qu'oubliant le compagnon 
de leurs voluptés, elles mordent jusqu'au sang une 
épaule qu'on a eu l'imprudence de leur abandonner. 

Cet état frénétique, ce délire n» dure qu'un mo- 
ment. Démocrite l'a ainsi comparé à un petit accès 
d'épilepsie chez l'homme, à une attaque d'hystérie 
chez la femme. L'émission \ sperme le fait cesser 
subitement ; il est remplacé par un abattement, une 
langueur, une faiblesse, proportionnés à la violence 



COPULATION. 295 

de l'éréthisme, à l'intensité de l'effort couvulsif, 
ressentis, éprouvés par riiomme en faisant passer 
une partie de sa vie dans le sein de la femme avec 
sa liqueur prolifique pour allumer une vie nouvelle. 
Tout animal est ainsi, dit Galien : Triste est omne 
animal post coitum, prœter mulierem gallumque. 
Il aurait pu en excepter l'oiseau, dont le vol hardi 
et joyeux est un démenti à cet adage. La profonde 
tendance au sommeil, qui s'empare ensuite de 
l'homme, est comme un avertissement pour lui in- 
diquer de ne se livrer au coït que la nuit, afin de 
pouvoir réparer plus facilement ses forces aussitôt. 

Tous ces phénomènes, causés manifestement par 
l'éjaculation, sont en général beaucoup plus mar- 
qués chez l'homme que chez la femme. Quelle que 
soit l'énergie qu'elle apporte dans cet acte, elle n'en 
éprouve ou du moins ne paraît pas en ressentir la 
même excitation. Sa lassitude passagère est incom- 
parablement inférieure à la prostration de l'homme, 
ce qui lui permet bien plus tôt la répétition de l'acte. 
Aussi n'est-il pas probable qu'elle en éprouve la plus 
grande volupté. 

C'en est assez pour s'assurer, par ces efTets géné- 
raux, étendus et variés, que tout l'acte copulateur 
et surtout les suprêmes délices qu'il procure ne pro- 
viennent pas exclusivement des organes génitaux, 
comme le prétendent les anatomistes. Il émane aussi 
du cœur, de l'âme et de l'amour qui s'en dégage. 
L'impression douce, vive et profonde, ressentie par 
tous les sens à la fois, — quand il s'accomplit dans 
les conditions naturelles et normales où le cœur 



290 LA GÉNÉRATION. 

préside de part et d'autre, — en dépose hautement 
si on la compare avec ces convulsions violentes, ai- 
guës, épileptiformes et presque douloureuses, qui 
suivent un coït purement charnel, artificiel, pro- 
longé, dont la lubricité et la salacité font tous les 
frais. Ces exploits brutaux ne sont que des paroxys- 
mes spasmodiques, convulsifs ou épileptiformes, 
durant lesquels s'écoule lentement une petite quan- 
tité de fluide muqueux et irritant, provenant des 
glandes prostate et de Cowper plutôt que des testi- 
cules. Là, les plus douces sensations touchent, pé- 
nètrent, ébranlent tout le système nerveux, de la 
tête aux pieds et jusqu'au bout des ongles, alors que 
l'imagination, le cœur et l'esprit sont dans un 
transport délicieux, céleste, paradisiaque; ici, la 
sensation, toute locale, est irritante, cuisante, à 
force d'être aiguë, et retentit avec la même violence 
sur les centres nerveux, par suite de l'irritation 
prolongée, spasmodique des organes, leur tétanisa- 
tion. Loin d'être étrangers à la copulation, le désir, 
le sentiment, l'imagination, l'amour, en sont ainsi 
des adjuvants nécessaires, et c'est pourquoi il faut 
interroger le coeur et l'esprit dans les cas assez fré- 
quents d'impuissance et de stérilité coexistant avec 
rintégrité des organes. 

La jeunesse florissante et une virilité robuste sont 
les plus aptes à cette fonction. C'est au printemps, 
jeunesse de l'année, période d'animation, d'expan- 
sion et de joie, que l'homme éprouve une tendance 
spéciale à la procréation. L'automne est réputé la 
saison Ô2 la plus grande efQcacilé créiîrice au phy- 



COPULATION 297 

sique comme au moral. Au contraire, une e^rande 
discrétion convient en hiver, sinon une abstention 
complète. En été, dans les mois sans r surtout, 
comme juin, juillet et août, il ne faut, d'après un 
proverbe espagnol, ni femme, ni caracol; les éva' 
cuations spermatiques débilitent et exténuent pen- 
dant les grandes chaleurs. 

Tous les excès, bs abus de la copulation, sont 
contraires à son but et préjudiciables à ceux qui 
les commettent. De là la flaccidité des organes gé- 
nitaux, les pertes involontaires d'un sperme mal 
élaboré, peu consistant et infécond. Parla répétition 
trop fréquente du coït, il devient ainsi de plus en 
plus rare, liquide, et, par son défaut de stagnation 
dans ses réservoirs, il ne contient plus que des ani- 
malcules imparfaits. C'est la cause de l'infécondité 
assez fréijuente des nouveaux mariés pendant les 
premiers mois de leur union. 

La stérilité ordinaire des femmes publiques, jeu- 
nes surtout, est une preuve démonstrative de la no- 
cuité de ces excès. Le système génital perd ainsi 
l'excitabilité nécessaire à la fécondation. Dénuées du 
sentiment moral, qui est la condition de la saine 
fécondité et de la maternité, ces débauchées don- 
nent à peine, d'après la statistique deParent-Ducha- 
teiet sur la prostitution dans la ville de Paris, six 
accouchements annuels par mille. Admirable loi de 
la Providence ne permettant pas que l'espèce hu- 
maine se conserve par la prostitution et préférant 
tarir la source de la vie que de propager des germes 
de corruption. 

17. 



398 LA GÉNÉRATION. 



Organes séminiféres. 

Unis par une étroite solidarité et une connexÎD! 
intime avec les précédents, puisqu'ils forment en 
semble l'appareil de la génération, ces organes s'ei 
distinguent essentiellement par la fonction plus dé 
licate et élevée qui leur est dévolue : la fécondation 
Elle est ainsi placée en dehors de la volonté hu 
maine, quoique inséparable de la copulation vo 
lontaire qui la prépare et la provoque. De là, la 
réalivsation fréquente de cet acte et la rareté de son 
accomplissement. 

Le testicule chez l'homme, l'ovaire chez la 
femme, en sont sans doute les deux principaux, 
mais que d accessoires déliés, multiples et compli- 
qués! Ils sont doubles, symétriques de part et 
d'autre, afin que, si l'un manque ou se trouve lésé, 
altéré, l'autre puisse y suppléer et le remplacer. 
Cachés à la vue, sinon au toucher, ils sont exclusi- 
vement le siège de la stérilité. D'oij la difficulté 
d'en découvrir les causes et de la combattre effica- 
cement. Une description plus étendue et minutieuse 
est donc nécessaire. 

Les Testicules chez l'homme sont deux glandes 
placées dans une poche en forme de sac, appelé 
scrotum, qui se trouve connue appendu au pénis. 
Une cloison interne le sépare en deux comparti- 
ments ou bourses, une pour chaque glande. De 



ORGANES SÉMINIFÊRES. 299 

forme ovoïde, légèrement aplaties de droite à 
gauche, elles ont, à l'âge viril, le volume d'un 
petit œuf de poule, pesant 30 à 32 grammes. La 
droite est un peu plus grosse et élevée que la 
gauche. Des filaments tubulés, creux, très ténus, 
déliés et flexueux, entrelacés et repliés en tous sens, 
dont la longueur totale est évaluée à plus de 2000 
mètres, en forment le tissu. Ce sont les conduits ou 
tubes séminifères,où se forme, se mêle et circule le 
sperme. Des veines, des artères, des nerfs, les ac- 
compagnent, de manière à former un parenchyme, 
un réseau si serré et inextricable, qu'il est impos- 
sible de les injecter. 

Une membrane ferme, dense, serrée, enveloppe 
tous ces conduits filiformes, les encapsule pour 
ainsi dire, au point d'en former comme un tout 
homogène. Mais, en se réunissant, leur calibre aug- 
mente, ils se dressent et traversent leur enveloppe 
à la partie supérieure et interne en formant une 
saillie allongée. Elle se résume bientôt en un seul 
conduit ou sinus appelé épididyme. C'est un petit 
corps allongé, vermiforme, qui coiffe pour ainsi dire 
la partie supérieure du testicule. C'est de là que part, 
en remontant avec le cordon spermatique, le canal 
déférent qui conduit le liquide spermatique dan» 
son réservoir en pénétrant dans l'abdomen par le 
canal inguinal. 

Des anomalies assez fréijuentes se rencontrent 
dans le volume, le nombre et le siège même de ces 
organes essentiels de la virilité. Ils sont en effet in- 
dispensables à la génération, comme l'indique leur 



300 LA GÉNÉRATION 

nom du latin testis, témoin. Retonus dans le ventre, 
au-dessous des reins, jusqu'au sej)tième mois de 
la vie fœtale, ils ne descendent dans le scrotum 
qu'après cette époque, attirés par l'action d'un liga- 
ment spécial. Ils restent toujours à l'intérieur chez 
beaucoup d'animaux, privés de scrotum, et ne des- 
cendent chez d'autres qu'à l'époque des amours, 
comme on l'a vu. De même chez l'enfant, l'absence 
ou le défaut d'action du ligament peut en empêcher, 
en troubler, ou retarder la descente; l'un ou l'autre 
des testicules reste ainsi en chemin, arrêté ou ren- 
versé dans le canal inguinal, comme les recherches 
spéciales du docteur Godard l'ont démontré. 

Pour être exceptionnelle, l'anomalie de trois ou 
quatre testicules s'est rencontrée dans le scrotum. 
Le docteur Cebeira en a observé récemment un 
exemple sur un militaire en garnison à Figueras en 
Catalogne. Une uréthrite s'étant compliquée de 
chancres étendus sur le scrotum du côté gauche, 
un petit testicule, comme un œuf de chardonneret à 
peine, et pourvu de son épididyme, fit saillie par 
l'ulcération qui en résulta. Un second un peu plug 
gros que le premier, placé au-dessous et en dehors, 
se montra ensuite parfaitement séparé par l'agran- 
dissement de l'ulcération. Il se distinguait de son 
surnuméraire par sa masse pulpeuse et sa couleur 
jaunâtre. Un simple vestige du canal déférent les 
réunissait. L'exploration manuelle révéla la même 
anomalie dans la bourse droite. 

La présence d'un seul testicule, à droite ou à 
gauche, est assez fréquente. C'est la monorchidie. 



ORGANES SÉMINIFÈRES. 301 

L'absence complète constitue la cryptorchidie, c'est- 
à-dire la génération sans organes apparents, comme 
chez les plantes cryptogames. Il est, en effet, des 
hommes à testicules cachés, c'est-à-ilire restés dans 
le ventre, et qui sont néanmoins aptes à la repro- 
duction. Mais c'est là une exception très rare. En 
général, ces organes cachés ne produisent pas de 
spermatozoairea, ils sont inutiles et la cause de 
souffrances et de maladies graves. Des douleurs si 
aiguës en résultent qu'ils simulent la hernie étran- 
glée. Une erreur de ce genre est rapportée par le 
docteur Delasiauve qui assistait à l'opération. Il 
s'agissait d'un garçon de quinze ans et demi. En 
rencontrant, au lieu de l'intestin, le testicule au 
fond de la plaie, le chirurgien en fit l'excision et 
dix-sept à dix-huit jours après, l'opéré était guéri 
sans aucun accident. Ce cas est resté unique dans la 
science. 

Le testicule arrêté à l'aine est en outre souvent 
fra()pé de dégénérescence cancéreuse. De là la pro- 
position, faite par le docteur Aubert au congrès de 
l'Association française en 1878, d'en pratiquer pré- 
ventivement l'excision ou l'enlèvement dans le 
canal inguinal, aussitôt après la puberté. 40 à 50 
faits, actuellement connus, de celte opération, 
témoignent de son innocuité relative par un seul cas 
de péritonite mortelle. {Mnnod.) 

La castration par l'enlèvement des deux testicules, 
pratiquée chez l'enfant pour maladie ou accident, 
entraîne la perle totale de la virilité masculine. 
Mais il n'en est pas de même chez l'homme adulte. 



3()2 LA GÉNÉRATION. 

Ses érections peuvent persister. Un commis de nou 
▼eautés, âgé de vingt-cinq ans, à qui le professeui 
Ricliet avait enlevé successivement les deux testi 
culcs pour une induration fistuleuse, présentait unr 
grande obésité vingt ans après. Et chose plus eu 
rieuse, il prétendait remplir exactement et avec 
efficacité tous ses devoirs conjugaux, ajoute ce chi- 
rurgien dans ses leçons (1879). Une sécrétion abon- 
dante de la prostate et des glandes de l'urèthre lui 
faisait sans doute prendre ce liquide pour du sperme 
en simulant une pollution. 

La circulation du sperme, en se dirigeant ainsi 
de bas en haut, contre les lois de la pesanteur et 
avec les obstacles qu'il rencontre dans les flexuosi- 
tés, les sinuosités étroites qu'il doit parcourir, ne 
peut donc s'effectuer qu'avec uue extrême lenteur, 
dans cette première partie de son trajet. Elle ne 
saurait dès lors sufiire à la quantité qui en est émise 
séparément à chaque éjaculation, sans l'existence 
d'un réservoir où il s'accumule et se modifie pro- 
fondément. La preuve en est offerte par l'espèce 
canine oij ce réservoir manque; ce qui l'oblige à 
rester forcément si longten^ps accouplée pour opé- 
rer la fécondation. 

Les Vésicules séminales constituent ce réservoir. 
Ce sont deux petites poches membraneuses, aplaties, 
bosselées, inégales, pincées oblicjuement sous la 
vessie, auxquelles aboutit, de chaque côté, le canal 
déférent (|ui charrie le .sperme. En se séparant du 
cordon spermatique, soutien du testicule, dès son 



ORGANES SÉMINIFÈRES. 303 

entrée dans l'abdomen, ces canaux se diri^^ent en 
dedans, se rapprochant l'un de l'autre, et pénètrent 
dans chaque vésicule qui en forme ainsi comme le 
renflement ampuUaire. 

Déposé dans ces petites vésicules, le sperme n'y 
séjourne pas simplement jusqu'à son expulsion ; il 
augmente de quantité et s'y modifie profondément, 
comme les observations de M. Gosselin sur l'homme 
l'ont démontré. Malgré l'oblitération du canal défé- 
rent avant sa pénétration dans les vésicules, notam- 
ment à la suite de l'épididymite, les éjaculations 
consécutives étaient aussi abondantes qu'auparavant 
et le liquide excrété avait la même consistance, la 
même couleur et la même odeur qu'à l'état normal. 
La seule différence au microscope était l'absence 
de spermatozoaires. La quantité de sperme fournie 
par le testicule est donc très minime, quoique la 
plus importante, puisqu'elle est caractérisée par les 
animalcules qui en sont la substance fécondante. Le 
liquide fourni par les vésicules n'en serait que le 
véhicule propre à la nutrition et au développement 
de ces animalcules. 

Canaux éjacuîaleurs. Le liquide renfermé dans 
les vésicules séminales ne peut y rester sans incon- 
vénient; il doit être éliminé au dehors. Un conduit 
très délié, de 2 à 3 centimètres de long, part à cet 
effet de chaque vésicule par un angle très aigu, 
empêchant le liquide de s'écouler spontanément. Ce 
sont les canaux destinés à lancer le sperme au 
dehors. Dirigés symétriquement en avant et accolés 



504 LA GÉNÉRATION. 

l'un à l'autre,, ils vont s'ouvrir dans l'urèthre par un 
orifice oblong, après avoir traversé la glande pro- 
state, placée sur leur trajet, et qui prend part ainsi à 
l'acte séminal. 

La Prostate est un corps charnu, glanduleux, 
très dense, gros comme une noix, ayant la forme 
d'un cône tronqué, dont la base embrasse l'ouverture 
de la vessie, tandis que le sommet protège la partie 
de l'urèthre qui y fait suite. Deux autres petites 
glandes oblongues, grosses comme un pois chiche, 
sont aussi placées parallèlement en avant sur les 
côtés de l'urèthre. Chacune est pourvue d'un canal 
excréteur s'abouchant dans l'urèthre avec les douze 
ou quinze conduits semblables de la prostate. Un 
fluide visqueux, jaunâtre et comme huileux, sécrété 
par ces trois glandes, s'en échappe pendant l'érection 
pour lubrifier le canal de l'urèthre, le préserver de 
l'acidité de l'urine et servir de véhicule au sperme. 



Toutes ces parties concourent essentiellement à 
l'acte séminal et c'est une grande erreur de l'attri- 
buer exclusivement aux testicules. Ceux-ci sont es- 
sentiels et indispensables, sans doute, et le meilleur 
témoignage de virilité et de force, puisque tout le 
reste, sans eux, est et reste nul pour la lécondation. 
Mais que le libre cours de la semence fécondante 
qu'ils sécrètent soit entravé, suspendu, arrêté par 
un obstacle quelconque dans les étroits défilés 
qu'elle parcourt, et, malgré leur présence, la stérilité 



ORGANES SÈMINIFÈRES. 30» 

n'en sera pas moins fatale. Toutes ces parties se 
relient donc dans une étroite solidarité et c'est par 
ce mécanisme compliqué que, sous l'influence de 
l'érétliisme général produit par la copulation, — 
toutes les puissances nerveuses et musculaires de 
cet appareil entrant simultanément en action, les 
muscles bulbo-caverneux entre autres, — le sperme 
s'échappe au dehors, par saccades, avec le sentiment 
vif, profond et retentissant qui en fait la plus douce 
jouissance. 

Trois fonctions distinctes, séparées, sont donc 
indispensables à la virilité masculine pour être 
féconde. Dans la première, le sperme se forme dans 
les testicules ; sécrétion toute passive et involontaire 
comme celle de la salive et des larmes, mais qui est 
aussi provoquée, activée, augmentée par tous ses 
stimulants naturels. Le spcrmt formé est ensuite 
mis en réserve; c'esL la fonction de conservation 
dans laquelle il acquiert toutes ses propriétés técon- 
dantes. La troisième est la jjrojection du sperme au 
dehors: c'est la fonction d'émission dont la rapidité, 
l'instantanéité et la force constituent l'éjaculation. 
Il suflit que l'une on l'autre du ces trois étapes du 
sperme dans son cours soil incoUiplète ou altérée, 
depuis sa sécrétion jusqu'à scn émission, pour que 
ce fluide n'ait plus ses propriétés et que la stérilité 
de l'homme s'ensuive. 

Toutes les maladies et les altérations des testi- 
cules et leurs annexes sont les principales causes de 
la stérilité en diminuant la quantité du sperme et 
en en ?.'ié( . ' ia qurilxié. Les excès de coït et de k 



306 LA GÉNÉRATION. 

masturbation en provoquent surtout l'irritation e 
l'inflammation qui appauvrissent le sperme et dimi- 
nuent sa consistance. D'oîi la spermatorrhée, perte 
passive et involontaire du sperme, qui rend l'homme, 
doublement stérile et impuissant. 

En effet, la faiblesse et l'atonie qui accompagnent 
ordinairement celte maladie déterminent la paralysie 
des muscles éjaculateurs et leur enlèvent, en même 
temps que la propriété fécondante du sperme, la 
faculté de l'éjaculer. 

Ces altérations spermatiques se rencontrent dans 
la puberté prématurée comme à l'âge sénile. Les 
suppurations prolongées d'abcès ou de fistules et la 
syphilis surtout y donnent lieu, ainsi que d'autres 
maladies constitutionnelles. Elles succèdent aux 
affections mentales dépressives : la mélancolie, la 
manie, l'hypochondrie, I3 priapisme et le satyriasis ; 
aux excès de travail mental, comme à la convales- 
cence des maladies aiguës, longues et prolongées. 
Par un effet diamétralement opposé, la continence 
absolue augmente la consistance du sperme et favo- 
rise sa rétention dans les vésicules séminales. Elle 
peut l'épaissir au point de former des concrétions 
solides, appelées sympexions, qui font obstacle en- 
suite à son excrétion par l'oblitération du canal éja- 
culateur. De là des douleurs insupportables et la 
nécessité d'opérations graves, comme nous en cite 
rons des exemples à VHijgiène de la génération. 

Toutes les maladies de la prostate, son atrophie 
surtout, qui en empêche ou en trouble la sécrétion, 
peuvent aussi être des causes de stérilité, car l'hu- 



ORGANES SÉMINIFÈRES 307 

meur prostatique, qui sert de véhicuie aux zoo- 
spermes, étant diminuée ou nulle, la vertr. fécon- 
dante du sperme est détruite. Krauss de Vienne pré- 
tend que le sperme ne devient coloré, odorant, alca 
lin et coagulable qu'après sou passage à travers cette 
glande par le fluide prostatique spécial qu'elle 
transmet en passant. Sans cette addition, les sper- 
matozoaires des mammifères ne peuvent vivre dans 
la matrice, tandis que, par son aide, ils gardent leur 
vitalité pendant trente-six à quarante heures dans 
cette cavité. 

Le Sperme, appelé aussi semence, liqueur sper- 
matique ou séminale, est un liquide blanchâtre, vis- 
queux, épais et filant, d'une odeur fade, spéciale, 
rappelant celle de l'eau de javelle et de la fleur de 
châtaignier. Aussitôt émis, il se divise en deux 
parties distinctes : l'une liquide, transparente, et 
l'autre plus épaisse, grumeleuse et filamenteuse, 
d'autant plus abondante que l'individu est plus 
robuste et que ses émissions sont plus rares. Laissé 
en repos à l'air, ce mélange se fluidifie et se détruit 
rapidement. 

Sa composition varie suivant les divers points de 
son parcours où il est recueilli et examiné. Alcalin 
et albumineux lors de sou émission, il se coagule 
par la chaleur et les acides, mélangé qu'il est avec le 
liquide des glandes rencontré sur son trajet. 

On a admis longtemps la présence d'un gaz spécial, 
Vaura seminalis, auquel on attribuait la propriété 
fécondante. Spallanzani, n'ayant jamais pu obtenir 



308 LA GÉNÉRATION. 

la fécondation, chez différentes espèces animales, 
sans le contact immédiat du sperme, en a rejeté, 
nié l'existence. A moins de faire consister cet aura 
dans l'odeur spéciale et pénétrante qui s'en dégage, 
il faut placer cette propriété fécondante dans l'une 
de ses parties constituantes ou dans toutes à la 
l'ois. 

Au microscope, on aperçoit, dans le liquide qui 
en forme la plus grande partie, des globules mu- 
queux, des granules élémentaires et des corpuscules 
filiformes doués de mouvements, appelés spermato- 
zoïdes ^zoospermes, animalcules spermatiques ^ etc. 
Un jeune étudiant allemand, Louis Hamm, en fît la 
découverte en 1677, et Leuwenhœck, qui les vit, 
les étudia ensuite. De nombreuses recherches expéri- 
mentales, faites depuis avec des instruments per- 
fectionnés, ont permis de constater qu'ils fourmillent 
dans le sperme de tous les animaux à l'époque du 
rut, avec des caractères particuliers suivant les es- 
pèces, et n'apparaissent chez l'homme qu'à l'âge 
de la puberté. Ils présentent ainsi une partie ren- 
flée, formant le corps ou la tête, et un fîlament en 
forme de queue, beaucoup plus effilée que chez le 
têtard naissant. Invisibles à l'œil nu, ils apparaissent 
à un grossissement de 3 à 40Ô diamètres, d'une lon- 
gueur d'un vingtième de millimètre, avec des mou- 
vements vifs, exécutés par la queue qui ondule. 
Sans direction déterminée, ils vont et viennent en 
tous sens, se heurtent et se croisent, déplacent des 
globules dix fois plus gros qu'eux, et parcourent 
ainsi un espace de deux ccr.'.imètr -. en se^'t à huit 



ORGANES SEMINIFERES 



309 



DÉVRLOPPFMENT DES SPERSIATOZO.VIUES. 

^ Globules rudimcxitnires. 



Ampoule contenant les globules ori- 
ginaires. 





Formation progressive 



Spermatozoairs? roulés. 



ft 






5 îi 



O f \ f i. 



Spermatozoaires redressés. 



Spermatozoaires microscopiques se 
mouvant dans une goutte de^ 
sperme. 




Spermatozoaires di' l'homme. 

Spermatozoaires du cheval. 
Spermatozoaires du cheval. 



3/t> LA GÉNÉRATION. 

minutes. Ces mouvements persistent pendant plu- 
sieurs heures et même un jour entier à l'examen, 
mais il diminuent sous l'influence du froid, de la 
chaleur ou du dessèchement. Une décharge électri- 
que, les acides, les narcotiques, les font cesser 
rapidement, tandis que le mucus, la Sidive, le lait, 
le pus, l'urine, sont sans effet sur eux. Au contraire, 
ils persistent bien plus longtemps dans les organes 
génitaux de la femme et le liquide qui les lubrifie. 
Plusieurs observateurs en ont acquis la certitude en 
examinant le sperme trouvé dans le vagin, l'utérus 
et même les trompes, plusieurs jours après qu'il y 
avait été naturellement introduit. Prévost et Dumas 
ont vu les zoospermes s'agitant encore dans les 
trompes d'une chienne, huit jours après l'accouche- 
ment, et Bischoff dans celles des lapines. 

A l'état primitif, ces animalcules microscopiques 
sont simplement constitués par une ampoule ou vési- 
cule ne renfermant que de très petits globules, 
depuis deux jusqu'à vingt, sans rien autre chose. 
Ils représentent ainsi Vaura ou les esprits d'autre- 
fois. C'est seulement en s'accroissant que un ou plu- 
sieurs points se distinguent comme les rudiments 
des zoosperraes. Us se développent renfermés dans 
l'ampoule et roulés sur eux-mêmes, jusqu'à ce que, 
l'enveloppe se rompant, ils se redressent, tenus 
ensemble comme un faisceau régulier, toutes les 
têtes tournées du même côté. Ils sortent du testicule 
dans cet état, et parcourent les canaux déliés qui 
en émergent pour se rendre dans les vésicules sé- 
minales où ils se dissocient. 



ORGANES SEMINIFERES. 311 

Tels sont les animalcules dont on fait aujourd'hui 
les agents essentiels de la fécondation. Pour les na- 
turalistes, ils sont les rudiments de l'espèce humaine, 
de véritables hommes en miniature, suivant Buffon. 
Leur origine primitive est indubitablement dans le 
testicule, puisqu'on les a vus augmenter graduelle- 
ment de densité, de dimension, d'énergie et même 
de quantité, depuis l'endroit où ils s'y rencontrent 
jusqu'à leur émission. M. Gosselin a constaté aussi 
leur rareté depuis le testicule jusqu'à l'épididyme, 
dans l'état normal, tandis qu'ils sont très nombreux 
dans les vésicules séminales; ils y font défaut, au 
contraire, quand, à la suite de certaines orchites 
graves, les canaux épididymaires, placés au-dessou«i, 
sont oblitérés. 

L'animalité indépendante de ces organismes est 
néanmoins encore vivement controversée. Quelques 
naturalistes n'y voient que de petits tubes renfer- 
mant le vrai sperme, dont la rupture serait provo- 
quée par leurs mouvements. Depuis que la théorie 
cellulaire, venue d'Allemagne, a remplacé partout 
celle de la génération spontanée et que l'on veut, en 
tout, arriver en dernière analyse à cet élément mi- 
croscopique, en vertu de la formule : Omnis cellula 
ex cellula, on en a fait aussi de simples cellules 
embryonnaires, distinctes les unes des autres, qui, 
en se séparant, se segmentant, iraient s'unir par 
endosmose aux cellules analogues de l'ovule femelle 
en les fécondant. 

M. Ch. Robin, le représentant français le plus 
autorisé de cette doctrine allemande, ne pouvant en 



M2 LA GÉNÉRATION. 

faire la démonstration ni sur l'homme, ni sur les 
grands mammileres qui s'eA rapprochent le plus, est 
allé en chercher la preuve sur les méduses ou orties 
de mer, simples zoophyles gélatineux, de forme 
circulaire, qui flottent sur les eaux et dont les or- 
ganes génitaux sont des plus rudimentaires. {Acad. 
des sciences, 1848.) Concluant de ces iidiniment 
petits aux zoospermes humains et à tous ceux de 
l'échelle animale, qu'il réduit à de simples cellules 
embryonnaires, il compare leur queue ondulante 
au développement des cils vibratilesdes cellules épi- 
théliales et à leurs mouvements involontaires ob- 
servés dans tout protoplasma de matière vivante, 
sinon à ceux des molécules du pollen qui féconde 
les fleurs. 

A défaut d'avoir pu vérifier, contrôler celte asser- 
tion sur les méduses, les micrographes n'ont pas 
contredit le fait signale. Mais tous ont pu observer 
une grande différence entre les spermatozoaires 
figurés et les cils vibratiles des cellules végétales et 
animales. On ne peut les confondre. La question de 
la génération n'est donc pas encore résolue sous ce 
rapport. Le mystère persiste, d'autant plus que cee 
animalcules ont été rencontrés chez des vieillards d< 
86 ans par M. Duplay en 1852, et qu'ils se mon 
trent en plus grand nombre, sinon exclusivement, 
dans les vésicules séminales. 

Spermatogénèse. Tout en admettant la forma- 
tion des spermatozoaires par une cellule, comme les 
anciens physiologistes, les moJernes en diffèrent en 



SPERMATOGÉNÈSii:. 313 

lui accordant une forme et un rôle spéciaux, d'après 
les récentes constatations de Pouchet, Balbiani, 
Rouget et de Lavalette Saint-Georges. Cette cellule 
aurait la forme d'un chandelier, d'une pyramide avec 
les spermatozoaires adhérents au sommet. Tel serait 
le nouveau spermatoblaste supportant une grappe 
de ces animalcules. C'est la théorie exogène ou par 
scissiparité à laquelle la plupart des physiologistes 
se rallient actuellement. {Spermatogénèse et fé- 
condation, par le docteur Planteau^ 1880.) 

En examinant les tubes séminifères avec les plus 
puissants microscopes, le docteur H. Gibbes n'a 
constaté qu'une membrane propre, pourvue d'un 
enduthélium nucléaire où se distinguent en petit 
nombre des cellules sj)éciales qu'il appelle germi- 
natives. Leurvolume est supérieur à toutes les autres, 
avec un noyau ovale transparent et une enveloppe 
distincte avec des opacités formant les nucléoles. Les 
cellules-mères ont un noyau arrondi contenant un 
épais réseau particulier qui se divise en parcelles 
étoilées donnant lieu aux cellules-filles plus petites 
que les précédentes. Elles se rencontrent dans la 
lumière des tubes séminifères sous forme de saillies 
ou plutôt de bourgeons qui, en s'allongeant progres- 
sivement d'un côté, constituent le corps des sper- 
matozoïdes, tandis que le noyau en forme la têle. 

Des investigations ont fait découvrir au même 
auteur un filament spiroïde à l'intérieur de ces 
animalcules provenant du rat, de l'axolotl, du pi- 
geon, de l'oie, de la limace et notamment des sang- 
sues. Une grande variation de longueur a aussi été 

18 



314 LA GÉNÉRATION, 

constatée sur les sperinatozoaires de l'homme et il a 
même rencontré des têtes sans queue ; observations 
confirmées par le docteur Jensen, de Bergen, et le 
professeur Fleming, de Kiel. D'où la suggestion que 
ces dil'férences morphologiques peuvent avoir une 
certaine influence sur la fécondité. Ces spermato- 
zoaires sans queue peuvent bien être impropres à 
féconder l'ovule et ce pouvoir augmente avec leur 
taille et leurs mouvements. 

Mais toutes ces constatations microscopiques, 
faites gur des animaux inférieurs, en faisant naître 
par assimilation et induction les spermatozoaires in- 
dispensables à la fécondation humaine, d'une cellule 
spéciale des tubes séminifères, ne résolvent pas la 
question fondamentale. Le sperme étant sécrété dans 
ces mêmes tubes, sans que l'on en connaisse les 
glandes spéciales, on n'est guère plus avancé qu'au- 
trefois en disant : Tout Tiiomme est dans le sperme. 
Il Y a, en effet, confusion entre sa formation et celle 
de ces petits aniinalcules, (jui sont en définitive la 
source jusqu'ici la plus certaine de la vie humaine 
par leur action fécondante sur l'ovule femelle. 

Spermatose. L'importance du sperme se démontre 
par ce fait que la moindre parcelle contient la vie en 
puissance et peut la communiquer. De là l'augmen- 
tation de force et d'énergie que sa présence, sa sé- 
crétion, communiquent à l'organisme, de même 
que ses pertes réitérées énervent et fatiguent rapi- 
•lement le corps. La sécrétion et l'émission forcées 
du fluide séminal sont ainsi essentiellement préju- 



SPERMATOSE. 315 

diciables à l'économie. La perte de 30 grammes 
équivaut à celle de 1200 grammes de sang. Sa for- 
mation empêche celle de la graisse, et de là la mai- 
greur rapide et la détérioration organique considé- 
rable qui suit la prodigalité spermatique. 

« Tout l'homme est dans le sperme », disaitFernel. 
Sa permanence dans ses réservoirs communique un 
degré de vigueur à l'organisme, proportionné à la 
durée de la continence. Sa résorption soutient et 
accroît la force vitale. Ce qui donne la vie sert aussi 
à la conserver. La révolution opérée dans l'orga- 
nisme lors de la puberté, la castration des animaux, 
la débilité et l'imperfection organiques des eu- 
nuques, des castrats, en sont les preuves. 

La spermatose ou sécrétion du sperme s'opère 
d'une manière latente, insensible, comme celle de la 
salive et des larmes. Elle est surtout comparable à 
celles-ci en raison de sa rareté ; et s'il est vrai que 
l'amour fasse souvent verser des larmes, les causes 
en sont pourtant tout opposées. Le chagrin, le dés- 
espoir, la jalousie, font couler celles-ci, tandis que 
la satisfaction de tous les sens, la joie, le bonheur 
sont indispensables à celle-là. Comme ce qu'il y a 
de plus subtil dans le chêne se rassemble dans le 
gland, cette sécrétion forme l'extrait, la quintes- 
sence organique. Elle est spécialement provoquée, 
excitée, augmentée par toutes les causes retentissant 
sur le sens génésique et dont l'effet perceptible est 
l'érection. L'amour en est le spécifique, le piment. 

Elle a cependant des limites physiologiques très 
étroites, dans sa d'irée, sa quantité et sa qualité, 



316 LA GÉNÉRATION. 

au delà desquelles ce fluide manque ou n'a plus la 
consistance ni les éléments nécessaires à sa fonction. 
L'int'ccondilé assez IVéquente des nouveaux mariés, 
pendant les premiers mois de leur union, dépend 
ainsi bien plutôt d'un sperme trop fluide, mal éla- 
boré, ne contenant que des animalcules imparfaits, 
par la répétition trop fréquente du coït, que de l'ima- 
gination exaltée et de l'ardeur frénétique qui accom- 
pagne les premières caresses conjugales, auxquelles 
on l'a attribuée. 

De même que l'organisme entier vit, agit et fonc- 
tionne par la rénovation incessante de ses princi- 
pes constituants, chaque organe particulier ne peut 
s'entretenir et s'accroître qu'en lui empruntant les 
matériaux nécessaires à sa fonction spéciale. Or, la 
sécrétion séminale se formant directement du sang 
de l'artère sj)ermatique, son entretien régulier est 
subordonné au bon état de la circulation générale, 
à une composition normale du sang. Que celle-ci 
soit diminuée, altérée par l'âge, la maladie, le jeune, 
la misère, et la sécrétion spermatiqueen subira l'in- 
fluence la plus sensible, en raison même de son 
exiguïté et de sa rareté. Excités par le système ner- 
veux, les désirs pourront bien se manifester et, en 
faisant affluer le sang vers les organes génitaux, 
sui'fire momentaném.ent aux besoins de cette sécré- 
tion, mais, on le comprend, c'est toujours au plus 
grand détriment de la force et de la santé. De là 
l'amaigrissement et la faiblesse résultant de la sur- 
excitation de cette fonction. 

Son absence, Vagénésie ou aspermatistne, déter- 



SPERMATOSE. 317 

mine la stérilité absolue de l'homme. Elle est heureu- 
sement fort rare et le résultat ordinaire de la cas- 
tration. La suppression de l'organe entraîne natu- 
rellement celle de la fonction. Privés ainsi de leurs 
testicules, les eunuques sont fatalement stériles et 
ne peuvent procréer, sans être toujours impuissants; 
c'est pourquoi on enlève même le pénis à ceux 
qui sont chargés de surveiller les femmes des 
harems o 

Mais il suffit que cette fonction soit dérangée, 
entravée par les lésions, les troubles, les altérations, 
les maladies des testicules et leurs conduits, pour 
être anéantie. L'atrophie ou diminution du testi- 
cule, souvent consécutive aux oreillons chez les 
jeunes gens, comme sa rétention dans l'abdomen et 
sa dégénérescence cancéreuse ou tuberculeuse, 
entraînent leur infécondité absolue. L'altération de 
la partie albumineuse et mucilagineuse du sperme 
détermine l'absence ou l'inertie des animalcules, 
comme l'analyse chimique et l'examen au micro- 
scope l'ont démontré. La fécondation est ainsi rendue 
impossible; le malade est stérile sans être impuis- 
sant. 

Les obstacles à la circulation du sperme, dans 
ses conduits si fins et déliés, par les lésions, les 
maladies des vésicules séminales et des canaux 
éjaculateurs, en sont une autre cause fréquente. Ils 
résultent ordinairement des maladies vénériennes 
auxquelles les jeunes gens s'exposent avec tant d'in- 
souciance, comme la blennorrhagie ou chaude- 
pisse. Qu'un rétrécissement du canal persiste et s'ag- 

18. 



518 LA GENËRATiOM. 

grave, que rinflammation de l'épididynie ou orchile 
s'ensuive, comme c'est si souvent le cas, et surtout 
l'induration consécutive, et voilà autant de causes 
absolues de stérilité, si les deux testicules sont at- 
teints à la fois. Combien de maris jeunes et robustes, 
aptes à la copulation, sont ainsi stériles sans le sa- 
voir ! (V. Hygiène de la génération.) 



La femme est pourvue d'organes fécondables assez 
analogues et ressemblants aux organes fécondateurs 
précédents, pour avoir été comparés ensemble et 
assimilés l'un à l'autre. On leur a attribué et dis- 
puté tour à tour le principal rôle, mais, malgré une 
certaine similitude de fonctions et de rapports, on 
va voir que ce rôle est tout différent, et que ceux-ci 
sont plus nombreux et compliqués que ceux-là, en 
raison de la part considérable de la femme dans 
l'œuvre de la génération. 

Deux Ovaires correspondent aux testicules dans 
l'ordre organique et dans l'ordre fonctionnel. Ce 
sont deux corps glandulaires oblongs, aplatis comme 
l'amande ou la fève, enveloppés dans un repli du 
péritoine et flottant dans le bassin, un de chaque côté 
de la matrice à laquelle ils adhèrent par un pédi- 
cule, simulant le cordon. De là leur nom de testes 
muliebres, testicules féminins, qui leur a été donné 
par les anciens. 

D'un rouge pâle, à surface lisse chez les femmes 
non fécondées, rugueuse chez celles qui sont deve- 



OVOGÉNÈSE. 31S 

nues mères, ces organes sont le siège des germes ou 
ovules servant à la fécondation. Vingt-cinq à trente 
de ces petits œufs se rencontrent en moyenne sur 
chaque ovaire, bien que ce nombre, très variable, 
puisse être moindre ou supérieur, sans rien de fixe 
à cet égard. La fécondité variable des femmes en 
est la conséquence. 

Ces ovules sont renfermés dans de petits sacs ou 
vésicules transparentes, du volume d'un grain de 
chènevis ou de millet. On les appelle vésicules 
de Graaf, qui lésa découvertes le premier en 1671,^ 
peu de temps avant leurs similaires chez l'homme. 
Une enveloppe fermée, tout à fait homogène et inco- 
lore, en protège le contenu, comme la coque de l'œuf 
ordinaire. L'intérieur est rempli d'un liquide vis- 
queux, rouge jaunâtre, désigné sous le nom de vi- 
tellus ou jaune, avec quelques rares et fines granu- 
lations moléculaires. Au centre se distingue à peine, 
à l'œil nu, un petit corps solide nageant dans le li- 
quide. C'est l'ovule microscopique ou vésicule ger- 
minative qui, par la fécondation, développe l'em- 
bryon humain, comme les deux figures suivantes en 
donnent une idée exacte. 

Ovogénèse ou formation de l'ovule. On a cru et 
admis tout d'abord et à priori que l'ovule était une 
simple dépendance de l'ovaire se développant aux 
aîoens de cet organe. Les histologistes allemands 
ont montn>, au contraire, qu'ils se développaient si- 
multanément. Comme le plus important, l'ovule 
préexisterait même > l'ovaire, qui n'en serait que le 



320 LA GÉNÉRATION 

contenant, le substratum. Waldeyer dit quels noyau 
ou vésicule germinative apparaît le premier sous 
forme de chapelet. Mais les recherches récentes du 
docteur Cadiat, examinant au microscope de nom- 
breux embryons de lapins, chiens, moutons, depuis 
la fécondation jusqu'à la naissance, ont modifié cette 
mterpiétation. Jamais il n'a rencontré l'ovule figuré 
sur les embryons peu avancés dans leur développe- 
ment. Au lieu de la couche ovigène, uniforme et 
continue d'épithclium cylindrique qui recouvre 



Ovule, 




Ovule extrait de sa vésicule avee 
son enveloppe et sa tache ger- 
Vésicule ovarienne» minative. 

l'ovaire à l'état adulte, cette enveloppe est partielle, 
irrcgulière, à peine distincte et variable chez les di- 
vers embryons; o^Q est constituée par des cellules à 
bords nets, foncés, sphériques, dont le volume varie 
suivant l'époque où on les examine. Ce sont les ovo- 
blastes ou cellules spéciales, qui par leur développe- 
ment produisent les ovules, comme les spermato- 
zoaires naissent des spermatoblastes. L'origine des 
deux germes màie et lemelle est absolument identi- 
que. 



OVOGÉNÈSE. 32i 

Ces cellules ovigènes sont pourvues de prolongjs- 
ments ou queues, formés de cellules épithéliales 
accumulées en forme de chapelets qui, en s'enfonçant 
plus ou moins profondément dans la trame de l'o- 
vaire, servent d'intermédiaire à leur développement. 
Ces chapelets puisent dans cet organe tous les maté 
riaux nécessaires à la constitution des ovoblastes 
et leur transmettent, jusqu'à leur formation com- 
plète en vésicules de Graaf. {Journ. de Vanatomie 
et la physiologie, n" 1, 1881.) 

Bipulsion de Tovule de la Tésicule (Xrtrienne. 



Vésicule genni- " 7^%°° o° o '* i__ Enveloppe de U 

native. - '!r°=o oo"! | vésicule. 









\ 



Ovule. 

L'ovule préexiste ainsi à la puberté. Il a été con- 
staté par divers naturalistes chez de jeunes femelles 
de vertébrés et de mammifères, et plusieurs méde- 
cins ont confirmé le fait sur les ovaires de petites 
filles mortes peu après la naissance. L'apparition du 
sang à la vulve sous forme de règles, chez des en- 
fants au maillot, comme des exemples en ont été 
observés, en serait la conséquence. Une petite fille 
morte à trois ans d'une bronchite, avait un écoule- 
ment sanguin vaginal régulièrement toutes les qua- 
tre semaines depuis l'âge d'un an. A l'autopsie, l'u- 



522 LA GÉNÉRATION. 

térus était plus développé que chez l'enfant et les 
ovaires étaient aussi volumineux qu'à l'époque de 
la puberté. La fécondation d'autres enfants de huit 
à neuf ans, sans être réglées, confirme encore cette 
interprétation du développement précoce de l'ovule. 
Dès l'âge de quatre à cinq ans, les vésicules sont 
en effet assez injectées pour avoir le volume d'un 
grain de coriandre ou un petit grain de raisitj à la 
forme sphéroïde, d'un 15" à un 20* de millimètre 
de diamètre. 

Très petites et comme ensevelies dans le tissu 
même de l'ovaire, les vésicules de de Graaf s'arrêtent 
d'abord à ce premier degré de développement pen- 
dant que d'autres se forment successivement. Elles 
se dirigent ainsi graduellement du centre de l'ovaire 
à sa périphérie et apparaissent enfin à sa surface, sans 
s'isoler ni se pédiculiser comme chez l'oiseau. La 
partie saillante s'amincit, devient transparente, et, 
arrivées au terme de leur accroissement ou de leur 
maturité, ces vésicules se rompent, sous l'influence de 
l'excitation provoquée, soit par la maturité de l'œuf, 
soit par le rapprochement des sexes. Elles se déchi- 
rent enfin dans le point le plus saillant, comme l'abcès 
qui s'ouvre spontanément sous l'influence du pus 
qu'il contient ; les parois se rétractent ensuite avec 
force et expriment l'ovule avec tout le liquide qui 
l'entourait. Tel est l'acte ovarien, le mécanisme de 
l'ovulation figurée ci-dessus. 

Ovulation. La découverte de petites vésicules ou 
ovules, laite sur les ovaires par de Graaf, fut l'un 



OVULATION. 325 

des principaux e'claircissements du mystère de la gé- 
nération humaine. Elle équivaut à celle des animal- 
. cules dans le sperme et en est la contre-épreuve con- 
firmative. Assimilés jusque-là aux testicules, les 
ovaires étaient considérés comme sécrétant un liquide 
séminal analogue, dont l'action naturelle ne pouvait 
expliquer le phénomène de la génération, d'après les 
lois observées sur les animaux inférieurs. De là tant 
de théories surnaturelles et erronées où l'inconnu, 
le mystère et le miracle avaient la plus grande part. 
Les esprits avaient libre carrière et ne manquèrent 
pas de s'exercer à ce sujet. 

Harvey, le glorieux initiateur de la circulation du 
sang, s'étant livré à un massacre savant des biches 
et des daines dans les parcs royaux d'Angleterre pour 
étudier ce sujet, formula le premier l'axiome : Omne 
viviim ab ovo : Tout ce qui vit vient de l'œuf. 
C'était la révélation nouvelle, confirmée parla décou- 
verte de deGraafdans l'espèce humaine. Les oiseaux 
en étaient le plus frappant exemple ; mais les autres 
vertébrés et surtout les grands mammifères furent 
bientôt reconnus être également soumis, comme 
l'homme même, à cette loi naturelle de provenir d'un 
simple ovule. L'assimilation put paraître dégradante, 
sa réalité montra une fois de plus que les lois im- 
muables de la nature sont au-dessus des conceptions 
humaines et ne changent ni ne varient pas comme 
elles. 

L'ovulation est donc la fonction spéciale de l'o- 
vaire. Après avoir produit ces ovules, il les nourrit 
jusqu'à leur accroissement complet, suivant les lois 



524 LA GÈNÉRATIOM. 

de l'organisme. Arrivés à maturité, ceux-ci s'en 
détachent par le mécanisme décrit plus haut, et 
tombent, comme le fruit mûr se détache de l'ar- 
bre. Elle correspond ainsi à la sortie du sperme 
du testicule, avec cette différence qu'elle s'ef- 
fectue périodiquement, tous les mois environ, sou? 
forme d'un écoulement sanguin. C'est la m.enstrua- 
tion. 

Van Beneden a constaté que l'ovulation, chez les 
mammifères, ne coïncide pas avec le rut. Elle peut 
être spontanée, mais le coït en est l'une des causes 
déterminantes. De nombreuses expériences lui ont 
montré que l'introduction des spermatozoaires n'est 
pas nécessaire à cet effet. C'est l'excitation des or- 
ganes génitaux externes pendant l'orgasme vénérien 
qui amène, par voie réflexe, la rupture des follicules 
permettant à l'ovule inclus d'être fécondé directe- 
ment par les spermatozoaires. Afin de faire com- 
prendre les pérégrinations de ce germe humain vers 
sa destination définitive ckèz la femme, comme 
nous l'avons fait pour l'homme, il faut décrire préa- 
lablement les organes accessoires servant à son 
cours. 

Trompes. Ce sont deux canaux étroits, gros 
comme une plume d'oie, de 10 à 12 centimètres de 
long, qui naissent des deux angles supérieurs et op- 
posés de la matrice. Chacun se dirige de dedans en 
dehors vers l'ovaire adjacent où leur extrémité libre, 
évasée et frangée en forme de pavillon, les couvre 
et les coiffe pour ainsi dire. Une ou deux de ces 



OVULATION. 325 

languettes adhèrent même à l'ovaire et s'appliquent 
dessus pour en aspirer l'ovule et le conduire dans la 
.c.strice. 

^ es recherches microscopiques d'anatomie compa- 
rée sur la grenouille ont conduit le professeur M. Du- 
val à modifier cette interprétation du plus important 
phénomène de la génération. Ayant observé, an la- 
boratoire de physiologie, le pavillon de la trompe 
fixé en haut par des ligaments, au niveau du cœur, 
chez la grenouille comme chez beaucoup d'autres 
animaux, il en conclut qu'il ne peut venir coiffer 
l'ovaire. Et en examinant les femelles à l'époque du 
rut, qui a lieu en mars, il a constaté effectivement, 
sur la paroi antérieure du péritoine, des traînées de 
cellules à cilsvibratiles, mobiles, qui semblent trans- 
porter les ovules détachés de l'ovaire vers la trompe. 
De la poudre de charbon, déposée sur ces cellules, 
est en effet entraînée vers l'orifice des trompes, sans 
que rien de semblable se manifeste chez le mâle. 

La présence de ces cils vibratiies péritonéaux ne 
s'observant en abondance qu'au moment de l'accou- 
plement, l'auteur se demande s'il ne s'en dévelop- 
perait pas de même chez la femme à chaque mens- 
truation ou ovulation, pour diriger l'ovule, sorti en 
bavant de la vésicule de Graaf, dans le pavillon de 
la trompe. Cette probabilité est très admissible, Walr 
deyer ayant déjà observé des cils vibratiies sur le li- 
gament tubo-ovarique et la menstruation s'accomp a 
gnaiitdemues épithéliales dans l'utérus. Des femme» 
opérées de kystes de l'ovaire ont aussi présenté un 
épithélium cylindrique à cils vibratiies abondant au 

19 



339 LA GÉNÉRATION. 

voisinage des trompes et sur des tumeurs des liga- 
ments larges. On a même observé la migration d'un 
ovule d'une trompe à l'autre, chez la femelle du co- 
baye. {Soc. de biologie, 13 mars 1880.) 

Puisque la trompe n'est pas fixée, attachée chez la 
femme ni les grands mammifères, comme chez la 
grenouille et d'autres animaux inférieurs ; que le 
pavillon et ses franges sont flottants, au contraire, 
au point que l'une de celles-ci s'applique sur l'ovaire, 
comme nousl'avons figuré, pourquoi vouloir assimiler 

la fonction au même mécanisme et conclure ainsi des 
plus petits aux plus grands ! C'est l'abus du micros- 
cope et la prétention exagérée des ministres exclusifs 
de cet admirable instrument de vouloir tout abaisser, 
niveler à son éclairage artificiel, et de ne proclamer 
vrai que les résultats de ses grossissements. Étrange 
erreur des nouveaux systèmes qui soumettent tout à 
son examen. 

Une grande ressemblance de forme et une analo- 
gie probable de fonction existent, comme on voit, 
entre cette extrémité ouverte, étalée, aspirantet rete- 
nant l'ovule, et les vésicules séminales chezl'homme. 
C'est là que les zoospermes, sécrétés par les testi- 
cules, restent, séjournent pendant un temps inappré- 
ciable, pour y subir sans doute le développement, 
les modifications et peut-être la multiplication né- 
cessaires à l'acte de la fécondation. C'est le point in- 
termédiaire entre la formation de ces principes, ces 
éléments de vie, et leur mise en action. Leur mté- 
grité a donc une importance décisive sur la fécon- 
dité des deux sexes, car il est encore permis de dou- 



1 



OVULATION. • 327 

' ter que ces éléments soient fécondants et féconda- 
bles avant de le franchir. 

Une lésion grave et presque inconnue de cet or- 
gane a été découverte par la mort de la célèbre et 
sympathique artiste, miss Neilson, décédée à Paris 
au mois d'août 1879. C'est la rupture spontanée des 
veines variqueuses de la trompe gauche ayant dé- 
terminé une hémorrhagie interne rapidement fa- 
tale. Des douleurs violentes dans le bassin, que rien 
ne put calmer, avec vomissements, pouls insensible, 
furent les seuls signes observés, suivis en quelques 
heures d'une syncope mortelle. L'autopsie, pratiquée 
par le professeur de médecine légale à la Faculté, 
montra ce fait extraordinaire et des plus rares, d'un 
épanchement considérable de sang dans le péritoine 
correspondant à la rupture de quatre à cinq milli- 
mètres de diamètre de la veine variqueuse de la 
trompe de Fallope. C'est un accident dont il faudra 
tenir compte à l'avenir. 

Utérus ou Matrice. C'est l'organe servant d'in- 
termédiaire entre les deux sexes pour réaliser la fé- 
condation. Si la copulation est possible sans lui, 
elle est toujours frustre au point de vue de la géné- 
ration, car alors la fécondation et la menstruation, 
qui en sont les deux conditions indispensables, de- 
viennent impossibles. Malgré son rôle spécial, qui est 
de servir à l'incubation et la gestation du produit de 
la conception, la description en est nécessaire pour 
l'intelligence de ces deux fonctions. 

Creux et de la forme d'une poire renversée ou d'un 



528 LA GÉNÉRATION, 

ballon allongé, un peu aplati d'avant en arrière, Tu- * 
térus est placé dans la cavité du bassin, à l'extrémité 
supérieure du vagin, auquel il l'ait suite. Ilestenvi- 
ronné d'autres organes creux : la vessie en avant, 
le rectum en arrière. Sa grosse extrémité, arron- 
die et dirigée en haut, est recouverte par le» intes- 





Oo'i ou ouverture — 



de la matrk*^ 



Vuiiiu uuvevL 



lins et fixée par des ligaments lâches et élastiques 
lu. permettant de s'élever et se développer selon 
les besoins, durant la grossesse. C'est là que s'ouvrent 
les orilices des trompes servant à condun-e l'ovule 
dans l'intérieur de la matrice où l'enfant se déve- 
loppe jusqu'à raccouchenicnt. Sa partie mferieure 
descend dans le v.gin, où elle s'ouvre par -me fente 



OVULATION. 329 

transversale renflée, appelée col. Emboîtés pour ainsi 
dire l'un dans l'autre, ces deux conduits n'en font 
qu'un pour donner passage au liquide fécondant, 
comme aux règles ou menstrues et au produit de la 
conception. 

Composée de fibres musculaires très serrées et con- 
tractiles, la matrice sert à la fois de réceptacle com- 
mun aux deux éléments principaux de la vie hu- 
maine : les zoospermes et les ovules, ensemble ou 
séparément. Sans prendre une part active, directe, 
à la fécondation, elle est le siège du rendez-vous de 
«es éléments. Elle aspire, retient ou livre passage 
aux premiers, et est l'aboutissant forcé des seconds. 
A l'état frustre, c'est pour les expulser aussitôt avec 
l'écoulement sanguin qu'ils provoquent dans sa cavité ; 
fécondés, ils y séjournent pour subir leur développe- 
ment complet et former le nouvel être. C'est ainsi 
l'organe le plus important dans la vie de la femme, 
l'un des pôles de son organisation. Toutes ses sympa- 
thies organiques y aboutissent, comme ses affectionB 
physiques et morales. L'utérus fait la femme ; elle est 
tout entière dans l'utérus, a dit Hippocrate, comme 
l'homme est en entier dans le sperme, d'après Fernel. 

Indispensable à la reproduction dont elle est le 
centre, comme l'estomac est celui de la conservation, 
la matrice doit être étudiée surtout dans sa fonction 
principale : la menstruation. Son intégrité est aussi 
essentielle à la génération que celle des organes 
mêmes de la fécondation. De là l'utilité de sa descrip- 
tion. 



330 I.A GÈNÉIIATIOM. 



Menstruation. 

Écoulement sanguin mensuel, telle est la signifi- 
cation de ce mot. C'est une fonction spéciale et dis- 
tincte de la femme, le signe précieux de sa fécon- 
dité. Elle commence ainsi avec la puberté, dont elle 
est la caractéristique, se suspend pendant la gros- 
sesse et l'allaitement, et cesse définitivement à l'âge 
mûr, soit de quarante à cinquante ans dans nos cli- 
mats. 

Des exceptions se montrent parfois. On a observé 
des menstruations excessivement hâtives et très re- 
tardées, de même qu'elle persiste durant les premiers 
mois de la grossesse et reparaît après quelques mois 
d'aliaitement. Ce sont là des accidents, des anoma- 
lies si rares qu'elles confirment simplement la règle. 
Au lieu de revenir régulièrement tous les mois, 
comme d'habitude, elle apparaît tous les quinze jours 
ou trois semaines, d'autres fois tous les deux ou trois 
mois. Ce sont de simples exagérations, des avances ou 
des retards de quelques jours, résultant le plus souvent 
des variations inhérentes à la vie et aux occupations 
de la femme, à ses imprudences, ses émotions, son 
tempérament ou ses passions. Néanmoins, ces déran- 
gements, ces irrégularités sont en général aussi 
préjudiciables à sa santé qu'à sa fécondité. 

Le siège de la menstruation est évidemment dans 
la matrice, d'où le sang sort par exhalation, comme 
dans les épistaxis ou saignements de nez. La congés- 



MENSTRUATION. 331 

tion ou turgescence de cet organe s'annonce pério- 
diquement, à chaque époque, par des coliques, 
des maux de reins, des pesanteurs et des douleurs 
locales qui en indiquent assez le siège, sans compter 
les autres signes généraux, déjà notés à Puberté. 

S'il y a des menstruations précoces, comme on l'a 
vu, il y en a aussi de tardives et même de frustres. 
Tous les signes habituels de cette hémorrhagie se 
manifestent parfois, moins l'écoulement du sang qui 
en est le principal. Tels sont les cas d'absence ou de 
suppression accidentelle de cet écoulement. Les au- 
tres signes en sont d'autant plus graves et doulou- 
reux que celui-là manque. 

Le sang ainsi excrété n'est ni vénéneux ni mal- 
faisant, comme des croyances superstitieuses l'ont 
fait enseigner. Sa fétidité, sa décomposition, sa pu-' 
tréfaction même, quand elle existe, est due à sa ré- 
tention dans les organes et à la chaleur qui y règne, 
mais surtout à la malpropreté. Sa viscosité résulte 
de son mélange avecle mucus vaginal, toujours plus 
abondant alors. Son examen au microscope y a fait 
constater de nombreux globules, comme dans le sang 
normal. Il est donc pur, inodore et sans nocuité,' 
quand les femmes n'épargnent pas les linges ni les^ 
soins de propreté. 



Comment en expliquer dès lors la périodicitéT' 
Dans l'ignorance où étaient les anciens de l'acte ova- 
rien ou ovulation, ils l'attribuaient aux phases de- 
là lune. Un rêveur allemand, le docteur Stœber,' 



552 LA GENERATION. 

«'est même encore rencontré récemment pour don- 
ner, d'après l'examen d'un grand nombre de fem- 
mes, une créance en apparence scientifique à cette 
Tieille doctrine astrologique du temps d'Aristote. 
Bien d'autres ont servi tour à tour à l'expliquer aussi 
empiriquement. On l'a rapportée à la surabondance 
générale du sang, à la pléthore de la matrice et 
surtout à l'excès de carbone et d'azote. Ce fut pour 
d'autres un simple effet mécanique de sa pesanteur 
et de la station bipède ; pour ceux-ci un ferment ; 
pour ceux-là un molimen spécial. Emmett, en parti- 
culier, n'y vit qu'une érection de l'utérus, et Lecat, 
une phlogose amoureuse. Roussel a même été jus- 
qu'à s'inscrire contre le témoignage de Moïse et 
d'Hippocrate, en admettant que cette fonction 
n'avait pas toujours existé et n'était que l'effet d'un 
régime trop succulent transmis par l'habitude. 

Ces suppositions ne pouvaient conduire à la vé- 
rité. Le sang menstruel venant directement de la ma- 
trice, on n'en cherchait la cause que là. Son ab- 
sence pendant la grossesse et l'allaitement fit ainsi 
admettre qu'il servait à l'alimentation de l'enfant. 
C'était logique et séduisant. Mais les accoucheurs 
Dugès et Mme Boivin, en rencontrant l'utéras sans 
ovaires à l'autopsie de femmes n'ayant jamais été 
réglées, et en observant que la menstruation avait 
cessé avec l'enièrement, l'excision de ces organes, 
en conclurent que l'influence sympathique de l'o- 
vaire sur l'utérus en était la cause. C'était la con- 
firmation de ce qu'avait dit Baudelocque auparavant, 
sans le démontrer : que la menstruation était un 



MENSTRUATION. 333 

avortement périodique. Dès 1835, Schweighseuser» 
en Allemagne, adoptait cette opinion, et Pouchet pro- 
fessait la doctrine de l'ovulation spontanée et pério- 
dique comme cause de la menstruation. Les faits ne 
manquèrent pas de confirmer bientôt cette nouvelle 
interprétation par l'examen des ovaires sur des 
femmes mortes avant, pendant et après leurs règles. 
On constata à la surface, soit le grossissement, l'hy- 
pertrophie de l'une des vésicules ou des petits œufs 
dont elles sont le siège, soit une tache blanchâtre ré- 



taptan d'ans vécicule de de Graaf et Issue de l'ovule provoquant 
la menslruation. 

Saillies 

et 

cicatrices 

ova- 
rieanes. 



U — 




aultant de leur détachement, comme le montre la 
figure ci-dessus. 

En se répétant partout et en tous pays, par les 
gynécoiogistes les plus autorisés : Coste, Bischoff, 
Raciborski et tant d'autres, la même démonstration 
ne tarda pas à répandre universellement cette doc- 
trine, admise aujourd'hui sans conteste, que la 
menstruation est l'effet et la manifestation exté- 
rieure d'une rupture et la chute d'un ovule arrivé 
à sa maturité et non fécondé. C'est une ovulation 

19. 



354 LA GÉNÉRATION. 

frustre, telle qu'elle est décrite et figurée plus haut; 
phénomène correspondant à l'émission si souvent 
inlruclueuse du sperme, aux éjaculations frustres si 
h'équenles de l'homme. En voici le mécanisme. 

Par l'effet d'une excitation régulière ou d'une 
activité vitale périodique de l'appareil génital, l'une 
des vésicules ovariennes se gonlle, fait saillie à la 
surface et se rompt. L'ovule qu'elle contenait s'é- 
chappe, est saisi, aspiré par le pavillon de la trompe, 
et tombe dans son canal qu'il parcourt lentement et 
qui le conduit directement dans la matrice où il 
s'abouche. Arrivé là, à la suite de la turgescence, 
l'hypérémie ou la congestion du travail précédent, 
— accusé par la sécrétion et l'écoulement plus 
abondant d'un fluide muqueux, le malaise, les pe- 
santeurs et les coliques locales, — il provoque l'é- 
coulement du sang, pendant deux à cinq jours, et 
avec lequel il est expulsé. 

La réalité de ce mécanisme est confirmée par ce 
qui se passe chez les animaux suivant leur espèce. 
Sanguinolent chez la guenon, cet écoulement est 
simplement muqueux chez d'autres. Un suintement 
périodique a aussi lieu par la vulve des mammifères 
en chaleur. C'est une simple turgescence chez quel- 
ques espèces inférieures, à l'époque du rut. La cor- 
rélation de ce phénomène est d'autant plus évidente 
avec la maturité des vésicules de Graaf, qu'il se mani- 
feste seulement à l'époque de la fécondation. Avant 
comme après, on a constaté d'ailleurs, chez diffé- 
rentes espèces animales ovipares, les mêmes chan- 
gements sur leurs ovaires que sur ceux de la femme. 



MENSTRUATION. S5S 

C'est la démonstration expérimentale que chaque 
menstruation est une ovulation spontanée, une 
ponte mensuelle ou du moins périodique ; sorte de 
dérivation des forces plastiques qui, à défaut de la 
fécondation et de la grossesse, les compense en en- 
tretenant, par ces excitations périodiques, l'énergie 
des organes de la génération. Cette preuve se répète 
d'ailleurs tous les jours, sur la femme elle-même, 
depuis que l'ovariotomie, ou résection des ovaires, 
est entrée dans le domaine de la chirurgie. L'enlè- 
vement complet de ces organes fait aussitôt cesser 
la menstruation. Dans l'Inde, où l'on fait subir la 
castration des ovaires aux femmes qui remplacent 
les eunuques mâles, la cessation immédiate des 
règles en est aussi la conséquence. Telle est la cer- 
titude de ce résultat, que, dès que la menstruation 
est la cause de troubles et d'accidents nerveux hysté- 
riformes, de douleurs, les chirurgiens américains 
excisent immédiatement l'ovaire pour y mettre fin. 
Les preuves sont donc surabondantes. 



On objecte à cette doctrine la fréquence ou la ra- 
reté de cette fonction, son abondance ou sa modicité, 
ses irrégularités et ses déviations. Mais ce sont là de 
«impies exceptions dont la cause est souvent le genre 
de vie, l'habitation, la nourriture, les vêtements, 
une maladie locale, un état particulier du sang, 
qui fcnt prendre pour les règles des hémorrhagie» 
provoquées par l'excitation, les manœuvres, le rap- 
prochement sexuel. Les femmes pauvres, mal nour- 



SS8 LA GÉNÉRATION. 

ries, perdent ainsi généralement moins que celles 
qui vivent dans l'opulence et se nourrissent copieu- 
sement. De même, les femmes lascives et débauchées 
sont réglées plus fréquemment et en plus grande 
abondance que les femmes chastes et d'un tempéra- 
ment froid. De là, la raison de ces différences. 

L'écoulement périodique du sang, s'établissant 
en dehors de la matrice, est une déviation excep- 
tionnelle, une sorte d'aberration de la nature. On a 
vu sourdre le sang du vagin chez des femmes pen- 
dant la grossesse, comme on a observé des femmes 
réglées par l'urèthre, le rectum, les voies pulmo- 
naires, les mamelons ou tout autre endroit de la 
peau. Ces irrégularités, très rares, sont presque 
toujours l'effet de véritables états morbides. 

La persistance momentanée des règles après l'en- 
lèvement de la matrice et des ovaires, observée par 
le docteur Storer, ovariotomiste américain, est plus 
surprenante. Dix-huit jours après cette mutilation 
complète et vingt-six après la dernière époque, 
l'opérée eut encore ses règles. Le lambeau du col 
utérin, qui avait été conservé, en était le siège. 
C'était un suprême effort de la nature, semblable à 
la dernière oscillation d'un pendule, lorsque la 
force impulsive qui le mettait en mouvement a cessé 
d'exister. 

Semblable fait s'est produit chez une opérée 
du docteur Tillaux, âgée de trente-cinq ans, sou- 
mise à l'examen de l'Académie de médecine au mois 
d'octobre 1879. Toute la pai'tie supérieure de la ma- 
trice avait été amputée pour un énorme corps fibreux 



MENSTRUATION. 337 

qui en remplissait l'intérieur. Le col seul avait été 
épargné, ainsi que les ovaires. Des traces de mens- 
truation persistèrent dans ce moignon, ce qui n'a 
rien d'extraordinaire, puisque les ovaires existaient 
pour déterminer ce molimen hémorrhagique men- 
«uel. Il suffit, en pareil cas, d'un utérus rudimen- 
taire ou d'un lambeau subsistant, si petit soit-il, 
pour donner lieu à la menstruation, comme deux 
exemples d'Atlee en sont la preuve irrécusable. 

L'explication paraissait plus difficile quand les 
règles persistent avec régularité après l'ablation des 
deux ovaires, sans modification de la quantité ni de 
la qualité du sang, comme le docteur Storer en a 
observé un exemple. Sur cent trente-cinq ovario- 
tomies doubles faites pendant la vie menstruelle, 
Goodell a trouvé quinze cas où les règles ont per- 
sisté régulièrement tous les mois et neuf où elles 
étaient irrégulières et moindres en quantité. D'où 
l'on inféra que les ovaires n'étaient pas indispen- 
sables à cette fonction, puisqu'elle existait sans eux. 
Mais, comme il suffit du moindre lambeau de la 
matrice pour qu'une exhalation sanguine s'y pro- 
duise, le docteur Kœberlé, le premier, suggéra 
qu'un débris du- stroma de l'ovaire pouvait bien 
avoir échappé au couteau du chirurgien, lors de 
l'ovariotomie, dans le pédicule ou autrement, pour 
rendre compte de ces faits exceptionnels. 

D'ailleurs, la présence anormale d'un seul ovaire, 
comme d'un seul testicule, constatée chez quelques 
individus, dans l'espèce humaine, permettait d'ad- 
mettre qu'il pouvait en exister de surnuméraires 



338 LA GÉNÉRATION. 

pour expliquer ces anomalies de la menstruation. 
Le nombre, n'en est pas toujours fixe à deux, chez 
les animaux. Les uns n'ont qu'un seul ovaire 
comme les mixinoïdes et quelques squales. Plusieurs 
poissons osseux n'ont également qu'un ovaire et un 
testicule, et chez la plupart des oiseaux, à l'excep- 
tion des rapaces, l'ovaire et l'oviducte gauches se 
développent seuls. D'autres animaux inférieurs en 
comptent, au contraire, un très grand nombre. 
Tous les annelés, les vers cestoïdes, par exemple, 
sont pourvus d'organes mâles et femelles lors de 
leur maturité, comme nous l'avons déjà indiqué. 

De même qu'un testicule supplémentaire a été 
rencontré parfois chez l'homme, Kocks a trouvé un 
troisième ovaire adhérent à la matrice d une femme 
morte d'un cancer. Le docteur Puech a collecté 
plusieurs cas semblables contenant un vrai stroma, 
et des recherches récentes de Beigel à ce sujet il ré- 
sulte que ce fait n'est pas absolument rare. Sur 
trois cent cinquante autopsies, il a rencontré huit 
fois un ovaire supplémentaire. 11 est donc rigou- 
reux d'admettre que la menstruation persistante 
après l'ablation de deux ovaires, surtout dans l'ovi- 
riotomie normale qui se pratique à l'aveuglette — 
c'est-à-dire au simple toucher par le vagin, comme 
chez certains animaux — est due à une influence 
ovarienne. 

Les exemples de l'écoulement direct de ces règles 
par la cicatrice de l'opération, lorsque le pédicule 
ou moignon du kyste enlevé a été fixé à l'extérieur, 
sont une grande probabilité qu'elles résultent d'un 



MENSTRUATION. 

fragment de l'ovaire échappé au couteau. Le docteur 
Weinleichner en a obtenu la preuve positive en 
pratiquant une ovariotomie double à une jeune fille 
qui n'avait eu que trois fois ses règles auparavant. 
Elles reparurent régulièrement ensuite pendant huit 
années consécutives. Une tumeur, grosse comme 
une tête d'adulte, se montra alors. C'était un nou- 
veau kyste formé dans les débris abandonnés de 
l'ovaire gauche. Les difficultés inhérentes à une opé- 
ration si délicate expliquent une méprise aussi lé- 
gère. Au lieu d'être une contradiction à la règle, 
ces faits exceptionnels en sont donc une éclatante 
confirmation. 

La menstruation est aussi fondamentale pour la 
propagation de l'espèce que pour la santé et la con- 
servation de l'individu. Ses rapports sont si nom- 
breux et profonds avec les autres fonctions, que ses 
dérangements et sa suppression surtout entraînent 
les plus graves conséquences. Une peur, une joie, 
un plaisir ou une forte émotion, les chagrins pro- 
longés, suffisent à arrêter les règles, dont le reten- 
tissement a surtout lieu sur le cerveau. Un fait dé- 
monstratif de cette étroite dépendance cérébrale a 
été observé, par le célèbre aliéniste Esquirol, chez 
une dame de cinquante ans, dont la menstruation 
avait cessé depuis un an. Un tardif amour étant venu 
troubler son repos, le flux menstruel reparut et dura 
plusieurs années, soutenu par l'incitation de cette 
cause morale. 

Les dérangements de la menstruation, par retard 
ou insuffisance, en réagissant directement sur le 



MO LA GÉNÉRATION. 

cerveau, amènent spécialement des troubles de la 
vue, de l'ouïe chez les jeunes filles nerveuses, hys- 
tériques, en particulier de la onzième à la dix-sep 
tième année. Elles ne peuvent souvent se servir de 
leurs yeux pour un travail quelconque à courte dis- 
tance : lire, écrire ou coudre, qu'il y ait injection 
ou non. Des bourdonnements, des surdités passa- 
gères se manifestent également, et l'on a même 
observé des oreillons sympathiques, absolument 
comme les jeunes militaires. Devant ces accidents 
symptomatiques, c'est donc la menstruation qu'il 
faut rétablir ou régulariser pour les faire cesser. 

L'écoulement des règles, étant causé par l'expul- 
sion de l'ovule hors de la vésicule ovarienne, de- 
vient ainsi le signe apparent de la fécondité de la 
femme. Mais ce signe n'est pas absolument indis- 
pensable à sa fécondation. Les ovules existant dans 
l'ovaire antérieurement à la menstruation, celle-ci 
en marque seulement la maturité. Ils peuvent donc 
être fécondés par une copulation antérieure à son 
apparition, comme plusieurs exemples en témoi- 
gnent. 

Une fille de huit ans est ainsi devenue enceinte en 
1878 à Oberpallen (Luxembourg), d'après un rapport 
fait à l'Académie de médecine de Belgique. Les 
jeunes filles précoces à rechercher les rapports 
sexuels avant la menstruation y sont incitées sans 
doute par une maturation hâtive des ovules. D'oii 
ie danger de leur fécondation. 

On citait en 1879 l'exemple d'une veuve russe de 
Nijni-Novogorod, réglée pour la première fois à 



MENSTRUATION. 341 

trente-six ans, après avoir eu seize enfants, dont 
plusieurs jumeaux. Mariée à seize ans, sans être 
menstruéc, elle avait été constamment enceinte ou 
nourrice ensuite, sans que les règles aient eu le 
temps de paraître. La mort seule du mari permit à 
cette fonction de s'établir. 

Morgagni rapporte l'observation d'une fille qui, 
s'étant mariée sans être réglée, n'en fut pas moins 
féconde. Sa mère avait offert la même particularité, 
ce qui n'a rien d'extraordinaire, puisque la mens- 
truation n'est que la manifestation extérieure de la 
maturité des ovules. 



On peut juger, par cette description, des causes 
essentielles de stérilité qui menacent la femme et la 
frappent si souvent. Si, par le défaut d'érection, 
l'homme est soumis à de bien plus nombreuses 
causes d'impuissance qu'elle, combien n'est-elle pas 
plus exposée que lui à des causes directes et mul- 
tiples de stérilité! Il suffit que la matrice, organe 
unique, manque ; que l'ouverture principale, sa 
bouche, comme disent les Anglais, soit fermée, ré- 
trécie, déplacée ou oblitérée par le gonflement, le 
sang ou le mucus, et le zoosperme ne pouvant y pé- 
nétrer pour aller féconder l'ovule, la génération est 
rendue impossible. Les inflammations et les dépla- 
cements, les hémorrhagies, les tumeurs et toutes 
les maladies de cet organe sont autant d'obstacles 
à la réunion des deux principes de la fécondation, 
allant à la rencontre l'un de l'autre, et dont il est 



542 LA GENERATION, 

l'unique intermédiaire. Ce centre de la génération 
en est ainsi le plus grand écueil et son intégrité ne 
suffit pas d'ailleurs à la réaliser. 

D'autres causes existent encore en deçà comme au 
delà. Malgré l'état intact delà matrice, l'absence des 
ovaires, les tumeurs et les kystes de ces or^çanes, leur 
dégénérescence et leurs déplacements n'entraînent 
pas moins la stérilité, absolument comme les lésions, 
les altérations correspondantes des testicules et leurs 
annexes chez l'homme. Les vices de conformation, 
les oblitérations et les maladies des trompes de Fal- 
lope jouent le même rôle que l'épididymite, l'indu- 
ration et Tobstruction des canaux déférents dans 
l'autre sexe. Il est aussi difficile de les reconnaître, 
les constater, que de les combattre. Un signe seul 
pourrait en indiquer plus sûrement l'existence chez 
la femme : l'absence, les troubles ou les irrégula- 
rités de la menstruation. Mais la symétrie de ces 
organes annexes de l'utérus prévient ordinairement 
la manifestation de ce signe indicateur et empêche 
même la stérilité absolue. Comme tous les organes 
doubles, qui le sont ainsi en raison de leur impor- 
tance, quand l'un manque, est déplacé, malade ou 
altéré, l'autre y supplée et la fonction persiste. Il 
est très rare que les deux ovaires soient hernies si- 
multanément, mais les kystes doubles sont assez fré- 
quents. Beaucoup de femmes perdent ainsi leurs at- 
tributs, depuis que les chirurgiens anglais et amé- 
ricains nous ont appris à enlever ces organes pres- 
que aussi facilement que les testicules. L'ovariotomie 
est la castration de la femme et entraîne fatalement 



Ffie.OMI>AllON. 343 

sa stérilité comme chez l'homme, mais sans rien 
supprimer de ses idées, ses désirs, ses goûts, ses 
sentiments, ni rien de ses qualités de femme. 



Fécondation. 

C'est l'acte principal et décisif de la génération. 
Il résulte du contact, de la fusion et de l'assimilation 
l'une par l'autre des deux substances vitales émises 
par les deux sexes dans le spasme du coït. Un 
sperme fécondant, animé par les spermatozoaires, et 
un ovule fécondable, mûr, sont les deux conditions 
indispensables à sa réalisation. L'un de ces éléments 
sans l'autre n'est rien, il est stérile ; réunis, mé- 
langés, fusionnés, ils produisent, au contraire, cette 
œuvre admirable de la création : l'être humain. La 
vie est donc la résultante de la vie même par l'ac- 
complissement préalable des deux fonctions sépa- 
rées, mais analogues, des testicules et des ovaires, 
dont la spontanéité est au-dessus de la volonté. De 
la dualité naît ainsi la triplicité. 

Mécanisme. Sa connexité avec celui de la mens- 
truation, qui précède, en facilitera la description et 
l'intelligence. Seule, la copulation doit s'y ajouter 
pour mettre en rapport immédiat les deux appareils 
de la vie de reproduction. 

Ainsi émis par l'homme au fond du vagin, le 
sperme — en vertu de l'érectilité et du spasme réci- 
proque produit à ce moment suprême par l'orgasme 



344 LA GENERATION. 

vénérien de tout le système génital — est projeté, 
/ancé, dardé sur le col ou ouverture de la matrice 
qui l'aspire avec les animalcules qu'il contient. Dans 
leurs mouvements ondulatoires et ascendants, ceux- 
ci s'introduisent dans l'une des trompes qui les con- 
duit, les transporte jusqu'à l'ovaire. Qu'ils rencon- 
trent dès lors, ici ou là, sur leur trajet, un ovule fé- 
condable, mûr, adhérent à l'ovaire ou en descendant 
à leur rencontre, et ces deux éléments de l'embryon 
humain iront directement l'un vers l'autre pour se 
pénétrer et se fusionner réciproquement. C'est la 
même attraction naturelle et mystérieuse qui guide 
le plus petit grain de pollen, sur les ailes du vent, 
vers les fleurs à féconder, comme le poisson dans 
les flots est conduit sur le frai, répandu au hasard, 
pour y épancher sa laitance. 

A ces conditions essentielles doivent s'ajouter sans 
doute l'état normal et réciproque des organes copu- 
lateurs et la perméabilité des conduits mettant en 
rapport immédiat le liquide fécondant avec l'ovule 
fécondable. Le moindre obstacle entre eux entraîne 
fatalement l'infécondité, la stérilité de la copulation, 
comme nous avons pris soin de rindi(|uer à la des- 
cription de chaque organe et de leurs fonctions. Il 
sulfit qu'un écoulement de flueurs blanches acides 
et purulentes, produit par le catarrhe de la matrice 
si fréquent chez les femmes, baigne le vagin, pour 
tuer les spermatozoaires sur place et empêcher la 
fécondation. Mais la condition principale est que, 
chez l'homme, l'éjaculation ait lieu avec la force, la 
vélocité et la spontanéité qui en soni ie caractère 




FÉCONDATION. ^45 

spécial. Une éjàculation lente, déterminée par une 
érection incomplète, l'obturation des conduits, 
l'âge, la faiblesse ou les préoccupations, y nuit es- 
sentiellement. L'infécondité 
ordmaire des vieillards, mal- 
gré la présence des animal- 
cules dans leur sperme, est 
ainsi attribuée à leur insuffi- 
sance dans l'art reproducteur. 
Quoi qu'il en soit, voici le 
mécanisme, tel qu'on le re- 
présente, de l'acte intime de la fécondation de 
l'ovule par les spermalozoaires pénétrant son enve- 
loppe. 

Cette doctrine positive, déduite de nombreuses et 
patientes observations faites au microscope sur la 
femme et les animaux, suppose, comme on voit, la 
génération spontanée. Ces spermatozoaires dont les 
mouvements indiquent la vie, comment sont-ils nés 
dans les profondeurs des testicules, à l'époque pré- 
cise de la puberté ? Depuis que la théorie cellulaire 
et la découverte des germes atmosphériques et or- 
ganiques ont fait rejeter cette génération spontanée, 
les uns, à l'exemple de M. Ch. Robin, prétendent 
que ces animalcules ne sont qu'un composé de cel- 
lules qui, en se dissociant au contact de celles de 
l'ovule, se mêlent, se fusionnent et s'absorbent par 
endosmose pour produire l'embryon humain. D'au- 
tres, plus clairvoyants, comme llîeckel, n'y verront 
que des plastidules infinitésimales s'agrégeant et se 
disposant, motu proprio, pour le former. Enfin les 



340 LA GÉNÉRATION. 

panspermistes admettront sans cloute dans le sperme, 
avec M. Pasteur, à défaut de pouvoir les démontrer, 
des germes formateurs des spermatozoaires qui don- 
nent la vie humaine. Et voilà comment, de théories 
en hypothèses, on est arrivé aujourd'hui, pour ex- 
pliquer la vie sans Dieu, à ériger des systèmes sur 
des molécules, des atomes impondérables, qui re- 
culent la difficulté de la question sans la résoudre. 
Car ces cellules, ces plastidules, ces globules-germes 
se formant par segmentation ou scissiparité d'êtres 
infiniment petits, comme la bactéridie, le vibrion, 
ne sont-ils pas, en définitive, une portion minime 
de cette vie même? Ils la transmettent donc au 
même titre qu'ils l'ont reçue, sans que le secret, le 
mystère, en soient mieux éclaircis. 

Cette proposition ressort des dernières recherches 
de M. Duval pour saisir les premières phases de la 
formation des spermatozoïdes de la grenouille. (V. 
p. 325.) Au lieu d'en examiner les testicules quel- 
ques mois seulement avant l'époque de son accou- 
plement en mars, comme on l'avait fait avant lui, il 
l'a répété immédiatement après en avril. Et il a 
reconnu le développement de grandes cellules avec 
de nombreux noyaux, au lieu de l'aspect en grappe 
constaté par les micrographes précédents. Un bour- 
geon apparaît en juillet sur chacun de ces noyaux, 
s'isolant lentement de la grande cellule-mère. Ce 
sont les spermatoblasles qui, en se délimitant, se 
disposent en grappe et dont chacun est un sperma- 
tozoïde en voie de formation. 

En reliant ainsi la formation des animalcules fé- 



FÉCONDATION. 541 

condants au Sj'stème cellulaire, comme chez les 
plantes et les zoophytes, sans sexe, on croit triom- 
pher de la difficulté. Mais l'impossibilité de consti- 
tuer spontanément une seule cellule vivante laisse le 
problème de l'origine de la vie de cette cellule aussi 
redoutable et insoluble que celle du spermatozoïde. 
La difficulté est tournée, elle n'est pas vaincue. Si 
la vie réside dans toute cellule, sous quelque forme 
qu'elle se présente, on est bien forcé d'admettre que 
celle-ci est douée de propriétés spéciales et su- 
périeures. Après les constatations faites sur les ani- 
maux de la réunion, la fusion de ces deux cellules 
différentes, spermatique et ovarienne ou mâle et 
femelle, et l'absorption consécutive de l'une par l'au- 
tre, il est démontré que des modifications profondes 
sont aussitôt imprimées à celle qui survit. Comme 
le simple grain de levure, ajouté à la pâte, la fait 
lever et fermenter, celle-ci sort de sa vie latente, 
endormie, et acquiert une vie active apparente, toute 
nouvelle, un développement dont elle était inca- 
pable auparavant. Elle prolifère et produit les élé- 
ments, les tissus, les organes qui apparaissent suc- 
cessivement pour former l'embryon et le fœtus 
ensuite. Et delà simple conjugaison de ces cellules, 
ovoblastes ou spermatoblastes, résulteront deux êtres 
aussi distincts que l'homme et la femme, sans que 
l'on puisse seulement découvrir le secret de cette 
différence du sexe par les caractères de ces cellules, 
ni même des œufs. Si donc cette cellule est l'origine 
de la vie humaine, il faut bien reconnaître qu'elle 
est la puissance et la majesté suprêmes, au-dessus d« 



548 LA GENERATION. 

toutes les autres qu'elle contribue à former. C'est 
la cellule-uière et ipaîtresse, contenant l'homme 
tout entier, puisqu'il résulte de son développement 
et sa prolifération. 



La volonté, le désir des conjoints, sont aussi in- 
différents à cette fusion que la simultanéité du 
spasme voluptueux auquel on l'a souvent attribuée. 
La fécondation de la femme s'opère avec indiffé- 
rence et même répugnance de sa part. Des exemples 
assez nombreux en témoignent. Telles sont les vio- 
lences brutales commises par des rôdeurs, l'o- 
dieuse licence des soldats dans les places de guerre 
prises d'assaut et autres faits du même genre. Elle 
peut aussi être fécondée étant évanouie, endormie 
ou insensibilisée par le magnétisme ou l'hypno- 
tisme, le chloroforme, l'ébriété ou la fureur erotique. 
Mais rien ne démontre avec plus d'évidence son 
rôle passif, dans cet acte important, que sa fécon- 
dation artificielle, réalisée sans copulation, dans 
ces derniers temps. 

Spallanzani ayantréussi, dès la fin du dix-huitième 
siècle, à féconder artificiellement des femelles de 
plusieurs espèces anmiales, notamment la chienne, 
en leur injectant dans la matrice une petite quantité 
de sperme recueillie chez le mâle, dos tentatives fu- 
rent faites sur la femme, llunter conseilla ainsi à 
un homme atteint d'hypospadias, qui ne pouvait f^ 
conder sa femme, de lui injecter directement son 
sperme avec une seringue, ce qui réussit parfaite- 



FÉCONDATION. 54'' 

meut. Le docteur Girault répéta cette expérience sur 
douze femmes, stériles jusque-là, auxquelles il pra- 
tiqua vingt-sept injections. Il en obtint huit gros- 
S€.sses dont une de deux jumeaux. Les observations 
en ont été publiées en 1870, comme un sûr remède 
contre la stérilité. 

D'autres médecinsdistingués, le professeur Courty, 
L'iarion.Sims, Gigon, Lesueur, Roubaud, ayant ré- 
vété ces expériences de différentes manières, en ont 
obtenu des succès variés. Sans examiner la moralité 
de cette pratique, ses différentes méthodes, ni les 
indications limitées de son emploi, elle n'en prouve 
pas moins péremptoirement la fécondation, en dé- 
truisant toutes les hypothèses contraires, et reste 
une précieuse ressource à utiliser, quand il n'est 
pas possible de faire autrement, pour guérir la sté- 
rilité. Les divers procédés de la Fécondation arti- 
ficielle sont ainsi décrits dans la Stérilité humaine 
comme un remède à lui opposer dans certains cas. 
Les époux peuvent même en employer en secret. 



La fécondation à distance, aussi bien constatée 
et incontestable que la précédente, en offre d'ailleurs 
la confirmation, tout en en étant le plus frappant 
contraste. Observée dans tous les temps, elle fut 
attribuée autrefois par erreur à l'essence gazeuse, la 
vapeur, sinon l'odeur du sperme, ou aura semina- 
lis. Ce fut longtemps la doctrine régnante avant la 
découverte des spermalozoaires. En se répétant de nos 
jours, ces faits ont dû être interprétés, expliqués 



550 LA GÉNÉRATION. 

par le mouvenienl ondulatoire et ascensionnel de 
ces animalcules, lorsque le sperme est émis simple- 
ment sur la vulve. Cette émission suffit en effet, sans 
la moindre intromission de la verge, pour que la fé- 
condation s'ensuive, comme les deux cas suivants en 
sont des preuves authentiques. 

Joulin fut consulté en 1861 par une femme de 
vingt-sept ans pour une tumeur abdominale qui lui 
causait de vives inquiétudes. Après un examen at- 
tentif, il conclut à une grossesse de six à sept mois. 
Elle opposa à ce diagnostic une raison péremptoire 
en apparence : elle était vierge. La membrane hy- 
men, très développée, était intacte et permettait à 
peine l'introduction du petit doigt. Néanmoins, 
l'auscultation révélait les bruits du oœur du fœtus, 
qui confirmaient assurément une grossesse indénia- 
ble. D'après ses aveux spontanés, elle n'avait subi 
qu'un seul rapprochement prévulvaire, c'est-à-dire 
plutôt en avant que sur la vulve. Et malgré la vé- 
racité de ce récit, elle était bien enceinte. 

Une dame d'une trentaine d'années, vêtue de 
noir, grande, brune, figure pâle, fatiguée, un sac 
de nuit à la main, se présente à six heures du ma- 
tin chez le professeur Pajot. « Monsieur, dit-elle, 
j'arrive d'un pays très éloigné; j'ai passé la nuit en 
chemin de fer et je repars dans une heure. J'ai fait 
ce voyage pour vous adresser une question. Le mé- 
decin de mon pays a été votre élève et voilà com- 
ment je sais votre nom et votre adresse. 

— Mais, madame, lui dit M. Pajot, pourquoi 
n'avoir pas fait cette question à votre médecin? 



FÉGOiNDATION. 351 

— Vous allez voir que je ne le pouvais pas. // ne 
faut pas que je sois enceinte. Une femme peut-elle 
le devenir sans rapports, sans contact avec un 
homme? 

— Entendons-nous, madame, qu'appelez-vous 
sans contact? 

— Voici les faits. En revenant chez moi d'un 
château des environs, en calèche, avec un homme 
que j'aime et qui m'aime, mais auquel je ne dois 
pas appartenir, supposez tout, sauf le contact. Une 
grossesse serait-elle possible dans ces conditions? 

— Enfin, madame, tout ouvrage est précédé 
d'une préface, d'un avant-propos ou d'une intro- 
duction ; y a-t-il eu une préface î 

— Tout, excepté cela. 

— Ce serait un bien grand hasard, cela n'est pas 
probable; laissez-moi vous examiner. 

Ses règles n'avaient jamais manqué ; elles man- 
quaient depuis trois mois. L'aréole avait bruni. Le 
palper atteignait le fond de l'utérus au-dessus du 
pubis. Au toucher, le segment inférieur était déve- 
loppé. La muqueuse du pourtour de l'orifice nuUi- 
pare molle et un peu gonflée. Nausées, vomisse- 
ments, dégoûts, picotements des seins, enfin toua 
les signes d'une grossesse probable. 

En lui disant ce qu'il en pensait, M. Pajot pressa 
encore celte dame de tout lui révéler. Elle affirma 
avec un air de sincérité indéniable qu'elle avait dii 
toute la vérité, et s'affaissa sur un siège. 

Cette observation m'est revenue à la mémoire, 

dit l'auteur, quand j'ai eu à constater, par excep- 



352 LA GÉNÊIUTION. 

lion, des spermes de la richesse la plus extraordi- 
naire. Si elles pouvaient prévoir, combien les fem- 
mes se défieraient de ces mâles d'une si puissante 
opulence! Au milieu d'une tranquillité complète, 
quelle stupéfaction pour elles en s'apercevant que 
les graines jetées sur le seuil ont pu s'introduire et 
fructifier dans la maison ! Là est, en partie, le secret 
des grossesses avec intégrité de l'hymen, » [Travaux 
d'obstétrique.) 

Ces faits s'expliquent par la mobilité dont les 
spermatozoaires sont doués, A peine déposés sur la 
vulve, ils s'introduisent avec le sperme dans le vagin 
et se dirigent vers la cavité utérine. Leur vitesse est, 
d'après Henle qui l'a mesurée, de un centimètre en 
quatre minutes. Et comme la vingt millième partie 
d'un milligramme de sperme suffit à animer un ovule, 
la fécondation peut ainsi en résulter. Beaucoup de 
grossesses se réalisent à l'insu même des intéressés, 
alors qu'ils ont tout fait pour les prévenir. Il n'est pas 
rare de rencontrer des maris et des amants qui sont 
disposés à décliner de bonne foi une paternité très 
légitime dans ces conditions, sous prétexte qu'ils ont 
toujours accompli la dernière partie du coït de 
manière à rendre la fécondation impossible. Pour le 
repos des familles, il est bon que cette erreur soit 
complètement détruite. Une femme peut devenir 
mère, sans que, dans le rapprochement sexuel, il y 
ait eu intromission. 

VÉpoque essentiellement favorable pour la fé- 
condation de la femme est l'apparition de ses règles. 



FËCONDATÎOS. 353 

En indiquant la maturité de la vésicule de de Graaf 
et sa rupture pour l'expulsion de l'ovule, la mens- 
truation provoque aussi une excitation des organes 
génitaux très propice à l'imprégnation. Le père de 
la médecine l'avait bien observé en érigeant ce pré- 
cepte pour les femmes stériles : « de rechercher 
les rapprochements conjugaux pendant les jours qui 
suivent immédiatement les règles ». Boerhaave a 
confirmé le fait parces paroles : Fœmine semper con- 
cipiunt post uUima menstruael vix ullo alio tem- 
pore. C'est en suivant ce conseil, donné par Fernel 
à Henri II, que ce monarque, après onze ans de 
mariage demeuré stérile, vil sa femme Catherine de 
Médicis lui donner plusieurs héritiers. Halier, Bur- 
dach et tous les grands médecins ont émis la même 
opinion, établie depuis sur des preuves positives 
par Pouchet, de Rouen, au commencement de ce 
siècle. 

« La conception, dit-il, ne peut s'opérer que du 
premier au douzième jour consécutif aux règles et 
n'a jamais lieu après cette époque. Elle est physique* 
ment impossible après lesquatorzc jours qui suivent 
jusqu'à leur réapparition. » C'est, en effet, à partir 
de leur dernière menstruation que comptent les 
femmes enceintes pour accoucher, mais sans avoir 
jamais établi si l'accouchement coïncide toujours 
exactement avec cette époque ou les dix à quinze 
jours suivants. Le plan du docteur A. Mnyer, de 
laisser aux époux, qui ne veulent pas augmenter 
leur famille, un. temps suffisant entre les époques 
menstruelles pour se livrer librement au coït, sans 

20. 



354 LA GÉNÉRATION. 

contrainte, ni artifice, ni fraude, est appuyé sur celle 
théorie. Il dit bien n'avoir trouvé que peu de faits 
pour la démentir, mais de nombreuses exceptions 
lui ont été signalées par d'autres médecins. 

L'observation, chez la femme, est d'ailleurs in- 
suffisante pour établir une sécurité parfaite à ce su- 
jet. D'autant moins que beaucoup de femmes sont 
réglées irrégulièrement, en avance ou en retard, 
variant de plusieurs jours. Si l'infécondité est fixée, 
d'après ces calculs, du quatorzième jour après les 
règles aux quelques jours qui les précèdent, quel 
serait cet intervalle propice chez les femmes, jeunes 
surtout, qui sont réglées tous les dix-huit à vingt 
jours, comme c'est le plus souvent le cas? 

La fécondation est réputée impossible pendant le 
cours des règles, non seulement à cause de l'écou- 
lement du sang faisant obstacle à la progression du 
sperme, mais parce que la vésicule que doit émettre 
l'ovule se développe durant cet écoulement. De là 
les lois de Moïse et celles de l'hygiène pour obser- 
ver la continence durant cette période, considérée 
généralement comme frappée d'impureté. C'est 
seulement ensuite, soit immédiatement après leur 
cessation, soit durant les huit à dix jours suivants, 
que l'époque la plus propice est fixée. Telle est la 
règle ; mais l'étude et l'observation journalière dé- 
montrent qu'elle se réalise aussi ultérieurement. En 
douter serait méconnaître et nier la loi générale des 
variétés organiques individuelles. L'ovaire varie 
dans la sécrétion, l'abondance et la maturité des 
vésicules germinatives, selon les conditions mdivi- 



FÉCONDATION. 355 

duelles de la femme, comme le sperme et les ani- 
malcules chez l'homme. De là les variations def 
règles et de la fécondation. La doctrine de Poiichet 
est donc trop absolue et peut induire bien des époux 
en erreur; en la suivant à la lettre, ils s'exposent à 
de grandes déceptions. 

De même que le laboureur plante et sème dans 
des circonstances et des conditions déterminées 
pour avoir une germination féconde, sans influer 
directement sur celle-ci, le pouvoir et la volonté de 
Vhomme sont limités à observer les conditions pré- 
citées et celles qui suivent, indiquées par l'embryo- 
génie, pour avoir des enfants. 

Il en est autrement chez les animaux, dont la pre- 
mière copulation est presque toujours certainement 
suivie de fécondation. N'étant possible et pratiquée 
qu'à des intervalles éloignés, à des époques fixes de 
l'année, elle est plus constante et sûre dans ses ré- 
sultats. Les parties génitales des deux sexes, celles 
de la femelle surtout, se trouvent à un degré d'ex- 
citation qui la fait réussir presque à coup sûr. In- 
cessamment praticable dans l'espèce humaine, au 
contraire, elle y est ordinairement frustre. Les excès 
et les abus innombrables commis entre les deux 
sexes, où le coït n'est qu'un stérile et énervant 
passe-temps, font manquer le plus souvent l'excita- 
tion naturelle nécessaire à cet acte. 

Une certaine période de l'année a cependant été 
fixée de tout temps comme spécialement favorable à 
cette fonction, pour l'espèce humaine comme pour 
les animaux, et il est [îermis de se demander si elle 



356 LA Cjfci>£ùAi Iviii. 

ne lui a pas été primitivement assignée comme plus 
féconde que toutes les autres, a Vernum aulem 
tempus optimum est ad conceptum » est un apho- 
risme répété depuis vingt siècles pour exprimer ce 
fait et le consacrer. Presque toutes les statistiques 
recueillies en Europe confirment, en effet, que !• 
plus grand nombre de fécondations s'opère dans le 
mois de mai. Le tableau des naissances à Paris pen- 
dant six ans, dressé par Duvillard, donne, sur un 
total de 595 463 naissances, 161299 dans le pre- 
mier trimestre, ce qui correspond à la fécondation 
du printemps, au lieu de 140 à 146 000 seulement 
dans les trimestres suivants. 

Les recherches statistiques faites depuis par 
M. Villermé, en France, et Quételet, en Belgique, 
ont entièrement confirmé cette prédominance des 
fécondations au printemps. Cette saison du renou- 
veau exerce une action excitante tellement spéciale 
sur les fonctions génératrices qu'elle est plus mar- 
quée dans les campagnes que dans les villes, les 
grandes capitales surtout, oii cette influence printa- 
nière est moins ressentie par les habitants en vertu 
du climat artificiel qu'ils se créent en hiver. C'est 
par la même raison que le maximum des féconda- 
tions en Suède, en Finlande et à Saint-Pétersbourg 
a lieu en décembre et en janvier, car l'influence du 
printemps est sensible partout ailleurs. 

Elle se révèle jusque dans la statistique de la 
justice criminelle. C'est au printemps que se com- 
mettent le plus de viols et d'atlendats à la pudeur, 
sans que l'on puisse expliquer la fréquence de ces 



FÉCONDATION. 35T 

crimes par suite des promenades solitaires avec des 
vêtements légers, les rencontres dans les bois et lea 
lieux écartés, qui ont lieu à cette époque. En se re- 
produisant en août et en septembre, ces mêmes causes 
déterminent des effets tout dilférents, car ces mois 
sont ceux où il y a le moins de viols et de conceptions. 

En effet, des 800 cas de ce genre recueillis par 
Villermé pendant trois années successives, 295 
existent dans le trimestre de mai, juin et juillet, 
tandis que 205 figurent seulement dans le suivant 
et de moins en moins dans les deux autres. 

La même proportion est confirmée par les résul- 
tats obtenus de 1858 à 1869 inclusivement. De 4194 
dans le premier trimestre, les cas sont réduits à 
3221 dans le second et de plus en plus inférieurs 
dans les deux autres. C'est donc une loi confirmée. 

Démonstrations évidentes que le printemps, jeu- 
nesse de l'année, saison des fleurs, du bonheur et 
de l'allégresse de la nature, période de pléthore et 
d'exubérance de la vie, est aussi l'époque de l'ar- 
deur génésique et de l'énergie prolifique de l'espèce 
humaine; sorte de rut périodique auquel l'homme 
ést assujetti, jusqu'à un certain point, comme les 
autres espèces animales. Dès qu'il s'agit des fonctions 
reproductrices, des rapports qui relient les unes aux 
autres les générations successives, il se manifeste 
entre les deux règnes des ressemblances qui vont 
jusqu'à l'identité. 

VAge le plus favorable à la fécondité est, d'après 
les statistiques, de 33 ans pour l'homme et de 26 



358 LA GENERATION, 

pour la femme, surtout quand ils se rapprochent 
dans cette proportion moyenne. Sur 51 mariages 
contractés en France et ayant donné 10 enfants au 
moins, M. Ducliâtelier' a trouvé que la femme avait 
trois ans de plus que l'homme dans 12, et dans 12 
autres il y avait égalité d'âge, tandis que dans 27 
le mari comptait de cinq à neuf ans de plus que la 
femme. 

En Angleterre, la fécondité des mariages est, 
d'après Sadler, de 4,87 lorsque le mari est plus 
jeune que la femme; de 6,17 dans le cas d'égalité 
d'âge, et de 5,57 quand le mari est plus âgé de un à 
seize ans. Au delà do cette augmentation, elle tombe 
à 4,55. 

La meilleure condition, dans les climats tempérés, 
c'est que l'âge de l'homme soit élevé de quelques 
années sur celui de la femme. 

C'est de 30 à 35 ans que la fécondité est le plus 
intense chez la femme. Sur une statistique de plus 
de 1 500 000 naissances en Suède, une accouchée 
sur 4,3 avait cet âge et une seulement sur 4,6 de 
25 à 30 ans. Elle cesse ordinairement de 45 à 50 
avec la menstruation. Les femmes encore fécondes à 
cet âge sont de très rares exceptions. 

Les différonces constatées à ce sujet tiennent à la 
vitalité ou l'atonie des ovaires et à leur atrophie. 
L'embonpoint et l'obésité sont les meilleurs signes 
extérieurs de l'infécondité et la maigreur du contraire. 

Les Prédispositions, en dehorsde la menstruation, 
ne sont guère plus accentuées ni mieux connues. 



FÉCONDATION. 359 

Les femmes les plus ardentes ne sont pas toujours 
les plus fécondes ; il en est de très froides qui ont 
beaucoup d'enfants. Une parfaite régularité des 
règles, en quantité et en qualité normales, accu- 
sant une grande vitalité des ovaires pourvus de 
nombreuses vésicules ou ovules, est évidemment k 
plus positive. La fécondation est alors rendue d'au- 
tant plus probable qu'une certaine harmonie d'op- 
position physique et morale existe entre les deux 
conjoints. 

L'objet essentiel de ce contraste favorable à la 
fécondité est que leurs qualités physiques et mo- 
rales se complètent et s'achèvent les unes par les 
autres, en formant un tout harmonique au bénéfice 
de l'œuvre commune à accomplir. Les hommes 
éprouvent ainsi une répulsion pour les temmes hom- 
masses et les iemmes pour les hommes efféminés. 
C'est entre l'homme brun, robuste, ardent et impé- 
tueux, et la femme blanche, faible, timide et ner- 
veuse, que s'établit l'amour le plus pénétrant. Plus 
il y a de contrastes dans leurs caractères, plus il y 
a d'union dans leurs harmonies, dit Bernardin de 
Saint-Pierre, dans ses Études de la nature. De là, 
selon Virey, des sympathies innées de l'individd 
constitué en plus avec celui constitué en moins, d'où 
résulte l'unité physique et morale décrite par les 
philosophes grecs et si désirable dans le mariage. 

L'abaissement, le prolapsus de la matrice ou l'al- 
longement de son col, saillant et béant à l'entrée du 
vagin, comme cela existe chez quelques femmes, 
rendent la fécondation d'autant plus facile et fré- 



580 LA GÉNÉRATION. 

quente. Elle s'opère .ilors presque artificiellement 
par le contact immédiat du pénis avec l'ouverture 
delà matrice. Des grossesses imprévues en résultent, 
malgré toutes les fraudes, les ruses et les précau- 
tions imaginables. Les coïts dérobés, incomplets, 
debout, sont même les plus dangereux sous ce rap. 
port, par l'intromission, la pénétration incomplète 
qui en résulte, comme les deux exemples suivants 
en sont la preuve. 

Une fille de vingt-sept ans, atteinte de leucor- 
rhée abondante, avait la matrice si fortement 
abaissée que le col apparaissait à l'entrée du vagin. 
Ce déplacement pouvait être attribué aux lourds far- 
deaux qu'elle avait longtemps soulevés et portés 
sur sa tête. Elle était enceinte, quoique ayant pra- 
tiqué le coït debout pour ne pas avoir d'enlants. 
Le sperme ayant pu jaillir sur le col, entre les 
lèvres de la vulve béante, avait rendu la fécondation 
possible, sans que l'amant voulût reconnaître l'en- 
fant, disant qu'il était impassible qu'il fût le sien. 

Une femme de quarante-quatre ans, veuve depuis 
douze ans et ayant de grands garçons, craint d'être 
enceinte pour s'être oubliée debout cinq mois au- 
paravant. Au toucher, elle avait le col très bas et se 
trouvait enceinte en effet de trois à quatre mois. 
^Bergeret, Des fraudes dans r accomplissement des 
fonctions génératrices. Paris, 1877.) 

C'est naturellement le contraire dans les condi- 
tions opposées. Les femmes mal réglées, en avance 
ou en retard, avec excès ou parciuionie, et toujours 
plus ou moins leucorrhéiques, sont peu exposées à 



FÉCONDATION. 361 

la fécondation, surtout avec un homme d'un tempé- 
rament froid, lymphatique. 

La similitude de tempérament, de goûts et de 
dispositions constitutionnelles, est aussi une causé 
d'infécondité. Elle se manifeste ainsi entre veufs et 
veuves remariés, encore jeunes et ayant eu séparé- 
ment des enfants d'une union précédente; tandis 
que beaucoup de mariés, n'ayant eu aucun enfant 
ensemble, en ont ensuite séparément par une union 
clandestine ou légitime. Cette infécondité relative 
ne doit pas être confondue avec la stérilité. Voltaire 
et la marquise du Châtelet, d'un tempérament et 
d'un caractère semblables, ne pouvaient ni se quit- 
ter ni rester longtemps ensemble ; l'égalité de leur 
esprit était une source de querelles, essentiellement 
nuisible à la fécondité. 



De là l'infécondité fréquente des unions consan- 
guines, causée par la ressemblance du tempérament, 
diBS goûts et des dispositions constitutiotmelles. Sur 
82 mariages entre cousins germains ou issus de ger- 
mains et 4 entre oncle et petite-nièce, datant de huit 
à dix ans, "22 ont été stériles, dont 16 absolument 
et 6 où la conception a été suivie d'avortement dès 
les premiers mois. Les lois civiles et religieuses qui 
condamnent et empêchent ces unions entre proches 
parents, au point de vue de la pudeur et de la mo- 
rale, sont donc aussi bien justifiées quant à leur in- 
fécondité par le défaut de contrastes et la frigidité 

qui en résulte. C'est leur principal écueil. L'extinc* 

21 



358 LA GÉNÉRATION. 

tion (le la noblesse française et des grands nom» 
historiques des autres nations de l'Europe est ainsi 
rapportée à l'habitude, existante autrefois, de s'ailiôr 
et de s'unir entre consanguins, pour mieux consfîï- 
ver titres, noms et fortunes. 

Une notable disproportion d'âge, comme la simi- 
litude de tempérament, une antipathie décidée ie 
caractères et de goûts, des défauts organiques 
cachés, sont aussi des causes de stérilité, à moins 
que l'harmonie d'humeur ne s'établisse à la longue 
par l'effet de l'habitude. Les fécondités tardives n'ont 
souvent pas d'autres causes. 

L'infécondité a aussi été attribuée à une grande 
disparité de naissance, d'éducation, déposition, de 
fortune, comme à l'uniformité d'occupation et de 
profession. Mais aucune preuve concluante n'est 
fournie à l'appui, car l'exemple suivant, rapporté par 
Roubaud, n'est guère démonstratif. 

Deux époux, ayant perdu leur premier enfant, 
établirent un commerce qui les obligeait de rester 
assis de sept heures du matin à minuit, dimanches 
et fêtes compris. Dix ans après, il n'avait pas eu 
d'autre enfant, et ce repos absolu, dans la position 
assise surtout, pouvait sans doute être une cause de 
stérilité. La femme étant devenue enceinte, le mari 
confia à son médecin qu'il avait une autre preuve 
de sa virilité : une maîtresse qu'il avait depuis trois 
mois était aussi enceinte. Mais le docteur apprit 
ensuite d'une domestique que l'épouse avait aussi 
un amant et qu'il était l'auteur de sa grossesse 
par l'aveu même de la femme. La stérilité n'était 



FÉCONDATION. 363 

donc que relative entre les deux époux, puisqu'ils 
avaient pu être léconds séparément. Leur occupation 
uniforme en était-elle plutôt la cause que leur infi- 
délité réciproque? That is tlie question. 



La nutrition est inséparable do la fécondité. Un 
individu trop peu nourri est stérile; à partir d'un 
certain degré de nutrition, il devient fécond; mais 
la fécondité n'augmente pas indéfiniment avec la 
nutrition, elle atteint bientôt son m;ixiinum, puis 
diminue peu à peu et finit par disparaître chez les 
gens trop nourris ou trop avancés en évolution. 

L'embonpoint, l'obésité de la femme diminue ma- 
nifestement sa fécondité. L'exemple de tous les 
grands mammifères domestiques le confirme, car il 
suffit de les soumettre à un engraissement précoce 
pour les rendre stériles. Le développement exagéré 
des plantes, fruits et légumes surtout, détermine 
également leur infécondité. Les fleurs dont les éta- 
mines se transforment en pétales, par un excès de 
nutrition, sont aussi stériles, comme les femmes 
dont les forces vitales abandonnent l'appareil géné- 
sique pour se concentrer dans le tissu graisseux. La 
vie molle, luxueuse, mondaine, des femmes riches, 
est aussi, pour le docteur A. Mayer, une cause de 
stérilité, contrairement à ce qui a lieu chez l'homme, 
dont la condition principale d'énergie et de fécondité 
estd'étrelargemenlnourrietbiendisposémoralement. 

Fondé sur ce fait bien connu, ce disciple de Mal- 
thus, dont l'apostolat consiste à limiter la popula- 



364 LA GÉNÉRATION, 

tion française, a promulgué une nouvelle Ihéori* 
«'imposant d'autant plus à l'examen qu'elle sembla 
justifier le dicton populaire : les malheureux vien 
nent dru comme grêle. C'est que la fécondité de la 
femme est proportionii«IUè l'intensité des privations 
qu'elle endure. « En raison de son rôle passif, ces 
privations sont, dit-il, une condition de sa fécondité, 
parce que la force plastique, ne trouvant pas à épui- 
ser son action dans l'élaboration des matériaux des- 
tinés à l'entretien de l'individu, em.ploie son sur- 
croît d'énergie au bénéfice de la reproduction. » 

11 assimile de la manière suivante ces pauvres 
femmes aux carpes de la Sologne, dont la croissance 
et le développement sont si rapides dans les étangs, 
qu'elles restent stériles. Pour en conserver la graine 
et les rendre fécondes, les propriétaires en placent 
dans d'étroites pièces d'eau, appelées carpières de 
misère, oîi, entassées par myriades les unes sur les 
autres, ces carpes, mourant de faim et ne pouvant 
ni profiter ni croître, pondent et produisent des pei- 
nards, « comme les femmes du peuple, ajoute-t-il, 
dans ces ménages entassés les uns sur les autres 
dans les étroites carpières des cités industrielles, 
produisent ces enfants qui sont le peinard humain ». 
Touchant rapprochement ! 

Ce réaliste incomparable trouve encore la preuve 
de cette étrange doctrine parmi les femmes du peu- 
ple chétives, exténuées et souffreteuses, qui pullu- 
lent, comparativement aux femmes du monde si peu 
fécondes, quand elles ne restent pas absolument 
stériles. Et il cite h l'appui l'exemple de cette dame 



FÉCONDATION. SOS 

qui ne put avoir d'enfants tant qu'elle mena du 
matin au soir une existence somptueuse et dissipée 
à Londres, tandis que devenue pauvre, par un revers 
de fortune, elle se vit, en peu d'années, mère d'une 
nombreuse famille, quoiqu'elle ne fût pas privée de 
viande. Mais ce n'est là qu'un fait exceptionnel, 
dont l'explication toute naturelle est peut-être dans 
l'âge et la vie mondaine, sinon galante, de cette 
femme. On ne saurait donc s'y arrêter, pas plus 
qu'aux statistiques montrant une natalité considé- 
rable après les grandes disettes et les époques où le 
jeûne de l'Eglise était rigoureusement observé. Tant 
d'autres causes peuvent y contribuer, qu'il serait 
puéril de l'attribuer exclusivement aux privations. 
Cette interprétation est d'ailleurs contradictoire. 
Un cruel tyran, le ventre, domine toute la nature, 
dit Michelet; il dompte jusqu'à l'amour. L'aisance 
et le bien-être augmentent la puissance prolifique 
de l'homme, en raison de son rôle actif. Il est peu 
enclin aux plaisirs de l'amour, quand, insuffisam- 
ment nourri, il souffre de la faim, succombe sous le 
poids de la fatigue corporelle et est accablé par les 
soucis d'une existence mal assurée : — sme Bacchus 
et CererCy friget Venus. — Mais comment, le mari 
n'étant pas dans les conditions de misère physique 
et morale pour se livrer aux rapprochements sexuels, 
la femme s'y trouve-t-elle pour être fécondée si faci- 
lement? Les privations, la misère, le chagrin, sont 
ordinairement communs dans le ménage, comme le 
bien-être, la joie et le plaisir. En faire profiter ex- 
clusivement l'homme au détriment de la femme est 



S60 LA GÉNÉRATION. 

une supposition inadmissible ; elle n'est imaginée 

que pour les besoins de la cause. 

La différence de race entre les deux conjoints 
augmente parfois la fécondité. Les Ilottcntotes ob- 
tiennent tout au plus trois ou quatre enfants de 
leurs maris. Avec les nègres, elles triplent ce nom- 
bre et plus encore avec les blancs, selon Levaillant. 
Comme métis, les mulâtres entre eux sont moins 
féconds que croisés avec des races primitives. 

Le Siège, ou plutôt le lieu oiî s'opère le contact 
immédiat des spermatozoaires avec l'ovule, n'est 
précisément ni fixe ni déterminé. D'après les expé 
riences et les observations, ce phénomène s'accom- 
plirait sur l'ovaire même, où les animalcules fécon- 
dants s'élèvent par leurs propres mouvements, en 
parcourant tout l'étroit pertuis de la trompe qui va 
de la matrice sur l'ovaire. On les a rencontrés vi- 
vants, cheminant dans ce conduit, sur des chienne» 
et des lapines mises en expérience plusieurs jour» 
après avoir été couvertes une seule fois. 

Cette opinion, la plus accréditée, a aussi de 
grandes probabilités en sa faveur. L'ovaire est l'ana- 
logue du testicule; l'un et l'autre subissent les 
plus grands changements à l'époque de la puberté, 
et leurs maladies, comme leur ablation, entraînent 
également la stérilité de l'homme et de la femme. 
On sait positivement, d'autre part, que les femelles 
des espèces infécondes, comme la mule, n'ont ni 
vésicules ni ovules dans leurs ovaires. Nul doute ainsi 
que la partie fécondable n'en vienne. 



FÉCONDATION. 367 

On a tiré d'autres preuves des grossesses extra-uté- 
rines, c'est-à-dire hors de la matrice. Les grossesses 
abdominales ont été ainsi attribuées à la chute de 
l'ovule fécondé que le pavillon de la trompe ne peut 
saisir ou laisse échapper et qui tombe alors dans le 
ventre. La rétention ou l'arrêt de cet ovule dans 
l'étroit conduit des trompes, par un spasme ou 
une obstruction quelconque, rendraient également 
compte des grossesses tubaires. Enfin la plus con- 
vaincante serait la grossesse ovarienne même, dont 
le professeur Lallemand a constaté un exemple, dans 
les circonstances suivantes. Une femme venait de 
recevoir les caresses de son mari, lorsqu'un homme 
se présenta subitement dans sa chambre. Une gros- 
sesse extra-utérine en résulta, dont cette femme mou- 
rut. L'autopsie montra un embryon développé dans 
l'ovaire, et l'on admit que la frayeur éprouvée au 
moment de la fécondation avait si fortement agité, 
ébranlé les trompes, que l'ovule n'avait pu s'y 
introduire et s'était ainsi développé sur l'ovaire 
même. 

Si incontestables que soient les grossesses de ce 
genre, elles n'en justifient pas mieux l'interprétation 
qu'on leur donne. Cette fécondation instantanée, par 
l'acheminement immédiat des spermatozoaires sur 
l'ovule, n'est pas admissible. Le trajet de la matrice 
à l'ovaire est trop long et difficile pour le parcourir 
aussi subitement. Les grossesses ovariennes, comme 
les autres ayant lieu hors de la matrice, sont des 
aberrations organiques qui ne peuvent servir à fixer 
le siège précis de la fécondation, puisqu'elles s'ob- 



568 LA GÉNÉRATION. 

servent également dans le ventre, les trompes et 
l'ovaire. La présence ni l'action des spermatozoaires 
sur cet organe ne sont pas d'ailleurs indispensables 
pour ouvrir les vésicules de de Graaf et donner issue 
à l'ovule, puisqu'il s'en échappe spontanément à 
chaque menstruation. 

D'autres ont fixé ce siège dans la partie supérieure 
des trompes, près du pavillon, où les zoospermes 
iraient instinctivement s'accrocher et attendre l'is- 
sue proj)ic8 de l'ovule, lors de la menstruation, pour 
le féconder à son passage. C'est trop ingénieux pour 
être vraisemblable. L'évasement du pavillon des 
trompes est trop manifestement destiné à saisir, 
aspirer ou recevoir l'ovule fécondé ou non, et le 
transporter à sa destination définitive, pour lui sup- 
poser un autre rôle. Il est ainsi inadmissible que les 
traînées de cellules à cils vibratiles, découvertes tout 
récemment par M. Duval sur le péritoine des gre- 
nouilles au moment du rut, contribuent à ce phé- 
nomène important. (Voy. Ovulation, page 525.) 

La théorie de Pouchet, fixant l'époque la plus pro- 
pice à la fécondation du quatrième au douzième 
jour après les règles, admet implicitement qu'elle 
s'effectue dans la matrice. D'après ses propres cal- 
culs sur l'ovulation spontanée ou menstruation, 
l'ovule tombe, s'échappe de l'ovaire un à quatre 
jours après la cessation des règles, et met ensuite 
deux à six jours pour parcourir la trompe. Du troi- 
sième au sixième jour après les règles, il sera donc 
forcément descendu dans la matrice. C'est démon- 
trer arilhméliquement que la fécondation peut s'o- 



FÉCONDATION. 369 

pérer dans cette cavité, bien que l'ovule ne réunisse 
pas les modifications ni l'aptitude nécessaires pour 
se greffer aux parois de cet organe. 

C'est également l'opinion plus récente du doc- 
teur Rilchie, de Glasgovf . La densité, l'épaisseur 
du sperme humain et le tube filiforme des trompes 
qu'il aurait à parcourir, à gravir de bas en haut, 
contre les lois mêmes de la pesanteur, lui paraissent 
des obstacles insurmontables à ce qu'il puisse at- 
teindre l'ovaire. D'autant plus que, d'après les expé- 
riences du docteur Blundell, ce conduit étroit est 
alors rempli d'un liquide abondant, venant en sens 
contraire, opposé. Il l'a constaté sur des lapines en 
les soumettant au mâle après avoir interrompu la 
continuité du vagin avec la matrice et en ouvrant 
celle-ci aussitôt après leur accouplement. Une grande 
quantité de liquide albumineux, s'écoulant de l'ori- 
fice utérin des trompes, baignait l'intérieur de la 
matrice. Un double courant en sens contraire et des 
contradictions opposées rendsfnt ce mécanisme hy- 
pothétique, il est déclaré impossible. 

Etant positif, d'autre part, que l'ovule se détache 
spontanément de l'ovaire à chaque menstruation de 
la femme non fécondée, le siège de la fécondation 
dans la matrice est considéré comme démontré. Com- 
ment la segmentation consécutive de l'ovule et la 
formation de la membrane enveloppant le chorion 
pourraient-elles d'ailleurs s'effectuer dans la trompe? 
Celle-ci est donc considérée comme le simple récep- 
tacle de l'ovule non fécondé qu'elle conduit et chasse 
dans la matrice à la rencontre du sperme, comme 

SI. 



370 LA GÉNÉRATION. 

celui-ci y est conduit et chassé par les conduits éja 
cuiateurs. {Ovarian physiology and palliology, 
Londres, 18C5.) 

Toute cette critique tombe et se réfute d'elle- 
même devant l'action exclusivement fécondante des 
spermalozoaires et la mobilité extrême de ces ani- 
malcules. N'ont-ils pas été rencontrés vivants dans 
les trompes mêmes? Les grossesses extra-utérines, 
en dehors delà matrice, montrent bien que la fécon- 
dation n'a pas lieu que là et s'opère ailleurs. Toute 
opinion, tout système exclusif, à ce sujet, sont donc 
prématurés et le seront encore, tant que l'on n'aura 
pas vérifié ce phénomène sur place. 

Ces dissidences montrent l'incertitude oîi l'on est 
du siège précis de la fécondation et témoignent de 
la difficulté, l'impossibilité même de le constater 
positivement de visu. Toutes les données précédentes 
étant déduites des signes extérieurs de la menstrua- 
tion, on comprend ces contradictions quand on a 
vu combien cette foiiction varie dans sa fréquence et 
sa durée. Au lieu de cherchera déterminer un point 
fixe, un endroit unique où s'opère le contact, la fu- 
sion des spermalozoaires avec l'ovule, n'est-il pas 
plus simple d'admettre que cette rencontre a lieu 
indistinctement sur tous les points de ce trajet, de- 
puis l'ovaire jusqu'à la matrice, suivant les mouve- 
ments et la vitalité propre des animalcules? Étant 
constaté d'une part que l'ovule non fécondé parcourt 
ce trajet en descendant à chaque menstruation, et, 
d'autre part, du sperme émis ou introduit artificiel- 
lement dans les organes femelles ayant permis de 



FÉCONDATION. 571 

rencontrer plusieurs jours ensuite des spermato- 
zoaires vivants dans la matrice, les trompes et jus- 
que sur l'ovaire, comme la grossesse ovarienne le 
démontre péremptoirement, il nous semble plus 
logique et rigoureux d'admettre que la fécondation 
s'opère indilféremment dans tous ces points que 
de disputer en faveur de l'un d'eux en particulier. 
Les phénomènes de la génération des plantes par 
le pollen et la graine montrent qu'il ne faut pas être 
localisateur aussi exclusif. 

Des preuves concordantes témoignent, au con- 
traire, du rôle actif des spermatozoaires dans ce 
phénomène. Ils ne se rencontrent dans le sperme 
qu'après la puberté et n'existent pas dans celui des 
hommes stériles, ni chez les espèces animales infé- 
condes comme le mulet. Ils meurent quinze à vingt 
heures après l'excrétion du sperme et sont tués par 
une décharge électrique, ce que l'on reconnaît à la 
cessation de leurs mouvements spontanés. Le sperme 
perd dès lors sa vertu fécondante, lorsqu'il est in- 
troduit artificiellement, d'après les expériences de 
Prévost et Dumas ; démonstration péremptoire de 
leur rôle principal. Quant à leur mode d'action, 
c'est là le problème insoluble, le mystère impéné- 
trable de la vie, et le secret de Dieu. 

Le Mode d union des deux principes générateurs 
n'est pas mieux connu que son siège. Plus de deux 
cents systèmes ont été imaginés successivement par 
les anciens à cet égard, sans qu'un seul mérite 
d'être adopté absolument. L'épigenèse et l'évolution, 



3^7 lA GÉNÉRATION. 

>\m les résument tous, méritent seules d'être citées 
cciKiTî M^ ^:f rapprochant le plus des doctrines qui ten- 
dent eacore à prévaloir actuellement. 

B'aprf'S le système de Vépigenèse, le nouvel être 
se ioniii primitivement par l'union, le mélange 
ou lasiipt iposition de molécules ayant la disposition 
voulue pour le constituer, ou qui la reçoivent par 
la fécondation. Une force inconnue dans son essence, 
appelée cosmique, plastique, essentielle, nisus 
formafiviis ou force de formation, présiderait à leur 
union. Les anciens philosophes grecs et quelques 
modernes, comme Blumenbach, Lamarck, expli- 
quèrent ainsi la reproduction journalière des êtres 
vivants et leur origine primitive. Ilippocrate admet- 
tait, par exemple, que chaque sexe apportait deux 
humeurs ou semences, du mélange desquelles résul- 
tait un gargon ou une fille, suivant que ces germes 
étaient forts ou faibles. Descartes, Pascal, Buffon, 
adoptèrent cette théorie, en la modifiant selon les 
idées scientifiques de leur temps. Ayant découvert 
des globules mobiles dans tous les liquides, ani- 
maux et végétaux, Buffon en inféra que c'étaient au- 
tant de molécules organiques dont se composait le 
corps humain et qui servaient à sa formation et à 
son accroissement. De là son immense retentisse- 
ment, l'origine de la doctrine cellulaire de Virchow 
et celle ties germes de Pasteur, qui se disputent en- 
core l'euipire des esprits. Toute la différence, c'est 
qu'au lieu de s'en servir pour expliquer le mystère 
de la fécondation, ils en font la cai c des maladies; 



FECONDATION. S73 

au lieu d'édifier, c'est pour détruire ; signe distinc- 
tif du temps. 

Prévost et Dumas ont bien indiqué autrefois, par 
suite de leurs observations sur l'œuf des oiseaux, 
l'existence d'un pertuis au niveau de la matricule 
servant de voie d'introduction aux spermatozoaires 
dans le vitellus. Barry aurait même vu un de cei 
animalcules s'enfoncer dans la zone transparente qui 
entoure l'ovule chez la lapine, et les études de Pou- 
chet, sur les mollusques, lui ont montré aussi une 
solution de continuité à la surface de l'enveloppe 
vitelline. 

Le crédit accordé aujourd'hui à la doctrine cellu 
laire a fait négliger, abandonner toutes ces recher- 
ches de mécanique microscopique, maintenant relé- 
guées au dernier plan. Gh. Robin, son chef autorisé 
en France, admet, comme nous l'avons déjà dit, que 
cette union consiste dans la dissolution des sperma- 
tozoaires avec pénétration endosmotique, molécule 
à molécule, dans l'ovule femelle. Du contact du 
sperme avec l'ovule, il s'établirait, à travers celui-ci 
et de dehors en dedans, des courants spermatiques 
qui entraîneraient avec eux les zoospermes. [Rou- 
baud.) Mais ce n'est là qu'une simple induction 
fondée sur les doctrines régnantes ; aucune démon- 
stration n'existe à ce sujet. Autant vaut donc dire, 
comme dans notre Traité du mariage, quelafécour 
dation résulte d'une action moléculaire, organique, 
vitale, car il est impossible de l'expliquer par aucune 
théorie physique ni chimique. 

Aller plus loin, c'est tomber dans l'abstraction et 



574 LA GËNERATIOK. 

rhy/)othèse, c'est tenter l'impossible, en demandant 
comment, de cette action moléculaire, résulte l'être 
nouveau. Voici pourtant des observations toutes ré- 
centes, faites en Allemagne, qui tendent à confir- 
mer ce mécanisme. Elles ont eu lieu sur des espèces 
animales inférieures dont la fécondation, rapide et à 
nu pour ainsi dire, permet d'en étudier, d'en saisir 
les phénomènes successifs sur le vivant. Ilermann 
Fol a ainsi décrit et figuré, le premier, la pénétra- 
tion des spermatozoïdes observée chez l'oursin, dans 
sa communication à l'Académie des sciences, le 
29 février 1877. 

Depuis, Ilertwig a vérifié que cette fécondation 
s'accomplissait par la pénétration de la tête des sper- 
matozoïdes dans l'ovule, où elle se transformait 
dans le vilellusen un petit noyau qu'il appcUesper- 
matique (spermctAiern). Radié, entouré de rayons au 
d'expansions, de prolongements, il s'avancerait vers 
le noyau de l'ovule et s'unirait à lui pour former 
les deux noyaux de segmentation. 

Mais Slrasburger ne peut admettre que le corps 
même du spermatozoïde forme ce noyau. 11 a remar- 
qué qu'en devenant perceptible chez le Phallusitty 
ce noyau est toujours plus grand que la tête de ces V 
animalcules, dont le nombre indélmi assiège de 
toutes paits la membrane de l'œuf. IVmrlui, c'est par 
diffusion, comme il l'a vu et conslalé dans la fécon- 
dation des plantes, que la subsl;ince nucléaire des 
spermuto/^oides traverse l'envelojjpe de l'ovule et se 
concentre à l'intérieur sous la forme du noyau sper- 
matique, sans que celte substance agisse comme 



FÉCONDATION. 575 

élément morphologique, mais physiologique. C'est 
donc la confiimation du phénomène etidosmotique 
admis avant la vérification du microscope. 

Dans ses nouvelles Recherches sur la généra- 
tion des mollusques gastéropodes, le professeur 
J. Ferez, de Bordeaux, a aussi vu dans le diverticule 
de l'hélice, en train de pondre ses œufs, des sper- 
matozoïdes s'agiter avec une grande vivacité autour 
de ces ovules. En dardant leur tête contre ceux-ci, ils 
semblaient faire effort pour les pénétrer, et, par l'é- 
nergie de leurs mouvements, ils imprimaient souvent 
à l'ovule libre une trépidation très sensible. Ils 
étaient nombreux et s'agitaient avec le plus de force 
autour des ovules premiers-venus, placés on haut du 
diverticule, tandis que l'on n'en découvrait souvent 
aucun parmi les ovules trouvés en bas et sur le point 
d'entrer dans Toviducte, où ils se développent très 
rapidement. 

Dans ce diverticule où ils apparaissent à l'œil nuj 
au nombre de quarante à cinquante — sous forme de 
petites granulations très régulières, d'un blanc mat, 
tranchant sur le fond translucide de la paroi du 
canal qui les contient et rempli aussi de spermato- 
zoïdes en mouvement — aucun de ces œufs, examinés 
avec grand soin sur toute leur surface, n'a présenté, 
ni de près ni de loin, rien qui ressemblât à un ani- 
malcule engagé dans sa sphère. Au contraire, on ne 
trouvait pas un seul animalcule autour de tous 
ceux qui, en bas, offraient les caractères de la fécon- 
dation. 

Les spermatozoaires disparaissent donc après la 



576 LA GÉNÉRATION. 

fécoiiidation. On n'en trouve jamais dans le diverti- 
cule de l'Iiélice, dès que la ponle est terminée. Au- 
cun des ovules fécondés, trouvés dans l'oviducte, 
n'en présente de traces apparentes. D'où l'auteur 
conclut avec Strasburger que la fécondation est sim- 
plement le résultat de la dissolution du spermatozoïde 
» la surlace de l'ovule, qui en absorbe la substance 
pour s'en nourrir et évoluer ensuite. Les préten- 
dues queues de spermatozoaires pénétrant l'ovule, 
figurées par les auteurs allemands, ne seraient que 
les expansions radiées des deux noyaux provenant 
de la vésicule germinative, lesquels, en produisant 
les deux globules polaires, formeraient l'origine 
même du nouvel être. {Journal d'anatomie et de 
physiologie^ h° 4, 1879.) 

Cette tliéorie de la superposition des cellules,, ou 
plutôt leur transformation, gagne néanmoins cliaque 
jour des adhérents parmi les observateurs les plus 
réservés. Ils se limitent à entendre par là que le nou- 
vel être, dans son origine, se forme d'un seul coup, 
tout en confessant leur ignorance sur le mécanisme 
de cette formation. M. Balbiani a constaté ainsi, par 
des recherches microscopiques récentes, qu'outre la 
cellule germinative il y avait, en dehors des zoo- 
spermes et des ovules, d'autres cellules préexis- 
tantes, appelées embryogènes, qui participent primi- 
tivement à la formation de ces éléments delà fécon- 
dation par leur conjugaison avec eux. Il a vu, en 
dehors du stroma ou trame du testicule et de l'ovaire, 
deux sortes de cellules, les unes libres et recontiais- 
sables à leur volume, — ovules renfermant une vé- 



FECONDATION. 577 

sicule de Purkinge, ou son horaotype — les autres 
plus petites, groupées autour de la précétlente, et 
formant, par leur réunion, une espèce de capsule 
ou loge dont les parois offrent les caractères épi- 
théliaux. 

Et tandis que ces cellules centrales et périphéri- 
ques restent stationnaires dans le jeune âge, on voit 
des rapprochements, des soudures, des conjugaisons 
s'opérer entre elles à l'époque des amours ou du rut. 
Leur mode de groupement varie même, suivant la 
nature des produits à obtenir. Selon que le travail 
physiologique s'opère dans les cellules pariétales 
ou autour de la cellule centrale, il en résulte un 
ovule femelle ou une vésicule spermogène, laquelle 
fournit les spermatozoaires, ce qui exclurait leur 
génération spontanée. 

Évolution. D'après ce système, au contraire, le 
nouvel être préexiste, sous une forme indéterminée, 
dans l'un des deux conjoints. Avivé par l'autre dans 
la fécondation, il commence dès lors la série d'évo- 
lutions qui doivent le conduire à former un individu 
indépendant et différent, car la distinction du sexe 
reste à expliquer, à moins que lès évolulionnistes 
ne le supposent tout formé et préexistant à la fécon- 
dation par la différence primitive, restée jusqu'ici 
insensible et inappréciable, des ovoblastes ou des 
gpermatoblastes. Les uns seraient ainsi mâles et les 
autres femelles, comme semble l'indiquer le sexe 
différent des œufs avant leur incubation. En attri- 
buant cette différence de sexualité aux ovoblastes, le 



578 LA GÉNÉRATION. 



mystère de la fécondation serait très simplifié, le 
mâle restant absolument étranger à la détermination 
du sexe. Mais rien n'est encore établi à ce sujet. 



Aucun signe perceptible constant ne révèle immé- 
diatement l'imprégnation de la femme, malgré toute 
l'importance de cet acte. La femme elle-même n'en 
a pas ordinairement plus conscience que de la chi- 
mification des aliments ou des autres fonctions pla- 
cées en dehors de la volonté humaine. Elle s'opère 
à l'insu des deux conjoints. La vie commence in- 
sensiblement, comme souvent elle finit. 

On signale cependant, comme signes du coït 
fécondant, un spasme voluptueux très intense et si- 
multané chez les deux sexes, suivi d'une sensation 
de langueur, presque de défaillance, avec aspiration 
complète du sperme laissant le pénis presque sec et 
le vagin sans écoulement consécutif. Ces phénomè- 
nes, suivis parfois de frisson dans la colonne verté- 
brale, sont les plus sensibles. 

D'autres, plus vagues et moins appréciables, s'ob- 
servent exclusivement chez la femme : douleur 
spéciale de l'ombilic, mouvement insolite dans la 
matrice, chatouillement dans les aines, sentiment 
de chaleur, de plénitude et de pesanteur dans le bas- 
ventre, tendance à croiser les cuisses, tremblements, 
pandiculations, propension au sommeil ; effets évi- 
dents de l'éréthisme, de la turgescence générale 
qui vient d'avoir lieu, sans rien de spécial ni de 
caractéristique, si ce n'est le gonllemenl du cou 
quand il s'observe. 



FECONDATION. 379 

Il n'y a donc, dans tout cela, rien de constant ni 
d'absolu. Si îles femmes ne se trompent pas à quel- 
ques-uns de ces signes, les premiers surtout, en dé- 
clarant aussitôt qu'elles sont prises, imprégnées, 
c'est plutôt en vertu de leur expérience persormelle, 
de certaines perceptions ressenties. Des opérations 
aussi intimes, moléculaires, mystérieuses, sont très 
difficilement appréciables et ne peuvent être perçues 
à coup sûr. 



Si limitées que soient encore ces connaissances 
positives, relativement à ce qui reste à apprendre, 
elles sont un ^rand progrès sur les théories super- 
stitieuses, les hypothèses gratuites, imaginées pour 
masquer l'ignorance qui régnait à ce sujet, il y a 
moins de deux siècles. On admettait les esprits ani- 
maux, Vaura ssminalis, la fermentation, l'intus- 
susception, la force vitale, les molécules organiques, 
l'imagination même, etc., pour expliquer la fécon- 
dation sans l'intervention de l'homme. De là ces 
contes, ces fables rapportés à l'appui de ces croyan- 
ces naïves, con)me des histoires véridiques, entraî- 
nant les plus graves erreurs judiciaires. 

Une femme accoucha ainsi de deux jumeaux, selon 
Tite-Live, après neuf ans de résidence dans une île 
absolument déserte. L'affirmation de Virgile, qu'une 
femme peut éti« fécondée en regardant simplement 
l'occident et en aspirant avec force l'air qui souffle 
de ce point cardinal, est de la même valeur. Une 
autre fable analogue, racontée par Amato Lusitano, 



380 LA GÉNÉRATION. 

est celle d'une femme devenue enceinte après l'em- 
brasseincnt d'une de ses amies qui venait de cohabi- 
ter avec son mari. De là le jugement inique du Par- 
lement de Grenoble, rendu en 1651, déclarant légi- 
time et héritier des biens de l'époux un enfant, né 
après quatre ans d'absence du mari, dont la mère af- 
firmait avoir été fécondée, pendant son sommeil, par 
la seule force de l'imagination. L'exemple cité par 
Averroës, d'une femme fécondée en entrant dans un 
bain oii des libertins s'étaient pollués auparavant, 
est aussi immoral. Celui de cette jeune fdle, cité par 
Zaquias, devenue enceinte par l'influence du sperme 
de son père qui eut, en rêve, une pollution dans le 
lit où elle dormait, l'est encore bien davantage. Tous 
ces eflets fécondants de l'imagination ne sont qu'un 
leurre, une tromperie, comme le montra, dès le der- 
nier siècle, l'opuscule d'Abraham Johnson sur Vart 
d'être mère sans époux. 

On peut en dire autant des Incubes et des Suc- 
cubes, dont le prétendu rôle est trop obscur pour y 
ajouter foi. Leur influence mystérieuse est née de 
l'imagination des anciens théologiens pour fortifier la 
croyance en la conception miraculeuse de Marie, 
dont Pie IX a fait récemment un dogme, pour plus 
de sécurité. Aussi n'eut-elle de succès que sous le 
règne des projugés et de l'ignorance. 

Tout ce fatras de théories, d'erreurs et de super- 
stitions a heureusement fait place à l'observation et 
à la science pure. Depuis la découverte des animal- 
cules dans le sperme et la formation des vésicules 
dans les ovaires, l'attention reste lixée sur le rôle 



1 



FECONDATION. 381 

réciproque de ces deux agents distincts, séparés ; 
leur absence, malgré le coït, entraînant infaillible- 
ment la stérilité dans toutes les espèces animales, 
d'après les expériences multipliées et l'observation 
universelle. Attiibué d'abord exclusivement à la se- 
mence que le père de la médecine croyait provenir 
également des deux sexes, ce rôle fut ensuite dévolu 
à la femme par la découverte des ovaires, de leurs 
vésicules et leurs ovules. Harvey, de Graaf, Malpighi, 
Valisnieri, Bonnet, Spallanzani, qui ont le plus 
contribué à ces découvertes, en furent les plus célè- 
bres défenseurs, en attribuant à la femme le rôle 
principal qui lui est universellement reconnu aujour- 
d'hui. Mais la découverte des sperraatozoaires chan- 
gea les rôles, et ses auteurs s'exagérèrent tant celui 
de ces animalcules, qu'ils en firent les agents exclu- 
sifs de la génération. 

De là les deux sectes des ovaristes et des animal- 
culistes qui se disputèrent longtemps la priorité du 
nouvel être en faveur de l'homme ou de la femme. 
La vérité est que ni les uns ni les autres de ces grands 
esprits n'avaient exclusivement raison. Chacun en 
avait sa part proportionnelle, puisque la fécondation 
résulte à la fois de l'homme et de la femme, des 
sperraatozoaires et des ovules. L'un sans l'autre ne 
peut rien produire. Chaque observateur avait exac- 
tement reconnu la présence de ces deux germes 
séparés de la vie. Leur tort fut de vouloir tout expli- 
quer systématiquement par leur découverte, sans tenir 
compte de l'autre, et de raisonner à 'priori sans voir 
ni observer les faits. C'est par l'observation ultérieure 



3,S2 LA GÉNÉRATION. 

des savants désintéressés dans ces graves contesta- 
tions, et à l'aide d'instruments perlectionnés, que 
le rôle de ces deux grands facteurs de la fécondation 
fut constaté et fixé définitivement. 

Il se révèle d'ailleurs très clairement par l'obser- 
vation même des êtres inférieurs et c'est ainsi que 
les premiers naturalistes ont pu s'en rendre comdte 
et l'expliquer. En se communiquant par la féconda- 
tion, la vie humaine, comme celle des grands ani- 
maux, est si positivement l'émanation des éléments 
et des forces qu'ils y apportent réciproquement, que 
le mâle, en en fournissant la plus grande part, est 
toujours immédiatement atteint, frappé à l'issue de 
cet acte. La vie, faible et éphémère, ne peut même 
résister à cet emprunt, ce dégagement spontané ; elle 
disparaît en se reproduisant. Les étamines de la fleur 
tombent, meurent les premières et plusieurs insec- 
tes, même assez volumineux, succombent également 
aussitôt ce suprême sacrifice, comme on l'a vu. 
L'homme n'y résiste qu'en en étant toujours plus ou 
moins affaibli, suivant ses forces, sa vigueur consti- 
tutionnelle ou la disposition du moment. Tout, dans 
la nature, révèle cette loi inéluctable que l'on ne 
doit remplir cette fonction suprême qu'avec mesure 
et sobriété. 

Lente et graduelle est ainsi la marche du progrès. 
Tous ces différents systèmes avaient quelque fonde- 
ment, une part de vérité, mais, en prétendant la 
posséder exclusivement, ni l'un ni l'autre ne purent 
triompher, et c'est au contraire par leur réunion, 
leur fusion, que les modernes sont arrivés à en faire 



FECONDATION. 383 

un corps de doctrine positive qui semble inébran- 
lable, indestructible. On peut ainsi espérer que le 
mystère de la génération finira par s'éclaircir et 
s'expliquer au foyer des lumières grossissantes du 
microscope. 

Croisements des races. L'hérédité, démontrée 
dans la génération des mammifères par la sélection 
artificielle et le métissage, dont nous avons donné 
des exemples, n'est pas moins évidente dans la gé- 
nération humaine par le croisement des différentes 
races. On en distingue quatre principales, d'après 
la couleur de la peau. 

C'est la race blanche qui occupe exclusivement 
l'Europe et se répand de plus en plus dans les au- 
tres parties du monde. Les peuples civilisés qui la 
composent se divisent en bruns ou blonds, suivant la 
couleur de leurs cheveux. C'en est le trait distinc- 
tif le plus saillant. 

Le teint basané, jaune, olivâtre est, au contraire, 
la caractéristique de la race jaune qui peuple l'Asie. 
Le Chinois, aux cheveux noirs et plats, nez épaté, 
yeux obliques, en est le type. 

En raison de la couleur brique de la peau, le nom 
de race rouge a été donné aux sauvages de l'Amé- 
rique. Leur chevelure est identique à celle des Asia- 
tiques, mais la conformation du visage est différente. 

Enfin les nègres de l'Afrique et de l'Océanie, à la 
peau cuivrée, lèvres épaisses, cheveux crépus, nez 
épaté, camard, forment la race noire, la moins avan- 
cée en civilisation. ' 



384 LA GENERATION. 

De l'union, l'alliance de celle-ci avec la race 
blanche, qui remonte à la plus haute antiquité en 
raison de leur voisinage et de leurs invasions, résulte 
la preuve irrécusable de l'hérédité organique par la 
transmission immédiate des caractères distincts de 
l'une et de l'autre aux enfants. D'un nègre et d'une 
blanche naît le mulâtre avec la peau jaune noire, 
les cheveux noirs et non laineux. Du mulâtre avec une 
blanche naît le quarteron dont la peau est noircie ainsi 
que les longs cheveux : ses traits s'éloignent déjà de 
ceux de la race africaine. Le quarteron et la blanche 
engendrent l'octavon, moins noir que le quarteron, 
et se rapprochant du type européen, Ennn le fils de 
celui-ci, uni à une femme blanche, se confond déjà 
avec ceux de race caucasique. Quatre générations 
successives, en sens inverse, font également descen- 
dre le type blanc au type nègre, et il est permis de 
calculer ainsi et de graduer la part qualitative reve- 
nant à chaque générateur. 

La couleur persistante des cheveux noirs chez les 
méridionaux de l'Europe peut être rattachée à 
leur voisinage de l'Afrique, caries peuples du Nord 
sont particulièrement blonds. 

Supérieurs aux animaux, les métis humains, en 
provenant d'une espèce unique, peuvent se repro- 
duire entre eux. Un exemple remarquable s'en est 
offert à M. Thibault dans le royaume de Dahomey 
sur la côte occidentale d'Afrique, en 18Cù. (Jn riche 
traitant portugais, Da Souzi, avait eu une trentaine 
d'enfants avec les quatre cents femmes esclaves ren- 
iermees dans son harem. Ayant élé réduits, par les 



FÉCONDATION. tS8!« 

rois du pays, à vivre et à s'unir ensemble dans la 
plus honteuse promiscuité, ils avaient pu se repro- 
duire jusqu'à la troisième génération, formant entre 
eux des unions aux degrés de parenté les plus pro- 
ches et les plus monstrueuses. La misère, la dé- 
bauche et la syphilis détruisaient ce troupeau de mé- 
tis dont la peau revenait rapidement au noir foncé, 
bien qu'issus d'un blanc. {Archives de médecine na- 
vale,[S64.) 

Ce caractère héréditaire de la génération peut 
révéler et mettre au jour l'infidélité la mieux cachée- 
Une princesse turque, étant accouchée d'un enfant 
noir, l'attribua à l'influence de l'imagination par le 
saisissement éprouvé en apercevant un nègre pendant 
sa grossesse. Ellel'avait bien vu...,en effet, comme 
le pensa le pacha, son mari, qui la fit aussitôt jeter 
à la mer. Une négresse mit à la fois au monde trois 
enfants : l'un noir, le second blanc et le dernier 
cabre, type du mulâtre et de la négresse. Deux ju- 
meaux, incontestablement du même père avec une 
femme blanche, au lieu d'être uniformément mu- 
lâtres, présentaient au contraire, séparément, les 
caractères distmctifs opposés de couleur et de che- 
veux de leurs parents : Tur tenant exclusivement du 
père et l'autre de la mère. La peau méni: peut être 
blanche et noire à la fois sur des parties dilférenles, 
comme un exemple remarquable s'en trouve à Hé- 
rédité. L'égalité d'action des producteurs se montre 
dans ces cas aussi clairement qu'entre le métissage 
des plantes et des animaux. 

C'est aussi la démonstration éclatante de l'unité 



386 LA GÉNÉRATION, 

de l'espèce humaine que les polygénistes divisent 
suivant ses différents caractères. Leur variabilité 
dans ce qu'ils ont d'essentiel et de fondamental, 
comme chez les animaux de la même espèce, en est 
la contradiction formelle. Nous montrerons que le 
climat et le milieu suffisent à les modifier, les effa- 
cer spontanément dans l'une et l'autre variété. 

Les vices organiques, les difformités se transmet- 
tent de même et peuvent aussi devenir des révéla- 
lions accusatrices. Les caractères moraux et surtout 
les vices, les aptitudes affectives, les qualités du 
cœur, l'intelligence, le talent, se transmettent égale- 
ment comme les maladies, ainsi qu'on en trouvera 
des exemples plus loin. 

Formation des sexes. C'est l'une des principales 
questions à résoudre dans la procréation, la plus dé- 
licate et la plus agitée qui ait exercé la sagacité des 
philosophes et des médecins de l'antiquité. Ils en 
donnèrent une solution très simple : le sexe masculin 
provenait des organes du côté droit et le féminin 
de ceux du côté opposé. Malgré la naïveté de cette 
croyance, elle a traversé les siècles, et il est encore 
des populations où les commères, consultées sur le 
sexe de l'enfant que porte la mère, font étendre celle- 
ci sur le sol. Si, pour se relever, elle s'appuie à droite, 
c'est un garçon et une fille si c'est à gauche. L'art 
de procréer des sexes à volonté, rajeuni par Millot 
au commencement de ce siècle, n'avait pas d'autre 
secret. Il conseillait simplement aux conjoints de 
s'incliner, pendant la copulation, du côté favorable 



FÉCONDATION. 387 

à la procréation du sexe désiré pour l'obtenir sûre- 
ment. 

L'absurdité de cette conception est trop évidente 
pour la réfuter. La ligature ou l'extirpation d'une 
glande séminale chez certains quadrupèdes, taureau 
ou étalon, bélier ou porc, chien ou lapin, eût suffi 
pour décider la question par les résultats subsé- 
quents. On pouvait même en faire autant sur les 
femelles pour obtenir une certitude complète. Mais 
le temps n'était pas aux expériences et l'imaginatioB 
seule avait droit de décision en pareille matière. 

Les preuves contradictoires sont aujourd'hui nom- 
breuses et péi emptoires, aussi bien dans l'espèce hu- 
maine que chez les animaux. Les hommes monor- 
chides, c'est-à-dire n'ayant qu'un testicule, procréent 
indistinctement des garçons et des filles, de même 
que ceux qui, pour une maladie, ont subi la castra- 
tion d'un côté. Velpeau cite le cas d'une femme, 
mère d'un garçon et d'une fille, qui, morte à la Ma- 
ternité, présenta à l'autopsie un seul ovaire et une 
trompe insérés à l'angle d'un demi-utérus. Des 
femmes ayant perdu un ovaire ont aussi conçu 
des enfants des deux sexes. Cette preuve expéri- 
mentale est renouvelée tous les jours depuis que 
Tovariotomie normale et pathologique est pratiquée 
à profusion, comme on l'a vu à Menstruation. Ce 
résultat est d'accord avec les expériences de Legal- 
lois qui en enlevant un ovaire à des lapines, les a 
vues donner indistinctement ensuite des mâles et 
des femelles. En ouvrant des femelles ayant une 
matrice bilobée ou double, dans l'état de gesta- 



588 LA GÉNÉRATION. 

tion, on a également rencontré des mâles et des 
femelles dans le môme compartiment. De là l'erreur 
des anciennes croyances. 

Les doctrines astrologiques ont ensuite eu leur 
règne et leur crédit. La lune, la direction du vent 
et la température ont été tour à tour invoquées, par 
les agronomes, comme ayant une influence sur la 
détermination du sexe des produits des espèces ani- 
males domestiques, qui servaient d'observation et 
d'étude à ce sujet. 11 fallut les expériences contra- 
dictoires de Girou, signalées page 214, pour faire 
revenir do cette erreur, en montrant d'une manière 
péremptoire que l'action des producteurs seuls en était 
directement la cause, suivant que l'un ou l'autre 
apportait plus ou moins de chaleur, de vigueur et 
de force, sinon de matière, dans l'acte même de la 
procréation. 

L'observation directe dans l'espèce humaine tend 
aussi à confirmer cette interprétation. Tandis qu'en 
Perse et les autres pays de l'Orient où la polygamie 
existe, les statistiques des naissances donnent la 
proportion de 106 filles pour 100 garçons, c'est le 
contraire en Europe, où la monogamie prévaut : il y 
a 106 garçons pour 100 filles. La fécondation donne 
aussi plus de filles que de garçons dans les mariages 
d'hommes de 18 à 24 ans avec des femmes de 15 à 
20 ans, et plus de garçons que de filles, au contraire, 
dans ceux d'hommes de 25 à 40 ans avec des 
femmes de 21 à 50 ans. Les garçons prédominent 
toujours quand l'homme est plus âgé que la femme, 
et les filles dans le cas contraire, pour s'égaliser 



FECONDATION. 389 

ensuite. Le plus grand nombre de naissances mas- 
culines dans les campagnes que dans les villes vient 
encore à l'appui de cette interprétation. 

Devant ces faits positifs, faut-il attribuer la pré- 
dominance de l'homme ou de la femme, dans la 
production du sexe, à l'influence de l'âge, des 
forces physiques, constitutionnelles, ou à une pré- 
pondérance locale des organes génitaux, de la fa- 
culte génératrice? Le nombre presque équivalent des 
garçons et des filles, dans la plupart des ménages, 
tend à prouver le contraire, à moins d'admettre que 
les générateurs alternent dans leur sujiénorité gé- 
nésique. Une sage continence et un légiuie toni- 
que, fortifiant, stimulant même, sont ainsi prescrits 
parfois avec succès à celui des générateurs qui veut 
obtenir un enfant de son sexe, tandis que des 
conditions opposées sont requises de l'autre con- 
joint. 

Une opinion différente, opposée, a été émise pour 
rendre compte de ce fait général : c'est que la pré- 
pondérance respective est tout accidentelle, passa- 
gère, momentanée, et ne doit s'entendre que de la 
vigueur et l'ardeur apportées dans la co|tulation et 
la fécondation qui en résulte. Mais l'appétit, l'ar- 
deur vénérieime, ne sont pas toujours la coiisé(iuence 
de la force, de la vigueur corporelles. Les hommes 
obèses engendrent plus de filles que de garçons, et 
les femmes maigres, nerveuses, plus de garçons que 
de filles. S'il e^t assez probable que le sexe est dé- 
terminé par le conjoint dont la force proIKique, la 
part d'action, est plus intense dans la fécondation, 

22. 



590 LA GENERATION. 

il est bien difficile d'agir à cet égard, sinon dans le 
choix et la détermination du moment propice. 



Les embryogénistes allemands, en croyant cons- 
tater positivement la pénétration de l'ovule par les 
spermatozoaires dans la fécondation, en ont tiré une 
explication aussi simple que facile de la formation 
des deux sexes. Entre les deux noyaux radiés, ob- 
servés dans l'ovule après la fécondation, lïertwig 
admet une différence essentielle d'origine : l'un est 
un noyau femelle {Eikern), l'autre un noyau mâle 
[Spermakern). Le premier appartient en propre à 
Tovule, le second y est introduit et résulte de la 
transformation du spermatozoïde fécondateur. Des 
différences morphologiques correspondantes à leur 
origine et à leur fonction distinctes étaient même 
décrites et figurées, et de leur conjugaison, leur 
union, résultait le sexe mâle ou femelle, selon la 
prédominance de l'un ou de l'autre, c'est-à-dire un 
garçon ou une fille. C'était le trioni[)he du micros- 
cope et... de l'école allemande. 

« L'obscur mystère de la génération sexuée se 
trouve flinsi éclairci de la façon la pins simple, s'é- 
crie IliBckel enthousiasmé, et le merveilleux pro- 
blème de l'amour, cette âme du monde, est enfin 
résolu sous la forme la plus correcte. » Il ne s'agit 
plus, pour lui, ni d'organes, ni d'a|)pareils sexuels, 
acquis et perfectionnés lenteineul et progressive- 
ment par le transformisme ; il n'y a, à l'origine, que 
des cellules ovulaires femelles et des cellules sperma- 



FÉCONDATION. 591 

tiques mâles. Loin d'être séparées dans des organes 
spéciaux, distincts, comme chez les êtres sexués, 
elles sont réunies, confondues ensemble, mélangée» 
simplement avec d'autres, comme chez les orga- 
nismes asexués, se reproduisant par scissiparité ou 
bourgeonnement, l'éponge, par exemple, qui est une 
«impie masse de cellules. Tout le mystère pour 
ces cellules de deux sortes, détachées de leur sou- 
che, est de se rencontrer dans l'eau et, par leur 
« affinité chimique, de se confondre l'une dans 
l'autre ». 

Le contrôle de ces observations ou plutôt de ces 
hypothèses, fait par M. Ferez, a infirmé complète- 
ment ces conjectures. La présence, antérieure à la 
fécondation, de deux noyaux dans la vésicule ger- 
minative; leur similitude parfaite, avant comme 
après, et la formation des globules polaires, aux- 
quels ils donnent lieu, pour se détruire ensuite, 
montrent tout le néant do ce brillant échafaudage, 
d'après l'exposé fait page 375. 
• Il est impossible, sans doute, de connaître au 
'juste les modifications opérées dans l'ovule humain 
après la fécondation, suivant les données positives 
acquises sur ces commencements de la vie dans 
l'œuf de mollusques aussi rudimentaires. Outre 
toutes les causes d'erreur qu'il y a à observer ainsi 
au microscope et avec les réactifs des cellules moins 
stables et résistantes que les cellules humaines, est- 
il permis de conclure d'êtres aussi inlérieurs à 
l'homme ? Si le mode de génération est le même 
par l'œuf, est-ce que le mécanisme n'est pas tout dif- 



592 LA GÉNÉRATION. 

féreni? Les phénomènes de fusion, d'endosmose des 
cellules doivent varier, de même que leurs effets. 
Ne serait-il pas erroné, par exemple, de conclure de 
la fécondation de plusieurs générations à la fois du 
puceron et de plusieurs œufs de la poule à celle de 
l'homme, comme des métamorphoses des insectes 
et de quelques reptiles? Que de modalités diffé- 
rentes et variées la nature emploie pour réaliser 
ses lois iramuahles ! Ces recherches d'emhryologie 
comparée ne sont que des jalons propres à guider 
dans l'examen direct de l'ovule humain, ou du 
moins de celui des mammifères qui s'en rapprochent 
le plus. Hippocrate en jugeait ainsi, comme l'im- 
mortel Ilarvey et tous les grands embryologistes 
qui ont fait avancer les connaissances humaines à 
ce sujet. On ne peut connaître tous les secrets de 
la vie en ne l'observant, en ne l'interrogeant que 
sur ses rudiments, suivant la méthode actuelle. Agir 
ainsi, c'est de la spéculation scientifique, untrompe- 
l'œil, comme le prouvent les nombreuses contradic- 
tions qui en résultent tous les jours. 



N'est-il pas plus physiologique d'admettre que la 
différence du sexe dépend essentiellement, avec ou 
sans les conditions j)récitées, du degré de vitalité 
de l'ovule pour les filles, et de la force, du nombre 
des spermatozoaires pour les garçons? Un régime 
plus ou moins azoté, la continence, ou des excès 
agiraient contradicloirement dans ce cas, comme 
iur les autres fonctions. 



I 



FECONDATION 395 

Des observations faites tout récemment à la Ma- 
ternité de Boston viennent à l'appui de cette théo- 
rie. Le docteur Ileitzmann, de New-York, ayant 
avancé que le sexe dépend de la fécondation de l'o- 
vule par un plus ou moins grand nombre de sper- 
matozoaires : mâle quand plusieurs y concourent, fe- 
melle s'il n'y en a qu'un seul, il s'agissait de vérifier, 
d'après les données positives de l'ovulation , les condi- 
tions différentes où ce phénomène opposé a chance 
de se réaliser. Vingt filles célibataires, dont la 
date du coït fécondant a pu être précisée ainsi que 
l'époque de la menstruation, soumises à cette en- 
quête par le docteur Swift, ont fourni les résultats 
suivants : le sexe a été prédit correctement chez 
douze avant l'accouchement et confirmé chez cinq, 
n'ayant eu qu'un seul coït. La date fut vérifiée chez 
trois après l'accouchement, d'après le sexe de l'en- 
fant. Tous ces faits, rapportés en détail, ont donné 
dix garçons, dont la conception positive ne pouvait 
remonter au delà de cinq jours après les règles, 
tandis que celle des dix filles remontait au moins à 
neuf. 

Telle serait la différence admise entre les sexes, 
l'après l'explication suivante : la menstruation mar- 
quant la descente de l'ovule, il a dès lors la chance 
de rencontrer un plus grand nombre de sperraato- 
loaires, et, si la fécondation en résulte, le sexe sera 
mâle en vertu de leur action prédominante. Plus tôt 
ou plus tard, ces animalcules ne pouvant atteindre 
l'ovule qu'à une grande hauteur, peu y parviennent 
et le sexe féminin en résulte infailliblement, en rai- 



S94 LA GÉNÉRATION. 

son du rôle prépondérant de l'ovule. Les éleveurs, 
conrorniéiiieut à la doctrine de Thury, réunissent 
ainsi les deux sexes, au début de la période du rut, 
quand ils veulent obtenir une femelle, et seulement 
quand celle-ci est depuis quelque temps en chaleur 
pour avoir un mâle. Le coït, pratiqué dans les 
mêmes conditions relativement à la menstruation, 
doit donc produire un résultat identique, c'est-à-dire 
qu'à partir de l'expulsion de 1 ovule, jusqu'après 
l'apparition des règles suivantes, toute fécondation 
doit donner une fille, et un garçon pendant la des- 
cente de l'ovule et son séjour dans la matrice. Le 
sexe dépendrait donc du moment, de l'époque de la 
fécondation 

Une objection se présente, il est vrai : ce sont les 
grossesses gémellaires de sexe différent. A moins 
d'admettre une superfélation, tout le système s'é- 
croule. Mais il se solidifie, au contrane, par ce qui 
s'observe dans la race juive, soumise à la continence 
pendant la période menstruelle, selon la loi de 
Moïse. Elle produit plus de filles que de garçons, 
comme les polygames d'Orient soumis à la loi ana- 
logue du Coran, qui étend à huit jours l'impureté 
menstruelle de la femme. A Livourne, les filles sont 
proporîionnellemenl plus nombreuses parmi les juifs 
que parmi les chrétiens. 



Quoi qu'il en soit de ces différentes interpréta- 
tions, elles reviennent toujours à ce fuit constaté et 
soutenu par la majorité des observateurs, dans l'es- 



i 



J 



FÉCONDATION. 395 

pèce humaine comme dans tout le règne animal, à 
savoir : que la sexualité est produite, déterminée 
par celui des deux conjoints qui apporte la plus 
grande part d'action, de force, ou mieux encore 
qu'elle revient et appartient à celui qui fournit les 
éléments prédominants de cette fonction mysté- 
rieuse. 

Il est remarquable que personne n'a songé à at- 
tribuer cette différence du sexe à l'ovule même. Sa 
ressemblance et son uniformité, son identité à l'exa- 
Ajen, ont sans doute fait rejeter cette induction et 
dnle considère généralement comme neutre, asexué 
avant la fécondation. On n'a même pas cherché si 
quelque différence globulaire, cellulaire ou molé- 
culaire dans sa composition, pouvait en rendre 
compte. Elle est cependant aussi probable ici, que 
dans l'œuf ordinaire fécondé dont aucune diffé- 
rence sensible, apparente, ni appréciable, n'existe 
entre le germe de celui qui doit donner un mâle et 
celui qui donnera une femelle, après une incuba- 
tion tout extérieure. Sa réalité latente, cachée, 
n'en est pas moins ici logique et péremptoire. C'est 
une supposition forcée. Admettre le contraire serait 
en contradiction avec l'ordre naturel. Les cellules 
géantes n'expliquent-elles pas aujourd'hui l'origine 
du tubercule, comme les leucocytes, lesmicrocytes, 
les germes microscopiques, les plastidules même, 
plutôt supposés que démontrés, servent à établir celle 
d'une fonîe d'autres maladies? La recherche de cette 
différence possible dans l'ovule avant la fécondation 
devrait donc être faite. 



»96 LA GÉNÉRATION. 

Elle est justifiée par la présence de deux noyaux 
ou taches distinctes dans la vésicule germinative 
avant la lëcondalion, constatés par M. Ferez chez 
l'hélice. Ils seraient l'origine même de la distinction 
des sexes. L'évolution de ces deux noyaux, sous l'in- 
fluence fécondante des spermatozoïdes, se traduit, 
en effet, en deux globules polaires apparaissant à la 
surface de l'ovule fécondé, gonflé ; lesquels s'en déta- 
chent ensuite, durant la conception, pour aller con- 
stituer le nouvel être, tandis que le surplus se ré- 
duit en granulations hétérogènes. Il est donc bien 
permis de prévoir que tout le secret de la distinc- 
tion du sexe est là, suivant que l'action fécondante 
des animalcules spermatiques s'exerce sur l'un ou 
l'autre de ces noyaux primitifs, dont l'un des deux 
est toujours plus apparent et volumineux. Leur fé- 
condation simultanée pourrait même expliquer les 
grossesses gémellaires de sexe différent. Autrement 
le noyau fécondé doit absorber naturellement son 
congénère par sa vitalité prédominante. C'est la lutte 
pour l'existence, dès le début de la vio, entre les 
iniiniment petits, comme plus tard entre les plus 
grands. 



Il ne s'agit donc plus de ces rêves enfantés par 
l'ignorance sur l'art de procréer les sexes à volonté, 
ni de faire de beaux et grands enfants au physique 
et au moral, d'après les règles de la callipédie et dû 
la raégalanthropogénésie inventées par l'imagina- 
tion, le charlatanisme. Une influence si considérable 



FÉCONDATION. SOT 

était attribuée à l'imagination dans ces résultats que 
Pline, le grand naturaliste de l'antiquité, — sûr d'être 
toujours rencontré sur la grande route de l'incroya- 
ble, — raconte qu'une femme de sa connaissance 
accoucha d'un petit éléphant pour avoir regardé un 
de ces animaux. Heureusement qu'il était petit! Et 
Voltaire, le grand sceptique, a si bien cru à cette 
double erreur, qu'il l'a vulgarisée dans son Diction- 
naire philosophique. 

Malgré le plus violent désir d'avoir un garçon 
ou une fille, est-ce que les conjoints, au moment 
suprême de la fécondation, ont leur libre arbitre 
pour y penser? Dans l'ardeur qui les transporte, 
ils se confondent l'un dans l'autre sans s'appartenir 
eux-mêmes; ils ne pensent ni ne veulent libre- 
ment, et ne font plus que ressentir leur volupté 
réciproque, avec une intensité qui les rend fous et 
leur enlève toute imagination. La nature semble 
réclamer, dans cet acte, la vie entière de ceux qui 
Pexercent; il y a incompatibilité de tout autre agent, 
sous peine de frustrer les vues de la reproduction. 
L'homme et la femme sont alors des instruments 
passifs du mystère de la génération : leur raison 
s'aliène, leur liberté morale disparaît et tout pou- 
voir moral leur est refusé sur le produit de la 
conception. 

Mieux que tous les raisonnements possibles, les 
exemples précités de fécondation artificielle infir- 
ment péremptoirement cette influence supposée de 
Timagination. Où serait-elle, de part et d'autre, pen- 
dant un acte aussi matériel et exécuté séparément? 



598 LA GENERATION. 

Le seul art réel d'avoir de beaux enfants n'est plus 
un secret pour les physiologistes ni les gens de bon 
sens : c'est l'union des deux sexes dans les meil- 
leures conditions d'âge, d'esthétique, d'intelligence 
et de moralité. Accomplie ainsi dans un moment 
favorable et un état normal, la fécondation suivie 
d'une conception régulière ne peut donner que des 
enfants avec les qualités et les défauts des parents, 
leurs ressemblances et leurs prédispositions. S'ils 
sont des modèles, des types de beauté corporelle, 
grands, bien faits, forts et robustes, ils auront in- 
failliblement de beaux enfants. Les individus mai- 
gres, débiles, petits et difformes n'ont jamais pro- 
duit des Vénus ni des ApoUons. S'ils ont de grandes 
qualités morales, une intelligence vaste et profonde, 
des facultés saillantes, ils en transmettront les dis- 
positions, comme celles de leurs défauts et de leurs 
vices. L'éducation, l'instruction, l'exemple ne feront 
que les développer ou les diminuer, les corri- 
ger ou les aggraver. Les ignorants, d'esprit sim- 
ple et borné, ne feront jamais des Homère ni des 
Cicéron, des Aristote ni des Sénèque. Un blanc n'a 
jamais produit un noir, ni le nègre un blanc. 
Qualis pater, talis filius : tel père, tel fils, est un 
proverbe aussi vrai que vulgaire, car on ne peut 
donner ce que l'on n'a pas : Nemo dat quod non 
habet. I 

Du mélange, de la fusion des deux sexes, s'ils 
«ont opposés physiquement et moralement, sans que 
l'un prédomine sur l'autre, pourra résulter un pro- 
duit mixte, où le type de l'un et de l'autre sera 



FECONDATION. 5-.>- 

effacé. C'est l'avantage des croisements, du métis 
sage. L'un corrige ce que l'autre perfectionne, ei. 
un produit tout louveau, changé, transformé, mé- 
tamorphosé, en résulte. Mais prétendre régler, pré- 
parer les unions humaines, comme celles des ani- 
maux, à jour et heure fixes, et dans des conditions 
déterminées d'avance, comme l'enseignent les fai- 
seurs d'enfants à volonté, c'est méconnaître l'amour, 
privilège de l'espèce humaine, qui inspire, com- 
mande ce grand acte et y préside. 

La raison suffit à guider l'homme et la femme 
pour avoir une progéniture digne d'eux. C'est la 
seule base scientifique pour avoir des garçons et 
des filles; ils doivent même se succéder alternati- 
vement dans toute union bien faite. Tout le reste 
n'est que théorie, hypothèse, hasard, anomalies, 
arrêts de développement ou maladie. Les modi- 
fications singulières et les transformations mer- 
veilleuses qui s'opèrent tous les jours dans la pro- 
duction végétale et animale — selon qu'elle est 
spontanée ou guidée, négligée ou cultivée, provo- 
quée, quoique le germe brut seul y préside — mon- 
trent bien tous les changements que l'esprit, le 
sentiment, l'imagination, l'amour, les passions et 
les vices, dont l'homme est susceptible, peuvent y 
imprimer en l'animant. Contempler le miroir admi- 
rable de la nature, en permanence sous ses yeux, 
est donc, pour l'homme civilisé, le modèle à suivre 
pour réprimer ses excès raffinés et dangereux, comme 
î'homme brut y prendra des leçons de sagesse et 
de modération. 



400 LA GÉNÉRATION. 

Hérédité. En donnant la vie par la fécondation, 
les parents transmettent à leurs enfants leurs condi- 
tions physiques de ressemblance, de force et de 
durée; c'est-à-dire de santé et de maladie, et jus- 
qu'à leurs facultés psycliologiques et morales, sans 
que la volonté humaine puisse y rien changer. Ces 
effets résultent des éléments mêmes apportés par les 
deux sexes dans la génération, leur vitalité et leur 
influence réciproque. C'est la condition primordiale 
de la matière organisée des zoospermes et des ovulea 
dont toute la transformation normale consiste à re 
produire le type de l'espèce. 

L'hérédité a ainsi ses racines dans l'intimité et le 
fondement même des tissus, de la vie ; elle existe 
antérieurement à la fécondation même dans ses élé- 
ments, du conflit desquels résulte l'un ou l'autre 
sexe. De leur similitude ou leur antagonisme dans 
leur rencontre, leur mélange ou leur fusion ré- 
ciproque, naissent directement les modifications 
saines ou morbides qui s'observent plus tard. L'al- 
laitement et l'éducation n'ont qu'une influence indi- 
recte pour en atténuer les manifestations. De là l'in- 
térêt, pour les familles et les Etats, de se préoccu- 
per de ces conditions dans l'union des sexes et les "^ 
alliances, au point de vue du bonheur mutuel et de 
l'avenir de leur progéniture, en prenant pour base 
ce qui se produit expérimentalement dans les végé- 
taux et les animaux. 

Les principales qualités de forme, de couleur, de 
sapidité et de goût des plantes se tnuisrneltent par le 
choix de leur semence dans la plupart des espèces 



M 



FECONDATION. 401 

Tégétales, tandis qu'une même graine, semée d'une 
manière uniforme dans la même terre, ne tarde pas 
à donner des produits dégénérés. Les modificalions, 
les changements, les variétés s'obtiennent, au con- 
traire, par la culture, la greffe et l'hybridité. On les 
perfectionne ainsi à volonté dans leurs fleurs et leurs 
fruits. Et la démonstration est encore bien plus évi- 
dente chez les animaux domestiques dont on aug- 
mente artificiellement les qualités, en accouplant 
ceux qui les jirésentent au plus haut degré, comme 
les croisements en offrent l'exemple. 

L'hérédité produit les mêmes résultats dans l'es- 
pèce humaine. Les enfants offrent la démarche, les 
mouvements, les manières, les gestes, les traits, le 
timbre de la voix, les singularités fonctionnelles de 
leurs parents. Sans se répéter exactement dans leur 
progéniture, ceux-ci lui impriment avec la vie une 
partie de la direction et la marche qu'elle avait chez 
eux. Le type physique, la conformation extérieure, 
la physionomie, la taille, la couleur sont à peu près 
les mêmes quand le couple est uniforme. Les traits 
sont moins distincts et apparents, si l'union s'opère 
au hasard et avec de grandes divergences, ils passent 
ainsi inaperçus et l'on ne distingue plus guère que? 
les caractères des quatre races natives et ceux des 
peuples principaux et de quelques grandes familles 
s'alliant entre elles. Tel est l'allongement des dents 
chez les Anglais et le teint roux pâle des Anglo- 
Saxons, les cheveux blonds des Allemands, le nez 
spécial des Juifs, comme l'était celui des Bourbons. 
Certaines familles romaines étaient distinguées 



402 LA GÉNÉRATION. 

autrefois par les surnoms de naseones, labeones ou 
huccones, en raison de la longueur de leur nez et 
de l'épaisseur de leurs lèvres, comme les grandes 
maisons de Lorraine, de Mcdicis et de Montmorency 
l'ont aussi été par des traits, des caractères spé- 
ciaux. 

Cette ressemblance extérieure, si commune et 
naturelle, est la première à exciter partout la curio- 
sité et la malice, chez le riche comme le pauvre, 
à la naissance de chaque enfant. On en fait même 
le caractère de sa légil^imité et elle peut servir, 
en effet, à déceler sa bâtardise. Le croisement de 
deux individus de couleur différente accentuée 
suffirait à en fournir un signe indélébile, irréfra- 
gable, quoique, par l'action de l'atavisme, l'enfant 
puisse ressembler indirectement à ses grands pa- 
rents. 

La répulsion inspirée par les individus difformes, 
bossus, manchots, cagneux ou bancals, aux jambes 
inégales, courtes ou tordues, empêche seule qu'il ne 
se forme des races de ce genre. S'ils s'alliaient entre 
eux par défection naturelle, comme on le fait arti- 
ficiellement par sélection ou choix chez les animaux, 
le même résultat aurait inévitablement lieu comme 
chez ceux-ci. La famille Lambert est restée célèbre 
en Angleterre, sous le nom d'hommes porcs-épics, 
pour avoir présenté pendant trois générations suc- 
cessives, au dix-huitième siècle, une sorte de ca- 
rapace brunâtre et épaisse sur la peau avec les 
piquants d'un porc-épic. Les doigts et les orteils 
surnuméraires se transmettent si facilement que cette 



FÉCONDATION 403 

polydactylie se présenta, à divers degrés, sur plus de 
quarante membres d'une famille espagnole. Des 
éminences cornées se sont aussi transmises, et la 
tribu des Niams Niams occupe une place distinguée 
dansTorthomorphie, sous le nom d'hommes à queue, 
par le prolongement de leur sacrum. 

Un cas semblable, dont les détails naïfs attestent 
l'authenticité, est raconté, dans les termes suivants, 
parle docteur Parsons. Un nègre domestique se ma- 
ria avec une femme blanche qui servait dans la 
même maison. Vers la fin delà première grossesse, 
le maître emmena le serviteur, qui fut absent pen- 
dant quelques jours. Dans l'intervalle, la femme ac- 
coucha d'une jolie petite fille, semblable à celle de 
deux parents blancs, présentant tous les traits de sa 
mère. A son retour, le mari fut profondément trou- 
blé en apercevant cette enfantet se prit à jurer qu'elle 
n'était pas de lui. Mais la nourrice calma bientôt sa 
colère : elle déshabilla la petite fille et fit voir au 
père que, du côté droit, le bas du dos et le haut 
du membre inférieur étaient aussi noirs que lui- 
même. Le mari se réconcilia sur-le-champ avec sa 
femme et son enfant. 

Au lieu d'être uniformes, la couleur blanche et la 
noire peuvent se juxtaposer en effet; d'où résultent 
des individus pies . Les faits de cette nature sont assez 
nombreux dans les unions croisées. White signale 
deux individus dont le corps était ainsi mi-parti. 
Chez l'un, la moitié inférieure du corps était noire 
et la moitié supérieure blanche, tandis que ces cou- 
leurs étaient disposées à droite et à gauche chez 



404 LA GÉNÉRATION. 

l'autre. Cette variété distinctive du mulâtre s'ob- 
serve également chez les produits d'unions croisées 
dans les animaux et les plantes. 

Le talent supérieur, le génie ne se transmettent 
guère, pas plus que les facultés mentales dans ce 
qu'elles ont de plus élevé. Ce sont des dons innés. 
Minerve sortait armée du cerveau de Jupiter en est 
le fidèle emblème. Les fils des homn[ies les plus 
illustres l'ont souvent confirmé en rentrant dans 
l'obscurité commune : La Fontaine, Racine et Buf- 
fon en témoignent. Mais l'hérédité de l'intelligence 
est indubitable. Beaucoup de descendants ont sou- 
tenu avantageusement le nom de leurs pères, ont 
fait souche, et l'on n'a jamais vu des ignorants 
ineptes produirent des rejetons de haute capacité. 

Lislet-Geoffroy, ingénieur à l'île de France, si 
souvent cité comme exemple à l'appui, en fournit 
en effet un témoignage éclatant. Il était né d'une 
négresse très bornée et d'un Français appartenant 
aux classes éclairées de la population. Par la cou- 
leur, les traits, la chevelure et jusqu'à l'odeur carac- 
téristique, il reproduisait tous les caractères exté- 
rieurs de la race maternelle : on l'eût pris pour un 
nègre pur sang. Il eût été cité comme un exemple 
de ressemblance unilatérale, s'il se fût agi d'un 
mouton ou d'un bœuf. Mais son intelligence et ses 
sentiments étaient tout européens, si bien qu'il 
avait vaincu le préjugé de la couleur et s'était fait 
accepter par la société. Ce savant remarquable 
devint ainsi correspondant de l'Institut de France. 
Nègre physiquement, cet homme était tout Blanc 



FÉCONDATION. 405 

intellectuellement et moralement. Le partage était 
complet. 

Une explication très simple de cette différence se 
présente aux esprits positifs dans l'observation jour- 
nalière. Autant l'union de parents intelligents, à di- 
vers degrés, est naturelle et fréquente, autant celle 
de deux génies est difficile, sinon impessible à réa- 
liser pour en produire un troisième. Elle serait 
d'ailleurs probablement stérile, car deux caractères 
identiques et prononcés, comme celui de Voltaire 
et de la marquise du Châtelet, sont ordinairement 
incompatibles et inféconds. Napoléon reçut ainsi le 
germe de ses grandes facultés mentales d'un cou- 
ple intelligent et valeureux, et hérita de son père 
la prédisposition au cancer de l'estomac dont il 
mourut. 

Les caractères moraux, les aptitudes se trans- 
mettent aussi fréquemment, surtout des mères aux 
fils et des pères aux filles. Que de savants et 
d'hommes distingués ont dû le jour à des femmes 
remarquables, nées elles-mêmes d'hommes célèbres! 
L'exemple des parents, l'esprit d'émulation, d'or- 
gueil, l'éducation, en un mot, n'y sont pas étrangers, 
sans doute; mais combien d'enfants ayant perdu 
leurs parents au berceau et tombés ou élevés dans 
une condition sociale toute différente, n'en ont pas 
moins continué et rappelé leur conduite, leurs tra- 
ditions, par leurs vertus, leurs passions ou leurs 
vices! L'histoire en témoigne hautement sans qu'il 
y ait lieu de s'en étonner. La base du tempérament, 
de la constitution individuelle, émanant directement 

23. 



406 LA GÉNÉRATION. 

de la génération, entraîne nécessairement les quali- 
tés et les défauts qui lui sont inhérents. Les élé- 
ments de santé ou de maladie en sont inséparables, 
comme ceux de l'armature, de la taille, des traits. 
Les meilleures probabilités d'une longue vie se dé- 
duisent de la longévité des ascendants, car en héri- 
tant de leur bonne ou mauvaise constitution, on 
hérite de la santé et des maladies qu'elle entraîne, 
suivant l'âge, le sexe, la position et surtout Thy- 
giène. Naître, pour l'individu, c'est continuer son 
père et sa mère, et, en héritant de leurs biens, il 
recueille de même l'héritage de leurs maladies. 
C'est l'un des effets les plus constants de la généra- 
tion. 

Une distinction essentielle, fondamentale, doit 
pourtant être faite à ce sujet. En général, l'hérédité 
se manifeste surtout par l'élément organique, mor- 
phologique de l'individu. Les maladies qui altèrent 
les tissus, la structure même des organes, comme 
les tumeurs, les dégénérescences hétéromorphes, le 
cancer, la tuberculose, les anévrismes, sont les plus 
redoutables pour la descendance. De là le danger 
des altérations du sang et des autres liquides de 
l'organisme qui les produisent le plus souvent. Les 
maladies lentes, longues, chroniques, sont ainsi 
presque toutes héréditaires, comme la goutte et le, 
rhumatisme, la pierre, tandis que les maladies ai- 
guës, rapides, passagères et ne laissant pas de traces, 
ne le sont presque jamais. 

La folie, l'épilepsie, réputées héréditaires au plus 
haut degré, le sont surtout par les lésions, les allé- 



FÉCONDATION. 407 

rations organiques qui les provoquent. Les vésanies 
pures, ou maladies de l'esprit, comme la manie sans 
lésions, se transmettent beaucoup moins que les 
folies toxiques causées par l'alcoolisme, le morphi- 
nisme, l'encéphalopathiè saturnine, mercurielle, ou 
les folies diathésiques résultant de la syphilis, la 
goutte, parce qu'elles laissent toujours un substra 
tum matériel à leur suite, des lésions appréciables 
des solides et des liquides de l'économie qu'elles 
empoisonnent. Voilà ce qui est réellement hérédi- 
taire. 

Monstruosités. Elles ont été longtemps regar- 
dées comme un effet de la colère des dieux du pa- 
ganisme, qui en étaient bien plus réellement les 
démons. Confondues avec les difformités ou vices de 
conformation apparents, ces anomalies de formation 
de l'embryon dans le sein de sa mère ont été rap- 
portées ensuite à l'influence de l'imagination de la 
femme au moment de la fécondation ou pendant sa 
grossesse. La crainte, les frayeurs, les visions, si- 
non les envies, ont été tour à tour accusées de les 
produire. Une petite fille étant née privée de ses 
quatre membres, la mère l'attribua à l'impression 
profonde qu'elle avait ressentie à la narration d'un 
cas semblable qui lui fut faite au début de sa gros- 
sesse. Une primipare de vingt ansaccouche, le 10 juil- 
let 1879, d'un garçon privé de l'avant-bras gauche. 
Elle attribua aussitôt ce malheur à ce qu'elle avait 
été très épouvantée, étant enceinte de deux mois, en 
voyant un jeune homme faire une chute si grave, 



408 Là Génération. 

dans une raffinerie, qu'elle nécessita l'amputation 
du bras gauche. 

Ce sont là de simples arrêts de développement 
par défaut ou absence de groupement des cellules 
qui doivent donner naissance à ces parties à l'ori- 
gine de la vie. Il peut y avoir également trouble ou 
excès de ces cellules pour toutes les autres parties 
du corps. De là les enfants sans tête et à double 
tête, comme toutes les autres monstruosités. 

Elles n'ont donc pas d'autre cause que le trouble 
apporté par défaut ou excès des éléments qui doi- 
vent constituer les diverses parties du corps de l'em- 
bryon ou du fœtus, à mesure qu'elles se dévelop- 
pent. Sans pouvoir en saisir le pourquoi, de ré- 
centes expériences du professeur Dareste, sur l'œuf 
de poule fécondé, tendent à le fixer dans l'ovule. 
Les vieux œufs, tout en conservant la faculté germi- 
native, ne donnent plus que des poulets anormaux 
«u monstrueux* si la cicatricule, bien que vivante, 
est déjà atteinte dans sa vitalité et prête à se désor- 
ganiser. Les œufs secoués, remués, tapotés, ayant 
éprouvé des cahots dans leur transport, sont ainsi 
impropres à l'incubation, comme le savent très bien 
les fermiers. [Acad. des sciences.) Il est donc ad- 
missible que c'est par le défaut de vitalité de leurs 
ovules ou leur imperfection que tant de femmes 
bien réglées ne conçoivent pas ou donnent naissance 
à des monstres. 



CONCEPTION. 4©9 



Conception. 

Cet acte, généralement confondu avec celui de la 
Fécondation, nous semble devoir en être séparé, 
distingué, d'après sa signification même, comme 
nous l'avons déjà fait dans notre traité du Mariage. 
n lui succéderait immédiatement. Œuvre d'un in- 
stant, la fécondation donne seulement la vie à l'o- 
vule, sinon à l'un des deux noyaux primitifs de la 
vésicule germinative, pour être plus précis. Elle 
s'opère entre les deux sexes, chacun y apportant sa 
part d'action et de substance, pour ne pas dire de 
matière. La conception, au contraire, est effectuée 
par la femme seule. Sa durée est d'environ huit à 
neuf jours que l'ovule fécondé met à parcourir la 
trompe. Il subit, pendant ce temps, de profonds 
changements avant de pénétrer et s'implanter dans 
la matrice. Pouchet avait fixé cet intervalle de deux 
à six jours seulement. 

Elle consiste, selon nous, dans les modifications 
intimes, difficiles à préciser, mais entrevues sur les 
animaux inférieurs, subies par l'ovule durant sa pé- 
régrination dans la trompe. Les changements pro- 
fonds, signalés page 375, sur les œufs des mollus- 
ques gastéropodes, s'opérant dans le diverticule, en 
donnent surtout une idée exacte, par cette radiation 
des deux noyaux primitifs dans le stroma de l'ovule 
et leur épanouissement à sa surface en deux glo- 
bules polaires, destinés à former l'un ou l'autre 



410 LA GÈNËRAIIOB. 

sexe. Voici la représentation figurée de ces deux élé- 
ments principaux. 




Corps radiés à lintéiieur de rotnle Globules polaire», 

fécondé. 

Les recherches de Waldeyer, à ce sujet, tendent 
à admettre, en effet, que l'ovule fécondé reste encore 
quelque temps hermaphrodite après son imprégna- 
tion; ce que confirment les récentes expériences 
même de M. Perez, Cet acte si important de la gé- 
nération — la distinction du sexe — ferait donc 
partie de la conception même et serait exclusive- 
ment sous l'inûuence de la mère. 

Ces globules polaires, produits par les corps ra- 
diés expulsés du vitellus de l'œuf, concourent seuls, 
d'après M. Perez, à former le nouvel être, à lui don- 
ner la vie et même le sexe, suivant que l'un prédo- 
mine sur l'autre et l'absorbe. Leur intégrité est 
donc mdispensable à la bonne conformation de 
l'embryon et à sa santé. Mais leur structure n'a rien 
de l'élément cellulaire; ils naissent tout autrement, 
et leur constatation, bien établie aujourd'hui, in- 
firme complètement la théorie cellulaire pour expli- 
quer la vie, ce que les expériences suivantes tendent 
à confirmer. 

Guidé par les données précédentes sur la forma- 
tion du sexe pendant la conception, et familiarisé 
avec ce fait que celui des abeilles et des papillons 



CONCEPTION. 411 

dépend des soins et de la nourriture des larves, 
M. Fiquet, l'éleveur distingué du Texas, a contrôlé 
cette influence secondaire de la nutrition, sur le 
sexe produit, de la manière suivante. Ayant choisi 
des vaches, placées dans des conditions identiques 
depuis plusieurs mois, il les soumit simultanément 
au même taureau. Il nourrit ensuite l'une très riche- 
ment et l'autre très maigrement. Au terme prévu, 
chacune donna un veau femelle. Il répéta l'expé- 
rience avec deux autres vaches en les traitant de 
même et chacune donna, au contraire, un veau mâle. 
D'oii cette conclusion logique que la nourriture de 
la mère, après la fécondation, n'influe nullement 
sur le sexe du produit. On ne peut affirmer que le 
renouvellement ou la modification cellulaire y est 
aussi étrangère, dans l'ignorance oii l'on est du 
temps précis nécessaire à cette modification, mais 
on peut présumer au moins de là qu'elle est sans in- 
fluence. 



Tout en étant fécondées, certaines femmes peu- 
vent rester stériles par le défaut de conception ou 
la rétention de l'ovule fécondé. Une inflammation 
ou tout autre état morbide des trompes de Fallope, 
comme un vice inhérent à l'ovule fécondé, peut le 
détruire sur place ou dans sa pérégrination. Ce sont 
les avortements rudimentaires ou embryonnaires. 
Des femmes prétendent ainsi avoir été fécondées ou 
prises, comme elles disent, sans avoir jamais été 
enceintes. A défaut de comprendre la distinction que 



il-2 



LA GÉNÉRATION. 



MODIFICATIONS SUCCESSIVES DES CELLULES DO CORPS BADIAIRE DE l'hÉLIX. 




Of Segmentation cammciicante eu Jeux. 




Progrès d^ la segmentation. 





Scgmentniion irrégulière. 






'^o';nii''nlatioii de l'neu! 

dni i'iiacarismiciro- M 
irno^a, iïr\\>tvs Kôl- 
hker. 



CONCEPTION 



MODIFICATIONS SUCCESSIVES DE l'ovULE HUMAIN FÉCONDÉ.} 




Vésicule de l'ovaire gonflée pnr Is pré- 
sence des spermatozoairps péncliant 
son enveloppe formée de trois mem 
branes. 




Segmentation commençante de l'ovula 
au contact des sperma'ozoaires. 





Segmentation plus avancée. 



Segmentation au 5^ degré. 




Segmentation au i' degré. 



414 LA GÉNÉRATION. 

nous cherchons à établir ici, ces femmes sont ordi- 
nairement la risée de leurs compagnes et regardées 
comme stériles. 

En raison de Tobscurité de ces phénomènes dans 
l'espèce humaine, cette distinction sera sans doute 
taxée d'arbitraire et l'on continuera de les confon- 
dre avec ceux de la fécondation même, aussi incon- 
nus. Devant l'impossibilité de les décrire, nous figu- 
rons ces changements, tels qu'ils ont été observés et 
saisis au microscope, pour les rendre plus sensibles, 
afin de marquer la différence, la séparation de ces 
deux actes, malgré leur intime connexion. 

On peut se convaincre, par ces caractères figurés, 
des modifications analogues observées sur l'œuf 
fécondé du moindre mollusque, avant son arrivée 
dans le cloaque. L'ovule humain doit donc en subir 
aussi avant de parvenir dans l'utérus. Il serait ainsi 
intéressant d'étudier comparativement ces change- 
ments sur l'œuf non fécondé des oiseaux et celui 
qui l'a été, car ces caractères différentiels constituent 
toute la conception. Les autres appartiennent à l'in- 
cubation ou gestation. 

Cette distinction est fondée sur ce fait que la fé- 
condation des poissons, s'opérant en dehors d'eux, 
n'est pas suivie de conception, puisque l'incubation 
commence aussitôt, tandis qu'il y en a une chez 
les oiseaux. L'œuf fécondé n'est pondu, en effet, 
qu'un certain temps après et ayant subi déjà de pro- 
fondes modifications à l'intérieur de la femelle, 
comme les précédentes figures le démontrent. Et ce- 
pendant, ce n'est pas encore la gestation ou gros* 



CONCEPTION. 41S 

sesse, puisque cet œuf n'y est pas soumis, et ce 
n'est pas davantage l'incubation, puisqu'elle n'a pas 
encore commencé. 

Les grossesses se formant en dehors de l'utérus, 
ou extra-utérines, fournissent une autre preuve posi- 
tive de cette distinction. Que l'ovule fécondé ne se 
détache pas de l'ovaire et germe sur place; qu'il 
s'échappe du pavillon de la trompe et tombe dans 
l'abdomen, ou qu'il soit arrêté, en s'engageant dans 
la trompe, par un obstacle quelconque, sur un point 
de son trajet, et toujours et partout, la vésicule gon- 
flée par la fécondation met un certain temps à évo- 
luer avant de constituer l'embryon proprement dit. 
C'est la formation distincte du kyste qui l'enveloppe 
et du placenta devant servir à sa nutrition et son 
développement. Les faux germes ou môles n'ont 
ainsi pas de conception; autrement ils constituent 
des avortements embryonnaires. 

Quoi qu'il en soit de cette distinction, il est positif 
que l'hermaphrodisme est l'état primitif de tout em- 
bryon humain par la confusion même des parties 
apparentes vues au microscope. Les récentes re- 
cherches du docteur Ô. Cadiat sur l'embryon du 
mouton, aussitôt après la fécondation, montrent que 
la cavité commune ou cloaque, renfermant les voies 
génitales, urinaires et intestinales, existe dès le 
deuxième jour de la vie embryonnaire comme chez 
le poulet. Elle commence à se diviser en deux lors- 
que l'embryon atteint 8 millimètres de long ; l'infé- 
rieure contenant les voies génito-urinaires qui 
s'ouvrent dans une cavité commune. Leur séparation 



410 LA GÉNÉRATION. 

commence seulement quand l'embryon atteint \ 2 mil- 
limètres de long. Le cloaque génital se dessine entre 
les deux autres à une longueur de 2 centimètres. A 
2 centimètres et demi, correspondant à la sixième 
semaine, ces deux voies ne sont pas encore bien 
distinctes et leur séparation n'est complète que plus 
lard, l'embryon mâle mesurant 6 à 7 centimètres. 
Les organes génitaux externes de la femelle sont tou- 
jours en retard et leur séparation nette s'établit seu- 
lement à quatre mois d'incubation. {Joum. de 
Vanatomie, 1884, p. 258.) 

Dans l'espèce humaine, cet hermaphrodisme per- 
siste pendant les deux à trois semaines qui suivent 
la fécondation. Jusque-là, il est absolument im- 
possible de déclarer le sexe virtuel. Il ne se distin- 
gue ensuite que par les caractères différentiels fixés 
à l'hermaphrodisme embryonnaire. (Voy. Stérilité 
et Hermaphrodisme.) 



* 



A la conception succède la grossesse par l'arrivée 
de l'ovule modifié dans l'utérus, oîi il se développe 
par une incubation de 9 mois ou 270 jours. Et de 
même que l'oiseau, dans l'œuf, absorbe pour se for- 
mer et s'accroître le blanc et le jaune, c'est-à-dire 
l'albumen et le vitellus, l'embryon humain, puis le 
fœtus, comme tous les mammifères, se développe en 
se nourrissant du sang de sa mère par l'intermédiaire 
du placenta ou délivre qui se forme à cet effet dans 
l'utérus. 

Il y aurait donc à décrire ici tous les phénomènes 



CONCEPTION. 417 

et les signes de la grossesse, le développement gra- 
duel du fœtus, la distinction du sexe, sa présence 
multiple, aussi bien que les causes e'' les signes de 
l'avortement et la marche régulière d( l'accouche- 
ment. 

Mais tout cela se trouve déjà in extenso dans 
notre Traité du Mariage, avec tous les éclaircisse- 
ments nécessaires, les soins et les précautions à 
prendre concernant la puerpéralité ou suites de 
couches, l'allaitement avec ses divers modes, etc. 
Près de 200 pages sont consacrées à ces chapitres, et 
ce serait faire double emploi que d'y revenir. Nous 
renvoyons donc à ce premier volume de la série de 
l'hygiène de la Génération pour tout ce qui concerne 
ces divers sujets. 



HYGIENE DE L\ GENERATION 



La prééminence des fonctions génératrices sur 
toutes celles de l'organisme vivant les soumet aussi 
à des règles plus rigoureuses et absolues, non seu- 
lement pour la perpétuation de l'espèce, qui est 
leur but spécial, mais aussi pour l'entretien de la 
santé et de la vie, comme toutes les autres fonctions 
physiologiques et naturelles. Sans être aussi exi- 
geantes, sous ce rapport, que celles de la nutrition, 
l'alimentation, par exemple, elles n'en doivent pas 
moins s'accomplir avec régularité, suivant les besoins 
et les exigences indi\iduelles; autrement les trou- 
bles vitaux, les désordres, les accidents organiques, 
locaux ou généraux, sont inévitables et le plus sou- 
vent la maladie même. 

La principale cause de ces conséquences est 
évidemment le secret mystérieux gardé sur ces 
fonctions avec la plupart des enfants des deux sexes. 
Jbous prétexte qu'elles sont naturelles et ne se pro- 
duisent, ne se manifestent qu'à l'âge de raison, un 
VCile mystérieux est jeté prudemment sur les organes 
dévolus à leur usage, dès que l'enfant commence à 
raisonner et à avoir conscience de ses actes. On lui 
apprend bien, pour être propre, à sentir ses besoins 



4^20 LA GÉNÉRATION. 

naturels et à appeler pour les satisfaire ; on lui 
enseigne même ensuite à se tenir convenablement 
pour ne pas souiller ses vêtements et l'on néglige, 
on évite intentionnellement de l'avertir du danger 
bien plus grave de porter la main sur ces organes. 
Une fois sorti du maillot, beaucoup de parents ne 
le soumettent même pas au devoir de les tenir en 
état de propreté comme la figure, le nez et les 
oreilles, et se croiraient en faute de les surveiller, 
les visiter régulièrement à ce sujet au moins jusqu'à 
la puberté. Le prurit, la démangeaison en résultant 
provoque ainsi des attouchements et des abus pré- 
coces qui restent ignorés des parents par la honte 
que l'enfant aurait à les leur avouer. Si, dans sa can- 
deur naïve, il le fait jamais, ce sera plutôt au con- 
fesseur, lors de sa première communion, sur la 
demande qui ne manque guère de lui en être faite. 
De là les habitudes vicieuses et démoralisantes 
de la masturbation chez les deux sexes et l'origine 
des désii's et des excès vénériens précoces. L'ona- 
nisme est ainsi la plus grande plaie de l'humanité et 
le principal échec de la génération jusque dans le 
mariage. L'ignorance est la source du vice et c'est 
en apprenant, en connaissant les fatalœ consé- 
quences de celui-ci que l'on s'en met le plus sûre- 
ment à l'abri. Initier de bonne heure l'enfant aux 
dangers de ces pratiques honteuses et coupables, en 
lui révélant le rôle élevé des organes sexuels et de 
leurs fonctions, d'après l'exemple des plantes et des 
animaux, c'est le prémunir contre les emportements 
et les dépravations de la jeunesse autant que de ses 



HYGIÈNE. 421 

maladies, et contre l'impuissance et la stérilité de 
l'âge inûr. Heureux s^ ce livre peut y contribuer ! 
Il est ainsi utile d'indiquer ici les règles qui 
doivent présider à l'exercice de ces fonctions et le» 
effets à en attendre pendant leur durée. 



L'accroissement, l'état et le déclin caractérisent 
cette fonction aux différents âges de la vie, comme 
la vie elle-même. Elle s'accroît depuis la puberté 
jusqu'à la virilité complète. L'aptitude procréatrice 
des premières années, quand le corps s'accroît, se 
développe encore, n'est que le prélude de son évolu- 
tion complète. Elle n'est ainsi dans toute sa force 
que de 25 à 45 ans chez l'homme, et de 20 à o5 
chez la femme. Elle diminue graduellement pour 
cesser de 55 à 65 ans. Au delà, il n'y a plus qu'une 
virilité exceptionnelle, douteuse ou de hasard. 

Sauf quelques exceptions individuelles tenant au 
genre de vie ou à la constitution, à la race ou au 
climat, cette aptitude dure donc 45 ans chez l'homme 
et 30 seulement chez la femme. C'est le minimum et 
le maximum absolus pour chaque sexe. 

En présence des habitudes et des mœurs actuelles, 
il est difficile de form.uler les principes et les pré- 
ceptes de l'hygiène de la reproduction. L'homme a 
tant exagéré dans tous les sens cette précieuse 
faculté, en usant et abusant de sa liberté morale 
qui le distingue entre toutes les espèces animales et 
l'élève au-dessus d'elles, qu'il est arrivé à en fausser 
toutes les règles. Il rend la puberté très précoce et 

24 



422 LA GENERATION. 

prolonge la vie sexuelle, ou du mpins la sensation 
des plaisirs qu'elle procure, beaucoup au delà de 
l'époque fixée par la physiologie et la raison, par 
les vices de l'éducation, la promiscuité des sexes ou 
leurs rapports, les spectacles et les chants indécents, 
les lectures erotiques, les condiments excitants, 
l'usage des boissons fermentées et distillées et sur- 
tout l'affaiblissement des croyances religieuses et le 
relâchement physique et moral. L'homme a déjà 
volontairement préparé et consommé en grande 
partie ce bel œuvre, par le fatal usage des unions 
anticipées et en abusant systématiquement de l'exer- 
cice des fonctions génésiques pour agrandir déme- 
surément le cercle de leur durée et convertir en 
affaire de plaisir stérile la génération, l'un des plus 
saints mystères de la nature. Puberté précoce, jeu- 
nesse courte et orageuse, virilité valétudinaire, 
vieillesse prématurée, mort anticipée, générations 
faibles et rachitiques, domination universelle et con- 
stante de la plus scandaleuse prostitulion et d'une 
sensualité effrénée, telles sont les conséquences des 
doctrines positivistes régnantes, faites pour abâtardir 
l'espèce humaine et l'abaisser, du piédestal primitif 
de la grâce et de la vertu où Dieu l'a placée, au rang 
des animaux mammifères. 

La fameuse doctrine économique de l'Anglais 
Malthus a surtout introduit, à ce sujet, des prin- 
cipes qui altèrent et pervertissent complètement 
l'exercice des fonctions génitales. Admettant fausse- 
ment qu'il fallait restreindre, limiter les naissances, 
chacun selon son pouvoir et ses facultés, alin de ne 



EXERCICE. 423* 

pas réduire les populations à s'épuiser, à périr par 
les privulions, la misère, la famine et les fléaux 
qu'elles engendrent : les épidémies et les épizooties, 
il posa le fatal précepte du moral restraint ou 
contrainte morale dans la génération. Et devant l'im- 
possibilité d'une abstinence complète et absolue, 
surtout entre époux chastes et fidèles, chacun com- 
prit aussitôt que, comme le jeûne est la contrainte 
morale de la faim, par la privation de certains 
aliments, il s'agissait tout simplement d'amuser et 
tromper les organes en leur refusant le nécessaire, 
c'est-à-dire de frustrer cette fonction en la remplis- 
sant à demi. De là toutes les fraudes, les artifices et 
les obstacles imaginés et inventés à cet effet, 

n est difficile de pouvoir changer, convertir, 
même en l'éclairant sur ses plus chers intérêts, cet 
homme artificiel, sensuel et ami des plaisirs les 
plus vifs. Comment modifier cette seconde nature, 
forgée par la volonté et les systèmes de la créature, 
assujettie aux aveugles aiguillons de la chair? Il est 
au moins permis d'espérer le trouver plus docile 
aux conseils hygiéniques concernant sa propre des- 
cendance, sa progéniture, lorsqu'il est réduit à 
chercher dans le mariage, non-seulement la fin 
élevée de la procréation, mais aussi un moyen 
autorisé d'apaiser sa concupiscence. 

Exereice. 

Règle générale : plus une fonction est nécessaire 
et élevée, plus le plaisir qui en résulte est grand, 



454 LA GÉNÉRATION. 

afin d'en favoriser l'accomplissement. Il est ainsi 
logique et naturel que la volupté (jui préside à la 
génération soit supérieure à tout autre, puisque 
l'acte qui donne la vie et l'organise est au-dessus 
de tous les autres. D'après l'ordre général et les lois 
de la nature, la reproduction de l'espèce est plus 
importante que la conservation même de l'indi- 
vidu. 

Pour prévenir l'exagération de cette loi si douce, 
une autre non moins absolue lui est adéquate : plus 
une fonction est transcendante, et plus les troubles, 
les maux résultant de l'abus de son exercice, sont 
graves et dangereux. L'émission séminale exténue le 
corps autant par la soustraction de ce liquide, qui 
est la quintescence même du sang, comme on l'a 
vu, que par la secousse, l'ébranlement nerveux qui 
l'accompagne. L'homme est ainsi languissant, abattu, 
après le coït, proportionnellement à l'intensité de 
l'effort convulsif qu'il a consommé en faisant passer 
une partie de sa vie dans le sein de la femme, avec 
le liquide fécondant, pour allumer une vie nouvelle. 
Cet anéantissement, qui touche presque à la mort, 
est énergiquement exprimé en le comparant à celle-ci, 
comme il l'a été en tout temps, en tous lieux et en 
toutes langues. C'est la loi positive de la transmis- 
sion de l'existence et du plaisir qui l'accompagne. 
Libitine est ainsi à la fois, dans la mythologie, la 
déesse des plaisirs et des funérailles ; Venus et Pro- 
serpine, la Vénus génératrice qui donne la vie et la 
Vénus homicide qui l'enlève. On ne peut imaginer 
un emblème plus vrai de l'acte de la génération. 



EXERCICE. 425 

De là toute l'hygiène de son exercice régulier et 
opportun. 



* « 



La règle principale en est la propreté. Nécessaire 
en tout, elle est ici absolument indispensable, 
comme nous l'avons déjà indiqué à la description 
des organes de la copulation. 

Sans propreté, l'amour le plus heureux 
N'est plus l'amour, c'est un besoin honteux. 

L'indication la plus formelle en est dans l'odeur 
fétide et repoussante qui se dégage des sécrétions 
abondantes des organes génitaux de part et d'autre. 
Par suite d'une anomalie singulière du goût et de 
l'odorat, chez certaines personnes, cette fétidité 
repoussante peut être un délicieux arôme qui excite 
vivement leurs sens, comme chez les animaux. 
Henri IV en fut un exemple. Mais c'est une rare 
exception. Le dégoût qui en résulte pour l'un des 
conjoints est toujours une cause de froideur, sinon 
d'impuissance relative, faite pour troubler l'harmonie 
et l'union sexuelles. Le divorce des deux frères 
d'Urfé, au seizième siècle, avec Diane de Chàteau- 
Marand, n'eut pas d'autre cause que son extrême 
malpropreté. Réunissant tous les dons d'une jeune 
fille accomplie : richesse, naissance, talent et jeu« 
nesse, elle les avait séduits et attirés tour à tour. 
Mais l'auteur de VAstrée fut vaincu, comme son 
frère, par les mêmes répugnances, et l'amour et 

24. 



426 LA GÉNÉRATION. 

l'intérêt, qui sont les mobiles les plus puissant^ des 
actions humaines, ne purent en triompher. 

La texture fine et délicate des organes génitaux, 
la sécrétion rare et parcimonieuse de leurs principes 
de fécondation, aussi bien que l'exiguïle des conduits 
dans lesquels ils circulent, indiquent assez que ces 
fonctions doivent, plus que toute autre, s'accomplir 
avec soin, modération et régularité. Leur défaut 
d'exercice, comme l'excès, en trouble rapidement le 
jeu, et, par les sympathies et le profond retentisse- 
ment qu'elles provoquent sur tout l'or^'anisme, la 
continence en est aussi préjudiciable que l'abus. 



C'est surtout dans l'emploi, l'usage prématuré de 
ces organes, qu'est le danger. Comme l'estomac du 
nouveau-né ne peut digérer les aliments ordinaires 
et exige le lait de sa mère pour sa nutrition et sa 
vie, la puissance reproductrice ne peut se manifester 
dans toute sa vigueur que par un exercice graduel, 
répété, et après le développement de tout le corps. 
La pensée, l'intelligence et le raisonnement ne se 
manifestent pas soudainement, tout à coup, et il est 
aussi dangereux d'en provoquer hàtiveintait l'expres- 
sion par un travail excessif, exagéré, que de ne pas 
les cultiver du tout. 

Dépenser prématurément la semence fécondante, 
c'est entraver, chez l'homme, le dével()()pemont de 
ses organes, de ses muscles, affaiblir la lucidité de 
son esprit et lui préparer une existence languis- 
sante. Le sperme ne se forme qu'avec une extrême 



I 



EXERCICE. 427 

parcimonie, lors de la puberté, laissant tous les 
matériaux nutritifs de l'organisme à la disposition 
des autres appareils pour leur achèvement complet 
et leur perfectionneme«t. Celui de la génération ne 
doit donc se produire et fonctionner que le der- 
nier. 

Le là, l'immense danger de l'onanisme chez les 
enfants. En excitant la sécrétion du liquide sperma- 
tique par des érections artificielles, ils ne peuvent 
que retarder leur développement physique et porter 
la plus grave atteinte à leurs facultés intellectuelles. 
Ce vice entraîne la ruine du corps et de l'esprit. 
L'attention la plus scrupuleuse des parents doit donc 
être sans cesse en éveil à ce sujet. 

A la facilité que la situation même des organes 
génitaux externes offre aux enfants d'y porter machi- 
nalement la main, plusieurs causes physiques les 
prédisposent à contracter cette mauvaise habitude. 
La chaleur de l'été, l'irritation mécanique ou acci- 
dentelle de ces parties, leur défaut de propreté et 
l'accumulation de matière sébacée entre le prépuce 
et le gland, son âcreté putride, déterminée surtout 
par l'exubérance du prépuce ou le phimosis, la 
démangeaison locale causée par des boutons d'her- 
pès, la présence de petits vers blancs dans le rectum, 
les mauvaises positions, assis ou couché, les aliments 
stimulants, les boissons fermentées, le défaut d'exer- 
cice, le sommeil prolongé dans un lit trop doux, 
comme la position assise dans un fauteuil, sont les 
principales, en congestionnant ei en irritant ces 
organes. D'autres causes prédisposantes sont encore 



428 LA GÈNEhATlOn. 

l'audition de conversations libres ou ambiguës, de 
paroles obscènes, la curiosité, la lecture de romans 
licencieux, la vue de peintures lascives, de spectacles 
impudiques, les mauvaises compagnies, le mauvais 
exemple, etc. 

Le danger n'est pas aussi grand chez l'adolescent 
de quatorze à seize ans, qui ne se livre souvent à la 
masturbation que tourmenté déjà par des érections 
spontanées, surtout le matin au réveil, par suite de 
la réplétionde la vessie ou de l'irritation du rectum. 
De simples précautions hygiéniques suffisent à les 
faire cesser. Se lever, aussitôt le réveil, en est la 
meilleure. 

Mais il n'en est pas de même chez le masturba- 
teur habituel et vicieux, qui se dénonce par son 
teint pâle et plombé, ses yeux cernés et enfoncés, 
son air honteux, triste et défiant. Le pénis développé 
démesurément, l'élévation subite de la taille, un 
appétit vorace, une grande maigreur, la démarche 
mal assurée, l'abandon, la lassitude du corps dans 
son allure et ses postures, indiquant la faiblesse des 
reins, un sommeil court, agité, interrompu, la voix 
rauque, étouffée, l'urine trouble ou sédimentcuse, 
sont encore des signes de mauvaises habitudes. 

On reconnaît encore ces enfants à leur goût pour 
la solitude, allié à la paresse et la nonchalance, leur 
attitude timide et mélancolique. Le désordre de 
leur lit est aussi un indice accusateur, de même 
que l'animation de la face et la sueur pendant le 
sommeil. Réveillé subitement, l'innocent reslc tran- 
quille, tandis qu'autrement leur premier soin est de 



EXERCICE. 42» 

tirer leurs mains hors du lit, comme pour se justifier 
de leur vice honteux. 

Cet abus des organes reproducteurs dans l'enfance 
et l'adolescence est d'autant plus blâmable et répré- 
hensible qu'il conduit fatalement ses auteurs aux 
plus tristes et déplorables conséquences. En provo- 
quant trop souvent un afflux sanguin et la turges- 
cence des parties génitales, ils en déterminent le 
relâchement, l'affaiblissement. Le varicocèle ou dila- 
tation des veines du cordon en est ainsi la suite 
fréquente. L'atrophie ou la fonte du testicule peut 
même en résulter, comme le prouve l'exemple sui- 
vant, rapporté par le professeur Gosselin. 

Un garçon de vingt-deux ans avait eu, dès l'âge 
de dix ou douze ans, l'habitude de la masturba- 
tion; il s'y adonnait en moyenne deux à trois fois 
par jour. A diverses reprises, il avait eu du gonfle- 
ment et de la douleur dans les épididymes. A 
dix-sept ans, une inflammation un peu plus vive qu'à 
l'ordinaire fit disparaître peu à peu son testicule 
droit. Néanmoins, il continua à se masturber plu- 
sieurs fois par jour. Quelques années plus tard, le 
testicule gauche devint douloureux et se gonfla, puis 
diminua et s'amoindrit au moment de la résolution. 
Il a complètement disparu ensuite, en même temps 
que les érections et les désirs vénériens ont cessé. 
Il y a donc des raisons très sérieuses de penser que 
cette fonte n'est point causée par l'hérédité, mais 
que l'inflammation des testicules est entièrement 
due aux excès de la masturbation. 

Cette fatale habitude de l'adolescence et de la 



430 LA GÉNÉRATION. 

jeunesse, en se prolongeant de 18 à 20 ans parfois, 
a les plus funestes conséquences sur la virilité 
future. Les jeunes gens blonds, pâles, lymphatiques 
ou nerveux, en ressentent les plus t;ri\ves effets. 
Pas un impuissant, avant l'âge physiologique, ne 
s'est offert à mon observation sans avouer s'être 
livré plus ou moins tard à la masturbation ou à 
des abus, des excès vénériens. Un militaire de 52 ans, 
grand et mince, à la fine moustache blonde, était 
dans ce double cas. Ses érections étaient si légères 
et instantanées que, marié depuis dix-huit mois à 
une jeune femme qu'il aimait beaucoup, il n'avait 
pu encore parvenir à la déflorer coinj)lètement, 
malgré tous les stratagèmes employés. Certains 
sujets impressionnables, sensibles, sont particuliè- 
rement énervés par cette pratique anonuale et sem- 
blent privés du vrai sentiment de l'amour qu'ils 
n'ont jamais goûté. 

La spermatorrhée ou les pertes séminales en résul- 
tent infailliblement, et, par la faiblesse et la fri- 
gidité de leurs organes, c'est ordinairement l'im- 
puissance et la stérilité à bref délai. Ces malheureux 
sont ainsi entraînés souvent à rechercher ensuite 
leurs plaisirs solitaires avec des acolytes et à con 
tracter des goiitset des habitudes contre nature qui 
en font plus tard les pires ennemis du goure humain. 
(Y. Onanisme seul et à deux.) 



L'union précoce des sexes, dès les premières ma- 
nifestations de la puberté, est également contraire 



1 



EXERCICE. 431 

aux lois physiologiques de la génération. Elle est 
aussi préjudiciable aux deux conjoints qu'a leursf 
produits, comme nous l'avons déjà indiqué à Puberté. 
L'exemple en est offert par les animaux et jusque 
dans le règne végétal. Un jeune arbre à fruit n'en 
porte pas, et s'il en vient de trop bonne heure, ce 
fruit est imparfait. Aussi le jardinier a soin de cueil- 
lir les fleurs ou de réséquer la plupart des tiges de 
ce fruit à peine noué; car trop abondant, il nuit es- 
sentiellement à l'accroissement de l'arbre et à sa fer- 
tilité future. Un accouplement anticipé du bétail, à 
l'état de liberté, ne donne aussi que des produits 
inférieurs ou défectueux, et c'est pourquoi les éle- 
veurs, en les retardant, en ont obtenu les meilleurs 
résultats pour leurs intérêts. La même circonspec- 
tion est donc bien plus nécessaire, quand il s'agit 
du développement de l'espèce humaine. 

Les premiers rapports d'une puberté précoce sont 
rarement féconds, aussi bien dans le mariage que 
dans le libertinage et l'abus, surtout dans les cli- 
mats chauds, où la chaleur en est le principal exci- 
tant. En se livrant avec trop d'ardeur et de fréquence 
i ces premiers exploits novices et inexpérimentés 
de l'amour qui les enflamme, les jeunes gens font 
souvent naître et déterminent de part et d'autre, sur 
ces organes tout neufs, des irritations, rougeurs ou 
érosions, et des écoulements blancs, essentielle- 
ment nuisibles à la génération, d'autant plus que le 
sperme, imparfaitement élaboré dans ces coïts ré- 
pétés, est impropre à la fécondation. 

A cette stérilité passagère succède souvent une 



432 LA GÉNÉRATION. 

impuissance précoce chez les Orientaux. Il est trè' 
commun dans le Levant, au rapport des voyageurs, 
de rencontrer des hommes de 35 ans frappés d'im- 
puissance par suite des excès du jeune âge. Leurs or- 
ganes sont plongés dans l'atonicité et ne peuvent se 
réveiller que par des excitants artificiels énergiques. 

De là la condamnation des mariages précoces ou 
prématurés, dans les limites d'âge fixées par la loi. 
Ils sont préférables sans doute, pour la santé de 
l'homme surtout, à cette vie vagabonde de liberti- 
nage et de débauche, où tant de jeunes gens usent 
leurs plus belles années. Le sens génésique y trouve 
au moins une satisfaction normale, complète et ré- 
gulière. Mais c'est le contraire pour la femme, dont 
la grossesse et l'allaitement d'aussi bonne heure 
altèrent souvent la constitution et la santé. Le? ma- 
ladies de la matrice, l'engorgement des ovaires, en 
sont fréquemment la conséquence, et l'on risque 
ainsi d'épuiser les facultés génératrices chez l'un et 
chez l'autre et de les conduire à une impuissance 
prématurée. 

Le célibat prolongé des jeunes gens, surtout dans 
les grandes villes, en les entraînant aux liaisons 
dangereuses, compromettantes pour l'avenir, ou aux 
habitudes de la Vénus errante, crée de bien plus 
redoutables dangers, pour la santé de l'homme, par 
les maladies vénériennes qui en sont presque inévi- 
tablement la conséquence. Tels sont l'orchite on 
engorgement des testicules et les rétrécissements de 
l'urèthre, qui mettent si souvent obstacle à la fécon- 
dation, quand ce n'est pas une infection syphili- 



i 



EXERCICE. 433 

tique empoisonnant la source même de la génération 
pour l'avenir. 

Les jeunes gens ne doivent donc se laisser aller, 
qu'avec une extrême réserve, à la prostilution pu- 
blique, clandestine ou privée. En ne satisfaisant qu« 
les sens, elle fait contracter des habitudes de dépra- 
vation et d'immoralité détestables, abominables, et 
laisse un vide profond dans le cœur de celui qui l'a 
sensible et bien placé. L'amour est le plus impérieux 
besoin de la jeunesse. Aimer et être aimé, c'est le 
souverain bien, l'ineffable bonheur. Chacun peut 
et doit le rechercher légitimement, naturellement, 
puisque c est l'unique condition pour être heureux. 

Victimes de ces funestes habitudes ou vaincus paf 
la honte et le dégoût, la satiété qu'elles inspirent, 
beaucoup de lecteurs du. Mariage, ne pouvant se 
marier faute de ressources, m'ont demandé une Hy- 
giène du célibataire. Devant l'impossibilité de la 
continence et ses dangers, ils eussent désiré con- 
naître les moyens de satisfaire leurs sens génésiques 
et leur cœur, sans encourir ni charges ni dangers. 
11 n'en est pas et il ne saurait y en avoir moralement 
que dans une union légitime avec tous les devoirs 
qu'elle impose. C'est pourquoi ils n'ont pas reçu de 
réponse comme l'unique solution. Toutes les autres 
ne sont que des subterfuges, souvent bien plus dif- 
ficiles et coûleux à accomplir que le mariage même. 

Tout homme, ayant encouru des obstacles à la 
génération, ne devrait jamais se marier sans s'être 
préalablement assuré, par l'avis du médecin, qu'il 
est radicalement guéri. La syphilis notamment, qui 

25 



434 LA GENERATION. 

se communique par le mariage et se transmet aux 
enfants, devrait être une cause d'empêchement 
absolu, tant que la guérison n'est pas bien constatée 
par le temps. Beaucoup de médecins — disait ré- 
cemment le docteur Carie de Montélimar, d'après 
un fait d'empoisonnement de la mère, de l'enfant et 
de la nourrice — sont encore aujourd'hui trop faciles 
pour permettre le mariage à leurs malades syphili- 
tiques. On ne saurait être trop prudent quand il 
s'agit d'interdire l'entrée de la famille à ce terrible 
fléau, et ce n'est pas trop d'attendre, pour contracter 
mariage, qu'une année au moins se soit passée sans 
manifestations de la maladie. [Lyon me'dica/.) Ajou- 
tons que l'usage des bains sulfureux est encore né- 
cessaire, comme pierre de touche, pour confirmer 
une guérison complète. 

La continence absolue, que les prêtres et les 
religieux des deux sexes sont tenus d'observer par 
leurs vœux de célibat et de chasteté, ne les préserve 
pas davantage d'accidents, du moins pour ceux qui 
l'observent. Toute fonction, dans l'organisme, a sa 
raison d'activité quand les organes sont sains et 
normaux. La nature n'a rien créé sans but. Un organe 
sans emploi, une fonction physiologique sans utilité, 
répugnent à l'esprit et ne se voient pas dans l'orga- 
tisuie. Dieu a fait de l'accomplissement de ces fonc- 
tions la condition même de la vie et de la santé. 
Cell©s-ci résultent seulement de leur exercice normal 
et hygiénique. Les deux sexes sont donc soumis aux 
méineâ lois, dans quelque position qu'ils se trouvent ; 



EXERCICE. 435 

les vœux n'y font rien. Prétendre que la continence 
absolue est possible, en vertu même de l'état reli- 
gieux, n'est ni physiologique, ni sérieux, c'est de la 
casuistique. Les différences individuelles de consti- 
tution, de tempérament, de position, le genre de 
vie, le régime même, peuvent seuls en modifier les 
exigences, sans en empêcher jamais absolument la 
manifestation. Provoqués par la sécrétion séminale 
qui s'opère insensiblement en dehors de la volonté, 
les organes sexuels ne sauraient échapper à cette loi ; 
ils ont une impulsion soudaine et spontanée, néces- 
saire à son excrétion. Cette fonction peut être conte- 
nue, diminuée parla vie du célibat, du cloître et du 
monastère, comme elle est excitée, augmentée par 
les conditions opposées de la vie sociale et conju- 
gale; elle n'est jamais suspendue ni arrêtée. Elle 
doit donc s'exécuter normalement comme les autres, 
d'autant plus que son rôle important la rend plus 
impérieuse. Autrement, elle produit ces rétentions 
dangereuses ou ces pertes involontaires, donnant 
lieu aux accidents redoutables énumérés plus loin. 
Soutenir, comme le docteur A. Mayer, que l'in- 
gtinct erotique peut être refréné par la volonté, sans 
péril ni préjudice pour la santé, c'est se montrer 
homme de système et de parti pris, plutôt que phy- 
siologiste, observateur et médecin. Car donner en 
preuve la continence observée par les jeunes gens 
des deux sexes, avant le mariage et dans le célibat 
prolongé, civil et religieux, c'est présenter l'excep- 
tion pour la règle, sans tenir compte de la pudeur, 
la limiJilb <)t riguor<inot£ x^arAClérisliqucs de la jeu- 



430 LA GÉNÉRATION. 

nesse; c'est méconnaître les habitudes vicieuses, les 
accidents et les maladies provo{|uées par cette pré- 
tendue continence, cette chasteté du corps, sinon 
de l'esprit. 

Lunion dans le mariage, selon le cœur et l'es- 
prit, est la condition la plus favorable pour l'exercice 
normal et salutaire des fonctions génératrices. Elles 
trouvent une heureuse excitation dans le bonheur, 
la joie, l'allégresse d'un amour réciproque ; les cha- 
grins, les soucis, la crainte, la frayeur et les pré- 
occupations de l'amour errant et vagabond, les 
paralysent. L'appareil génital subit la plus grande 
influence du moral et de l'imagination, et le consen- 
sus intime qui en éveille et anime le sens spécial, 
est dans l'àme, dont les sentiments et les faculté» 
sont toujours décisifs, pour ou contre son activité. 
Elle est favorisée par la tendresse, l'affection, comme 
la froideur, la répulsion, en éteignent l'ardeur et en 
glacent les voluptés. Il en est de même des passions, 
qui ne sont que les facultés de l'âme surexcitées et 
élevées à leur plus haute puissance d'expression. 

L'accomplissement normal, la satisfaction com- 
plète de cette fonction importante et son but même 
ne se réalisent guère dans ces manifestations ex- 
trêmes et opposées. Un amour violent, longtemps 
réprimé dans ses désirs, plonge tout l'organisme, 
au moment de sa réalisation, dans une espèce d'ex- 
tase; l'âme, concentrant en elle toute force et toute 
vitalité, ne réagit plus sur les organes qui lui servent 
d'ordinaire pour transmettre et exécuter ses voli- 



i 



EXERCICE. 437 

lions. «J'en sçay, dit Montaigne, à qui il a servy d'y 
apporter le corps même, demy rassasié par le dé- 
sir, pour endormir l'ardeur de cette fureur. » 

Un mariage bien proportionné — conclu suivant 
les règles et les conditions d'âge, de constitution, de 
fortune, d'éducation et de santé, décrites dans notre 
Traité du Mariage — est la plus sûre garantie que 
cette fonction physiologique sera remplie convena- 
blement. C'est seulement dans une union bien assor- 
tie qu'elle trouve son parfait accomplissement. Mais 
il est nécessaire d'observer, au point de vue spécial 
de la génération, certaines précautions, utiles à 
rappeler ici, pour que le mariage ne soit pas une 
occasion de troubles et de maux réels. 



L'origine et la nécessité de ces précautions préli- 
minaires sont indiquées dans la coutume des nuits 
probatoires existant au moyen âge et dont les Capi- 
tulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux font 
mention. Elles duraient, disent les historiens, jus- 
qu'à ce que les deux parties aient pu acquérir la cer- 
titude de leur aptitude génitale ou jusqu'à ce que la 
femme fût devenue enceinte. Alors seulement avaient 
lieu les démarches pour le mariage, qui se célébrait 
en général aussitôt. Rarement la jeune fille était 
abandonnée par celui qui l'avait rendue mère, car il 
se serait attiré la haine et le mépris de tout le village. 

Il faut donc s'assurer d'abord que l'un et l'autre 
sont aptes au mariage. L'union des cœurs, des esprits 
même, ne suifit pas; il faut que l'union physique 



438 LA GÉNÉRATION. 

puisse s'opérer normalement. Si le jeune homme 
peut toujours le savoir d'avance et ne le sait souvent 
que trop, la jeune fille l'ignore le plus souvent. 
L'existence de la menstruation ne suffit pas à prou- 
ver son aptitude à la fécondation. Des lésions et des 
difformités locales latentes, ignorées, peuvent s'y 
opposer en constituant des obstacles réels à la copu- 
lation. 

Telle est la présence d'un hymen dense et épais, 
musculeux, comme il s'en rencontre parfois chez les 
vieilles filles, et offrant, quoique perforé, une résis- 
tance invincible à l'intromission. L'absence de dou- 
leur permet ordinairement de forcer l'entrée en le 
déchirant avec le doigt. 

Ce fut le cas d'une fille de 59 ans, observée par 
le docteur Bergeret. Craignant que son beau-frère, 
dont elle connaissait les goûts erotiques, ne désho- 
norât la mémoire de sa sœur par son libertinage, 
elle l'épousa après quinze mois de veuvage. C'était 
un petit vieillard très vif, fort lubrique, âgé de 
65 ans. Ses tentatives de défloration avaient produit 
une vulvite intense, mais il n'avait pu pénétrer par 
la résistance de l'hymen, tant les progrès de l'âge 
en avaient augmenté la rigidité. 

Le vaginisme est un obstacle plus insurmontable 
par l'extrême sensibilité de la vulve, ne permettant 
pas le moindre attouchement sans les plus vives 
douleurs, une souffrance aiguë arrachant des cris. 
Cette hyperesthésie névralgique de la muqueuse va- 
ginale est causée souvent par l'irritation chronique 
de cette membrane. Cet obstacle se rencontre parti- 



EXERCICE. 439 

culièrement chez les jeunes filles nerveusos, hysté- 
riques et souvent tourmentées par les plus violents 
désirs. Une cuisson locale, la démangeaison ou pru- 
rit, sont parfois des indices de ce redoutable acci- 
dent pour les nouveaux mariés. 

Cet obstacle est donc la négation même du ma- 
riage. Tenu secret au début et laissé sans traite- 
ment actif et rationnel, comme c'est ordinairement 
le cas par l'ignorance où l'on est de sa nature et de 
sa gravité, il est la source des plus redoutables con- 
séquences. Il ne saurait disparaître devant les ten- 
tatives mesurées, timides et incessamment renou- 
velées qui ont lieu pour le vaincre. Au contraire, le 
spasme local et l'hyperesthésie augmentent. La rai- 
son succombe bientôt à ce supplice de Tantale chez 
de nouveaux mariés. A l'irritation succèdent la tris- 
tesse, le chagrin, sinon les reproches, les dissen- 
sions, le désespoir. La santé de la femme surtout 
s'altère, on la voit pâlir et maigrir, en proie à des 
accidents nerveux et des douleurs intolérables. La 
chaîne du mariage a été traînée ainsi de longues an- 
nées par des époux n'ayant jamais pu le consommer. 

Cet accident se produit parfois durant le mariage, 
après l'accouchement même, par les fissures, les 
crevasses résultant des déchirures du vagin. C'est 
une forme différente produite par l'irritation locale. 
Elle se guérit surtout par le repos et la dilatation 
croissante avec des mèches de longs fils de charpie 
enduites d'une pommade belladonée. Mais le plus 
sûr moyen, découvert récemment, sont les badigeon- 
nages de cocaïne, rendant le coït possible aussitôt. 



440 LA GÉNÉRATION. 

Les luisitatioiis, les ménagements, employés réci- 
proquement, dans ce cas, pour prévenir ou dimi- 
nuer la douleur, sont plus propres à l'augmenter 
et l'entretenir qu'à la faire disparaître, en excitant 
les papilles nerveuses par la titillation des parties 
douloureuses, hyperesthésiées. Le coït complet est 
ainsi rendu impossible de part et d'autre. Il ne faut 
pas tâtonner, au contraire, et franchir d'abord l'ob- 
stacle avec décision, sauf à n'exercer ensuite ni mou- 
vement ni frottement, s'ils sont douloureux, en ne 
réjiétant cette opération qu'à un intervalle de plu- 
sieurs jours. Le mari peut donc être le meilleur 
chirurgien, d'après l'exemple même de celui-ci, dans 
le cas de fissures à l'anus ou d'hémorrhoïdes doulou- 
reuses produisant le ténesme et des douleurs parfois 
atroces. Introduisant hardiment ses deux indicateurs 
ou ses deux pouces adossés dans le rectum, il le8 
écarte subitement en déchirant la muqueuse, et dès 
lors le spasme du sphincter est vaincu et guéri. 

Ces divers états morbides, heureussment fort 
rares, constituent donc autant de cas d'impuissance 
réelle de la femme au mariage. Il y aurait anachro- 
nisme à s'y appesantir ici pour les faire mieux 
connaître et apprécier. Les développements néces- 
saires à cet effet et les exemples à l'appui sont mieux 
à leur place dans V Impuissance physique et morale 
chez les deux sexes. Aussi renvoyons-nous à cet 
ouvrage pour l'indication des moyens curatifs de 
ces deux infirmités. C'est aux jeunes filles, suscep- 
tibles d'en être atteintes ou à leurs mères, de de- 



mander l'examen du médecin avant le mariage. Il 



i 



EXERCICE. 441 

^urra d'aiùact mieux faire disparaître ces obstacles 
que le mari ne sera pas là pour en troubler la gué- 
rison, comme c'est souvent le cas. 

On devrait toujours constater aussi l'aptitude de 
la femme pour l'accouchement, surtout chez les 
filles petites, délicates, boiteuses, difformes ou ra- 
chitiques, car, si elles sont propres à la fécondation 
comme les autres, elles ont souvent le bassin mal 
conformé ou rétréci. Or, comme au-dessous de trois 
pouces de diamètre antéro-postérieur le bassin rend 
l'accouchement impossible par les voies naturelles, la 
Yie de la femme et celle de l'enfant sont gravement 
compromises, surtout si celui-ci vient à terme. L'a- 
mour et la prudence des parents ont donc à suppléer 
au silence de la loi qui a déjà fait tant de victimes. 

Il y a aussi à prendre en considération la dimen- 
lion de la tête et des épaules de l'homme, car une 
grande disproportion de taille entre les époux expose 
les enfants, les garçons surtout, à ne pouvoir venir 
à terme, en raison de leur volume, ou à ne pouvoir 
naître par les seules forces de la nature. 

Les filles nerveuses, hystériques, sont très impro- 
pres à la génération sous ce rapport. Par l'hérédité' 
de leur maladie, elles sont condamnées, sauf de 
rares exceptions, aux avortements et à des accou- 
chements laborieux. Elles engendrent souvent des 
enfants scrofuleux et rachitiques qui meurent dans 
une proportion considérable, soit 60 pour 1 00 dès 
la première année. Quant aux survivants, le même 
sort que celui de leur mère est réservé aux filles. 

25 



44) LA GÉNÉRATION. 

Sur 220 filles, nées de 100 hyslciiques, 124 le sont 
devenues et 5 ont eu des convulsions. 



Le devoir des parents et des familles est ainsi 
4'empêcher l'union entre des jeunes gens entachés 
par hérédité des mêmes tares organiques. Permettre 
de confondre, d'unir de simples dispositions ma- 
ladives, c'est favoriser le développement d'affections 
d'autant plus rapides et graves qu'elles rencon- 
trent un terrain vierge, disposé à les féconder et les 
perpétuer. 

Les cachexies, comme le cancer, la tuberculose, 
le rachitisme et la syphilis surtout, qui se reprodui- 
sent fatalement par la génération, entraînent une 
prohibition absolue, ainsi que la folie, car leur 
marche inéluctable amène à bref délai la dispari- 
tion de familles entières. Tels sont les effets hérédi- 
taires de la génération, indiqués plus loin. Il ne 
s'agit ici que de les prévenir, les atténuer dans 
l'exercice de cette fonction. 

Un croisement intelligent des constitutions est le 
plus sûr moyen d'amoindrir ces effets et d'en conju- 
rer le développement. L'homme ne se soumet guère, 
il est vrai, à la sélection qu'il applique, avec tant 
de succès, aux plantes et aux animaux. Lors même 
qu'il s'agit des enfants à naître, il ne s'inquiète pas 
de la santé, dans la plupart des mariages. Et cepen- 
dant les plus heureux effets en pourraient résulter, 
comme chez les grands mammifères domestiques. 
La passion de Frédéric-Guillaume et de Frédéric il 



EXERCICE. 443 

pour les hommes de haute taille dans leur garde, et 
qu'ils mariaient souvent, de gré ou de force, avee 
les plus grandes filles, suffit à former, par cette sé- 
lection, une population d'une taille supérieure dans 
les environs de Postdam. Un village d'Alsace, séjour 
d'un prince de Deux-Ponts qui partageait ces goûts, 
présentait la même particularité. 

Le choix d'un conjoint sain est le remède le plus 
efficace à opposer aux prédispositions héréditaires, 
sinon pour la personne même qui en est entachée, 
du moins pour sa progéniture. Les résultats ohtenus 
par le croisement des animaux domestiques ou la 
sélection naturelle en sont la démonstration expéri- 
mentale. L'axiome bien connu du contraria con- 
trariis curanlur a une application plus sûre en hy- 
giène qu'en thérapeutique. La dissidence deMercado 
et l'harmonie d'opposition de Virey sont applicables» 
ici. « Au point de vue physique, dit Micliel Lévy, 
les mariages devraient au moins être combinés de 
manière à neutraliser, par l'opposition des consti- 
tutions et des tempéraments, les éléments d'hérédité 
morbide que l'on peut craindre dans les deux époux. 
Il faudrait défendre l'union de deux lymphatiques, 
comme de deux sujets éminemment nerveux. Deux' 
familles également prédisposées aux affections de 
poitrine ne devraient jamais s'allier ni mêler leur 
sang; même danger dans l'union de deux sujets 
frappés de débilité générale. » 

La prédisposition à des affections analogues con- 
stitue une autre incompatibilité d'union, d'alliance. 
Scrofule et phtisie formeront une sordide pépinière. 



444 LA GENERATION. 

tandis qu'une fille issue de parents tuber .uleux, 
mariée à un homme robuste et sain, peut fl:.venir 
l'heureuse mère d'une génération valide. Croisée à 
son tour avec un sang de bon aloi, celle-ci produira 
une autre génération tout à fait irréprochable. La 
propension aux maladies héréditaires s'épuise par 
des croisements bien entendus. Plusieurs faits dé- 
montrent la disparition spontanée d'une maladie de 
familie, d'une difformité, l'extinction de germes hé- 
réditaires par des alliances de ce gonre. 

Ce croisement des races, des individus et des tem- 
péraments dans l'exercice de la génération, établit 
une sorte de compensation entre les qualités néga- 
tives de l'un des organismes et l'excès en sens con- 
traire de l'autre : d'oîi résulte une pondération 
profitable à la constitution de la progéniture, dit 
Chauffard. Il croyait même que c'est l'unique voie 
employée spontanément par la nature niédicatrice 
pour l'épuisement et Textinction de la scrofule, du 
cancer, de la phtisie et autres maladies ordinaire- 
ment incurables, comme il l'a si éloquemment ex- 
primé dans ses Études et problèmes sur la vie. 
« Les fécondations successives, dit-il, qui enfantent 
la suite dts familles, tendent par des efforts latents à 
restituer à celles-ci l'intégrité saine, le type primitif 
et inaltéré. Les familles se régénèrent en vertu de 
cette loi supérieure qui veut que l'humanité sub- 
siste, se reconstitue d'âge en âge, de famille en fa- 
mille, au lieu de finir dans une lente, mais inexo- 
rable décomposition; l'humanité saine surgit d'une 
humanité corrompue, le mal est vaincu [»ar l'énergie 



EXERCICE. 445 

salutaire et réparatrice que tout homme porte en 
lui, cfue tout malade recèle en son sein dévasté. » 
i^aris, 1878.) 

Des objections tirées du microscope et de l'expé- 
rimentation sont faites, il est vrai, à cetle interpré- 
tation vitaliste, par les positivistes contemporains. 
C'est la neutralisation résultant d'actions antago- 
nistes entre les conjoints. Aussi la nature aide-t-elle 
merveilleusement à cette fin, si l'on y regarde bien, 
car l'affectionnivité et la sympathie sexuelles s'établis- 
sent presque toujours naturellement entre des orga- 
nisations contrastant au physique et au moral : 
Vénus épousa Vulcain. Ainsi précisée, l'explication 
est moins vague sans être différente, car la neutra- 
lisation des éléments anatomiques ou des réactions 
vitales ne se démontre guère mieux que la réaction 
médicatrice. Le système ou point de vue est changé 
ninsi que l'explication, et voilà tout; mais l'effet est 
le même et n'a pas varié. On l'attribuait à un ordre 
supérieur, providentiel, une volonté divine, tandis 
que l'on n'y voit plus que l'action et la réaction 
aveugles, fatales, des molécules et des cellules vi- 
vantes entre elles, s'opérant au hasard d'après les 
lois de la matière. 



Telle est l'heureuse influence, sur la génération, 
des différences de constitution et de tempérament 
entre les conjoints, comme elle s'observe physique- 
ment entre l'homme et la femme. Les constitutions 
aibles, délicates, molles, aux tissus pâles, peu tour- 



448 LA GENERATION. 

mentées de désirs et qui remplissent cette fonction 
avec nonchalance et comme un devoir, sans grande 
volupté, ne peuvent engendrer que des produits im- 
parlaits. L'apathie générale dont ils sont frappés 
dans cet acte peut même déterminer la stérilité de 
leur union. De là les mauvais résultats des unions 
consanguines ou entre parents à un degré rapproché, 
du même sang. N'apportant dans l'acte de la géné- 
ration que des éléments semblables de force et d'or 
ganisation, avec des défauts ou des qualités identi- 
ques, il n'en peut résulter qu'un produit égal, sinon 
diminué, amoindri, dégénéré. Au lieu des facteurs 
différents que deux étrangers y apportent par la di- 
versité des matériaux, des forces et des sentiments, 
il n'y en a qu'un, sans influence réciproque de réac- 
tion ni de modification des uns sur les autres, ni, 
par conséquent, de changement dans la nature du 
produit. Une graine toujours semblable, semée 
d'une manière uniforme et dans la même terre, ne 
tarde pas à donner des fruits inférieurs et dégénérés. 
11 en est tout autrement dans les alliances entre 
étrangers. La réaction des éléments contraires, oppo- 
sés, tend à neutraliser, annihiler, les germes mor- 
bides. La cellule saine, normale, douée d'une plus 
grande vitalité que la cellule altérée, affaiblie,- ma- 
lade, tend naturellement à proliférer, à s'accroître, à 
augmenter, au détriment de l'autre, condamnée à 
s'atrophier, se résorber et disparaître. Telle est du 
moins la loi physiologique, et tous les médecins ont 
observé que les affections chroniques héréditaires, 
(es difformités même d'une fiiniille, s'éteignent et 



EXERCICE. W 

disparussent, dans les générations successives, par 
des croisements bien faits. 

Une grande différence d'âge, comme les unions 
disproportionnées entre vieux et jeunes, est ordinai 
rement préjudiciable à l'exercice de la génération 
Entre époux qui ont vieilli ensemble, les désirs 
s'éteignent à l'unisson. La jeunesse les réveille d'au- 
tant plus violents qu'ils étaient endormis ou éteints. 
Leurs manifestations brutales, maladives, ne pro- 
duisent que des effets diamétralement opposés. 
Comment un jeune mari répondra-t-il aux caresses 
provocantes et renouvelées d'une vieille femme 
sans charmes ni beauté, s'il n'est un libertin? 

C'est encore pis pour la jeune fille alliée à un 
vieux. Tout est contraste au physique et au moral 
entre eux. Les amours du vieillard sont ridicules et 
hideuses et inspirent une répulsion comparable à 
l'idée de l'inceste. La chasteté est forcément absente, 
dans ces ébats où la brutalité des sens n'est ni amor- 
tie ni poétisée par les élans passionnés du cœur. 

Les tempéraments sanguins, nerveux, bilieux, ont 
la plus heureuse influence stimulante sur le tem- 
pérament lymphatique. Une femme vive, forte, ar- 
dente, passionnée, réveillera toujours efficacement 
l'homme froid et indifférent, et récii)ro(jueu;ent. 

Les professions ont aussi une influence analogue. 
Mariez ensemble, comme cela arrive trop souvent, 
ces ouvriers et ouvrières, aux occupations séden- 
taires, malsaines, enfermés dans des pièces man- 
quant d'air et de lumière et souvent sans mouve- 
ment ni exercice, dans des positions assises, gênées, 



M8 LÀ GËNÉRATinH 

«omme les tailleurs, les couturières, les cordonniers, 
les tapissiers, et«., et vous n'aurez qu'une fécondité 
limitée et une génération rabougrie, souffreteuse et 
débile. Voyez au contraire ceux qui vivent au grand 
air, dans un mouvement continuel, comme les agri- 
culteurs, et vous observerez tout l'opposé. Ainsi se 
prolongeront les facultés procréatrices de l'un et de 
l'autre, avec une nombreuse et saine progéniture. 

On obtient surtout ce résultat dans les meilleures 
conditions, quand la femme s'impose le devoir d'al- 
laiter et d'élever elle-même ses enfants. En en limi- 
tant le nombre, elle ne s'expose pas à ces grossesses 
coup sur coup qui, en fatiguant, en affaiblissant la 
constitution outre mesure, finissent souvent par 
l'altérer et déterminer une infécondité précoce. 

Si l'homme avait seulement pour lui et sa descen- 
dance les mêmes soins et les mêmes précautions qu'il 
prend pour l'accouplement de ses animaux, toutes 
ces règles principales seraient observées avant le 
mariage et y présideraient. 

L'art de prévenir le mal ne consiste souvent qu'à 
le prévoir, et on l'empêche en équilibrant les fonc- 
tions. C'est en négligeant ce qui peut contribuer 
surtout à sa régénération, en faisant tout le contraire 
de ce qu'il devrait en vue de la procréation, que 
l'homme est atteint de tant de dégénérescences phy- 
siques et morales dont la disparition, l'extinction 
pourrait être complète en moins d'un siècle, s'il le 
Toulait bien. 



EXERCICE. 449 

D'autres accessoires ne sont pas davantage à né- 
gliger. C'est la durée des fiançailles. Entre jeunes 
gens épris d'un ardent amour l'un pour l'autre et 
qui se voient tous les jours, il y a un danger réel à 
la prolonger outre mesure. La seule idée de la pos- 
session de l'objet aimé suffit à enflammer les sens 
bien longtemps avant que le moment tant désiré 
arrive. L'imagination, volant sur les ailes du désir, 
fait à l'avance goûter des voluptés ineffables en re- 
présentant des beautés que l'on ne possède point 
encore. L'excitation génitale parvient, dans ces con- 
ditions spéciales, à un tel paroxysme qu'il n'est pas 
rare d'observer chez des jeunes gens faisant à leur 
fiancée la cour obligatoire, que nos mœurs rendent 
pourtant si réservée, de véritables crises nerveuses 
plus ou moins graves, dont le point de départ réside 
dans un éréthisme génital presque permanent sans 
conclusion. Il est produit à la fois par la vue et la 
fréquentation quotidienne de la jeune fille, le sou- 
venir des charmes entrevus et l'idée de leur pos- 
session future. On les voit ainsi maigrir, pâlir, dé- 
périr, surtout la jeune fille, après deux mois de ces 
entrevues quotidiennes, véritables épreuves incom- 
patibles avec la continence. C'est là un signe pres- 
sant de conclure l'union pour leur santé, sinon pour 
leur vertu. 

Le jour même du mariage doit être fixé avec ré- 
flexion. Il n'est pas de mère qui ignore cela. Mais 
combien de jeunes fiUee ne s'en inquiètent pas assez! 
De graves inconvénients peuvent en résulter, s'il est 
mal choisi, sans tenir compte de l'avance que les 



450 LA GÉNÉRATION. 

fatigues, les plaisirs et l'excitation inséparables de 
cet acte peuvent amener dans la menstruation. Le 
moment le plus favorable est le milieu de l'époque. 

Bien d'autres précautions hygiéniques sont à 
observer, eu ce jour d'émotion et de fatigue, pour les 
nouveaux mariés. Leurs vêtements sont souvent trop 
légers pour la saison; les excès de table o\ de 
danse leur sont aussi préjudiciables. Ils doivent user 
de tout avec modération, et, s'il y a lieu qu'ils se dé- 
robent aux regards curieux auxquels la jeune fille 
est surtout exposée, ce ne doit jamais être pour 
partir immédiatement en voyage, comme l'habitude 
s'en répand dans les grandes villes. 

Beaucoup de jeunes époux partent en voyage 
aussitôt après la bénédiction nuptiale, pour une 
durée de quelques semaines ou plusieurs mois, sui* 
vant la position, la iortune. Ce départ subit, en sé- 
parant la jeune fille de sa mère, de ses parents, de 
sa famille, ressemble à un enlèvement autorisé, un 
rapt légitime par le mari victorieux. Bientôt le 
chemin de fer les a emportés, à des distances consi- 
dérables, en France ou à l'étranger. Quelle fatigue et 
quelle gêne, ajoutées à celles du matin! On recher- 
chait l'isolement, et c'est le tête-à-tête continu avec 
des inconnus qu'il faut subir. Quelle inquisition 
des regards et quels commentaires curieux et déso- 
bligeants parfois sur la tenue et les caresses des 
inconnus ! Mieux eût valu mille fois se rendre dans 
le petit nid préparé à cet effet. 

Arrivés au lieu fixé, on descend à l'hôtel, exposés 
k tous les soucis des voyageurs. Et la jeune fille, à 



EXERCICE. 451 

qui peut-être on a prononcé à peine le mot d'amour, 
dont, il y a huit jours, son fiancé n'avait pas encore 
serré la main, se voit désormais livrée à cet homme, 
dont la brutale violence peut compromettre en une 
seconde le bonheur de toute la vie! Et le soir venu, 
quelle impression ne doit pas produire sur l'esprit 
d'une jeune fille pure, tremblante, délicate, ner- 
veuse, cette grossière attaque? Quelle image de 
l'amour va se graver dans son esprit? Il en est pour 
qui cette sauvage prise de possession a inspiré une 
telle horreur, qu'elles en sont restées frappées d'in- 
curables souffrances, et que ce souvenir seul éloigne 
de leur mari. C'est pis encore si une hémorrhagie 
ou d'autres accidents imprévus analogues se pré- 
sentent comme dans les cas précités. 

Une jeune institutrice malade me rappelait encore 
cet événement avec effroi, après cinq à six ans de 
mariage. Une extrême réserve, sans brusquerie du 
mari, doit donc présider à cette prise de possession. 
Sans tenir compte de ses nouveaux droits, il doit 
continuer son rôle d'amant jusqu'au bout et ne rien 
prendre qui ne soit librement consenti, accordé. 
Cette agression nocturne ne doit avoir rien de brutal 
ni de soldatesque. 

« Est-ce ainsi que, dans le monde, s'approchera de 
la jeune femme l'homme qui tentera de lui plaire? 
Est-ce sous cette forme qu'il lui représentera l'amour? 
Comment pourra-t-elle résister alors, en rencontrant 
des regards pleins de respect, en entendant des 
paroles suppliantes et prononcées tout bas, en 
voyant des transports de joie et des larmes de recon- 



453 LA GÉNÉRATION. 

naissance pour une fleur donnée ou un serrement 
ie main, si son mari a agi brutalement? Alors, éton- 
née, enivrée, vaincue par la surprise même, elle se 
trouve sans défense contre le sentiment qu'elle ca- 
lomniait : c'est le mari qui aura préparé le triomphe 
de l'amant, dit M. Legouvé. »' {Du Mariage.) 

Le voyage de noces consiste ensuite en courses 
folles, en chemin de fer, à cheval ou à âne, en excur- 
sions pénibles dans les montagnes, en visites fati- 
gantes dans la campagne, excitées par la curiosité, 
ou en veilles fréquentes et prolongées, en s'aban- 
donnant à tous les entraînements de la passion. De 
là la dépression des forces et l'abaissement de la 
résistance organique aux influences morbides. Ainsi 
surmenés, les voyageurs s'exposent à contracter les 
maladies endémiques et épidémiques régnantes dans 
les lieux oîi ils passent et s'arrêtent. La femme sur- 
tout, soumise à cette vie nouvelle, à des excitations 
incessantes de l'utérus, peut y trouver une source 
de maux graves et persistants. C'est donc une erreur 
et un danger de sacrifier à cette funeste mode, qui, 
sous prétexte d'une fausse pudeur, s'est introduite 
dans les mœurs. 

Si difficile qu'il soit pour le jeune époux aimant 
sa femme et dont il est aimé de ne pas mésuser 
de leur liberté de se le témoigner réciproquement, 
il ne doit pourtant pas abuser de sa nouvelle posses- 
sion, comme il arrive si souvent, sous peine de se 
préparer des déceptions et des remords. L'isolement 
îi le désœuvrement, l'oisiveté où sont placés les 
nouveaux mariés, pendant leur voyage de noces, est 



EXERCICE. 453 

un danger de plus à cet égard. Le plus court et le 
meilleur est de reprendre ses occupations. 

La fougue de la lune de miel passée et le gâteau 
de la noce mangé, l'homme doit consulter son âge, 
son tempérament, sa constitution, sa complexion 
individuelle, ses occupations et son alimentation, 
ses habitudes et toutes les circonstances de sa vie, 
pour se livrer au plaisir de la copulation. Comme la 
faim est le grand assaisonnement des repas, une con- 
tinence raisonnable est celui du plaisir génésique. 
Un désir vif le rend plus complet, et obéir sans re- 
tard à la voix intérieure de la salacité, c'est l'unique 
moyen de ne pas ébranler sa santé; mais l'appétit 
ne suffit pas sans la vigueur de le satisfaire et un 
prompt résultat prolifique. 

La copulation est l'acte des hommes forts et ro- 
bustes. Malavisé est celui qui méconnaît cette vé- 
rité! Beaucoup d'hommes s'exagèrent la nécessité de 
cette fonction et, entraînés par la passion, dominés 
par la luxure, une imagination pervertie ou des ha- 
bitudes fatales, prennent pour une nécessité irrésis- 
tible ce qui est simplement l'effet d'excitations 
passagères ou artificielles, peu en harmonie avec 
leur constitution. C'est une folie de demander au 
désir, si vif et capricieux soit-il, ce que les condi- 
tions organiques refusent de lui octroyer. Il est ce- 
pendant tristement certain que beaucoup d'impru- 
dents persistent ainsi dans leurs excès et ne pensent 
à se ménager que quand il n'est plus temps. 

La femme se ressent aussi des excès erotiques, 
malgré son rôle moins actif. Les secousses nerveuses 



454 LA GENERATION. 

qu'elle éprouve et rirritation locale des parties, leur 
coiilusioiî même, déleniiinent souvent les effets les 
plus fâcheux. Les épouses prudentes et réservées 
doivent toujours se contenter de ce que les forces et 
l'état du mari lui permettent et modérer même son 
ardeur, quand il abuse de sa vigueur, en lui rappe- 
lant les dangers qu'il encourt. 

Ce rôle est particulièrement dévolu aux femmes 
lymphatiques que leurs maris ne doivent jamais 
contrarier brutalement sous ce rapport. Éminem- 
ment nerveuse, délicate, sensible et même capri- 
cieuse, la femme devient facilement indifférente à 
toute idée d'érotisme à la moindre contrariété, à la 
plus petite impertinence, comme à la plus légère 
indisposition. Une passiveté impatiente et forcée 
répondrait seule à leur ardeur. Maris et femmes 
doivent donc se convaincre réciproquement qu'éco- 
nomi&er ses plaisirs, c'est les doubler. 

Le mariage est ainsi le meilleur correctif et le 
plus sûr régulateur de l'exercice libre des fonctions 
génésiques. En éteignant la violence du prurit, le feu 
du sang, qui est l'amour physique, l'amour sensuel, 
a dit Proudhon, il fait naître et régner l'amour vrai 
qui est le principe de la tendresse et de l'harmonie 
conjugales. L'épigrammc qui en fait ironiquement 
le tombeau de l'amour est donc une sentence po- 
pulaire profondément vraie, car i'amour, dès qu'il 
est déterminé et ûxé par le mariage, tend à s'affran- 
chir de la tyrannie des organes. Dans sa chasteté 
native et sa délicatesse infinie, le peuple n'a pas 
voulu révéler le secret de la couche nuptiale ; il a 



EXERCICB. 455 

laissé à chacun le soin de pénétrer le mystère et de 
faire son profit de l'avertissement, car la sagesse vul- 
gaire sait que l'amour vrai naît quand l'amour sen- 
suel meurt. {Système des contradictions.) 



Ce n'est pas lorsqu'il est provoqué par des exci- 
tations et des caresses indiscrètes que l'homme 
doit se laisser aller à l'instinct de la reproduction, 
comme l'indique Balzac dans sa Physiologie du 
mariage. La lubricité, dit Burdach, dépend plus 
souvent d'une tête vide ou inoccupée que de la rcplé- 
tion des testicules. La meilleure indication de l'union 
sexuelle, d'après Pythagore, est quand on éprouve 
le besoin d'une grande perte. 

L'homme doit se garder de toute vanité dans 
l'exercice de cette fonction, et ne pas croire aux para- 
doxes qui se débitent à ce sufet. Il existe, sans doute, 
de véritables athlètes conjugaux, des colosses de 
virilité, émules d'Hercule et de Procule. Exemple ce 
mari dont les exigences furent telles, que, sur la 
plainte de sa femme, la reine d'Aragon rendit un 
arrêt pour limiter à six le nombre des copulations 
par jour. Ces exceptions sont très rares, sinon fabu- 
leuses,' et se rapportent à des hommes dominés par 
un tempérament morbide et dont la pensée est exclu- 
sivement influencée par l'appareil génital. Il faut se 
garder de les imiter. 

Solon, le grand législateur grec, avait prescrit des 
règles sur la fréquence à observer dans les rapports 
conjugaux, suivant leg âges et les professions, en pre- 



458 LA GÉNÉRATION. 

nant |iour base la fatigue inhérente à chacune. La 
sensualité et la liberté actuelles les rendraient 
inapplicables, avec d'autant plus de raison qu'il n'y 
a en ceci rien de général ni d'absolu, tout est indi- 
viduel ou relatif. 

La physiologie et l'expérience enseignent que le 
petit volume des testicules, la ténuité des conduits 
fiéminifères et une éjaculation peu abondante — dès 
qu'elle est répétée à court intervalle — indiquent 
une sécrétion raréfiée du sperme, exigeant une conti- 
nence mesurée, pour que la copulation soit complète 
et fécondante. En la répétant trop souvent, on s'ex- 
pose à déterminer ces |iaroxysmes convulsifs, épilep- 
liformes et stériles, déjà signalés. 

La copulation est aussi beaucoup plus débilitant* 
dans les climats extrêmes, chauds et froids, que 
dans les pays tempérés. Le printemps et l'automne y 
sont ainsi plus favorables que l'été et l'hiver, surtout 
dans la jeunesse florissante et l'âge de la virilité, 
comme nous l'avons indiqué à ce mol. 

Les aliments succulents ou très épicés, le café et 
les liqueurs, lorsqu'ils sont digérés, en provoquant 
une excitation générale, favorisent aussi la turges- 
cence génitale et prédisposent à user indiscrètement 
de la copuliition, surtout au printemps. De même 
des bains tièdes, suivis de frictions, d'onctions ou 
du massage, provoquant la dilatation des petits 
vaisseaux sanguins externes qu'ils entretiennent. 
Ils portent immodérément au coït, surtout sous l'in- 
fluence de la chaleur du lit. L'oisiveté, les lectures 
erotiques, les spectacles obscènes sont aussi des sti- 



EXERCICE. 457 

mulants à éviter pour conserver sa force et sa santé. 

Au contraire, les températures extrêmes de froid 
et de chaleur, en hiver comme en été, sont des ana- 
phrodisiaques qui empêchent l'érection, comme les 
bains froids, les travaux intellectuels trop intenses, 
l'extrême fatigue corporelle. Le café pur et très fort 
est, pour certains tempéraments, le meilleur ana- 
phrodisiaque, comme le thé, le vin, les liqueurs 
même. Ces boissons agissent plutôt comme calmants 
que comme excitants de l'appareil génital. Cet effet 
est général surtout quand elles ne sont pas digé- 
rées. 

L'ivresse complète empêche l'érection, comme 
la plénitude de la vessie ou la réplétion du gros in- 
testin. L'usage prolongé du camphre, de l'opium ou 
de la morphine, des préparations arsenicales, des 
bromures, de la digitale, la ciguë, la belladone et 
même du tabac, peut aussi affaiblir, diminuer et 
même paralyser le sens génésique. 



L'interdiction du coït prescrite par la loi juive 
pendant la menstruation de la femme, est hautement 
ratifiée par l'hygiène. A ce point de vue, l'écoule- 
ment sanguin, avec ses avant-coureurs et ses suites, 
forme la limite naturelle de cette prohibition. Il 
commande aussi formellement l'abstention que 
toutes les maladies spéciales de la femme et celles 
Je l'homme. 

Sans être immorale ni susceptible de produire 
des enfants lépreux, difformes ou monstrueux, 

26 



458 LA GÉNÉRATION. 

comme saint Thomas la proscrivait faussement au 
nom de l'Ei^lise, la copulation, pratiquée dans ces 
conditions, est sans but et essentiellement nuisible 
au cours normal et régulier de cette fonction men- 
suelle. Des liémorrhagies redoutables en sont sou- 
vent la suite. 

Les dangers en sont d'autant plus graves que 
beaucoup do gens croient encore à l'infécondité ab- 
solue de la femme durant cette période. Ils en pro- 
filent alors pour se livrer à des rapports complets et 
sans restriction. Rien n'est plus commun, dans ces 
conditions, que le développement de 1 inflammation 
consécutive des parties : l'uréthrite chez l'homme, 
la vaginite chez la femme. Et comme la gcnératiou 
peut en être également la conséquence, la déception 
en est d'autant plus amère et cuisante. 

A bien plus forte raison la grossesse proscrit-elle 
les familiarités conjugales par le double danger de 
nuire à la mère et à l'enfant. C'est remuer la terre 
quand elle est ensemencée et que le blé commence 
à germer, dit Raulin. Rien de plus facile, en effet, 
dans l'exlase du plaisir, qu'une pression immodé- 
rée ou un frottement aillent retentir sur la matrice 
et en troubler les fonctions. Une hémorrhagie peut 
fin résulter et déterminer l'avortement. Une forte 
convulsion ou contraction de la matrice suffît à 
altérer la direction des os encore mous du fœtus, 
déformer sa tète ou dévier sa colonne vertébrale, et 
des parents bien conformés peuvent, par ces im- 
prudences, donner le jour à un enfant difforme, 
estropié. 



i 



EXERCICE. 45» 

Le poète a donc eu raison de dire : 

Pour conserver le fruit de vos premiers plaisirs, 
Réprimez désormais vos amoureux désirs. 
Au feu qui vit en vous un nouveau feu peut nuire, 
Et ce qu'amour a fait, amour peut le détruire. 

La continence est surtout de rigueur dans les trcas 
premiers et les trois derniers mois de la grossesse, 
notamment cliez les femmes prédisposées aux hémor- 
rhagies et à l'avortement. L'excitation insolite et 
passagère, que la démangeaison, le prurit vulvaire, 
détermine chez quelques femmes, comme une con- 
séquence de leur état, doit être réprimée, calmée par 
des lotions, le soir en se couchant, avec une solu- 
tion de chloral ou de bromure de potassium. 

Le moindre excès peut être aussi dangereux pen- 
dant les suites de couches sans allaitement que pen- 
dant l'allaitement. L'exercice de cette fonction devrait 
toujours se limiter naturellement dans les condi- 
tions qui rendent la génération impossible, comme 
celles oîi elle est défendue par la loi. 

Ces différentes périodes où l'utérus malade, oc- 
cupé, neutralisé sympathiquement par la menstrua- 
tion et l'allaitement, forme un obstacle à la féconda- 
tion, ont été précisément indiquées, par un médecin, 
comme les plus favorables pour se livrer sans crainte 
ni contrainte à une copulation normale, complète 
et... stérile. Reconnaissant l'immoralité des fraudes 
et des artifices de l'onanisme conjugal et leur danger 
pour la santé, le docteur A. Mayer, juif et malthusien 
n'a pas craint de conseiller ces époques anormales 



460 LA GÉNÉRATION. 

antiphysiologiques, à ceux qui veulent frustrer la 
génération ou limiter à volonté leur progéniture. 
Appuyé sur la doctrine de l'ovulation de Pouchet, 
il prescrit exclusivement, pour eu bel œuvre, l'inter- 
valle des règles, à commencer douze ou quatorze 
jours après, jusqu'aux signes de leur réapparition, 
et pendant toute la durée de la grossesse et de l'allai- 
tement. Cette découverte est son principal titre de 
gloire et de distinction. 

On sait déjà tout ce que la grossesse et l'allaite- 
ment imposent de réserve et de modération pour ne 
pas nuire à l'enfant. La nature l'a assez clairement 
indiqué par la froideur de la mère. Toutes ses pen- 
sées et ses fonctions sont dirigées vers son enfant, 
iès qu'elle a conçu, le surplus n'est qu'un devoir 
qu'elle accomplit. Les maris le savent bien et les 
séducteurs aussi. Ceux-ci délaissent leurs victimes 
dès qu'ils s'en aperçoivent, et quant aux maris en- 
core amoureux de leurs femmes, ils envoient leurs 
enfants en nourrice. Ces périodes sont donc aussi 
peu favorables aux amours qu'à la fécondation, bien 
que les nourrices réglées, les jeunes surtout, devien- 
nent facilement enceintes. 

Reste la période intermenstruelle. La durée en 
est si variable chez les femmes, surtout par les exci- 
tations sexuelles dont elles sont l'objet, qu'il y a peu 
à se fier sur leur infécondité absolue pendant cet 
intervalle. Le retentissement que ces excitations in- 
termittentes exercent sur les ovaires, dont la vitalité 
et l'ovulation varient aussi à l'infini, ne permet pas 
d'y compter. Il n'y a donc pas de garantie certaine, 



1 



EXERCICE, K.\ 

ni de sécurité précise, positive, contre la fécondation 
durant cette période ; c'est une simple probabilité, 
ayec d'autant moins de chances de réalisation qu'on 
se livre seulement alors à une copulation naturelle, 
complète, sans réticences, avec abstention absolue le 
reste du temps. La question est résolue dans la plu 
part des ménages qui, malgré toutes ces pi écautions 
et bien d'autres artifices, ont vu leur famille s'ac- 
croître d'année en année. 

Ce manège est d'ailleurs à peu près impraticable 
dans la plupart des ménages, à moins de se séparer 
dans l'intervalle, de s'isoler et de faire lit à part, 
sous peine de s'oublier. Tous n'en ont pas les moyens, 
et c'est là une véritable contrainte. Dès qu'il faut 
choisir l'époque et le moment favorables pour « ne 
rien omettre de ce qui peut rendre l'union féconde », 
étant résolu d'avance qu'elle ne doit pas l'être, il 
Ti'y a plus rien de spontané dans cet acte, et tout ce 
|ui en fait le charme, et peut-être la fécondité, dis- 
paraît et s'évanouit. Tout est prévu, calculé, prémé- 
dité d'avance, c'est-à-dire froid et stérile. C'est donc 
là une immoralité patente. Vouloir allier la morale 
à l'observation réciproque des devoirs conjugaux, 
en faisant prédominer la raison sur l'inslinct géné- 
sique pour prévenir la génération même, est une 
morale de casuiste. C'est tenter l'impossible. La vraie 
morale et l'hygiène réprouvent le choix de ces épo- 
ques comme propices à une copulation libre et sté- 
rile; elles sont bien plus justement indiquées comme 
celle de l'abstinence volontaire et naturelle. 



S6. 



4e« LA GÉNÉRATION. 

La cohabitation intime et continuelle d'une per- 
sonne saine avec une autre qui ne l'est pas engendre 
de nombreux inconvénients et de graves dangers. 
Si le mariage est l'égoïsme à deux, comme l'a dit 
Mme de Staël, il est aussi la santé ou la miladie à 
deux. Par la solidarité physiologique et morale créée 
entre les époux, il est difficile que l'un d'eux soit 
malade, sans que l'autre en éprouve, en ressente 
les effets. Outre les affections contagieuses qui se 
transmettent ainsi, et surtout celles des organes de 
la génération, plusieurs maladies, comme la phtisie, 
les dartres, peuvent se contracter de la sorte. 

L'hygiène de la génération s'étend surtout aux 
enfants. Dans la vie qu'ils donnent, les parents ne 
devraient jamais oublier qu'ils retrouveront les con- 
ditions mêmes oii ils étaient au moment de la fé- 
condation. Ils ne doivent jamais s'y exposer dans de 
mauvaises conditions. Le chagrin, le deuil, l'inquié- 
tude, l'ivresse ou la maladie, une conscience abattue 
par la crainte ou tourmentée par le remords^ l'esprit 
préoccupé d'affaires, contre-indiquent la copulation. 
Ces divers états exercent une inlluence décisive sur 
la nature physique et morale du produit qu'ils ap- 
pelleront, avec autant de vérité que de tendresse, le 
fruit de leurs entrailles. On ne saurait le méconnaître 
quand on voit une simple affection morale, une pas- 
sion véhémente, une surprise, déteiminer instanta- 
nément la jaunisse ou l'ictère, troubler ou arrêter la 
sécrétion du lait de la nourrice. L'enfant engendré 
dans un moment de mauvaise humeur ou de dispo- 
sition fâcheuse, d'incommodité, doit donc s'en res- 



EXERCICE. 463 

sentir, à bien plus forte raison, et en reproduire, en 
rappeler les manifestations physiques ou morales. 

Il en est de l'image vivifiée par la lumière ma- 
gique de notre existence comme de la photographie, 
a dit le docteur Prosper Lucas. L'éclair qui la pro- 
page et la réfléchit ne transmet pas seulement la 
marque ou le sceau du type physique et moral de 
notre être : il transmet aussi l'expression latente 
de la physionomie qu'il surprend dans la vie, au mo- 
ment où le plaisir féconde son extase. Seulement la 
copie et la ressemblance ne paraissent, ne se décou- 
vrent ici qu'après un certain temps. 

Si donc l'enfant est la photographie des parents 
dans l'acte de la procréation, il y a bien Heu d'y 
mettre autant de soin et de précaution que pour 
aller chez le photographe par un beau jour de gaîté 
et de tranquillité, avec quelque recherche dans sa 
toilette et dans sa personne. C'est en faisant tout le 
contraire que le célibataire, la vile prostituée et l'in- 
fâme adultère produisent de si funestes résultats, 
en empoisonnant le sang le plus pur par leur source 
impure. 



L'exercice normal, régulier, des fonctions repro- 
ductrices, est parfois impossible entre les deux sexes. 
Des difformités corporelles, la malformation des or- 
ganes, leur déplacement, une disproportion exagérée 
de leur volume ou de leurs dimensions, certaines 
maladies, peuvent être un obstacle à leur rapproche- 
ment immédiat et s'opposer à la fécondation. Il ne 



464 LA GÉNÉRATION, 

s'agit pas de leur absence, à Laquelle rien ne peut 
su])])lôer, mais des défauts ou vices de conforma- 
tion qu'il suffit de connaître pour les neutraliser. 
En modifiant, en variant la position naturelle, l'art 
intervient utilement pour faciliter la copulation et 
la rendre féconde. 

C'est une erreur de toujours compter sur l'intel- 
ligence et l'adresse des intéressés pour obvier à ces 
obstacles et en surmonter les difficultés. Le besoin im- 
périeux qui préside à cette fonction secrète, intime, 
et l'attrait du plaisir, de la volupté, qui s'y trouve 
attaché pour les deux sexes, ne suffisent pas toujours 
à les guider normalement. Il en est qui commettent 
ie grossières erreurs de lieu, comme des exemples 
m sont cités à Copulation. La moindre souffrance, 
DU la douleur en résultant, suffit d'ailleurs à para- 
lyser les organes et l'imagination. Le vaginisme 
constitue ainsi une énigme redoutable pour les nou- 
veaux mariés. Beaucoup d'unions restent stériles, 
faute d'en savoir la cause, et le secret, le mystère, 
attachés à tout ce qui se rapporte à cet acte de la 
génération, empêchent souvent de s'éclairer par une 
fausse honte ou une pruderie mal entendue. 

La rougeur, l'érythèmc, les déchirures, les fis- 
sures résultant de la consommation de l'union con- 
jugale, en rendent souvent les suites douloureuses, 
insupportables. Une sage continence, le repos, des 
bains de siège et des onctions, de part et d'autre, 
avec du cérat de Galien opiacé, suffisent à pallier 
ces petits accidents. 

Ils sont, en général, déterminés par l'excès de 



EXERCICE. 46S 

Tolume du pénis, obstacle fréquent et réel à l'ac- 
complissement du mariage, mais rarement durable 
et presque jamais absolu. Au contraire, sa longueur 
excessive est assez souvent une cause de soufirances 
telles, que le coït en est insupportable. Il est même 
impossible, si l'utérus est abaissé, et cette difformité 
constitue alors un véritable vice de conformation 
dont il importe de pallier les redoutables effets. Le 
gland hyperémié, congestionné, en heurtant con- 
stamment le fond du vagin et le col utérin, en déter- 
mine peu à peu la congestion, la fluxion mécaniques; 
l'ulcération même ne tarde pas à s'ensuivre. Plu- 
sieurs femmes restent stériles par cet excès de puis- 
sance qui les énerve et les trouble. 

Un moyen simple a été imaginé pour raccourcir 
cet excès de longueur du pénis, sans en rien retran- 
ther. C'est un anneau creux, en caoutchouc, qui se 
place avant l'érection à la racine de la verge et dont 
le volume est proportionné à son excès de longueur. 
Plusieurs hommes ne peuvent exercer un coït nor- 
mal que munis de cet appareil. 

De même que la grossesse, surtout dans les der- 
niers mois, est un obstacle sérieux à la copulation 
naturelle, faisant instinctivement recourir à la posi- 
tion latérale ou de côté, plusieurs infirmités, comme 
une obésité extrême ou une hernie volumineuse, 
l'exstrophie ou saillie de la vessie à la partie inférieure 
du ventre, sont aussi une indication de l'employer. 
Elle serait peut-être un moyen de vaincre plus sûre- 
ment le vaginisme, d'après l'observation d^j Marioa- 



408 LA GÉNÉRATION. 

Sims. Le rapport des organes ét.'int changé, leur 
contact moins intime et la position plus libre et 
moins fatigante, on comprend que l'hésitation de 
la femme soit diminuée, tandis que l;i force et la vi- 
gueur de l'homme en sont augmentées. La volupté 
en est, au contraire, toujours incoinplète. Le rétré- 
cissement ou l'étroitesse vaginale en sont aussi jus- 
ticiables comme moyen de dilatation. 

On peut aussi l'essayer dans tous les cas de stérilité 
sans cause connue, ni vice apparent de conformation. 
En permettant de varier facilement l'émission du 
sperme, suivant la posture que l'on prend, le jet peut 
atteindre plus sûrement le col de la matrice. Que 
son ouverture soit trop étroite, inclinée, déjelée à 
droite ou à gauche, en avant ou en arrière, sinon 
élevée trop haut pour l'exiguïté du pénis, et la leçon. 
dation pourra se réaliser en se prêtant mutuellement 
à toutes les altitudes possibles de cette position. Elle 
peut encore être une ressource, lorsque certaines 
brides ou courbures verticales du pénis empêchent 
la copulation autrement. 

Mais ce n'est là qu'un procédé empirique, un suc- 
cès de hasard. Le plus sur, quand la stérilité d'une 
union sexuelle normale se manifeste sans difformité 
ni maladie apparente, est de se soumettre réciproque- 
ment à l'examen du médecin. Seul, il peut découvrir 
les lésions, les déplacements caches, et indiquer la 
position rationnelle à prendre pour y obvier. 

La fécondation exigeant le rapport direct des iein 
ouvertures correspondantes de l'émission du liquide 
fécondant et de sa réception, il suflit que l'une ou 



EXERCICE. 467 

l'autre ait une directiorx anormale pour l'empêcher, 
la rendre impossible. Que l'urèthre, chez l'homme, 
s'ouvre au-dessus ou au-dessous du gland, ou que son 
ouverture normale soit obstruée par le prépuce exu- 
bérant, un filet trop court ou le froncement, les ci- 
catrices du raphé, et la position seule pourra rétablir 
le parallélisme des deux ouvertures. Il en sera de 
même, si celle du col de la matrice est dérangée de 
son axe central ; ce qui arrive beaucoup plus souvent 
{ue chez l'homme. Il s'agit donc de constater le dé- 
placement pour savoir la position favorable à prendre. 

L'urèthre s'ouvrant très bas sous le gland, comme 
chez les hypospades, se trouve plus en rapport im- 
médiat dans la position renversée, c'est-à-dire en 
changeant les rôles. Elle convient de même quand 
le corps de la matrice, en rétroversion, fait bas- 
culer l'ouverture en haut et en avant. L'homme 
placé dessous l'atteindra ainsi plus facilement, tandis 
qu'il passera constamment sous le col, dans la posi- 
tion ordinaire, et ira se perdre inévitablement dans 
le cul-de-sac vaginal. 

Cette attitude, usitée dans beaucoup de ménages 
pour éviter la fécondation, est donc susceptible de 
la réaliser plus sûrement au contraire dans certaines 
conditions. Cette fécondation est d'autant plus dési- 
rable contre ce déplacement de l'utérus, que la 
grossesse en est le plus sûr moyen de guérison. En 
relevant la matrice, la gestation la rétablit souvent 
dans sa position normale, quand elle n'a pas con- 
tracté d'adhérences vicieuses qui la fixent dans son 
déplacement primitif. 



468 LA GÉNÉRATION. 

C'est à la position à rcty^o, ou en arrière, commf 
les animaux, qu'il faut souvent recourir dans les 
conditions opposées, quand l'urètlire est au-dessus du 
gland ou le col fortement porté en arrière. Soutenue 
sur ses genoux plies et ses coudes, la femme, ayant 
le bassin élevé, peut ainsi recevoir l'homme et la fé- 
condation s'ensuivre plus facilement que dans la po- 
sition naturelle. Si artificielle, répugnante et pé- 
nible que soit cette situation, il y a lieu de s'y prêter 
sans contrainte quand elle est nécessaire à la fécon- 
dation. Elle est également indispensable dans plu- 
sieurs accouchements laborieux. 

La position debout, employée dans les coïts frau- 
duleux, dérobés, pour éviter la fécondation, la réai 
lise souvent plus sûrement quand l'utérus est abaissé 
et que l'ouverture béante se trouve près de la vulve, 
comme deu^x exemples en sont relatés page 360. Les 
femmes ayant eu des enfants sont surtout exposées à 
cette mésaventure. L'homme encourt des accidents 
plus graves par les efforts, les mouvements qu'il est 
obligé de faire, la gêne et la fatigue qu'il en éprouve. 
Des ruptures des tendons, des déchirures muscu- 
laires, des hernies, des paralysies, en sont parfoir 
a conséquence, sans compter la courbature consi- 
dérable qui en est la suite inévitable. « Les yeux en 
sont éblouis, la tête en pàtit, l'épine du dos en 
souffre, les genoux en tremblent et les jambes 
semblent succomber à la pesanteur de tout le corps, 
dit Venette; c'est la source de toutes nos lassitudes, 
nos gouttes et nos rhumatismes. » Avis aux libir 
dineux et aux libertins. 



EXERCICE. 4M 

On comprend dès lors que beaucoup d'unions, res- 
tées stériles pendant de longues années par ces di- 
verses causes ou d'autres, deviennent fécondes tout à 
coup, sans miracle ni coopération étrangère. Il suffit 
que le mécanisme de la copulation, laissé au fiasard, 
soit exécuté une fois dans ces conditions favorable». 
Un mouvement involontaire, une convulsion, en im- 
primant aux organes une direction spéciale, même 
dans la position ordinaire, au moment de l'éjacula- 
tion, peuvent établir instantanément le parallélisme 
de leurs ouvertures. Dans ces unions stériles, oii le 
coït s'exécute naturellement avec une femme réglée, 
c'est en changeant, en variant, en modifiant les 
situations, les attitudes, les mouvements dans tous 
les sens et les directions, soit d'un commun accord, 
soit à l'insu l'un de l'autre, que les conjoints ont 
chance d'obtenir la réalisation de leurs vœux, surtout 
si leufs rapports ont lieu aux époques et dans les 
conditions les plus favorables à la fécondation. Tout 
est permis, en pareil cas, dès que le but est a vouable. 
Aucun stratagème n'est honteux quand il est employé 
en vue de la reproduction. Si artificiels qu'ils puissent 
être, mieux vaut encore y recourir entre soi, même à 
posteriori, que d'employer le concours d'un tiers, 
celui du médecin, par exemple, pour opérer la fé- 
condation artificielle. La copulation par l'anus ou 
l'urèthre est ainsi légitime, quand il n'y a pas d'autre 
ouverture pour la réaliser. 



27 



470 LA GÉNÈUAIION. 



Erretn. 

L'hygiène la plus sévère des organes de la géné- 
ration par des soins, des précautions minutieuses, 
une propreté extrême, est insuffisante à en prévenir 
les accidents, les lésions, dès qu'ils ne sont pas 
sains ou normalement conformés. Leur contact est si 
intime et leurs rapports étroits, quil esta peu près 
impossible, l'un étant lésé, dérangé ou malade, que 
l'autre n'en souffre, surtout si leurs fonctions sonj 
exagérées, troublées, désordonnées. Telle est la dé* 
licalesse, la sensibilité de ces fonctions, que tous les 
excès, les abus, les fraudes, commis dans leur exer- 
cice, entraînent infailliblement des troubles géné- 
raux, sinon des lésions locales, lors même que les 
organes sont intacts. Combien de gens troublent 
ainsi à plaisir la source des plus pures jouissances, 
à défaut d'en user avec modération et régularité ! 

Il suffit du moindre excès pendant la menstrua- 
tion, surtout chez les femmes abondamment réglées 
ou atteintes de flueurs blanches, pour que l'irrita- 
tion locale des parties en résulte avec boutons, éry- 
thème de la muqueuse ou de la peau, écorchures 
ou érosions donnant lieu ensuite à des ulcérations. 
Beaucoup d'écoulements ou urélhrites n'ont pas 
d'autres causes et ne sont nullement spécifiques. 
Aussi convient-il de ne pas s'en effrayer outre me- 
sure, et il suffit du repos, de la continence et de 
simples moyens hygiéniques, pour voir disparaître 



I 



EFFETS. 471 

et guérir toutes ces lésions, parfois si dangereuses et 
graves en apparence. 

L'une des meilleures preuves de cette étiologieest 
l'apparition ordinaire de ces accidents sur des or- 
ganes neufs, chez des novices n'ayant pas l'habitude 
de leur usage. Ils s'en servent alors jusqu'à extinc- 
tion des forces naturelles, sans réserve ni mesure, 
comme des apprentis, et c'est ainsi qu'ils se bles- 
sent. Les jeunes gens des deux sexes, nouvellement 
mariés ou non, ont à y faire attention, à moins d'en- 
courir ces dangers. De là la distinction de ces effets, 
si divers et si nombreux, en normaux et anormaux, 
ceux-ci étant de beaucoup les plus fréquents et lei 
plus graves. 



* 



L'abus de la copulation détermine la flacciditi 
des organes génitaux, des pertes séminales inyolon* 
taires, l'atrophie des testicules, des rétentions d'u- 
rine par la paralysie de la vessie ou l'engorgement 
de la prostate, c'est-à-dire l'impuissance et la stéri- 
lité. Et commje ces désordres locaux sont toujours 
précédés d'inappétence, de digestions pénibles ou 
laborieuses, de palpitations, d'anémie s'accusant par 
la pâleur et la faiblesse, tous les sens se pervertis- 
sent bientôt, notamment la vue, la mémoire et la 
raison. Les affections nerveuses y succèdent et même 
des affections organiques des principaux viscères : 
l'estomac, le cœur, les poumons, le cerveau, la 
moelle épinière ou colonne vertébrale. Que de para- 
lysies et de folies causées par le goût immodéré de 



472 LA GÉNÉRATION. 

'amour et les pertes séminales en résultant! Et 
Joutes ces phtisies aiguës, galopantes, se dévelop- 
pant chez les nouveaux mariés et les libertins, n'est- 
ce pas la consomption dorsale déterminée par ces 
excès? Combien de maladies mystérieuses, vérita- 
bles énigmes pathologiques, se rencontrent, dans les 
grandes villes surtout, dont la solution est dans 
l'exercice immodéré de cette fonction secrète ou 
dans des habitudes conjugales vicieuses qu'il est si 
délicat d'interroger! 

Les effets de ces excès dans les fonctions génési- 
ques ont été admirablement saisis et résumés par 
Lallemand dans son parallèle de l'Orient polygame 
et sensuel et l'Occident monogame et spiritualiste. 
Polygamie, harems, sérails d'un côté, avec les excès 
vénériens, les mutilations barbares, la sodomie dé- 
goûtante, une population réduite, inactive, indo- 
lente, ignorante et par conséquent misérable et vic- 
time de tous les despolismes. Du côté de la mono- 
gamie, au contraire, l'austérité chrétienne et la 
répartition plus égale de la félicité domestique, l'aug- 
mentation progressive des lumières, de la liberté, 
de l'égalité et du bien-être, la multiplication rapide 
et une population agglomérée, active, laborieuse, 
entreprenante, osée, se répandant et se mouvant par 
impulsion et par nécessité. A quoi donc attribuer 
ces différences sociales, si ce n'est à l'influence de 
la génération suivant la liberté ou les restrictions 
qui la régissent? 

Si les sens, en relation étroite avec la fonction 
génitale par l'intermédiaire du cerveau, sont eificâ- 



EFFETS 473 

cément excités, stimulés par son exercice régulier, 
ils sont aussi les premiers à se ressentir de ses dé- 
pravations et de ses excès. La vue, qui éveille et 
exalte le sens génésique en portant à l'âme l'image 
de l'autre sexe, diminue et s'affaiblit rapidement 
sous l'influence des excès vénériens et surtout de 
l'onanisme. Les pupilles se dilatent, le regard se 
ternit et un cercle bleu et profond cerne l'œil. On 
reconnaît les maslurbateurs et les pédérastes à ce 
caractère. 

De même de l'ouïe, si influencée par le coït, 
qu'elle ne supporte pas ensuite le moindre bruit. Des 
bourdonnements d'oreilles et parfois la surdité sont 
aussi la conséquence des excès de cet acte. 

Par ses rapports étroits et connexes avec les or- 
ganes de la génération, la glande prostate ressent le 
contre-coup de tous les excès et les abus vénériens. 
Adjacente aux vésicules séminales et aux canaux 
éjaculateurs qui la traversent, elle est surtout in- 
fluencée par l'émission du sperme : l'éjaculation. Le 
fluide visqueux et comme huileux qu'elle sécrète 
s'écoule ainsi dans l'urèthre pour le lubrifier et 
servir de véhicule au sperme épaissi, condensé dans 
ses réservoirs par la continence. L'éjaculation trop 
fréquente, répétée, forcée, violentée, retentit direc- 
tement sur celte glande. Des hémorrhagies et des 
pertes séminales involontaires pourront bien être la 
conséquence immédiate de cette surexcitation des 
réservoirs du sperme et de ses canaux éjnculateurs, 
tandis que la prostate, indirectement influencée par 
ces spasmes violents et répétés, manifeste ses alté- 



474 



LA GÉNÉRATION. 



rations plus tard. Elle s'irrite et s'engorge lente- 
mont, diHcit, grossit sourdement, jusqu'à quintu- 
pler de volume. De la grosseur normale d'une noix, 
elle acquiert parfois celle du poing. 

C'est dans l'âge mûr et la vieillesse que se mani- 
festent ordinairement ces résultats des excès de la 
jeunesse. Le gonflement, l'hypertrophie de cette 
glande, en comprimant le col de la vessie, diminue, 
ralentit le jet de l'urine et, souvent même, en 
cause la rétention. L'éjaculation en est également 
troublée par la difficulté et la douleur en résultant. 
Il est lera[)s alors de recourir au médecin pour éviter 
des accidents plus redoutables, comme les abcès, 
les fistules, et de s'abstenir absolument des plaisirs 
de Vénus. 



Son défaut d'exercice entraîne souvent de graves 
accidents chez la femme, lorsque ses besoins phy- 
siques et moraux d'érotisme et d'affectionnivité na- 
turelle ne sont pas satisfaits. La jeune fille perd 
ainsi sa fraîcheur et sa gaieté, la chloro-anémie en 
résulte avec pâleur, maigreur, tristesse et indiffé- 
rence, et l'onanisme, une affectionnivité clandes- 
tine, peuvent même en être les funestes consé- 
quences, si le mariage ne les prévient pas. 

La continence agit principalement sur la mens- 
truation en la diminuant par le défaut d'excitation 
de l'utérus. Centre de l'activité vitale chez la femme, 
de 20 à 40 ans au moins, cet organe reste ainsi 
comme engourdi, assoupi, paralysé. De là des ce- 



EFFETS. 47» 

liques utérines à chaque époque, de l'aménorrhée, 
et le sang, en se portant ailleurs, provoque de» 
congestions souvent fatales par la suite. Dans la 
jeunesse, il produit l'éclosion de ces phtisies qui 
font tant de ravages dans les couvents; plus tard, 
les seins s'engorgent et des tumeurs de mauvaisô 
nature y apparaissent vers le retour d'âge. 

L'abstinence complète des plaisirs vénériens nuit 
plus à l'organisme entier chez la femme que chei 
l'homme, d'après Burdach. « Les femmes non mariées 
sont fréquemment atteintes, dit-il, de désordres des 
règles, de chlorose et d'écoulements muqueux; elles 
ont une grande propension à la mélancolie et sont 
sujettes à succomber sous les atteintes de quelques 
maladies graves. Ce n'est qu'en s'occupant l'esprit, 
lorsqu'elles trouvent à se satisfaire dans une sphère 
d'action en harmonie avec leurs facultés, que leur 
eanté se maintient. » {Traité de physiologie.) 

A moins de conditions physiques spéciales et 
toutes particulières, l'homme ne résiste jamais im- 
punément aux lois de la nature. L'abstention du 
rapprochement des sexes peut produire dans l'orga- 
nisme les plus graves perturbations et une influence 
déplorable sur la santé. L'effet du repos prolongé 
des organes est surtout sensible chez l'homme, 
tandis qu'il se manifeste sur le moral chez la femme. 
Le désir, le besoin de l'union sexuelle ne se révè- 
lent pas chez elle par ces dehors fougueux habituels 
à l'homme. C'est un feu concentré qui couve sous 
la cendre et n'en porte que des atteintes plus 
graves à la sensibilité nerveuse. D'où la fréquence 



476 LA GÉNÉRATION. 

des affections nerveuses et de la folie, comme con- 
■équence directe de la continence forcée. 

En vain le docteur Duffîeux a soutenu, pour 
justifier le célibat religieux institué par l'Église ca- 
tholique, que les pertes séminales nocturnes — ob- 
servées chez les hommes qui gardent une continence 
Absolue — étaient, comme la menstruation chez les 
femmes, une excrétion providentiellement ordonnée 
pour favoriser la chasteté et la virginité. « Dieu n'a 
pas voulu, dit-il, que la maladie ni la mort fussent 
la punition de ceux qui observent le célibat autorisé 
par la nature elle-même, puisqu'elle débarrasse 
ainsi l'économie des matériaux de la génération et 
prévient les accidents pléthoriques de la conti- 
nence. » {Nature et Virginité, Lyon, 1854.) 

Les adhérents les plus décidés du célibat reli- 
gieux ont dû désavouer cette interprétation antipliy- 
Biologique et sacrilège. «Eh quoi! s'écrie le doc- 
teur Mayer, la nature, dans le retour si régulier du 
phénomène, n'aurait eu pour but, Pénélope nou- 
velle, que de détruire en un jour ce qu'elle a mis 
un mois à accomplir? Appelez alors du nom d'ex- 
crément ce pollen flottant dans les airs, lettre char- 
gée que la nature saura bien faire parvenir à son 
adresse! Taxez de vile décharge cette multitude 
d'œufs que la femelle des poissons épanche annuel- 
lement sur le sable! Libre à vous de n'y voir qu'une 
précaution providentiellement ordonnée pour lui 
faciliter la continence. Nous qui remarquons que le 
mâle ne tarde guère à passer après elle, nous soup- 
çonnons que ce pourrait bien être dans un tout 



EFFETS. 477 

autre but que celui de vous fournir un argument. » 
{Des rapports conjugaux, p. 187.) 

Mieux inspiré, le P. Debreyne, médecin trappiste 
distingué, en reconnaissant aussi que ce besoin 
sexuel est l'ennemi secret, le fléau des prêtres et 
des célibataires religieux, leur prescrit les moyens 
suivants, dans sa Mœchialogie, pour le combattre : 
c Si ces pensées déshonnêtes, devenues très impor- 
tunes, sont le produit d'une imagination légère et 
mobile ou de certains souvenirs qui se retracent 
vivement dans la mémoire, on s'appliquera à y faire 
diversion en forçant l'esprit par quelque travail 
intellectuel, comme un calcul difficile et compliqué, 
qui absorbe toute l'attention. Si les mauvaises 
pensées proviennent d'un tempérament erotique oû 
d'une pléthore spermatique, les meilleurs moyens 
sont ceux tirés de l'hygiène physique et morale ; la 
pratique de la tempérance, une sobriété régulière, 
le travail manuel, l'exercice corporel, une occupa- 
tion matérielle ou mécanique incessante, la fatigue, 
même la chasse, ont produit les meilleurs et les plus 
étonnants résultats. Diane est l'ennemie née et natu- 
relle de Vénus. 

« Un exercice violent étouffe les sentiments ero- 
tiques en faisant naître des sensations plus impé- 
rieuses encore, celle d'une faim excessive avec une 
propension irrésistible au repos physique. » 

C'est donc bien à ces pertes séminales intermit- 
tentes, à ces pollutions nocturnes s'opérant au rai- 
lieu de rêves et de songes lascifs, d'idées lubriques 
et d'images amoureuses, que sont réduits, de l'aveu 

27. 



478 LA GÉNÉRATIOri. 

même des plus intéressés à le cacher, ces pauvres 
continents, les nieillenrs prêtres et les plus chastes 
religieux! De là la déception, la tristesse et la honte 
du réveil. C'est au prix de cette excrétion matérielle 
et immonde que l'organisme s'exonère de la cause 
puissante de stimulation qui le tourmentait. Il faut 
que le vœu de la nature soit satisfait pour que le 
calme renaisse, et l'on préfère le conseiller et l'obte- 
nir ainsi, plutôt qu'en suivant la loi naturelle des 
pures et légitimes jouissances de l'amour. 

Les conséquences de cet état et cette vie anor- 
male sont faciles à prévoir. Au lieu de cette tran- 
quillité d'esprit et du corps, cette douce paix de 
l'âme et du cœur attribuée à la vertu du célibat 
ecclésiastique, comme une condition nécessaire de 
^'accomplissement des fonctions et des devoirs sa 
crés, quels orages, quels troubles, le sens génifel, 
ainsi perturbé et révolté, ne doit-il pas soulever 
entre le cœ.ur et la conscience du pauvre prêtre et du 
religieux ! Eux seuls pourraient en faire la descrip- 
tion, mais la discipline le leur défend, et la plupart 
sont réduits à les endurer en silence ou à y cher- 
cher un remède en violant leurs vœux. On ne sait 
que trop les excès, les crimes oîi se laissent aller 
ceux que leurs désirs emportent, pour juger du 
reste. 

Celui qui vit le plus chastement, dit Maffeï, est le 
plus exposé aux tourments de l'amour. « Qui vive 
piii castamcnte è piii soltoposto alVamore. » Le 
témoignage en est dans les cruelles hallucinations 
de saint Antoine, malgré le jeûne et les macérations 



ï 



EFFETS. 47» 

dont la légende vulgaire a traversé les siècles. Celles 
du curé de Cours, publiées par Buffon d'après la 
relation qu'il en avait reçue en 1774, en sont un 
exemple plus triste par les accidents nerveux qui 
firent succomber ce vertueux prêtre à 32 ans, dans 
un véritable accès de délire erotique. Enfin le crime 
de Léger, condamné à mort en 1854 pour avoir en- 
levé et violé une jeune fille et s'être repu de son 
sang, n'était que la suite d'une continence forcée. 
Telles en sont les redoutables conséquences. 

Dans l'impossibilité de recueillir ni d'énumérerles 
attentats aux mœurs dont les prêtres et les congré- 
ganistes se rendent coupables, il suffit de constater, 
d'après les annales de la justice criminelle, qu'ils 
en commettent six fois plus que le commun des 
mortels, sans compter tous ceux qui restent incon- 
nus et qu'ils parviennent à cacher bien mieux que 
personne. 

Les plus vertueux et les plus chastes sont souvent 
les victimes de ce régime forcé, imposé, comme les 
médecins ont tant d'occasions de le constater. En 
augmentant de consistance, d'épaisseur, par sa ré- 
tention, son accumulation dans les vésicules sémi- 
nales, le sperme s'épaissit et se concrète dans ces' 
réservoirs, au point de se solidifier et se transformer 
en calculs spermatiques. Ce sont des sympexions qui, 
en oblitérant les canaux éjaculateurs, provoquent 
de violentes douleurs lancinantes au périnée, sous 
forme de coliques. Elles se renouvellent avec élan- 
cements en allant à la garde-robe, en urinant, par 
l'érection, la pression, au point de ne pouvoir rester 



480 LA GÉNÉRATION. 

assis. Deux cas en ont été observés par le docteur 
Reliquet sur un coiffeur de 35 ans, en 1874, et à 
l'autopsie d'un supplicié de 25 ans, exécuté dix 
heures auparavant. Des opérations graves sont par- 
fois rendues nécessaires pour leur extraction. 
{Acad. de médecine.) 

A ce nouveau danger de la continence s'ajoutent 
bien d'autres altérations locales résultant de la ré- 
tention du sperme. Les maladies de la prostate et de 
la vessie, la gravelie et la pierre ne sont pas rares 
parmi les religieux, non plus que la goutte, le rhu- 
matisme parmi les prêtres, et bien d'autres acci- 
dents nerveux. De là une mortalité plus considérable 
que dans la vie civile. 

Sur 100 individus pris aux deux périodes extrê- 
mes de la vie génitale, dont la moitié étaient des re- 
ligieux des deux sexes et l'autre des ouvriers laïques 
exerçant diverses professions, le docteur Mayer a 
constaté la mortalité suivante : 

BXUGIEnX. OUVRIERS. 

De 16 à 25 ans. . . . 2,68 1,48 
De 31 à 40 ans. . . . 4,40 2,74 

Cette différence, conforme à celle indiquée par 
Deparcieux en 1746, indique assez clairement la 
nocuité du célibat continent. Si dans certains or- 
dres, les chartreux et les trappistes, par exemple, 
les religieux meurent de vieillesse, l'âge avancé au- 
quel ils prononcent leurs vœux, leur vie active et 
leur régime sévère peuvent en rendre compte, 
comme la vie publique des prêtres et des religieux 



EFFETS. 481 

enseignants qui, par cela même, rentrent da\iantage 
dans la vie commune à tant d'autres célibataiires 
civils. 

Dominée par son système nerveux et la sensibilité, 
l'affectionnivité, qui en sont les attributs, la femme 
a surtout les plus grands dangers à redouter de cet 
état contre nature. Le célibat est aussi contraire à 
son essence morale, douce, affectueuse et aimante, 
que la conuu^nce est opposée à son organisation 
physique, destmeo spécialement à la génération et 
la maternité. Elle a a.asi essentiellement besoin de 
sacrifier à l'amour, de se donner, se dévouer. En 
dehors de ses parents, un man, des enfants, peu- 
vent seuls satisfaire son cœur. Il ne peut ^ne se dé- 
voyer autrement avec son exaltation naturelle. Pe là 
tant d'affections nerveuses, tant de perversions mo- 
rales chez les filles. La folie atteint particulièrement 
les religieuses, en raison de leur isolement. Sur 1726 
aliénées à la Salpêtrière, en 1822, on comptait 
1276 filles. 

Les convulsions, l'hystérie sévissent surtout parmi 
elles. Les récentes épidémies d'hystéro-déraono- 
pathie de Morzine en Savoie et de Verzenis en Italie 
en sont des preuves comme celle de Montmartre. 
Une jeune fille prise d'une attaque semblable à 
l'église Saint-Pierre, pendant les vêpres, en 1861, 
communiqua rapidement des crises analogues chez 
douze de ses compagnes. Épilepsie, mysticisme et 
dévotion vont souvent ensemble, dit Legrand du 
Saulle. 

La folie lubrique se rencontre presque toujours 



482 LA GÉNÉRATION. 

chez (les fous sortant des couvents, d'après l'obser- 
vation d'Esquirol, et Leuret assurait que le nom- 
bre des fous et des folles erotiques fournis par ces 
asiles de paix, devrait effrayer ceux (|ui entrent en 
religion. Leur raison s'aliène d'autant plus facile- 
ment que l'esprit est faible et opprimé par le tour- 
ment des sens. 



A la femme incombe tout le poids des effets prin- 
Mpaux de la génération, dont elle remplit le pre- 
mier rôle. Celui de l'homme est fini, dès qu'il a 
fourni le fluide fécondant. Qu'il serve ou non, l'acte 
est consommé pour lui, dès que l'abattement, la 
prostration qui en est la suite immédiate, est dis- 
sipée. Il a allumé par cette étincelle le tcu d'une vie 
nouvelle, et c'est désormais à la femme de pour- 
voir à son entretien, de l'alimenter. L'impulsion 
subite et la stimulation énergique que l'utérus en a 
Teçues font entrer immédiatement cet organe dans 
une direction nouvelle. Il sort de sa torpeur, son en- 
gourdissement, et sa fonction jusque-là isolée, ob- 
scure, cachée, va retentir aussitôt sur celles de 
l'organisme entier pour les appeler à son aide et les 
forcer de coopérer à l'œuvre immense qui lui est 
dévolue, afin de mieux l'accomplir. 

Une révolution complète s'opère ainsi chez la 
femme fécondée, dès qu'elle a conçu, et il est rare 
qu'elle n'en éprouve pas des sensations spéciales, 
en s'observantbien. D'abord générales, elles se ma- 
nifestent particulièrement dans la sensibilité, l'im- 



EFFETS. 483 

pressionnabilité du système nerveux. Le caractère 
change, et des femmes gaies, douces et aimables de- 
viennent subitement tristes, mélancoliques, revêches, 
intraitables , sans savoir pourquoi. Des modifica- 
tions, des chiingemcnts s'observent surtout dans 
l'organe ou la fonction les plus excitables. Le gon- 
flement, la douleur des seins au toucher, en sont 
souvent le premier indice. Les yeux perdent de leur 
vivacité, leur éclat, les traits se tirent, la pâleur 
s'accuse et souvent l'appétit change, se modifie ou 
disparaît. Il y a mal de tète ou d'estomac. Mais ces 
premiers >ignes sont si vagues et légers que la plu- 
part des femmes n'y attachent pas trop d'importance 
et ne pensent même pas à leur état. 

L'absence de la menstruation, à son époque, est 
ordinairement le premier signe positif de la gros- 
lesse, lorsqu il s'accompagne du cortège ordinaire 
des phénomènes indiquant l'occupation de la ma- 
trice par un embryon qui en change la vitalité et la 
circulation. L'altération des traits du visage, les 
troubles digestifs et l'amaigrissement sont les prin- 
cipaux. L'étroite sympathie de l'utérus avec l'esto- 
mac fait entrer celui-ci en révolte, dès que l'autre 
est troublé, surexcité. De là les nausées ou maux de 
cœur, les aigreurs, envies et vomissements des 
femmes enceintes, avant tout autre signe. Ils sont 
caractéristiques quand il s'y joint une salivation 
abondante. 

Des saignements de nez, des crachements de sang 
résultent parfois de cette brusque cessation des rè- 
gles, chez les femmes fortes, robustes, pléthoriques. 



484 LA GÉNÉRATION. 

comme oWes le sont à la campagne. Ils ont une si- 
gnification plus grave chez les habitantes pâles et 
maigres des villes. Au lieu d'indiquer une petite 
saignée, comme chez les premières, une bonne 
nourriture et le séjour à la campagne, à la ferme, 
en est le meilleur traitement. 

L'activité de la circulation, provoquée par la pré- 
sence du fœtus, augmente le pouls de force et de 
fréquence, ainsi que la température du corps et 
toutes les sécrétions. Les femmes grosses suppor- 
tent mieux le froid que les autres, leur transpiration 
est plus abondante et dégage, comme l'urine, une 
certaine odeur. 

L'urine est un signe précoce de grossesse, quand 
elle se trouble et laisse un nuage ou un dépôt au 
fond du vase, peu d'heures après son expulsion. Ce 
signe mérite d'être contrôlé avec soin, surtout chez 
les jeunes femmes enceintes pour la première fois. 
n doit être surveillé avec attention, si les pieds 
sont enflés le soir. C'est une menace de l'enflure 
albuminurique qui détermine souvent l'éclampsie, 
les convulsions et même la mort lors de l'accouche- 
ment. 

L'apparition d'éphélides ou taches jaunes spéciales 
sur la face, qui forme le masque des femmes grosses, 
est sans aucun danger. Il résulte de la cessation des 
règles et souvent de la compression du foie, troublé 
dans ses fonctions. L'accouchement les fait dispa- 
raître, si les femmes sont bien réglées. Elles persis- 
tent au contraire chez les nourrices qui ne le sont 
pas. D'où l'inutilité d'employer des lotions pour les 



I 



EFFETS. 485 

effacer, quand elles sont produites par une men- 
struation irrégulière ou insuffisante. 

Beaucoup de femmes, ayant de belles et bonnes 
dents, en souffrent atrocement à chaque grossesse 
et les perdent. Les gencives s'enflamment et dé- 
tiennent rouges, gonflées, tuméfiées, surtout en 
dehors, de manière à former un véritable bourrelet. 
Les dents sont douloureuses ensuite et s'ébranlent, 
au point d'empêcher la mastication. De là leur carie 
et leur chute. La génération est le plus grave écueîl 
d'une bonne denture. 

Mais un traitement simple peut conjurer ces re- 
doutables accidents, si on l'emploie au début. C'est 
de badigeonner les gencives, deux à trois fois pai 
jour, avec une forte solution de chloral dans partie 
égale d'eau de cochléaria. La cautérisation est même 
parfois nécessaire. Sur 75 femmes observées à la 
clinique d'accouchements de Paris en 1876, 45 fu- 
rent atteintes de cette gingivite spéciale, dont 
25 guérirent en moins de quinze jours par ce trai- 
tement. 

Le plus fatal accident de la grossesse est l'avor- 
tement ou fausse couche, puisqu'il est la destruction 
de la génération et sa négation même. Ses causes 
déterminantes dépendent néanmoins plus souvent 
des procréateurs eux-mêmes que de coups, chutes 
ou blessures extérieures. Il se produit assez souvent 
d'une manière spontanée, dès le début de la pre- 
mière grossesse, par le défaut d'extensibilité de la 



480 LA GÉNÉRATION. 

matrice, surtout chez les jeunes et vieilles primi- 
pares. C'est ainsi que les mariages tardifs y prédis- 
posent L'irritabilité de cet organe, comme ses ma- 
ladies et ses déplacements, k riroduisent de même. 
L'abus des rapports conjugaux, à cette période, 
le provoque souvent aussi, surtout de la part des 
ivrognes. Lipich a calculé que le produit d'un ma- 
riage d'ivrogne n'est que de 1,3 d'enfants. L'ivresse 
étouffe donc en germe les deux tiers de la généra- 
tion humaine. La syphilis et toutes les affections 
atteignant l'organisme d'une manière profonde et 
durable, comme la scrofule, y prédisposent, ainsi 
que la fécondation opérée dans l'épuisement ou la 
convalescence d'une maladie quelconque, c'est-à- 
dire l'appauvrissement de la puissance génésique et 
sa dégénérescence. Celle de l'homme est surtout fa- 
tale, car, si des femmes scrofuleuses, phtisiques, 
cancéreuses même, peuvent être fécondées saine- 
ment par un homme bien portant, il n'y a pas 
d'exemple qu'une femme saine ait eu des enfants 
bien portants d'un homme qui ne l'était pas. Une 
jeune femme mariée à un vieillard avorta plusieurs 
fois; devenue veuve et remariée à un homme 
d'âge proportionné, elle accoucha heureusement à 
terme. De là l'influence des mariages précoces, tar- 
difs et disproportionnés sur l'avorlement. Une fé- 
condation saine et normale est la plus sûre garan- 
tie d'une bonne génération. 

Les varices et les hémorrhoïdes sont un des effets 
les plus communs de la grossesse, par l'obstacle que 



EFFETS. 487 

la réplétion de la matrice met à la circulation abdo- 
minale dans les derniers mois. La compression de5> 
vaisseaux empêche le sang veineux de remonter au 
cœur, et de là ces dilatations des veines apparais- 
sant à l'anus et aux jambes, avec enllure, surtout 
chez les femmes fortes et qui restent debout. L'u- 
sage d'une ceinture hypogastrique bien faite, la 
position couchée ou horizontale, l'entretien de la 
liberté du ventre par un régime convenable, contri- 
buent à atténuer ces effets. 

Le système nerveux et cérébral de la femme est 
si impressionnable et disposé aux aberrations que 
son moral est encore plus exposé que le physique 
à ressentir l'influence de la génération. La plupart 
en éprouvent des modifications sensibles. En dehors 
des simples excentricités ou envies, de véritables 
manies se manifestent dans le boire ou le manger, 
sinon dans la possession de tel ou tel objet. Une 
impulsion irrésistible en conduit au vol et d'autres 
actes répréhensibles, sinon criminels. Il en est qui 
perdent entièrement la raison et deviennent folles. 

Ces troubles de l'esprit sont parfois déterminés 
par l'albuminurie ou altération du sang se décelant 
par la présence de l'albumine dans l'urine et l'en- 
flure. L'anémie, l'épuisement résultant de la gros- 
sesse en est souvent la cause, et comme consé- 
quence, on voit la manie aiguë, les convulsions 
éclamptiques, se manifester soudainement, avec une 
intensité épouvantable, au moment de l'accouche- 
ment. 



488 LA GÉNÉRATIO::^. 

De là l'indication de ne pas irriter le moral des 
femmes enceintes ni d'exciter leur système nerveux 
par des contrariétés, des émotions, des frayeurs. 
L'impression, la peur en résultant peut déterminer 
une crise, convulsion ou contraction spasmodique 
qui, en agissant sur l'enfant, produisent ces diffor- 
mités ou monstruosités présentées à la naissance 
et attribuées communément à l'imagination. Elle 
joue un si grand rôle dans l'accomplissement des 
fonctions génératrices qu'il semble naturel d'y rap- 
porter tous les résultats de la génération même. Les 
enfants difformes ou monstrueux, portant des traits 
d'animaux, comme le bec-de-lièvre, le pied-bot ou 
de cheval, des verrues, des poils, des signes de 
fleurs ou de fruits, des taches de vin, sont ainsi con- 
sidérés comme des effets de l'imagination. Mais 
l'impuissance de la volonté sur la fécondation et la 
formation du sexe prouve assez que l'imagination 
ne peut avoir une telle influence. « En vérité, dit 
Venette, l'imagination des hommes a ici plus de 
force que celle des femmes, et ce n'est que celle des 
premiers qui a inventé ces sortes de raisonnements.» 
{De la génération, Cologne, 1696.) 

Le progrès des sciences, en discréditant le surna- 
turel et le merveilleux, ne permet plus de croire à 
toutes les fables citées à ce sujet. La tératologie a 
tué l'imagination. En voyant chez les animaux qui 
en manquent et sur les plantes mêmes les difformi- 
tés et les monstruosités de l'espèce humaine, force 
est bien de les attribuer à des causes naturelles et 
appréciables. C'est donc là qu'il faut les rechercher. 



EFFETS. 489 



* 



L'accouchement:... Qu'il soit naturel ou artiti- 
ciel, spontané ou laborieux, prématuré, à terme ou 
retardé, c'est certainement la plus rude épreuve 
que la génération impose à la femme. A tous les 
malaises, les souffrances, qu'elle a déjà endurés 
pendant de longs mois, pour former et fortifier ce 
fruit de ses entrailles, en diminuant sa vie pour 
assurer la sienne, quelles cruelles douleurs lui sont 
réservées pour le mettre au jour ! Et surtout si c'est 
un fils le premier, car on sait que l'accouchement 
des garçons, par le volume de leur tête, est généra- 
lement plus long, difficile et laborieux que celui 
des filles. Mais l'espoir la soutient et son désir d'être 
mère lui permet de se résigner tranquillement de- 
vant le souverain arrêt, cruel et terrible de la loi : 
«Tu enfanteras avec douleur ! » Son courage est à 
la hauteur de l'épreuve qui l'attend, et son calme 
3st d'autant plus grand que ses espérances sont par- 
tagées. Elle compte le jour, le moment du terme, et 
s'y prépare avec joie, en sentant battre, palpiter 
d'avance, dans son sein, l'enfant qu'elle sera si 
heureuse de voir, de connaître et d'embrasser. 

Tout se présente d'ailleurs pour la rassurer. Huit 
à quinze jours avant, la matrice, qui s'élevait jus- 
qu'à l'estomac, s'abaisse sensiblement et paraît s'é- 
argir. L'oppression diminue, l'estomac moins com- 
)rimé digère plus facilement, les nausées et les 
/omissements cessent, et la femme devient ainsi plus 
Jerte et lé^^ère, elle marche plus facilement. C'est 



400 LA GÉNÉRATION. 

ordinairement dans cet état que les douleurs la sur- 
prennent. 

Comme fonction naturelle, l'accouchement n'a 
pas lieu d'effrayer ni d'inquiéter, malgré les douleurs 
atroces qu'il comporte pour s'opérer. Il faut absolu- 
ment que tous les orifices du canal vulvo-utérin se 
dilatent, cèdent ou s'écartent, par le ramollissement 
des tissus, pour livrer passage au produit de la con- 
ception. Et ce n'est qu'en tournant, en s'inftéchis- 
sant, en s'allongeant, pour se mouler plus exacte- 
ment dans leurs détroits, que la tète peut y passer. 
De là la lenteur du travail. C'est la meilleure garan- 
tie contre le traumatisme, les déchirures, les frac* 
tures même. Mais dès que la femme est bien con- 
formée, que son bassin n'est ni dévié ni rétréci et 
que l'enfant se présente normalement, elle doit s'ar- 
mer de courage et de patience surtout. L'accou- 
chement ne s'accomplit guère qu'nprès des heures 
2t parfois des jours et des nuits de cruelles souf- 
frances. Avec la certitude que leur fréquence et leur 
intensité croissantes en marquent aussi le terme, 
elle les supporte mieux. Elle redouble de force et 
d'énergie |)Our les dernières, en sentant que sa déli- 
vrance approche. 

Et c'est ainsi que d'efforts en efforts, au dernier 
cri de la pauvre femme, un autre cri a répondu : ce- 
lui du nouveau-né. Son premier vaiiissement an- 
nonce la fin de ses souffrances. C'est le triomphe de 
la vie sur la mort, car des affres de celle-ci la femme 
passe sans transition à une jubilation délirante aux 
cris de son enfant. C'est le trait qui impose le i)lus 



EFFETS. 491 



impérieusement l'admiration, le respect pour un 
sexe qui les mérite déjà à tant d'autres titres. 



Ce n'est pas que tous les dangers de la génératio» 
soient alors écartés : les suites de couches sont soij- 
vent plus graves que l'accouchement. La fièvre ai 
lait, les tranchées utérines, la péritonite ou fièvre 
puerpérale et bien d'autres accidents sont encore à 
craindre. Mais l'allaitement de l'enfant par sa mère 
en est le plus sûr préservatif. C'est la suite et le 
complément indispensable de la génération, autant 
pour assurer la santé de la mère que la vie de l'en- 
fant. Le confier à une autre, c'est le perdre, le ro 
nier, car la nourrice est la vraie mère par tous le* 
soins qu'elle doit lui prodiguer. En les assujettissant 
l'un à l'autre, pendant une année environ, cette 
fonction crée entre eux les plus doux liens de ten- 
dresse et de reconnaissance. Une mère n'est parfaite 
qu'en nourrissant ses enfants, et si tant de mères 
ont de mauvais enfants, leur faute en est de ne pas 
les avoir allaités. Une impossibilité absolue est la 
seule excuse légitime, et encore faut-il plutôt re- 
courir à l'allaitement artificiel que de le confier à 
une nourrice mercenaire, même sous ses yeux. La 
mauvaise santé de la mère ou sa prédispositioiv. 
marquée, évidente, à des affections héréditaires, 
comme la folie, la scrofule, la phtisie, le cancer, 
doivent seules la dispenser d'allaiter son enfant. 
Avec son lait elle continue la transmission, l'inocu- 
lation de la fatale tendance qu'elle lui a déjà com- 



493 LA GÉNÉRATION. 

muniquée par la conception et la grossesse à être 
atteint plus lard de sa maladie. L'allaitement d'a- 
bord, l'éducation ensuite, puis la profession, la 
nourriture, le climat, sont les seules conditions phy- 
siques et morales laissées à la liberté des parents 
pour combattre et neutraliser la prédisposition mor- 
bide qu'ils ont transmise involontairement par la 
génération. 

L'activité des fonctions de l'utérus et de ses an- 
nexes, résultant de la génération, chez les femmes 
mariées, les expose à plus de troubles, de lésions, 
de maladies, de déplacements de ces organes, que 
les célibataires. Us sont presque inhérents à îa gros- 
sesse, l'accouchement, l'allaitement et tous les acci- 
dents qui peuvent les compliquer. Les fausses cou- 
ches, l'avortement et ses suites, les crevasses et les 
abcès du sein, et une infinité d'autres conséquences 
morbides, sont un tribut dont on s'exonère sûre- 
ment par le célibat. 

Mais en se privant des joies du cœur, de la satis- 
faction des sens et de la plénitude de la vie que 
donnent l'amour, la maternité et la famille, les cé- 
libataires encourent bien d'autres maux. En ne sou- 
mettant pas leurs organes au jeu naturel, à l'emploi 
physiologique qui leur est dévolu, elles s'exposent 
à en troubler, en entraver la vitalité. Ils sont trop 
exigeants et impérieux pour se laisser exclure abso- 
lument de leur rôle, sans se plaindre par de vives et 
cruelles souffrances. Leur fonction est trop néces- 
saire à la santé de la femme, indispensable à sa 
vie comme à la société, à l'humanité, pour être sup- 



EFFETS. 493 

primée ainsi à volonté, souvent par caprice, sans 
qu'il en résulte des suites funestes. Si elle peut res- 
ter impunément sans emploi chez quelques filles 
délicates, faibles, lymphatiques et froides, ce n'est 
certainement pas sans orages ni souflrances chez la 
plupart des autres. 

Privés de l'influence excitante de la fécondation, 
les ovaires n'exécutent qu'imparfaitement et irrégu- 
lièrement leur ovulation mensuelle; leur mouve- 
ment fluxionnaire reste incomplet. Des perturbations 
s'ensuivent dans le système nerveux : d'où les né- 
vr'^ses, les névralgies, les névropalhies multiformes 
dont les célibataires d'un certain âge sont si souvent 
atteintes. La génération ne pouvant s'accomplir, la 
vie de ces organes se trouble, se dévie par leur 
excès même. De là des proliférations morbides, des 
hyperplasies, des végétations sous forme de polypes 
ou tumeurs fibreuses de l'utérus. Par suite de l'in- 
suffisance ou les troubles de la menstruation, les 
vésicules de Graaf, non fécondées, se transforment 
en ces énormes kystes de l'ovaire qui mettent la 
vie en si grand danger, malgré l'excision qu'on 
leur oppose. La mortalité des filles célibataires est 
ainsi supérieure à celle des femmes mariées, pen- 
dant la période normale de reproduction et l'âge de 
retour. 

* 
♦ * 

L'un des effets les plus constants de la génération 
est la ressemblance morale et physique des enlants 
aux parents, ils héritent également de leurs qualités 

28 



494 LA GÉNÉhÂTlON. 

et de leurs défauts tant du corps que de l'esprit^ 
c'est-à-dire organiques et psyclioloyiques. Les fa- 
cultés, les aptitudes n'échappent pas plus à la trans- 
mission héréditaire, comme nous l'avons montré à 
Hérédité, que les difformités extérieures et la pré- 
disposition aux maladies. C'est pourquoi les méde- 
cins actuels interrogent avec tant de soin leurs 
malades sur les antécédents morbides de leurs pa- 
rents, comme la source la plus précieuse de ren- 
seignements et la base la plus sûre pour asseoir leur 
diagnostic et surtout leur pronostic. Ainsi se trans- 
mettent les vices organiques et les monstruosités 
primordiales, comme l'obésité, la cécité, la myopie, 
le strabisme, le bégaiement, la surdi-mutité, l'im- 
bécillité, l'idiotisme, le bec-de-lièvre, les hernies, 
l'absence d organes ou leur multiplicité. Un pèrg 
ayant douze doigts et douze orteils transmit la même 
difformité à son fils, d'après Burdacli, et quarante 
membres d'une famille espagnole étaient porteurs 
de doigts surnuméraires. Le phimosis, la rétention 
des testicules, se transmettent aussi des pères aux 
fils, comme la mamelle surnuméraire chez la femme 
et plusieurs autres difformités des organes de la gé- 
nération. 

Par cette tendance de l'organisme à renouveler le 
type primitif dont il est issu, se réalise également 
la disposition à contracter les maladies ou l'affec- 
tion morbide dont le principe, la virtualité lui a été 
transmise par la fécondation. Triste et dernière 
preuve de la solidarité ascendante qui lie entre elles 
les générations d'une même famille! La prédisposi- 



EFFETS. ■495 

tionaiix inflnmmntions du cerveau, de la poitrine et 
de l'abdomen, aux hémorrhagies, à l'apoplexie, aux 
calculs, aux dartres, au rhumatisme, à la goutte ou 
arthritis, s'affirme par des exemples journaliers. Elle 
est devenue proverbiale par la fréquence de sa réa- 
lisation dans les maladies nerveuses, comme la cho- 
fée, l'hystérie, les convulsions, l'épilepsie surtout. 
Les unes sont particulières aux garçons, les autres 
aux filles. La cataracte atteint parfois des familles 
entières. Une opérée de Nélaton avait connu onze 
membres de sa famille atteints comme elle. Tous les 
hôpitaux d'aveugles accusent cette fatale tendance. 

Plus une maladie est chronique, organique et 
constitutionnelle, et plus son hérédité est probante, 
sa transmissibilité marquée. L'obésité est une mala- 
die, de famille, comme la scrofule, le rachitisme, la 
syphilis. Le cancer et la phtisie ou tuberculose sont 
essentiellement redoutables par leur transmissibi- 
lité, car elles entraînent la disparition des familles 
à bref délai. Sur 106 cancéreux examinés par le doc- 
teur Veyne, 80 étaient héréditaires. Un jeune phti- 
sique, que sa haute taille avait fait placer dans les 
carabiniers à cheval, mourut en 1843 au Val-de- 
Grâce. Il était le cinquième fils de parents morts 
phtisiques et les quatre autres avaient succombé de 
la même manière. Il n'est pas rare de rencontrer 
ainsi des familles décimées par la même maladie, 
en raison de sa nature héréditaire. 

Sans cliangei de nature, ces maladies varient 
souvent de siège aux différents âges. Les ganglions 
mésentériques se tuberculisent ainsi de préférence 



196 LA GÉNÉRATION. 

dans l'enfance, chez les sujets prédisposés, comme 
les poumons dans la jeunesse. C'est le carreau. 
Sur 312 cas signalés en France chez des enfants, les 
poumons étaient intacts chez 47 victimes, tandis 
que sur 302 exemples de tuberculose infantile ob- 
servés en Allemagne, les glandes du bas-ventre étaient 
prises 299 fois. C'est donc le siège d'élection de la 
phtisie à cet âge, chez les enfants qui en sont me- 
nacés héréditairement. 

La folie ou aliénation mentale, sous ses diffé- 
rentes formes, est dans le même cas. Sur les 431 alié- 
nés observés par Esquirol, 357 l'avaient reçue par 
hérédité. Une démence héréditaire infecta quatre 
générations successives, au rapport de Storck. Haller 
cite le cas de demoiselles nobles qui, malgré leur 
idiotisme, ayant trouvé à se marier à cause de leurs 
riches dots, ont eu des enfants et des petits-enfants 
idiots comme elles. Tous les rois de la branche des 
Valois ont donné des signes plus ou moins évidents 
de folie ou de troubles de l'esprit, dont l'histoire de 
France montre les traces. 

La même forme de folie, le suicide notamment, 
se reproduit souvent dans la même famille. Voltaire 
cite un homme qui se tua à l'âge oii son père et 
son frère s'étaient également suicidés. Le docteur 
Lévy a vu à Toulouse un jeune homme entraîné au 
suicide et qui comptait déjà trois suicidés dans sa 
famille. Sur les 4595 suicides étudiés par M.Brierre 
de Boismont, il y avait 265 cas de folie suicide, 
dont 109 avec miluence héréditaire directe ou par 
atavisme. 



I 



EFFETS. 497 

A voir ces maladies sévir inégalement à tous les 
âges sur les membres d'une même famille, dans 
l'enfance, la jeunesse, comme dans l'âge mûr, frap- 
per les filles à l'exclusion des garçons, et récipro- 
quement, ou ne faire qu'une ou deux victimes sur 
un grand nombre d'enfants, on a pu douter qu'elles 
fussent héréditaires. La raison en est que leurs ma- 
nifestations sont favorisées, suivant leur nature, par 
les diverses phases décroissance ou de déclin de l'or, 
ganisme. Et comme chaque âge imprime un carac- 
tère particulier de vitalité à certains organes, la 
même maladie, sous diverses formes, peut ainsi se 
développer différemment. Le cerveau prédomine or- 
ganiquement dans l'enfance, la poitrine durant la 
jeunesse et les organes abdominaux pendant la viri- 
lité. La scrofule et la syphilis héréditaii-es se mani- 
festent ainsi dans l'enfance. La méningite tubercu- 
leuse, le carreau sont à craindre chez les enfants 
nés de parents poitrinaires, tandis que la plupart 
succomberont de 20 à 35 ans. Passé cet âge, l'héré- 
dité en est comme annihilée, tandis que le cancer, le 
rhumatisme, les dartres, n'apparaissent ordinaire- 
ment que plus tard. D'après ces lois, l'hygiène com- 
bat et prévient souvent, par des mesures prises aux 
différents âges, l'éclosion des maladies héréditaires 
qui en font le principal danger, suivant le sexe et le 
tempérament. 



Contre ces effets de l'hérédité, l'homme peut lut- 
ter avec avanlngo par divers moyens. L'allaitement 

28. 



m LA GÉNi'RATION. 

bt la nourriture ensuite, réduciilion et le genre de 
vie, la profession et surtout le milieu, le climat, 
exercent la plus grande influence. Transportez à la 
campagne, dès sa naissance, un enfant né à la ville, 
élevez-le dans des conditions opposées à celles de 
ses parents, et il deviendra, pliysiqueinent du moins, 
un véritalile paysan. Le plus sûr moyen de conser- 
ver les enfants prédisposés héréditairement à deve- 
nir poitrinaires est d'en faire ainsi de petits paysans. 
Le contraire s'observe de même. Coinbien de cam- 
pagnards forts et robustes, les femmes surtout, 
sont tous les jours victimes de l'air et des habitudes 
des villes pour être devenus des citadins trop ac- 
complis ! 

L'extérieur du corps et la face surtout sont les 
premiers à subir ces changements, sous l'influence 
âe l'air et du soleil. De même que la face des fem- 
mes blondes se couvre de taches de rousseur au 
moindre coup de soleil, des voyageurs européens, 
des soldats français ont vu leur teint se bronzer, leurs 
cheveux noircir et se boucler après un court séjour 
en Afii(iue. Piuner-Bey avait, après trois mois de 
séjour en Arabie, une apparence toute différente 
qu'à son départ. Un séjour prolongé rend ces chan- 
gements durables. Le docteur Burguières, que nous 
avions connu interne à l'hôpital Saint-Louis en 1840, 
n'était plus reconnaissable à son dernier voyage à 
Paris, après une trentaine d'années passées dans les 
échelles du Levant, comme médecin sanitaire. En 
sa qualité de bey, sinon de pacha, il avait tout l'ex- 
térieur des Turcs d'Europe. 



EFFETS. 499 

Le nègre, trnnsporté jeune en Europe, voit aussi 
son teint s'éclaircir, en commençant toujours par 
les parties les plus saillantes : les oreilles et le nez. 
L'interprète d« Cortcz, Jérôme de Aguilar, après 
huit années d'esclavage chez les Yucatèques, ne 
pouvait plus être distingué des indigènes dont il 
avait adopté les mœurs et le costume. Un matelot 
anglais, après plusieurs années de séjour à Nouka- 
hiva, était devenu absolument semblalde aux Poly- 
nésiens. Un individu peut donc acquérir toutes les 
apparences d'une race différente de la sienne. Il 
peut même en revêtir le type dans ses descendants, 
après quelques générations successives. Démonstra- 
tion évidente de l'unité de l'espèce humaine, pou- 
vant ainsi se reproduire malgré la diversité des in- 
dividus et des climats. 

L'Africain, arrivant aux Antilles avec tous les ca- 
ractères du nègre et se reproduisant avec une né- 
gresse, a, sous l'influence seule de la différence du 
climat, des enfants dont les caractères sont atténués 
dès la première génération. La face, en particulier, 
perd le caractère de museau. Les cheveux et la cou- 
leur persistent, mais, sous tous les autres rapports, 
le nègre créole se rapproche de ()lus en plus du 
blanc. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, où 
l'élevage des nègres se faisait, au temps de l'escla- 
vage, comme celui des moutons et des bœufs ailleurs, 
on a constaté que, sans aucun mélange de race, la 
tête et le corps des nègres, se propageant exclusive- 
ment entre eux, se rapprochaient à chaque généra- 
tion du tyj)0 de leurs maîtres blancs. A la Louisiane, 



500 LA GÉNÉRATION. 

en parliculior, leur peau est rarement d'un noir ve- 
louté, bien que tous les ancêtres aient été achetés 
sur la côte de Guinée; ils n'ont pas les pommettes 
aussi saillantes, les lèvres aussi épaisses, le nez 
aussi épaté, la laine aussi crépue, la physionomie 
aussi bestiale, ni l'angle facial aussi aigu que leurs 
frères de l'ancien monde. Dans l'espace d'un siècle 
et demi, ils ont franchi, quant au physique, un bon 
quart de la distance qui les sépare des blancs. 
{Types of mankind.) 

Leut constitution change même aussi. Le docteur 
Vésinié a constaté que le sang du nègre d'Amérique 
devient plus fluide et plus pâle, tandis qu'en Afri- 
que il est plus épais et plus foncé que chez l'Euro- 
péen. Leur intelligence participe à ce mouvement. 
Malgré les précautions prises au Brésil pour tenir les 
nègres dans l'ignorance, le nègre créole est, dès les 
premières générations, bien plus intelligent que U 
souche originelle. Leur progrès est donc constant, 
physiquement et intellectuellement. Le contact ha- 
bituel avec les blancs et l'amélioration du régime 
ont sans doute une grande part à ce résultat. Il s'est 
ainsi formé, sous ces nouvelles influences ajoutées à 
celles de la génération, une race nègre américaine 
dérivée du type nègre d'Afrique. 

Des modilications analogues se sont établies et 
s'observent, parmi les races blanches, dans les colo- 
nies qu'elles ont fondées. Les Anglais transportés en 
Amérique ont formé le type yankee, dont les carac- 
tères distinctifs sont l'allongement du cou, la dimi- 
nution du tissu graisseux et de tout l'appareil glan* 



I 



EFFETS. 501 

dulaire. Il y a ainsi une différence très sensible dans 
les traits et le caractère de certaines familles de 
New-York et de la Pensylvanie, dont le sang est de- 
meuré pur, et les populations anciennement établies 
dans le Kentucky et les bords du Mississipi. A part 
la civilisation européenne qui les a suivis, on re- 
trouve chez les uns, avec l'angle facial, la fierté et 
l'esprit de ruse de l'Iroquois, et chez les autres, 
avec l'extérieur, la rudesse, la franchise et l'.t dé- 
pendance de rillinois et du Cherokee. Le milieu 
américain a donc modifié profondément le type 
anglo-saxon, au point d'en faire une race à part 
dont voici les principaux traits : 

Système glandulaire très peu développé, peau 
sèche comme du cuir et sans couleur ni chaleur. La 
rougeur des joues est remplacée chez l'homme pai 
une teinte limoneuse et une pâleur fade chez la 
femme. La tète se rapetisse et s'arrondit ou devient 
pointue, en se couvrant de cheveux lisses et foncés 
en couleur. Cou allongé. Développement considé- 
rable des os des pommettes et des muscles masséters 
servant à la mastication. Fosses temporales profon- 
des, mâchoires massives. Yeux profondément en- 
foncés dans les orbites, rapprochées l'une de l'autre, 
avec iris foncé, regard perçant et sauvage. Os des 
membres très allongés, ceux des membres supé- 
rieurs surtout et les doigts en particulier, tellement 
que des gants spéciaux sont fabriqués en France et 
en Angleterre, en raison de la forme allongée et 
pointue des ongles. Ce sont donc là des caractères 
très différents du pori»"*!! anglais. 



502 LA GÉNEMATION. 

D'aiilrps exemples analogues pourraient être pris 
ailleurs pour démontrer l'influence antagoniste du 
milieu Mir l'hérédité. Si deux siècles et demi, soit 
douze à Iroize générations, ont suffi pour substituer 
le Yankee à l'Anglo-Saxon, et l'AIsacien-Français au 
pur Allomaiid, il est permis de prévoir des modifi- 
cations otlinologiques bien plus sensibles dans notre 
colonie algérienne, d'ici à un ou deux siècles. L'ac- 
tion incessante d'un milieu différent avec les insti- 
tutions, les mœurs et les habitudes spéciales qui en 
sont inséparables, peut donc, conjointement avec 
l'hérédité organique, changer la nature physique et 
morale de l'individu. 



Aux conséquences naturelles et inévitables de la 
«énération, on trouve bien des inconvénients avec 

D 

jes idées po.-itives et sceptiques du jour. Grossesses 
multipliées, accouchements répétés, fatiguent, épui- 
sent, défornient le corps et ruinent la santé, disent 
les femines, et de nombreux enfants coûtent cher, 
ajoutent les maris ; il faut les élever, les éduquer, 
les établir, ce sont là de trop lourdes charges. Et 
avec le goût dominant de rester libre et de s'amuser 
vieux comme jeune, de jouir de la vie chacun pour 
soi et à son aise, de ne travailler que pour devenir 
riche ou pour paraître et briller dans le monde, on 
évite de former de nombreuses et robustes fa- 
milles. On contracte des unions clandestines, que 
l'on stérili^e à volonté ou que l'on brise de mdme, 
et l'on ne se marie tardivement que pour faire une 



I 



EFFETS. 505 

fin, de manière à avoir un ou deux enfants, trois 
au plus. Les pauvres seuls en ont maintenant da- 
vantage, et c'est ainsi que le paupérisme, moins 
étendu en France par la diminution des mariages 
et de la population, n'en est que plus hideux où il 
se manifeste. 

Il est aussi dificile et dangereux de façonner et 
transformer à son gré, dans la vie publique et la 
société, une fonction organique, physiologique et 
naturelle, comme la génération, que de la suppri- 
mer dans le cloître et au couvent. Le célibat du 
prêtre catholique dans le monde, et surtout au con- 
fessionnal, est ainsi la plus grave atteinte aux lois 
physiques et morales. C'est ce que font tous lei 
époux et les amants qui prétendent satisfaire leurs 
sens en limitant à volonté leur progéniture. Si tout 
élan, toute émotion du cœur, amour, aflection ou 
amitié, sont absents ou supprimés chez celui qui a 
recours à la Vénus errante, à la prostituée, comment 
ces nobles sentiments pourraient-ils laisser place 
aux sens, avec cette réserve préméditée de la pru- 
dence et de la raison? L'un implique l'autre dans un 
acte si spontané. Autrement il est toujours incom- 
plet et anormal. C'est, d'une manière quelconque, 
l'onanisme à deux, et si cette immoralité révoltante 
est admise et autorisée implicitement dans le pre 
mier cas, elle doit être avouée et reconnue explici- 
tement dans le second. Ce n'est que cela dans tous 
les deux. 

Dès qu'il s'agit d'empêcher la fécondation, il faut 
en effet, de auelque manière que l'on s'y prenne, le 



504 LA GÈNËIIATIOW. 

consentement mutuel des deux conjoints et leur ac- 
tion récipi'0(|ue. Que l'éjaculation ait lieu au dehors 
comme manuellement, ou in vaso indebito, comme 
disent les théologiens, la copulation n'en est pas 
moins frustrée et incomplète. Il en est de même, si 
l'ouverture de la matrice est obstruée, bouchée par 
une éponge ou tout autre corps étranger, ou si une 
enveloppe imperméable, le condom, recouvre le pénis 
pour empêcher son contact immédiat et l'émission 
du sperme. Dans toutes ces pratiques et bien d'au- 
tres, comme le changement de position, renversée, 
postérieure ou latérale, il n'y a pas à argutier ni à 
épiloguer : c'est bien l'onanisme à deux, avec ses 
plus fâcheuses conséquences. 

Tous ces obstacles, ces fraudes et ces artifices 
abominables, déguisés ordinairement sous les euphé- 
mismes de précaution, prudence ou tricherie, sont 
aussi contraires à la nature qu'à la morale. Et en 
admettant que l'on arrive toujours — chose impos- 
sible — à stériliser l'union de l'homme et de la 
femme, il en résulte des accidents et des maladies 
mille fois plus redoutables que la grossesse et l'ac 
couchcmcnt. Tous ces coïts frustres, à sec, après 
l'excitation, l'ébranlement, la stimulation plus ou 
moins prolongée des organes, produisent, à la lon- 
gue, un trouble profond, une perturbation générale 
de tout le système nerveux et sanguin. Surpris, ar- 
rêtés subitement dans le spasme et l'érétiiisme qui 
les éti'eignent, par la brusque cessation du branle 
qui leur a été imprimé, sans le calmant naturel qui 
en provoque la détente, les organes génitaux, gor- 



EFFETS. 505 

gés de sang, ne peuvent revenir normalement sur 
eux-mêmes ni se débarrasser complètement. De là 
la parésie ou paralysie légère des nerfs et la dilata- 
tion successive des vaisseaux et des conduits qu'ils 
innervaient, la congestion et l'engorgement des tis- 
sus, sinon des écoulements chroniques, des hémor- 
rhagies passives, puis des tumeurs et la dégénéres- 
cence des organes. 

La fécondation est d'autant plus fréquente dans 
ces rapports frauduleux, dérobés, que le coït est 
plus long et répété. La sensibilité des organes en 
est affaiblie, obtuse, émoussée de part et d'autre; 
l'éjaculation, moins complète et moins vive qu'à 
l'état normal, a souvent lieu à l'insu des deux sexes, 
ou bien ils n'en ont qu'une perception obscure et 
tardive. Et c'est de la sorte que tant de conceptions 
ont lieu en dehors du mariage ou contre la volonté 
des conjoints. 

Ce serait une grande erreur de croire que ces 
funestes pratiques ne régnent que dans les grandes 
villes, par la difficulté d'y élever une nombreuse fa- 
mille. Les habitants des petites villes et nos campa- 
gnards même les partagent. L'artisan, le cultivateur, 
le petit rentier, ne tiennent plus, comme autrefois, à 
se créer des bras pour les soutenir dans leur vieil- 
lesse; ils aiment mieux jouir, en égoïstes, de leur 
position acquise que de se donner le souci d'élever 
une nombreuse famille et courir la chance de n'en 
pas recevoir les soins donnés. L'influence des doc- 
trines malthusiennes s'est répandue partout, et la 
contrainte morale, les fraudes de la génération, sont 

88 



506 LA GÉNÉRATION, 

pratiquées dons tontfis les classes d( la soinpfp fran- 
çaise, pour limiter à son gré, à sa convenance, le 
nombre de ses enfants. 



A la femme revîent encore ici la plupart, de ce» 
maux, en raison même de son rôle principal dans l;i 
génération Elle conçoit en elle, et l'homme hors de 
lui. Dès qu'il s'exonère, il n'a pas à redouter les 
mêmes lésions ni les mêmes accidents. Il les caus« 
et les détermine plutôt par sa séparation instantanée, 
en laissant la femme seule en proie aux angoisses 
spasmodiques de son système nerveux et de ses or- 
ganes surexcités. On a comparé cet état, sous bien 
des formes différentes, à celui d'un famélique ou 
d'un aflamé auquel on présenterait des aliments que 
ses yeux et son palais convoitent, que ses lèvres ont 
saisis, que l'on retirerait brusquement de sa bouche, 
après avoir alléché son appétit, sa faim. Impression- 
nable comme le sont la plupart, la femme doit sus- 
pendre, arrêter, refréner immédiatement toutes ses 
sensations, ses impressions, ses sentiments amou- 
reux, ou ne pas s'y livrer et rester, comme le 
marbre, un corps inerte servant passivement à la 
satisfaction d'autrui. D'une manière ou de l'autre, 
elle s'énei ve ; sa menstruation se trouble et se dérange 
inévitablement. Ce sont des pertes profuscs chez les 
femmes sanguines; des écoulements blancs, des leu- 
corrhées chez les lymphatiques: des névroses, des 
névralgies, c'est-à-dire dos douleurs continues, chez 
toutes. Des métrites aiguës et chroniques, ou inilam- 



EFFETS. 507 

mations de la matrice, succèdent à ces manœuvres 
frauduleuses, d'autant plus inévitablement qu'en se 
V croyant à l'abri de tout accident on les répète à sa- 
tiété, avec fréquence et excès, le cœur ni les sens 
n'en étant satisfaits, rassasiés. On se livre avec une 
sorte de frénésie à ces plaisirs frustres, sans résul- 
tats, jusqu'à ce que la douleur en soit provoquée par 
l'irritation, la contusion, l'érosion des parties, leur 
engorgement ou leur ulcération. 

De là la fréquence actuelle des maladies de la 
matrice. Détourné de son rôle de la génération, qui 
lui est spécial en raison de son organisation même, 
alors que sa fonction, sa faculté procréatrice est 
surexcitée, cet organe produit des pseudomorphoses, 
comme les polypes, les kystes, les squirres si fré- 
quents chez les prostituées. Plusieurs médecins 
admettent aujourd'hui, d'après le professeur \'illars, 
de Besançon, que le cancer de la matrice résulte di- 
rectement des fraudes conjugales, parce que le col, 
excité, titillé et comme en érection pour recevoir et 
aspirer le fluide séminal dans sa bouche béante, n'est 
pas arrosé de ce liquide dont la chaleur et les pro- 
priétés spéciales sont de le calmer. 

C'est, en effet, sur le système nerveux, présidant 
à cette fonction, que retentit plus profondément le 
contre-coup de toutes ces fraudes faites à la naltire. 
Le cerveau et la moelle en sont vivement impression- 
nés, aussi bien que le plexus ganglionnaire des par- 
ties génitales. Les affections nerveuses y succèdent 
ainsi à bref délai, soit par faiblesse, soit par excita- 
tion, toujours par douleur. Une femme était telle- 



508 LA GÉNÉRATION. 

ment impressionnée par ces approches conjugales, 
que tout son corps était dans une espèce de langueur, 
de prostration, le lendemain, et que les jambes lui 
manquaient pour son travail. Elles déterminaient, 
cliez une autre, de violentes attaques de nerfs avec 
un état de syncope et de léthargie qui effrayait 
le mari. Peu de femmes échappent ainsi aux né- 
vroses, aux névralgies consécutives. Une foule de 
névropathies multiformes ne reconnaissent pas d'au- 
tre cause. Tels sont ces symptômes hystériques si 
fréquents chez les femmes mariées par suite des 
habitudes vicieuses de leurs maris. Il peut même en 
résulter une maladie affreuse, la nymphomanie ou 
fureur utérine, dont voici un déplorable exemple. 

Une fille de vingt ans, que son amant avait 
dressée à tous les artifices frauduleux du libertinage, 
y devint bientôt si habile qu'elle surpassa le maître. 
L'orgasme vénérien s'éleva chez elle à un si haut 
degré qu'elle était toujours à la poursuite de cet 
homme, et, dans le paroxysme de sa passion, elle se 
livrait à tous les mouvements désordonnés des bac- 
chantes. Elle était aussi insatiable que Messaline sor- 
tant des lupanars où elle allait assouvir sa brutale 
passion. C'était « Vénus tout entière à sa proie atta- 
chée », dit Racine. 

Liquiet et se sentant épuisé, exténué de Cés rap- 
ports si fréquents et prolongés, l'amant voulut rom- 
pre; mais toutes ses ruses et ses stratagèmes pour 
s'en délivrer adroitement furent infructueux. Il fallut 
briser ouvertement, et, ce jour-là même, cette mal- 



EFFETS. 59 

heureuse s'empoisonnait avec de l'arsenic et mou- 
rut aussitôt. Tel est le triste drame auquel l'homme 
s'expose en excitant les passions dans ces tempéra- 
ments de feu, oui l'incendie, une fois allumé, ne 
s'éteint souvent qu'après avoir tout dévoré. 



* 
♦ ♦ 



L'homme n'est pas exempt d'accidents analogue!. 
Le danger pour lui de s'abandonner, de se livrer 
à ces Messalines, m'a été révélé par une observation 
personnelle à l'étranger. Réveillé à cinq heures du 
matin, dans l'hôtel que j'habitais, je fus conduit 
près d'un jeune homme dont l'extrême pâleur et la 
faiblesse décelaient dès l'abord une hémorrhagie 
abondante. Étendu sur le dos, immobile et presque 
sans parole, il se découvrit et me montra le siège 
inondé de sang. // pissait le sang. Cette hémorrha- 
gie uréthrale s'était déclarée dans la nuit, étant 
couché avec une femme qui était venue lui deman- 
der de partager son lit, dans les conditions sui- 
Tantes : 

« Hier soir, dit-il, j'assistais, dans un fauteuil 
d'orchestre, à la représentation de l'Opéra, où je re- 
marquai beaucoup l'une des premières chanteuses. 
Interpellé à la sortie par un valet qui me demanda 
poliment mon adresse, de la part d'une dame qui 
avait à me parler, je donnai ma carte. Arrivé peu 
de temps après à l'hôtel, je trouvai une dame voilée 
m'attendant au salon et qui me dit galamment, 
après les pourparlers d'usage, qu'elle venait m'in- 
vitcr à souper avec elle. J'avais reconnu la prima 



510 LA GÉNÉRATION. 

donna et je ne me fis nullement prier. Sa voiture 
nous emporta aussitôt, et un fin souper, arrosé de 
vin du Rhin, nous mit tous deux en liesse. 

Je demandai dès lors à reconduire ma dame, mais 
elle refusa et dit que c'était à elle à faire tous les 
frais de la soirée. La voiture nous ramena, en effet, 
à l'hôtel, et elle monta dans ma chambre. Il était 
environ deux heures du matin. Elle prit dès lors 
absolument mon rôle. Plus forte et plus âgée que 
moi, elle me fit coucher d'abord et se coucha 
ensuite sur moi, et ce fut ainsi que, pendant deux 
heures consécutives et sans relâche, elle me tint, 
sous l'étreinte de ses baisers et de ses caresses 
enflammées, dans une érection persistante et un 
spasme continu. J'en perdis d'abord la raison, puis 
le sentiment, et je tombai évanoui, en syncope. 
Quand je revins à moi, elle avait disparu. Vous savei 
le reste. » Il guérit heureusement et jura, un peu 
tard, qu'on ne l'y reprendrait plus. 

Cette histoire véridique n'est qu'un épisode de 
toutes ces infernales débauches, ces abominables 
profanations de l'amour. L'un ou l'autre en est tou- 
jours la victime, et c'est souvent trop tard qu'elle 
se repent. L'émission subite du sang, pendant ou 
après le coït, est presque toujours le signe d'une 
déchirure interne de la muqueuse du canal de l'urè- 
thre. Elle s'opère à l'insu de l'homme dans le 
spasme de l'éjaculation, après une érection violente, 
prolongée comme le priapisme. Les hommes atteints 
d'écoulement chronique ou goutte militaire y sont 
particulièrement exposés dans le coït. On peut 



EFFETS. 511 

l'éprouver sans en avoir conscience. Mais c'est tou- 
jours un signe positif de déchirure. Localisée dans 
le canal, elle entraîne à bref délai la formation de 
rétrécissements consécutifs qui sont un obstacle 
presque constant à la génération 

Un jeune homme bien élevé, entraîné à la pratique 
des fraudes avec une maîtresse, me disait qu'il se 
sentait confus après, comme s'il avait commis un 
infanticide. 

Un ouvrier tonnelier de trente-deux ans, voulant 
mettre un terme à sa famille de six enfants, avait 
recours à ces fraudes depuis six mois à peine, que 
déjà il maigrissait et éprouvait un léger tremble- 
ment du corps étant debout. « Je sens que je perds 
la tête, ajoutait-il, et souvent, au milieu de la rue, 
je vois les maisons tourner autour de moi. » Il suffit 
de supprimer la cause pour voir cesser les accidents. 

Un employé de vingt- cinq ans, nervoso-sanguin, 
était exposé, depuis deux ans, à des pollutions vo- 
luptueuses sans idée erotique ni aucune excitation, 
quoique ne gardant pas une continence absolue. 
Ayant contracté des relations amoureuses avec une 
jeune fille de son bureau qu'il affectionnait beau- 
coup, tous les artifices et les précautions furent em- 
ployés pour tromper la nature et cacher leur incon- 
duite. Mais bientôt il eut des digestions laborieuse» 
avec amaigrissement, faiblesse musculaire, sans que 
le fer, les toniques, les bains froids, pussent faire 



512 ' LA GENERATION. 

disparaître ces accidents. Il survint, au contraire, 
des maux de tète, avec un affaiblissement de l'intel- 
ligence qui l'obligea de demander un congé. Un 
aveu franc m'en ayant fait découvrir la véritable 
cause, en indiqua le meilleur remède. Un mariage 
eut lieu, et trois mois après, les rapports étant 
devenus naturels, tous les accidents disparurent. 

L'homme et la femme peuvent même être atteints 
simultanément, comme un dessinateur de 56 ans en 
offrit l'exemple au docteur Mayer. Père de cinq 
enfants vivants, après sept ans de marage, il avait 
résolu, par la gravité du dernier accouchement, 
d'entourer leurs rapprochements des précautions lei 
plus minutieuses. Pour calmer les terreurs de sa 
femme, il mettait en jeu les raffinements les mieux 
calculés de l'onanisme conjugal, tellement qu'il en 
résultait pour lui un collapsus si profond, pendant 
une heure, qu'il équivalait à une demi-syncope. 
Aussi se sentait-il s'en aller de jour en jour, disait-il, 
par l'épuisement de ses forces, bien qu'il mangeât 
avec son appétit ordinaire et digérât bien. Sa femme 
éprouvait des accidents nerveux analogues et un 
dépérissement manifeste. Il suffit à ce ménage de 
rétablir ses rapports naturels, du douzième jour, 
au moins, après les règles jusqu'à leur réapparition, 
en s'en abstenant complètement dans l'intervalle, 
pour qu'en six mois les accidents aient cessé, sans 
conception nouvelle. 

Des attaques épileptiformes sont la suite assez 
fréquente de ces excès chez les satyres, comme le 
docteur Bergeret en rapporte plusieurs exemples. 



EFFETS. SIS 

Un épileptique de vingt-huit ans attribuait sa maladie 
à ce qu'il n'avait pu avoir de relations sexuelles 
avec sa maîtresse que debout et en fraudant. Un 
grand vide, dit-il, lui restait dans le cerveau, et 
c'est dans cet état qu'il fut pris de sa première 
attaque. C'est évidemment là une condition aggra* 
vante pour les hommes dont le cerveau est fatigué 
par les exigences de leur profession. 

La démoralisation enfantée de part et d'autre par 
ces rapports illicites est souvent aussi la ruine des 
unions les plus solides. La moindre froideur, un 
refus, suffisent à exciter la jalousie, les soupçons, 
les accusations dont il est toujours difficile de se 
défendre. Heureux quand elles ne sont pas justifiées 
par des intrigues réelles! Arrivés à ce point, on ne 
se respecte plus ni l'un ni l'autre. De là le désac- 
cord, des ruptures, et souvent la séparation. C'est 
«n se montrant trop faible ou trop exigeante avec 
l'homme, sous prétexte d'amour, que la femme perd 
le plus souvent son estime et son affection, seules 
bases soUdes d'une union durable. 

Les mauvais effets de ces excès ne se limitent pas 
malheureusement à ceux qui les commettent, ils 
s'étendent fatalement à leur progéniture. Toutes ces 
tailles rachitiques, ces figures mélancoliques et ma- 
ladives qui abondent dans les grandes capitales, 
doivent souvent l'existence à des parents exténués 
par les plaisirs suprêmes que l'homme prostitue 
inconsidérément. 



29 



514 LA GÉNÉRATION. 

Ces conséquences sont inévitables quand la copu- 
lation n'a pas même lieu et se trouve remplacée par 
des manœuvres directes ou simulées avec des organes 
étrangers. Ces aberrations immondes n'ont plus rien 
d'humain, c'est de la bestialité. Elles résultent pré- 
cisément de l'aiguillonnement artificiel du sens géné- 
sique par la titillation, l'irritation de ses organes, 
auxquelles se livrent, sans jamais les satisfaire, ceux 
qui ne recherchent que des plaisirs, des sensations 
factices. Outre les lésions locales, ecchymoses, rou- 
geurs, excoriations dont ces parties sont souvent le 
siège par les frottements, la succion ou les baisers 
exercés sur eux, il s'ensuit ordinairement des trou- 
bles gastriques suivis de maladies de l'estomac, avec 
maux de tête, congestion du cerveau, idées noires, 
mélancoliques ou maniaques, l'hyiiochondrie, quand 
ce n'est pas la démence, la folie ou la paralysie 
générale, c'est-à-dire l'altération, le ramollissement 
du cerveau. Il est toujours permis de prévoir une 
telle fin avec de semblables commencements. 

La syphilis latente, cachée, s'inocule et se com- 
munique d'autant plus facilement que l'on recourt 
à toutes ces manœuvres lubriques par des voies 
extra-naturelles. C'est parfois en vue de l'éviter jilus 
sûrement, ou à défaut de pouvoir se servir des voies 
naturelles; mais la bouche, comme toutes les sur- 
faces muqueuses, peut transmettre et absorber le 
virus. Il est peut-être plus miscible dans la salive 
que dans les autres liquides organiques. L'angine 
syphilitique peut suffire ainsi à la transmettre. 

La femme a donc à choisir entre le? "rossesses et 



EFFETS. 5« 

la maternité, qui l'honorent et la fortifient, et ces 
pratiques immorales, dégradantes, qui, en la stéri- 
lisant, la déshonorent bien plus que la fécondation 
même. Si, oubliant la noble fin de son organisation, 
a dit Hufeland, elle se livre avec fureur aux excita- 
tions de l'amour et aux défaillances de la volupté, 
qu'elle se rappelle que le plaisir est presque toujours 
un emprunt dont il faut payer chèrement le capital, 
tandis que la nature a placé du côté de la maternité 
les plus grandes chances de santé et de longévité. 

C'est aussi dans les pures jouissances de l'amour 
et de la paternité que l'homme trouve la plus douce 
récompense aux lourds devoirs que celle-ci impose. 
En excitant toutes les aptitudes de son esprit et de 
son cœur, de son activité et de son ambition, elle 
fortifie sa moralité et le garantit contre les excès, la 
débauche, les passions et les maladies. Sa vie est 
ainsi prolongée. L'homme marié vit plus longtemps 
que le célibataire. 

Les statistiques de tous les temps et de tous les 
pays confirment ce fait. Sur 100 individus de 25 à 
40 ans, il meurt 28 célibataires et seulement 18 
mariés du même âge. Pour 78 mariés arrivant à 
42 ans, il n'y a que 40 célibataires. La différence 
est encore plus notable ensuite. Sur 100 individus 
de 60 ans, il n'y a^ue 22 célibataires contre 48 ma- 
riés, et, à 80 ans, 3 mariés pour un célibataire seu- 
lement. Jamais un de ceux-ci n'a dépassé 100 ans. 

Une énorme différence en faveur des mariés de 20 
à 45 ans, en Allemagne, résulte également de la 
statistique de Casper, de Berlin. Sur 100 000 indi- 



!H6 LA GÉNÉRATIOIf. 

vidus des deux sexes, de 20 à 80 ans, étudiés pen- 
dant neuf années consécutives en Ecosse, J. Starck 
ne trouva que 32457 mariés contre 39868 céliba- 
taires, avec une durée moyenne de 40 ans pour 
ceux-ci et de 59 ans et demi pour ceux-là. 4 

Les recherches de M. Bertillon, faites en France, 
en Belgique et en Hollande, ont confirmé cette lon- 
gévité des hommes mariés. Sur 1000 hommes de 
25 à 40 ans, il n'y eut ainsi que 20,5 mariés, 
34,5 célibataires et 58,5 veufs. 

Les femmes n'ont pas le même avantage, en rai- 
son des dangers qu'entraîne la maternité et les 
maladies qui en sont la conséquence, surtout dans 
les unions précoces, c'est-à-dire de 15 à 30 ans. 
Mais au delà, les filles meurent davantage. 

La génération, ou du moins son exercice normal, 
régulier, est donc un éleiucn* incontestable de santé 
et de longévité. Elle exerce suri •• ♦ son influence 
salutaire chez l'homme, à l'âge de vigueur, tandis 
que c'est à l'âge de retour chez la femme. Elle pré- 
serve également du suicide et de la folie dans une 
notable proportion : les criminels mariés sont de 
moitié moins que les célibataires dans les statistiques 
judiciaires. Elle développe, en outre, le sentiment 
de la sociabilité, chez les deux sexes, en exigeant 
leur rapprochement. Sous cette heureuse influence, 
les peuples se perfectionnent at la civilisation pro- 
gresse. 



Les vieillards, même mariés, doivent se bien péné- 



EFFETS. M7 

trer que réjaculation, toujours plus douloureuse 
qu'agréable pour eux, compromet leur santé et 
abrège leurs jours. Rien n'est plus ridicule que leur 
insistance erotique. Plusieurs sont morts dans l'acte 
même de la copulation ou de ses suites immédiates. 
Ils ne doivent jamais caresser dans leur imagination 
les insidieuses réminiscences de leur jeunesse, ni 
croire aux prouesses menteuses de leurs amis ou con- 
naissances. La longévité génitale est très rare, et les 
exemples historiques de vieillards virils sont à peine 
admissibles. Tels ce roi de Pologne qui fut père de 
deux enfants à 90 ans, et l'Anglais Parr qui, après 
avoir vécu exclusivement de pain, de fromage dur et 
de bière faible, se maria à 120 ans, avec une veuve, 
e* remplissant ses devoirs conjugaux jusqu'à 140. Il 
mourut à 152 ans et 9 mois. Une vie si singulière 
pouvait seule amener une telle fin. 

Plus authentiques sont les exemples français du 
maréchal d'Estrées, se remariant pour la troisième 
fois à 91 ans, et du maréchal de Richelieu convolant 
virilement en seconde noces avec Mme Roth à 84 ans. 
Ce sont là de vieux phénomènes de l'ancienne galan- 
terie française à ne plus imiter. Et cependant nous 
venons d'apprendre le troisième mariage authentique 
d'un célèbre médecin de Paris, âgé de 78 ans, avec 
une femme de 55, laquelle est devenue mère d'un 
garçon sept mois après, sous l'influence bienfaisante 
du climat de l'Italie. 

»Si vieux que soit le mari et malgré la diminution 
graduelle de l'appétit vénérien avec l'âge et la vi- 
gueur, la jeune femme peut sans doute devenir mère, 



518 LA GÉNÉRATION. 

dans ces mariages disproportionnés. La présence des 
animalcules étant scientifiquement constatée chez 
l'homme pendant toute sa vie, sa faculté d'engendrer 
persiste, dès que ses organes et sa santé sont intacts. 
L'honneur et la réputation réciproques des conjoints 
sont ainsi à l'abri de toute accusation, sinon de» 
soupçons et des propos. Mais que sont, en général, 
le^ produits d'unions aussi disproportionnées? Des 
enfants faibles, débiles, lymphatiques, sinon scrofu- 
leux. Ce sont des jeunes-vieux n'ayant ni l'apparence 
ni la force vitale des enfants nés dans les conditions 
normales. La loi qui a fixé sagement un minimum 
d'âge, pour ne pas laisser à l'arbitraire la liberté de 
nouer des unions trop hâtives, devrait donc établir 
également un maximum d'âge pour interdire ces 
mariages. Les dangers, au point de vue de la so- 
ciété, en sont aussi grands et immoraux. La pudeur 
se révolte à l'idée seule de ces unions monstrueuses. 
Les suites en sont ordinairement aussi déplorables 
pour ceux qui commettent l'imprudence, la faute de 
les contracter. Elles détruisent et se détruisent. Un 
célèbre médecin de Ferrare, le docteur Ménard, 
ayant commis la fanfaronnade de se marier à 74 ans, 
avec une jeune fille, n'y survécut pas. Conformément 
à la prédiction du poète français : 

le même flambeau 

Le conduisit au lit, et du lit au tombeau. 



DOREE ET FIN. 819 



Diirée et Fin- 



L'extinction naturelle de la faculté procréatrice 
s'annonce ordinairement, chez les deux sexes, |)ar des 
changements extérieurs aussi sensibles qu'à son dé- 
but lors de la puberté. Les formes gracieuses qui 
les distinguaient s'effacent peu à peu dans tout le 
corps. La face surtout s'alourdit sous les rides. Les 
cheveux, les poils accusent l'affaiblissement des for- 
ces vitales par leur changement de couleur : il» 
grisonnent, blanchissent et tombent. Leur chute 
prématurée, chez l'homme surtout, n'est pas un 
signe de décadence, mais de calvitie. Et par un con- 
traste frappant, c'est surtout à cette époque que des 
poils de barbe apparaissent à la lèvre des femmes 
qui n'en avaient pas eu jusque-là, comme pour jus- 
tifier le titre à^hommasse donné à celles qui en pré- 
sentent dès leur jeunesse. 

La cessation dos règles est le signe certain, absolu, 
que la génération a pris fin chez la femme. Mais 
comme elles se montrent irrégulièrement au début, 
en quantité et en fréquence, elles finissent de même 
en diminuant d'abord dcrpianlité, puis en retardant, 
en manquant et en cessant définitivement. Elles 
finissent ordinairement comme elles ont commencé, 
chez la femme dont la vie génitale a été régulière et 
normale Leur établissement précoce ou tardif, lent, 
laborieux ou facile, permet d'en prévoir toujours 
assez sûrement le mode de terminaison. 



SSO LA GÉNÉRATIOH. 

Cette période arrive généralement de quarante à 
cinquante ans dans les climats tempérés. Les excep- 
tions à cette règle sont si rares que Riecke n'a 
trouvé en 1867 qu'une femme de 45 ans sur 69 ac- 
couchées et seulement une de 50 ans sur 5500. Sa 
durée varie de dix-huit mois à deux ans. La fécon- 
dité de la femme est ainsi limitée à trente années en 
moyenne, soit de quinze à quarante-cinq ans. Maii 
comme la femme ne se marie guère que de 20 à 25 
ans, et cesse de concevoir après 40 à 42 ans, la 
moyenne de sa fécondité n'est, en réalité, que de 
quinze à vingt ans. Or, la grossesse et l'allaitement 
durant deux ans en moyenne, la femme la plua 
féconde, remplissant tous les devoirs ordinaires de 
la maternité, ne peut guère mettre au monde plus 
de sept à huit enfants au plus. Un nombre supérieur 
est très rare et résulte le plus souvent de grossesse! 
gémellaires ou sans allaitement. C'est en elfetla pro- 
portion habituelle des ménages anglais, allemands et 
russes. Leur diminution notable, dans les ménages 
français, en dénonce et accuse hautement les mœurs 
et les réticences conjugales. 

La ménopause constitue cette époque, appelée 
vulgairement âge critique à cause des accidents et 
des maladies dont quelques femmes sont frappées. 
Les pertes ou métrorrhagies en sont le plus fréquent, 
soit d'emblée, soit après un retard, une suspension 
plus ou moins prolongée. Des spasmes, des vapeurs 
sans gravité, des bouffées de chaleur à la face, on 
sont des signes presque constants. Des écoulements 



DURÉE ET FIN. 521 

blancs remplacent aussi souvent les règles, chez les 
femmes sujettes aux flueurs blanches. Une odeur 
fétide, avec prurit et démangeaisons locales, les dis- 
tingue. On note parfois des vertiges, des palpita- 
tions et même des hémorrhoïdes supplémentaires. 
L'écoulement de sang par l'anus est aussi une crise 
qui remplace les règles chez les femmes pléthori- 
ques. Tous ces accidents sont sans gravité ; la coïn- 
cidence de douleurs profondes, d'élancements in- 
ternes, dans le bassin ou dans les reins, est plus 
sérieuse et exige l'avis du médecin. 

Un symptôme fréquent est la toux dite utérine. 
Les femmes éprouvent la sensation d'un corps étran- 
ger dans le gosier et toussent en raclant constam- 
ment pour l'expulser, sans y parvenir jamais. Pure- 
ment nerveux, comme la boule hystérique chez les 
jeunes femmes, ce phénomène existe surtout chez les 
femmes nerveuses. La valériane en poudre à l'inté- 
rieur ou en quarts de lavement matin et soir avec une 
décoction de la racine, est le meilleur moyen pour 
se débarrasser de cette toux gênante. L'usage in- 
terne des valérianates d'ammoniaque, de quinine 
ou de zinc peut remplacer avantageusement cette 
drogue puante sur la prescription du médecin. 

Des affections latentes ou suspendues jusque-là, 
par le fait même d'une menstruation régulière, ré- 
sultent parfois de sa suppression. Telles sont les 
éruptions ou maladies de la peau : l'eczéma, le 
psoriasis entre autres, local ou généralisé. Elles ap- 
paraissent fréquemment à cette époque et font le 
désespoir des femmes; l'acné n'est pas rare à la face. 



522 LA GÈNÈRATIO». 

Des dogénérescences squirreuscs et cancérftiiseï 
des seins et de la matrice se manifestent aussi chez 
les femmes très sanguines, mal réglées ou qui ont 
eu une vie conjugale très orageuse, accidentée, vi- 
cieuse. Les prostituées en sont surtout fréquemment 
atteintes. 

Les célibataires, assez iieureuses pour n'avoir 
éprouvé aucune incommodité de leur célibat réel 
jusqu'à cette époque critique, sont souvent frappées 
d'accidents graves , comme pour leur rappeler 
qu'elles n'ont pas satisfait au vœu de la nature. Des 
métrorrhagies, foudroyantes parfois, menacent leur 
vie, ou bien des congestions s'établissent dans les 
seins, à l'estomac ou ailleurs. On observe surtout 
ces suites dans les couvents de femmes cloîtrées, 
renfermées. La plupart de ces religieuses sont mal 
réglées, et il en résulte souvent des congestions cé- 
rébrales ou pulmonaires. Et quand, en raison de 
ces accidents ou d'autres causes, elles quittent le 
couvent et se marient, elles restent ordinairement 
stériles. La folie, l'hystérie, la phtisie, le cancer, 
les moissonnent bien plus que les mères de famille. 
Presque toujours la nature exerce en effet quelques 
représailles, d'une manière quelconque, envers ceux 
ou celles qui ont méconnu ses lois ; elle soufïre rare- 
ment qu'on se joue d'elle avec impunité. 

L'épouvantable nom de critique, donné à cette 
époque, n'est guère justifié par les statistiques de 
la mortalité. Suivant celles de Benoiston de Chàteau- 
neuf et de Deparcieux, il meurt plus d'hommes que 
de femmes de quarante à cinquante ans. Celle plus 



DURÉE ET FIN. 523 

récente de Starck, en Ecosse, n'accuse, en effet, 
que 1248 décès de mariés contre 1689 de céliba- 
taires de quarante à quarante-cinq ans. Il est vrai 
que celle de Casper indique au contraire, de qua- 
rante-cinq à soixante ans, une mortalité de 22,6 
pour 100 de femmes mariées contre 19,2 céliba- 
taires seulement. Mais les recherches toutes récentes 
et précises du docteur Bertillon en France, en Bel- 
gique et en Hollande, ont montré que 1000 femmes 
mariées de cinquante à cinquante-cinq ans ne don- 
naient que 15 à 16 décès, tandis que 1000 céliba- 
taires ou veuves du même âge en fournissai^t 
26 à 27. L'écart est donc considérable. 

La femme qui a mené une vie conjugale normale, 
régulière, hygiénique, en allaitant et élevant ses 
enfants, n'a que bien peu à craindre de cette crise. 
Elle reflète en général la conduite et le régime sui- 
vis durant la fécondité. Il lui est permis bien plutôt 
d'en espérer la récompense flatteuse dans un regain 
de jeunesse. La fécondité cessant, le tissu graisseux 
se développe et efface les rides de la peau, arrondit 
les formes de nouveau et donne à la femme un air 
de verdeur et de vivacité qui constitue une seconde 
jeunesse. De là le nom d'âge de retour qui lui a été 
justement appliqué. Les femmes dignes de ce nom 
n'ont qu'à s'efforcer d'obtenir, par une conduite mo- 
rale et hygiénique , ce bonheur enviable d'être 
jeunes une seconde fois. 

L'approche de la ménopause amène, chez beau- 
coup de femmes, une recrudescence des désirs vé- 
nériens et de l'ardeur copulatrice, comme la lampe 



524 LA GÉNÉRATION. 

avant de s'éteindre jette une dernière lueur plus 
éclatante. Certaines femmes conçoivent ainsi au der- 
nier terme de leur fécondité. Le coït ne cesse donc 
pas avec cette faculté. Il persiste au contraire beau- 
coup plus longtemps que chez l'homme. Un grand 
lombre en abusent même alors, dans la sécurité de 
fie plus être fécondées. Celles qui sont atteintes 
i'aflections de la peau en sont particulièrement 
tourmentées par l'excitation, la démangeaison qu'el- 
les éprouvent. De vieilles femmes, déréglées depuis 
plusieurs années, sont ainsi la honte de leur sexe 
en se remariant avec des jeunes gens qu'elles ten- 
tent par leur fortune, sinon par leurs vices. Ces 
unions immorales, en étant fatalement stériles, 
n'ont en effet d'autre mobile que le vice ou la cu- 
pidité. 

En agitant le sang et le système nerveux, dont le 
calme est si essentiel à la santé de la femme sur le 
retour, les abus de la copulation sont aussi préjudi- 
ciables qu'à l'homme. Elle s'expose par là à tous les 
pires accidents de la ménopause : hémorrhagies uté- 
rines, catarrhe utérin, ulcérations, cancer. En sur 
excitant des organes inertes, n'ayant plus de fonc- 
tions à remplir, elle les provoque à une vie artifi- 
cielle, morbide, qui produit ces altérations locales 
et des affections générales par les sympathies qu'elles 
éveillent dans tout l'organisme. 

Des phénomènes anatomiques, inverses à ceux de 
la nubilité, ne tardent pas à marquer chez la femme 
la fin de la fécondité. Les ovaires diminuent et s'a- 
trophient et des rides profondes à leur surface leur 



DURÉE ET FIH. 525 

donnent Taspect d'un noyau de pêche. (Raciborski.) 
Les vésicules deviennent grisâtres, d'un blanc opa- 
que, et se froncent par la disparition] du liquide 
qu'elles contenaient. On en trouve pourtant encore, 
quinze à vingt ans après l'âge critique, chez les 
femmes n'ayant pas eu d'enfants. Le docteur Ritchie 
rencontra des vésicules, grosses comme une tête 
d'épingle, remplies de liquide normal, sur les deux 
ovaires d'une vieille miss de 70 ans, ayant un col 
virginal. Elles existaient également, sans liquide, 
chez une autre temme de 60 ans, mère d'une nom- 
breuse famille : la surface des ovaires était hérissée 
de cicatrices et l'orifice utérin des trompes était im- 
perméable. De simples cellules paraissent même se 
détacher des ovaires jusqu'à la fin de l'existence de 
la femme, comme les zoospermes chez l'homme, 
quoique sans vitalité. Ces organes sont ainsi mé- 
connaissables, comme la matrice et les seins, témoi- 
gnant par là qu'ils étaient bien solidaires de la fonc- 
tion disparue. 

* 

Son extinc' ion est beaucoup plus lente et tardive 
chez l'homme sain qui n'en a pas abusé ou que les 
excès de l'alcool, du tabac, n'ont pas rendu impuis- 
sant de bonne heure, en paralysant le sens génital. 
L'exercice de certaines professions : la distillation 
de la benzine, du sulfure de carbone, ou la prépara' 
lion du caoutchouc, produisent le même effet. Elle 
commence en général à décroître vers la cinquan- 
tième année et n'est guère complète, par l'absence 



586 LA GÉNÉRATION. 

de désirs et d'érection, qu'à soixanle-dix nns, bien 
que le sperme contienne encore des animalcules au 
delà de cet âge. M. Duplay en a trouvé chez un vieil- 
lard de 86 ans. Mais la fécondité masculine étant 
subordonnée à bien d'autres conditions irréalisables 
à cet âge, on doit en limiter le terme à la l'acuité 
d'exercer une copulation normale et complète. 

Les conditions de la vie sociale influent notable- 
ment à cet égard. Chez l'homme qui a le bonheur 
de vivre et rester en ménage, l'habitude éteint na- 
turellement les désirs, et l'amitié jointe à l'estime, 
succédant à l'amour, suffît à remplir son cœur. Le 
père de famille, à soixante-cinq ans, n'a plus ainsi 
que des velléités, des souvenirs près de celle qu'il a 
vu vieillir. La froideur, les incommodités, sinon les 
infirmités habituelles de l'âge, ne peuvent plus 
guère l'exciter efficacement. Il reste tranquille, tan- 
dis que l'homme seul, isolé, sans affection et exempt 
des passions du jeu, de l'ivrognerie ou de toute 
autre, si communes alors, tourmenté encore par 
les désirs, n'a qu'à suivre une de ces jeunes beautés 
familières qui l'invitent, pour retrouver toute sa 
virilité. Ces habitudes semblent même l'entretenir 
et l'exciter parfois à un degré morbide, maladif. 
Beaucoup d'hommes sur le retour sont ainsi victimes 
de leur luxure. 

C'est ordinairement dans cet intervalle de soixante 
à soixante-cinq ans que, la vivacité du sentiment 
s'affaiblissant, les mêmes causes stimulantes no. pro- 
voquent plus l'érection ou ne la produisent plus 
qu'incomplètement. Dès que l'excitalioa nerveuse 



DUREE ET FIN. 527 

cesse ou qu'une autre idée remplace celle de la vo- 
lupté, les organes retombent dans leur état naturel. 
On se convainc alors que la volonté seule est im- 
puissante à produire l'érection, quand le temps en 
est passé. Au delà de cette limite, il n'y a plus 
qu'une virilité exceptionnelle, douteuse ou de ha- 
sard. 

La durée totale, chez l'homme sain et bien portant, 
persiste donc pendant quarante-cinq à cinquante 
ans, soit un tiers de plus que chez la femme. Sauf 
quelques exceptions individuelles, tenant au genre 
de vie, à la constitution, à la race ou au climat, toutes 
les preuves du contraire sont sujettes à contestation. 
Aucun signe fixe ni accident distinct n'en marque la 
cessation absolue, définitive, comme chez la femme. 
Si lente et imperceptible est cette extinction — et elle 
est parfois accidentée d'une année à l'autre sui- 
Tant les occasions et les circonstances — qu'aucun 
signe effectif n'en peut résulter. Les excès, les abus 
de la jeunesse, exercent seuls leur influence, et c'est 
alors surtout que les maladies contractées durant son 
plein exercice, comme les rétrécissements et les en- 
gorgements de la prostate, manifestent cruel le nrient 
leurs effets. L'homme sain assiste ainsi impassible- 
ment à la déchéance graduelle de sa phis belle fa- 
culté, déchéance si lente qu'il s'en aperçoit à peine 
pendant lesdouie ou quinze dernières années de son 
exercice. La langueur croissante des fonctions diges- 
tives, en ralentissant la circulation et la caluricité, 
en diminue insensiblement les manifestations et 
seule y met fin. 



528 LA GÉNÉRATION. 

Dans son livre de la Vieillesse, Ciccron rapporte 
que Sophocle, déjà vieux, interrogé pour savoir s'il 
se livrait encore aux plaisirs de l'amour, répondit 
sagement : « Que les dieux m'en préservent ! Je les 
ai abandonnés il y a longtemps, d'aussi bon cœur 
que j'aurais fui un ami sauvage et furieux. » 

La plus sévèr3 économie d'un fluide aussi rare et 
précieux que le sperme, qui prend sa source dans 
la vie même, est une règle rigoureuse pour les vieil- 
lards. Sa conservation est un élément de santé et de 
longévité. Ils évitent ainsi des ébranlements nerveux 
très préjudiciables, dit Réveillé-Parise, tandis que 
la résorption des éléments spermatiques par l'or- 
ganisme qui s'en imprègne en maintient utile» 
ment la vigueur, surtout chez les individus faibles 
ou délicats. 

Est-ce à dire, avec des moralistes sévères ou cha- 
grins, que tout homme prudent, arrivé à cin(}uante 
ans, doit renoncer aux plaisirs de l'amour? Le doc- 
teur Georget le prescrit à qui veut vivre longtemps 
et en santé, avec l'entière plénitude de ses facultés 
mentales, motrices et digestives. Chaque copulation 
qu'il fait ensuite est une pelletée de terre sur sa 
tête, ajoute Portai. Les individus nerveux, irritables, 
énervés par les excès or les abus d» la jeunesse, 
sinon de leurs travaux intellectuels, ou qui sont 
faibles, délicats, malingres, débiles, doivent san» 
doute observer une grande modération à cet âge ; ils 
en éprouvent même la nécessité. Mais pour le plus 
grand nombre, encore vigoureux, forts et robustes, 
cette règle est inacceptable, difficile, sinon dange- 



DUREE ET FIN. 52& 

reuse à observer pour l'entretien et la conservation 
même de leurs facultés. La seule recommandation 
à leur faire est de ne céder qu'au besoin, au désir 
normal, jamais à la tentation ni à l'habitude. Laisse 
Vénus un mois et elle te laissera trois. Plus on en 
use à cet âge et plus elle débilite. 

Les excès de la copulation, à un âge avancé, sont 
donc aussi préjudiciables à la femme qu'à l'homme. 
L'un et l'autre ne doivent remplir cette fonction 
frustre que par mesure d'hygiène. Les effets ne peu- 
vent manquer d'en être funestes autrement. Elle est 
incompatible avec la vie calme et tranquille, l'exer- 
cice modéré, le régime doux, indispensables à obser- 
ver à cet âge. Des bains et quelques purgatifs salins, 
pris à intervalles rapprochés, sont beaucoup plus 
nécessaires pour modérer et réprimer les désirs in- 
tempestifs qui peuvent se manifester, surtout à la 
suite d'un bon repas. Les banquets ordinaires de 
famille sont ainsi doublement préjudiciables aux 
vieux, comme les spectacles, les soirées, les bals, en 
excitant l'esprit et les sens, en réveillant les souve- 
nirs de la jeunesse. Les vieillards sages devraient 
s'interdire rigoureusement, vers l'âge de retour et 
pour ne pas en ressentir les orages, tout ce qu'ils 
ont défendu, empêché à leurs enfants jeunes. C'est 
le plus sûr guide qu'ils puissent suivre. 



On a essayé, dans tous les temps, à prolonger 
l'usage des fonctions génératrices en en excitant les 
organes ou par le réveil des sens. D'innombrables 

30 



630 LA GENERATION. 

moyens divers et spéciaux choisis parmi les miné- 
raux, les végétaux et les animaux, sous le nom 
d'aphrodisiaques, ont été tour à tour prônés, em 
ployés et délaissés successivement. Une infinité de 
drogues, philtres ou remèdes ont été composés et 
vendus, sous forme d'eaux etd'élixirs, de potions et 
sirops, marmelades et pastilles, bois ou pilules, 
bains et lotions, liniments et cata|ilasmes, emplâtres 
et onguents, sans que leurs prétendues vertus fussent 
plus réelles. Dans l'état de santé, le seul aphrodi- 
siaque vrai, direct, immédiat, est l'amour naturel 
et celle qui l'inspire. S'il ne réussit pas, c'est qu'il 
y a altération ou maladie, et c'est en les traitant 
avec les moyens ordinaires qu'on peut lui rendre 
toute l'efficacité de son action souveraine. Pour res- 
ter puissant, d'après Ovide, il faut économiser sa 
puissance. Les cantharides ni le phosphore, pas 
plus que la flagellation ni l'électricité, ne peuvent 
entretenir l'activité ni la rétablir quand elle est 
disparue- Il n'est pas de plus dangereux moyens à 
cet effet. 

Tous ceux qui ont été prônés pour réveiller les 
sens opprimés et relever l'homme de sa déchéance 
ne sont que des agents factices. 

Contrôla faiblesse, l'anémie, la débilité de l'orga- 
nisme — amenant secondairement une impuissance 
prématurée chez les hommes dont la vie a été agi- 
tée, tourmentée, ou exténués par ks abus, les pas- 
8iou.3, les chagrins — les meilleurs aphrodisiaques 
sont un régime sobre et tonique, fortiliant, aidé du 
changement de lieu, de bains de mer ou d'hydro- 



DUREE ET FIN. 531 

thérapie, de douches. Le soufre et le sel, par leurs 
p]ropriétés excitantes et sous forme d'eaux sulfu- 
reuses et de bains de mer, sont d'utiles adjuvants. 
Les bains russes, suivis d'irrigations froides sur les 
parties génitales, réussissent également. C'e^t ainsi 
que l'hydrothérapie en douches locales a donné de 
remarquables succès. 

L'eau claire, pure et aérée est souvent le meil- 
leur aphrodisiaque. Une loi de Carthage prohibait 
toute autre boisson le jour de la cohabitation mari- 
tale. Bacon a observé que la virilité s'affaiblissait de 
bonne heure chez les ivrognes et se prolongeait 
longtemps chez les buveurs d'eau. L'observation 
moderne a confirmé ce fait en l'éclairant, car elle a 
montré que l'alcoolisme était seul coupable en alté- 
rant les tissus, la cervelle en particulier, qu'il stéa- 
tose et dégénère. De là l'impuissance précoce de» 
ivrognes. 

C'est seulement durant la dernière période de la 
vie génitale, soit de cinquante-cinq à soixante-cinq 
ans au plus tard, que l'homme affaibli, déprimé, 
peut chercher utilement, dans ces moyens généraux, 
une restauration passagère de ses organes. Le désir 
naturel en est la seule indication positive et en fait 
toute l'efficacité. Spontanément, ils seraient insuffi- 
sants, sinon dangereux, toute action directe et arti- 
ficielle sur ces organes retentissant alors profondé- 
ment sur le cerveau. C'est ainsi que l'intelligence 
s'affaiblit chez le vieillard et que la décrépitude se 
manifeste. Tous les signes distinctifs des sexes sont 
alors éteints. L'homme et la femme tombent en en- 



532 LA GÉNÉRAl'IOH- 

fance, selon l'heureuse expression populaire, c'est- 
à-dire dans cet état amorphe où les deux sexes 86 
conlondent dans un mutuel oubli de leurs atiri- 

Ituts. 



TABLE 

ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE 

DES MATIÈRES 



Pagei. 

Abeilles. Amours et fécondité. 171 

Accouchement, 489. Condilions 490 

Difficultés suivant le sexe de l'enfant. . . . 490 

Durée et Fin, 490. Signes. . 489 

Aooouplement. Absence chez les poissons 91 

Analogie entre les plantes et les animaux.. . 155 

Apparent sur les fleurs sexuées 154 

Distinct chez les insectes. 166 

Ébauché chez les mollusques , . 91 

Entre les races 204 

Frottement mutuel chez les vers 132 

Impossibilité entre espèces différentes. ... 209 

Modes ou positions .... 285 

Obstacles 261, 264 

Particularités chez l'araignée 167, 285 

— les batraciens 180 

— les éphémères et les hannetons. . . 169 

— les poissons, 179; — les reptiles . 180 
Réserve à observer chez les vertébrés ... 218 

— des mammifères, iQ\, id'J. A.li\ludes\diTiées. 194, 199 

— des oiseaux ; 185 

— prématuré 231 

— prolongé chez les hsilraciens 180 

— la race canine, 199; — les serpents. . . 181 

— retardé 181 

SO 



534 TADLE DES MATIÈRES. 



Ag«i. Maximum dans les marin/ics 517 

— critique, b'20; — de la fécondité 357 

— de la génération, 421 ; — de la mejistruation. . 225 

— de la nuhilité,'2'î>A; — de la puberté 225 

— de la reproduction 225 

— de retour. Avantages 525 

Agènéaie. Cuiisc de stérilité masculine. ....... 316 

Algue*. Exemple de leur gradation 150 

Réunion des trois modes de génération. . 96, 112 

Allaitement- Action sur l'hérédité 497 

Avanlafîcs sur la génération 448 

Coni|iiéinent de la génération 491 

Danger pour la jeune femme 232 

— artificiel. Préférable à la nourrice sur lieu. . . . 491 

— dei mammifères 195 

Ame des atomes, 68. Réfutation 69 

Amour. Ame du monde 390 

A|ilirodisiaque naturel 529 

Différence entre l'amant et le mari 451 

Eflets, 279, 289. Influence des contrastes. . 359 

Résultats de sa contention 456 

— » mo/crne/ de l'araignée 177 

— la baleine, 194, 212; — la chauve-souris. 194 

— des insectes, 172; — des oiseaux. . . . 188 

— des mammifères 211 

àmiBmn. Image et Saison 171 

— des insectes. Epoque 169 

— des oiseaux. Epoque 185 

Anaphrodiaiaques • 457 

Anaphrodisie. Causes 274 

Anesthésie des plantes 44 

Animaux. Caractère distinctif des végétaux 44 

Effets du rut '. 94 

Hérédité de leur instinct 207 

Perfectionnement par des croisements artifi- 
ciels ■ . . . 90S 

Apkiodisî* ues, 529. Action du régime 550 

ihoix et Dangers 531 

Araignér. Accouplement, 167. Amour maternel. . . . 17T 

AichégM»*. Cellule semée des fougères • lié 



TABLE DES MATIÈRES. 5» 

Pages. 

Articulés 87 

AspermatUme. Cause de stérilité 516 

Attouchements, £84. Influence sur l'érection 257 

Avortement. Accident de la grossesse 485 

Action de l'homme, 486. Causes 485 

Distinction pendant la conception, 412 

Baleine. Accouplement particulier 194 

Amour maternel, 212. Testicules cachés. . . 195 

Batraciens. Accouplement spécial 180 

Distinction par l'humiilité 181 

lncul)ation spéciale du crapaud 182 

Intermédiaire enire les poissons et les rep- 
tiles, 180. Métamorphoses 181 

Bœufs. Perfectionnement par le croisement artificiel. . 205 

— à quatorze côles 208 

Bulbes. FonçtidO et Siège 268 

Canaux éjaculateurs. 503. Direction 505 

CSaniharide. Aphrodisiaque redoutable 550 

Durée de sa métamorphose 175 

Castration. Absence de signes extérieurs après la puberté . 251 

— des plantes. Stérilité consécutive 126 

Affinité dans la génération 390 

Autonomie démontrée par la métagénèse.. . 146 

Champignon ou vibrion 51 

Développement, 63. Différence avec l'ovule.. 159 

Étymologie, 65. Fécondation nécessaire. . . 160 

Formation 161 

Nature végétale ou animale suivant le milieu. 49 

— le moment de l'observation. .... 50 

Planche 63 

Rapports avec l'esprit et la vie 19 

Unité vivante 46, 159 

Vie inexplicable 346 

dormante. Affinité. 57 

embryonnaire ou spermatique 311 

Exenijiles chez les zoophytes 311 

Influence sur le sexe 390 

germinative. Forme spéciale 315 

Tvulaire. Antipathie naturelle 209 

Eidusion de l'oviparité et la sexualité. . . 159 



5S« TABLE DES MATIÈRES. 

Cellule ovulaire. Expliquant le sexe 390 

— la vie 159 

— sexuée, 109. Propriétés spécialer 347 

Centra génîtitl 244 

Démonstration dans le cervelet J^ . 245 

— dans la moelle cervicale. , . , % . 247 

Expériences contradictoires 246 

Influence des blessures et des maladies. . . 249 

Siège des excès vénériens 250 

Cerfs. Absence de la voix, 232. Effets du rut 198 

Cerveau. Congestion dans le coït 294 

Délire, 294 Identité dans le génie et la folie. 35 

Organisation sans esprit ni intelligence. . . . 19 

Siège de l'intelligence 18 

Troubles des sensations 294 

Chaleur. Apparence chez les reptiïes. ....... 181 

Condition de la vie 174 

Confusion avec la nutrition 174 

Indispensable à l'incubation des graines et des 

œufs 174 

Influence sur la menstruation 225 

— sur la nubilité, 234 ; — la puberté. . 235 

Nécessité chez les oiseaux 189 

Rapports avec la circulation du sang.. ... 193 

Chameau. Influence du rut 198 

Particularité de l'accouplement 197 

Chevaux. Hérédité de leurs qualités • . • 307 

Chieoa. Hérédité de leur instinct particulier 307 

Climato. loiluence sur le caractère 500 

— le changement de couleur 498 

— la constitution, 500; — l'hérédité . . 498 

— la menstruation, 228; — la nubilité . 254 

— les 08, 501 ; — la puberté 235 

— les traits 499 

flitoris, 267. Abus, Excision, Fonction, Forme, Siège. . 267 

CSoehenille. Génération et Métamorphoses 177 

Gontinenoe. Accidents chez les religieux. . . . 434, 479 

Alléi-ations locales 480 

Danger spécial des religieux 478 

Différences entre les sexes. . ••..•. 475 



TABLE DES MATIÈRES. 557 

Piges* 

Continence. Effets, 506, 492; — sur la folie 481 

— la menstruation 474 

Époqugs 355 

Impossibilité pour les célibataires 433 

Influence sur les désirs vénériens 259 

Maladies, Mortalité en résultant 480 

Prescription durant la grossesse 459 

Raison avant le mariage 435 

Résultats chez la jeune fille 474 

Cœur. Battements dans l'œuf 19C 

Conception, 409. Absence chez les poissons ..... 415 

Antérieure à l'incubai ion de l'œuf. 415 

Avortements rudimentaires 412 

Caractères 409 

Distinction avec la fécondation antérieure . . 409 

Hermaphrodisme de l'embryon 416 

Modifications figurées 414 

Conditions de la génération 31, 242 

tSontrainte morale. Effets et Indications 34 

Résultat du rationalisme 34 

Signification, 422. Substitution 459 

Copulation, 279. Abattement consécutif 294 

Abus, 297, 471 ; — chez les vieilles femmes. 525 

Accomplissement contre le vaginisrae. . . . 440 

Action anaphrotlisiaque de l'ivresse 457 

— sur le cerveau, 293; — de la volonté 

chez l'homme 243 

Conditions 281, 290, 295 

Contre-indications 287 

Dangers, 287; — pendant la grossesse. . . . 458 

— les règles 457 

Définition, 279. Différences 210 

Ébauche chez les insectes, 167; — les oiseaux. 184 

Effets, 287, 291 ; — chez la femme 455 

— différentiels 295 

Emblème dans le règne végétal 118 

Erreur de lieu 280 

Excitations extérieures 456 

Fréquence exceptionnelle 455 

Heure propice 286 



858 TABLE DES MATIÈRES. 

PlgM 

Copulation. Imperfection chez la jeune fille 232 

Indications 455 

InQuence des aliments, des climats, des sai- 
sons, Ab(î. Mécanisme 279 

Modération ol)li;:aloire des nouveaux mariés . 4î*2 

Nécessité impérieuse 455 

Obstacles 258, 261, 263, 438, 465 

Positions, 285. Préludes nécessaires 291 

Première épreuve, 284. Prise de possession, . 451 

Prohil)ition 457 

Réalité chez les mammifères 217 

Réserve chez les vieillards 516, 528 

Voies indirectes 282 

— prolongée. Ilémorrhagie uréthrale 510 

— stérile. Dangers, 460. Époques 459 

Obstacles.. . . ' 461 

Gordon spermatique 299 

Corps caverneux, 255. Rôle, Situation 255 

Corps radiés, tigure, 410. Segmentation figurée. . . . 413 

Cotylédon. Sase de la distinction des plantes 85 

Couleur. Caractère du métissage 383 

Influence des climats. V 498 

— des cheveux, de la peau. 585 

Gvoisemenu, 585. Action cellulaire 446 

Application au perfectionnement 208 

Avantages dans le mariage 442 

Effets sur les enfants 598 

Exemples entre espèces différentes 204 

— races différentes 583 

Extinction des maladies. 446 

Neutralisation d'influences morbides 443 

Preuve d'hérédité 204 

Cryptogames 83 

Cryptorchidie OU testicules cachés 299 

Dépopulation. Différences en France 36 

Désirs vénériens. Causes, 259. Effets. 291 

Indispensables à la génération 242 

Influences diverses, 259. Mobiles 239 

Recrudescence à la ménopause 525 

chez les vieillards . • 526 



TABLE DES MATIÈRES. 639 

Pages 

ïHtSotwÊkéB. Influence des convulsions delà mère. . . 488 

— de l'hérédité .... 586, 402, 494 

— de l'imagination 488 

BimorphUme tezuel. Base de la reproduction. ... 112 

Doctrine cellulaire 62 

Abstraction de la génération 157 

Application à l'œuf, Tovule et le» spennato- 

zoaires 511 

Expériences infirmatives, 591. Histoire ... 63 

Influence sur la sexualité 390 

Négation des globules polaire» 410 

Opposée à l'oviparité 156 

— de Multhus 422 

— de Poucket 353 

Dualité humaine, 29. Responsabilité et Solidarité ... 31 

— de la vie 161 

Durée de la génération 519 

Chez la femme, 520; — l'homme 527 

Préceptes, 529. Variations 528 

BfleU de la génération 470 

Accouchement, 489. Allaitement 491 

Avortement 485 

Carreau infantile 495 

Chez les nouveaux mariés 471 

Comparaison avec la continence 492 

Désordres locaux 471 

Différence entre la monogamie et la polygamie. 472 

Fécondation, Gravité chez la fenune 482 

Grossesse 482 

Hérédité des difformités 494 

Maladies générales, 471 ; — hérédilaires. . . 494 

— spéciales, 491 ; — de l'utérus . . . 492 

EessemLlance des enfants 493 

Retentissement sur les sens 472 

Suites de couches 491 

— des excès chez l'enfant 513 

ll^acmlation. Importance dans la fécondation 544 

Mécanisme, 304, 345. Obstacles 304 

Éléphant. Accouplement spécial.. 199 

Affaiblissement do sa fécondité „ . 202 



540 TADLE DES MATIÈRES. 

Pages. 

Éléphant. Exemple récent 205 

Émasoulaiion. Avantages, Effets 2H 

Embryogénie • , 2'21 

Embryologie comparée. Erreurs (l'appréciation. . . . 591 

Embryon. Nutrition 417 

Endogénèse ou génération cellulaire 114 

Erreur d'analogie avec l'ovule 114 

Exemple de l'amibe 115 

Hybridité ou métissage de granulations di- 
verses 114 

Endosmose. Action moléculaire 375 

Mode de génération cellulaire 372 

Variations - 591 

Enfance 2^5 

Bnfants. Art de les procréer 398 

Dimger de l'onanisme 427 

Effets des croisements, de l'éducation. . . . 598 

Modèle à suivre 593 

Nombre ordinaire 520 

Transmission des défauts et des qualités. . . 598 

Utilité de l'instruction génésique 419 

Éphémères. Analogie de leur accouplement avec les 

plantes aquatiques 170 

Ëpididyme, 299. Danger de son inflammation 517 

Épigénèse, 572. Analogie avec la doctrine cellulaire. . . 372 

Ancienneté 572 

Preuves microscopiques. Progrès 374 

Épispadîas. Dangers et Inconvénients 260 

Érection, 271. Action des attouchements 257 

— des corps caverneux 255 

— de l'imagination 290 

— du sang 256 

Causes, 271. Défaut, 275. Fin 526 

Influence de l'imagination.. . . 239, 257, 275 

— du système nerveux 274 

Imperfection lors de la puberté 232 

Manifestation spontinée 284 

Mécanisme, 256. 275. Obstacles. . . . 258, 261 

Phénomènes apparents 271 

Rapports avec l'impuissance 274 



TABLE DES MATIÈRES. 541 

Pages. 

ÉveoUoB. Rapports avec l'irritation 272 

Siège chez la femme 267, 268, 272 

— l'homme 257 

Signe de virilité 284 

— inconsciente. Influence nerveuse 274 

— morbide 274 

Eipèoes. Immutabilité 210 

Impossibilité de leur union 209 

— artificielles. Impossibilité de leur constitution. . 210 
Esprit. Alliance avec la matière 27 

Essence divine 30 

Origine, 12, 17. Préexistence à la matière. . 28 

Rapports avec la cellule et l'organisation. . . 28 

Siège 26 

Étamines, 116. Base delà classification des plantes . . 119 

Nombre, Qualités 111 

Évolution. Simplification de la sexualité 37? 

— de l'ovule. V. Ovogenèse. 

Exercice de la génération 42? 

Dangers de ses excès, 458. Erreurs 464 

Interdiction, 457. Obstacles, 463. Règles.. . 425 

Facultés, 17. Action sur les fondions génératrices. . . 456 

Conditions de leur transmissibilité 51 

Différence avec les forces 17 

Siège 26 

Fécondation. Arrêt de mort pour les insectes l70 

Frottement chez certains hermaplirodites . . 93 
Règles de son accomj)lissement chez les ani- 

maax 95 

Succès chez les animaux 355 

Unique relation des insectes 172 

— artificielle, ZOO; — chez les poisson» 95 

delà cellule 160 

— comparée, 390. Erreurs d'analogie 392 

— sans conception 412 

— humaine, 543. Action mécanique 359 

Ages, 557. Analogie nvec la photographie. . 463 

Attraction comparée 544 

Avantages sur les fraudes 493 

donditions 343, 4M 

U 



543 TABLE DES MATIÈRES 

Pagesc 

Véoondatîon humaine. Confusion avec l'incubation . . 107 

Goiinaissaaces positives 378 

Contre-indications, 554. Définition 345 

Distinction avec la conception 409 

Dissidences, 370. Effets 48S 

Empêchements 503 

Époques contraires, 353; — propices. . . . 352 

Erreurs et préjugés 379 

Exemples mystérieux, 379. Figure 345 

Fréquence dans les rapports frauduleux. . . 505 

Harmonie sexuelle 359 

Impossibilités 354 

Impuissance de la volonté 548, 556 

Incertitudes 555, 570 

Influence de l'imagination 396 

— du moment sur le sexe, 595; — sai- 
sonnière 355 

Insuccès chez l'homme 355 

Mécanisme 345, 574, 466, 468 

Obstacles, 544. Période annuelle 555 

Positions artificielles, 465. Prédispositions. . 558 

Preuves statistiques 556 

Rapport avec la menstruation 552 

Règles hypiéniijues ■462 

Rôle des speriiiatozoaires, 371. Siège . . . . 566 

Signes, 378. Théories anciennes 379 

— A dislance, 549. Exemples 550 

Grossesses iniprcvuas 352 

— imprévue par le coït debout 360, 468 

— les fraudes, 505 ; — la position 467 

— tnu/tjp/e chei les écrevisses 165 

— chez les pucerons 176 

•— ovarienne. Objections, 567. PreuTes. ..... 471 

— chez la poule >■ . 184 

— prinianière, 355. Statistiques . , 356 

— pro /on jf^c chez les crustacés 165 

— chez les mollusques 93 

— tiiérim, 568. Objections 569 

lécondîtè. Conditions 95 

Diminution chez les reptiles 182 



TABLE DES MATIÈRES. 543 

Pages. 

Fécondité. Disparition 126, 207 

Exemples opposés 202 

Influence de la domestication et la nutrition. . 201 

Limitation chez les oiseaux 184 

Proportionnée au volume 95, 202 

— humaine. Analogie avec celle des carpes. . . . 364 

Causes de ses différences. 358 

— de sa diminution 363 

Durée, 520. Influence des privationt 563 

— de la race. . . « - , 566 

Variabilité chez la femme. . . . ^ » . . . 319 

— des insectes 1 72 

— des mammifères, 205. Destruction artificielle. . 211 
— ^ de* p/aw/es. Action remplaçant leur immobilité.. 129 

Doublure des étamines 126 

Emblème de l'esprit 150 

— des poissons 178 

— sans menstruation 341 

— suivant l'âge 558 

— tardive 52? 

lenune. Aptitude à l'accouchement, 441 ; — au mariage. 437 

Assimilation aux c:irpes 364 

Caractères distinctifs 237 

Danger du mariage précoce 432 

Effets de la copulation 291 

Infécondité, 360. N-ibilité 235 

Organes sexuels 262 

Prédominance dans la génération 238 

Puberté, 225. Rôle. . . 238 

FermcniB Tègétauz. Caractères 102 

Distinction par les réactifs 51 

Confusion avec les animalcules 103 

Modes de génération 103 

VSanfailIcs. Danger de leur prolongation 449 

Fia d« la génération 519 

Ages, 520. Rapporte aTec la rie sociale ... 52C 

Règles hygiéniques 529 

— ékex la femme 520 

Cessation des règles 520 

Extinction absolue 524 



544 TABLE DES MATIÈRES. 

Fin de la génération chez l'homme 525 

îlxliiKlion iiiseiisiLle, Maladies 527 

Fleurs sexuées, 151. Accoui)lement démonstratif. . . . 154 

Distinction et Division, 151. Exemples. ... 152 

Fonctions génératrices. Accomplissement impérieux. . 436 

(Conditions d'exercice 436 

i)anger de la continence 454 

Prolongation. 529 

Suppression et Transformation 502 

Forces. Confusion avec le sentiment et la volonté. . 69, 71 

Différence avec les facultés 17 

— atomisliques 72 

Foyers éro^ènes, 276. Isolement 278 

— cliloridien. . 278 

— glandulaire 277 

— mammaire 278 

— utcrin 278 

Fraudes. Accidents chez l'homme 509 

Action sur l'estomnc, 511 ; — les organes. . 506 

— sur le syslènie nerveux 507 

Causes, 502. Comparées avec la fécondation. . 504 

Démoralisation profonde 515 

Effets, 504, 507. Exemples 508 

Extension dans les campagnes 505 

Fécondation en r(^Sllltant 505 

Influence sur la femiue, 506; — du malthu- 
sianisme 505 

Lésions locales 514 

Manœuvres directes, 514. Mécanisme. . . . 504 

Onanisme à deux, 504. Résultats 504 

Synonymie, 504. Transmission de la syphilis. 514 

demmiparité, lUO. Analogies avec la scissiparité. . . 101 

Boutures et greffes 98 

Conditions spéciales , 101 

Particulière aux végétaux 401 

Génération, 9. Analogie entre les deux fègnet 151 

Distinction entre le minéral et le végétal . . 4S 

Conditions morales, 51; — physiques. ... 10 

Éliauclie des divers modes 89 

Gradation chez les algues 96, 150 



TABLE DES MATJ2RES 5i5 

Pages. 

Jénératïon. Influence matérielle et spiritualiste. ... 31 

Manière de l'étudier, 90. Modes 83 

Polyandrie végétale 127 

Rapports avec la vie '240 

Réunion des trois modes, 96. Saison .... 171 

Transition entre les classes et les espèces. . . 88 

— alternante, 140. Exemples 141, 145 

— (uexuée, 98. Action de la nutrition 105 

Conditions spéciales 101 

Distinction avec l'hermaphrodisme 104 

Ebauche, 111. Exemples 101 

Importance du microscope 105 

Modèle des positivistes, Monogonie 106 

Prééminence, Sexualité cachée 106 

— des cellules végétales, 111. Endosmose 373 

— endogène. 111 

— hétéromorphe. Voy. Endogenèse. 

— humaine, 219. Abus, Accroissement 421 

Actes distincts 242 

Action du mallhusianisnte, 422. Ages. . . . 421 

Avantages de l'alluitement maternsl. . . . 448 

— des croisements. . 442 

Caractère d'unité, 220. Cessation 421 

Contrainte morale 54 

Danger des cachexies, 442 ; — de l'hystérie . 441 

Déchn, 421. Différences, 219. Durée. . 421, 519 

Effets, 470. Émanation de la vie 582 

Exagérations, 421. Extinction 525 

Fin, 519. Garantie de longévité et de moralité. 516 

Hygiène 419 

Influence des professions et des tempéraments. 447 

Insuffisance de l'instinct 242 

Limites et Lois, 423. Mécanisme physiologique. 242 

Origine, 323. Règles 421 

Similitude avec celle des mammifères. . . . 219 

Systèmes 382 

— des infiniment petits 69, 06 

— des mollusques, Zlb. Mécanisme 575 

— précoce. Dangers • 232 

— sexuée, 150. Action du mâle sur la femelle. . . 216 



546 TABLE DES MATIÈRES. 

P«gei. 

Qènération «exu^e. Analogie et différences 150 

Démonstration évidente 216 

Observations chez les articulés, 87 ; — les 

mammifères, 216; — les oiseaux 187 

— les poissons 216 

— spontanée, 42. Infirmée par la panspermie. . . 47 

— la théorie cellulaire. . . 46 

Influence de la putréfaction 47, 53 

Origine, 46. Phénomènes atmosphériques . . 45 

Réalité chez les animalcules 53 

— chez les monères ; doctrine chimique . 66 

— chez les spermatozoaires 34d 

Secrets dans le règne végétal 43 

— des spores. Conditions particulières 101 

Germei. Endosmose, 572. Modes d'union 371 

Nature animale et végétale 49 

Résistance aui réactifs 51 

Réunion indispensable. 381 

Oermination. Arrêt par l'anesthésie 44 

Gestation. Danger pour la jeune femme 232 

Proscription du coït 458 

— des plantes. Phénomènes apparents 125 

Gland, 257. Description, 257. Rôle 258 

Utilité du prépuce 258 

Globules polaires. Figure 410 

Origine du sexe et de la vie 410 

Grossesse. Efiets, 484. Gingivite 485 

liémorrhoïdes et varices 486 

Masque, 484. Premiers signet 482 

Suppression des règles 483 

Troubles de l'esprit 487 

— extra-utérine. Preuves de la conception. ... 414 

— de la fécondation ovarienne 567 

Hannetons. Particularités de leurs amours 169 

Hérédité, 400. Action de l'atavisme 402 

— de riiygiène et du milieu. . . . 497 

Caractères, Conditions 402 

Effets des croisements 401 

Influence sur la génération 401 

— sur la menstruation . 226 



TABLE DES MATIÈRES. 547 

Pages. 

Hérédité. Modifications par r.illaiteinent 497 

— par l'éducation et l'ftxennple . . 497 

Origine, 400. Preuve par les croisements., . 204 

Rapports avec la constitution 495 

— des aptitudes, 405; — de l'armature osseuse. . 208 

— du cancer, delà folie et de la phtisie 495 

— des caractères moraux 402 

— delà couleur, 584. Exemples 403 

— des difformités, 586, 402; — des facultés ... 31 

— du génie, 402 ; — de Vinslinct des animaux. . . 207 

— de l'intelligence, 29. Exemples 404 

— de la longévité 406 

— des maladies, 406, 494. Influence des lésions 

organiques 106 

— des mutilations accidentelles, 207; — du sui- 

cide 496 

Hermaphrodisme 41, 115 

Confusion de l'oviparité et de la sexualité.. . 96 

Intermédiaire entre la sexualité séparée. . . 115 

Modèle dans le règne végétal 116 

Réunion des organes sexuels 85 

Sexualité commençante, 115. Siège 116 

— animal 130 

Anomalie des animaux supérieurs 132 

Contact indispensable simulant l'accouple- 
ment 151 

Exemples chez les animaux inférieurs. ... 130 

Réunion à l'oviparité chez les sangsues.. . , 132 

— des cellules végétales 110 

— embryonnaire , 221 

— /iMmai'n, 133. Caractère de neutralité 134 

Confusion avec les monstruosités. .,..,, 136 

Exemples, 135. Formes distinctes 134 

Origine des miracles 137 

— chez les mollusques 86 

Hirondelles. Nidification 186 

Homme. Avantages du mariage 432 

Caractères distinctifs 235 

Effets de la copulation 291 

Dangers du célibati de la i)roslitution .... 432 



148 TABLE DES MATIÈRES. 

Homme. Infécondité, 361 . Nubilité 235 

Org;ines sexuels, 251. Puberté 229 

Stérilité avec testicules 501 

Hybrîditë. Différences avec le métissage • . 210 

Infécondité des produits entre eux 205 

Rareté, Signification 210 

— chez les plantes, l'24. Exemples, Limite*. . . . 125 

Voy. Endogenèse. 

Hygiène de la génération. 419 

Application aux enfants 420, 462 

Règles dans la fécondation, 462. Utilité. . . 419 

Hymen. Absence et Analogie 263 

Déchirure et rupture 263 

Déûoration exsangue 264 

Épaisseur, Forme 264 

Uéraorrhagie chez les nouvelles mariées. . . 264 

Imperforations, Occlusion 265 

Obstacles au mariage 458 

Bypospadias. Dangers et Inconvénients 260 

Position renversée • • • -467 

Imagination. Action sur les difformités 488 

— sur les désirs vénériens 259 

— sur l'érection 257, 275, 290 

— sur la fécondation 380, 39(3 

— sur la formation des sexes. . . . 586 
Infirmations diverses. . . . 386, 394, 397, 488 

Impuissance. Dépendance des organes copulateurs. . . 245 

Effets des abus et des professions 525 

Incubation. Apparente chez les oiseaux 188 

Chaleur nécessai»»- 174 

Emblème chez les plantes sexuées. . . . 174, 189 

Distinction chez les mammifères. ..... 191 

Durée 174, 191 

Modes divers chez les reptiles. ....... 181 

Œufs d'insectes, 172. Phénomènes 190 

— interne ou gestation 217, 417 

Infécondité. Causes chez la femme 560 

— chez rhoiiime 361 

Confusion avec la stérilité 361 

Influence de rciubonpoint. 565 



TABLE DES MATIÈRES. 549 

Psigea 

fcfeoondité. Influence des professions 362 

— des unions consanguines. . . . 361 

Infusoires, 84. Confusion avec les moisissures. . . 49, 102 

Dangers, 85. Génération par scissiparité. . . 96 

Inieotes, 166. Amour maternel 172 

Ardeur amoureuse 169 

Caractères des sexes 166 

Dépôt de leurs œufs 172 

Époque de la puberté, 169. Fécondité. . . . 172 

Mort après leur reproduction 170 

Instinct. Chez les chenilles 1 68 

Danger de sa répression 455 

Hérédité chez les animaux 207 

Influence sur les désirs vénériens 239 

Intelligence. Condition d'organisation 19 

Contradictions, 20. Diversité et Variations . . 22 

Hérédité, 29. Influence des circonvolutions . 23 

Objections 19 

Rapports avec l'organisation, 28. Siège.. . . 18 

lèvres, 262. Accolement 264 

Analogie, Forme et Usages 263 

Levure. Type des champignons microscopiques. ... 102 

Mamelles, 195. Caractère de la femelle 195 

Différence de nombre et de siège 195 

Distinction des mammifères 192 

■amnufëres, 87, 191. Action du mâle sur la femelle . 216 

Accouplement perfectionné 191 

Amour maternel 211 

Apparition de la puberté 197 

Caractères, 192. Différences 195 

Fécondité, 203. Formation des sexes. . . . 215 

Incubation interne 191 

Influence de la nourriture, 203; — du rut 197 

Lit de misère, 212. Mamelles 195 

Mode d'accouplement 199 

Précocité des femelles . 197 

Réceptacle incubateur 192 

Rôle et Supériorité du mâle 196 

— ailés, amphibies, nageurs 194 

■arîage. Avantages sur le célibat 515 

31. 



550 TABLE DES MATIÈRES. 

Mariage Avantages des croisements 442 

Conlre-indications 441 

Correclif liygiéuiquo des fonctions génésiques. 454 

Danger de la coliabit;ition 46''^ 

— des fiançiiilles prolongées 4W 

— des prédispositions 443 

Effets de l'hérédilé 44V 

Époque menstruelle 449 

Incompatibilités, Indications 443 

Influence de la faligue, des vêlements, des 

voyages 450 

Interdiction chez les vieillards 518 

Longévité des miiriés 515 

Obstacle de la sypbilis 435 

Précautions préliiniunires, 457. Vaginisme. . 458 

— cotuaiHjuins. Contre-iiidicalioiis, Dangers ... 561 

Infécondité 561 

Mauvais effets dans la génération 446 

Prohibitions. 561 

—- précoces. Mortalité considérable 2'23 

■••turbation. Causes, 427. Conséquences 429 

Danger chez les enfants 421 

Maladies, 450. Signes. ... « 428 

— c/iet. /'a*/o/esc"e«<, 428. Impuissance consécutive. 429 
Matérialisme, 71. Appréciation de ses systèmes. ... 74 

Influence nocive sur la génération. ■ . . 51 

Matrice, 527. Description et Figure - . • 528 

Indispensable à la reproduction 529 

Modific;ilions par la fécondation 482 

Réceptacle incubateur des mammifères. . . 195 

Rôle spécial 527 

Siège extérieur chez les marsupiaux. . . . i95 

— de la fécondation, 569; — de la men- 

struation 329 

Matière. Alliance avec Tesprit 27 

Animation par le carbone, 71; — l'organisa- 
tion 19 

Composition, 16. Origine 12 

— organisée. Source jie la vie • . . . 15 

Ménopause, 520. Accidents, 520. Crainte exagérée . . 523 



TABLE DES MATIÈRES. 5M 

Pages. 

Ménopause. Dangers de la copulafion. ....... 524 

Maladies, 5'21 ; — chez les célibalaires. . . 522 

Mortalité, 52'2. Phénomènes anatomiques. , 524 

Signes, Synonymie 52^ 

Toux utérine 521 

Menstruation, 530. Absence dans la grossesse. . . . 48^ 

Action lunaire, 554. Ages 225 

Anomalies 530 

Caractère du sang, 229. Causes 552 

Cessation, 519. Contre-indication du coït. 288, 457 

Dérangement chez les jeunes filles 340 

Déviations, 556. Durée 22» 

Elfets de la continence, 474; — des fraudes. 507 

Excitant de la génération 335 

Grossesses avant les règles , 340 

Importance 339 

Influence du climat 22{î 

— de l'hérédité et de la race. . . , 22ft 

— sur le sexe 39J 

Irrégularités, 555. Mécanisme 554 

Origine, 532. Périodicité 551 

Persistance aiirès l'ablation des ovaires. . . 336 

Précocité dans les villes 226 

Rapport avec la stérilité, 542. Siège. . . . 550 

Signes, 288, 550; — de fécondité .... 530 

— de virilité 284 

Sympathies, 559. Variations 330 

— chez les animaux 334 

— cicatricielle après l'ovariotomie 338 

Vétagenèse, 159. Hermaphrodisme des cellules. . . 144 

Influence de la température 145 

Interprétation contradictoire 145 

Métamorphose probable 148 

Modèle trompeur 149 

Négation de la sexualité 147 

Transition des organismes inférieur». ... 139 

Métamorphoses, 175. Chez les batraciens 181 

— la cantharide 175 

Durée 175 

Métis humains. Reproduction caractéristique. ... « 584 



B5S TABLE DES MATIÈRES. 

Page** 

IIIétUiag«. Caractère de l'espèce 220 

Différence avec l'iiybriclhé. , 210 

Facililé dans Tespècc humaine 220 

Résultats exemplaires 384 

— chez les plantes 124 

Microscope. Importance dans la génération asexuée . . 105 

Moisissures. Cliampignons microscopiques, Maladies. . lOS 

Mollusques, 86. Ébauche de Taccouplement 91 

Fécondation des œufs, 375 ; — prolongée. , 95 

Hermaphrodisme, 87. Mode de génération. . 376 

HoDogamie. Chevreuil, 200. Kffets en Occident. . . . 472 

— exceptionnelle chez les baleines 194 

— saisonnière chez les oiseaux 184 

Monorohidie. Rétention du testicule. 300 

Monstruosités, 407. Arrêts de développement 408 

Expériences sur les œufs. 408 

Moutons. Perfectionnement par les croisements. . . . 206 

Production des moulons-bassets. , . , . . 206 

Wids, 186. Analogie chez les insectes . 172 

— chez les mammifères 211 

■ubîlité, 254. Ages, 254. Caractères 235 

Influence de la chaleur 254 

Obésité. Cause d'infécondité 365 

Œufs. Composition, 189. Différence d'éclosion .... 216 

Limitation chez les oiseaux 184 

Modifications de la fécondation. . 317, 595, 414 

Phénomènes d'incubation 189 

■~- des batraciens 18S 

— des écrevisses. Vie latente . 164 

— des insectes, 172. Métamorphoses 175 

— des mollusques. Danger de leur ingestion ... 165 

— des poissons, 178. Résistance 179 

Oiseaux, 87. Ardeur amoureuse 187 

Caractère distinctif, 183. Chaleurindispensable. 185 

Composition des œufs 189 

Continence du mâle 18S 

Développement incomplet des ovaires. . . . 538 

Époque des amours 185 

Fécondité limitée, 184. Incubation 188 

Polygamie, Puberté, 184. Type de l'oviparité. 185 



TABLE DES MATIÈRES. 553 

Pages. 

Ofianisme. Extension dans les campagnes 505 

Pratiques diverses 503 

Voy. Contrainte morale, Masturbation. 

Organes copulateurs, 251. Analogies 268 

Dépendance, 251. Difformités 258 

Excès de volume 464 

Fonction unique, Forme opposée. . . , . . 251 
Lésions cachées, 285. Maladies ...... 259 

Modération et régularité d'exercice 426 

Odeur fétide, 425; — spéciale 268 

Parallélisme, 268. Propreté indispensable 269, 425 

Sécrétion, 269. Usages différents 270 

$êminifèi-es, 298. Siège de la stérilité. .... 298 

Similitudes, 318. Solidarité 298 

Hxuels. Absence, 243. Abus 429 

Caractères différentiels, 92, 242; — des crus- 
tacés, 164; — des insectes. . . . 165 

— des mammifères, 194; — des oiseaux. 185 

— des phanérogames 90, H6 

— des poissons, 178; — des reptiles. . 180 

— des squales, 179 ; — des vipères . . 180 

Danger de leur usage prématuré 426 

Description et Figure 252, 255 

Femelles, 262. Importance relative. . 243, 270 

Intégrité indispensable, 243. Mâles 254 

Nécessité d'en parler aux enfants 419 

Solidarité 243, 470 

Type dans l'espèce humaine 221 

(hj—iiali Mil Condition de la vie 15 

Fausse apparence 15 

Rapports avec l'esprit 28 

Organisme cellulaire comparé à celui de l'homme. . . 71 
Origine de Vâme par la matière 68 

— cellulaire de la vie, 15; — divine de la vie. 50, 82 

— de r esprit et de la matière 12 

— delà génération, 522; — spontanée 42 

^ de la menstruation, 332 ; — des miraclet. . . 157 

— de l'ovule, 318 ; — protoplasmique de la vie. . 66 

— des spermatozoaires . 311, 345 

•- de* verSy 163 ; — de la vie . . 12, 41 



554 TABLE DES MATIÈRES. 

Pa?e$ 

Ouatur*. Difficulté de rhércdilr 208 

Ovairca, 318. Absence entraînant la slérililé 318 

Anomalie 337 

Cause de la génération 535 

Description 518 

Développement incomplet 337 

Excision 335 

Modifications anatomiques 524 

Similitude avec les testicules .... 318, 366 

— surnuméraires 537 

Ovariotomie. Importance sur la génération, . . 558, 342 

Oviparité, 156. Étymologie et Histoire 85, 156 

Modèle de la j;énéralion 158 

Remplacement par la cellule ovulaire. . 159 

Sans accouplement 165 

Type chez les oiseaux 183 

— anirtiale. Début 165 

— végétale chez les hermaphrodites 110 

Orogenèse, 519. Formation des cellules ovigènes. . . 320 

Ovoviparité. Distinction 217 

Ovulation, 322. Cause, Découverte, 525. Démonstration. 331 

Effets sur la menstruation 353 

Figure, 553. Influence du coït 524 

Mécanisme 325, 533 

0»«le, 319. Action sur le sexe 392, 595 

Détachement, 324. Différence avec la cellule. 159 

Évolution, 321. Expulsion 322 

Figures, 520, 521. Hermaphrodisme. . . . 410 

Importance, Maturité 325 

Modification et segmenlation figurée . , , . 415 

Noyaux, 415. Origine 319 

Pérégrinations, 525. Rôle 318 

Sexualité dépendant de sa composition. . . 595 

Siège, Volume 322 

Cause de fermentation et de putréfaction. 48 

Doctrine des germes 47 

PapOloni. Caractère de puberté, 169. Fécondité . . 172 

Incubation des œufs 175 

Paraphimosia. Dangers et Inconvénients. ...... 258 

Parasitisme. Maladies eu résultant • • . lOS 



TABLE DES MATIÈRES. 555 

P«geB. 

Paraiititme. Origine des vers intestinaux 163 

Parthénogenèse, 141. Interprétation nouTelle 146 

Pénis, 251. Absence, 261. Changements 251 

Difformités et Maladies 261 

Parties distinctes 255 

Symbole, 25 i. Volume 261 

Phanérogames, 84. Organes sexuels 90 

Phimosis. Débridement ou circoncision 258 

Pistil, 117. Siège de la génération des plantes .... 118 

Placenta. Analogies avec les branchies 247 

Plan de l'ouvrage 1 

Plantes. Castrntion, 126. Distinction par la graine. . . 83 

Gestation, 126. Hybridité 125 

Plaatidules. Découverte, 65. Interprétation chimique. . 67 

Origine de l'âme par la matière, Réfutation. . 68 

Poissons, 87, 178. Absence d'accouplement 91 

Développement incomplet des ovaires. . . . 338 

Fécondation artificielle, 93; — naturelle . . 178 

Fécondité prodigieuse, Organes sexuels. . , 178 

Résistance des œufs 179 

Silence distinctif 178 

Polyandrie humaine 128 

— végétale. Condition de l'hermaphrodisme. . . . 127 

Garantie de fécondité 129 

Polygamie. Eflets en Orient 472 

— animale 127 

— des oiseaux 184 

Polygynie. Chez les oiseaux 184 

Raison chez les animaux 200 

Polypes. Réunion des trois modes de génération. . . 89 

Rôle dans la génération alternante 145 

Ponte des insectes 172 

Population. Dimmution 35 

Positions, 285. Emploi dans l'onanisme à deux. . . . 504 

Frottement chez les vers 132 

Indications, 285. Variations 220 

— accroupie, 197 ; — agenouillée 199 

^ artificielles 285 

— debout ou droite 194, 199 

Dangers, 468. Exemples ^ ...... . 360 



556 TABLE DES MATIÈRES, 

Positions enlacée et entrelacée, 167; — horizontale. , 285 

— latérale. Avantages et Indications 465 

— postérieure. Indications 468 

— recouverte ou renversée 199 

Erreurs et indications 467 

— teirée 180 

— vicieuses. Dangers, 285. Origine 286 

Positiviime. Conséquences, Effets, 502. Hypothèses. . 69 

Influence sur la stérilisation volontaire. . . 35 

Sut)lilités 71 

Frëpuce. Difforiuités, Fonction 258 

Inconvénients, Miiliidies 259 

Privations, (laiise de fécondité, 364. Objections. . . . 565 

Prostate, 304. Cause de stérilité 306 

Effets indirects du spasme éjaculateur . . . 473 

Maladies, 475. Sécrétion 504 

Puberté, 223. Ages, Avance chez la femme 225 

Caractères sexuels, Confusion 224 

Étymologie 223 

Inaptitude à la procréation humaine 224 

Influence du climat, 225. légation 223 

Retards, 229. Signes 225, 227 

Variations 225 

— des cerfs, 232; — des insectes 169 

— des mammifères, 197; — des oiseaux .... 184 

— des végétaux 118 

Pucerons. Génération ovipare et vivipare. .... 176 

Puissance créatrice 11 

— reproductrice. Effets précoces 218, 231 

Races humaines, 583. Croisements 383 

Effets de leur union , 384 

Influence sur leur fécondité 363 

— sur la menstruation 226 

— loutre 206 

— de Mauchamps 207 

Règnes. Confusion entre l'animal et le végétal .... 46 

Mouvement commun, 52, 137. Unité. . . « 45 

Reproduction. Confusion avec la nutrition )11 

Importance, 425. Influence du climat. . , . 308 

Insuffisance de la puberté. ... 4 ... . S3i 



TABLE DES MATIÈRES. 557 

P«ge«. 

Reproduotlon. Obstacles chez les végétaux 129 

Précocité des femelles 197 

Procédés, 41. Propriété du dimorphisme. . 112 

Uniformité . 42 

Universalité providentielle 10 

— par scissiparité 99 

BapUlM. Accouplement particulier 180 

Ardeur amoureuse 181 

Diminution de la fécondité 182 

Incubation isolée des œufs 182 

Métamorphoses des batraciens 180 

Particularités chez les lézards 181 

Répulsion de certains atomes 211 

— des cellules 209 

— des espèces différentes 210 

HHwém»Menient de Turèthre 260 

Cause de stérilité chez l'homme. . . . SCO, 317 

— du vagin, 281. Dilatabilité, Exemples 282 

But, 94. Apparition précoce 197, 218 

Cessation par la souffrance 201 

Durée, Effets 197 

Époques variables chez les mammifères . . . 197 

Influence de la domestication 94 

— de la nourriture • 95 

Manifestation intermittente 94 

Particularités chez le cerf 232 

Rôle des sexes, Signes 94 

8a^. Âetion sur la formation du sperme 316 

Crachements dans la grossesse 485 

Rôle dans l'érection 256, 270, 272 

— mensti-uel. Caractères 229, 331 

Solasiparité. 99. Caractère des plantes et des animaux 

inférieurs 85 

Exemples, 99. Mécanisme 100 

— artificielle. Exemples 99 

— chez l'homme, 100 ; — les infusoiret 96 

— spontanée 99 

SèlMtion artificielle. Effets 210 

•^ naturelle, 54, 57. Limites étrofles ...... 55 

Principe conservateur M 



S58 TABLE DES MATIÈRES. 

P«g«i. 

BélecUon «PXMc//e chez les animaux 57 

ÀTantages chez rhoinine -142 

Sensation!. Influence sur les désirs vf'nériens 259 

fexM, 586. Action des celhiles ovulaire et spermatique. 590 

— de l'ovule 592, 595 

— des producteurs 588 

— des spernialozoaires 592 

Danf^ers de l'union précoce 450 

Dislinclion par les noyaux 396 

Doctrine astrologiipie 388 

Effets de la monogamie et la polygamie. . . 388 

Erreurs des théories primitives 387 

Expériences chez les animaux 387 

Formation, 22*2. Importance. ...... 386 

Influence de l'âge. 588 ; — de la conception. 409 

— des globules polaires, 410; — delà 

nourriture, 589 ; — des organes 
génitaux, 389 ; — de la part d'ac- 
tion, de la race 594 

Nullité de l'imagination 59J 

— delà nutrition 411 

Observation directe 588 

w. des animaux, 215. Formation 215 

Signes particuliers, 216. Théories 213 

«eziuditë. Analogie chez les insectes, Caractères. ... 91 

Composition des ovules 395 

Différences chez les oiseaux 183 

— chez les reptiles 180 

Distinction chez les algues 112 

— chez les rayonnes 162 

Exclusion par la doctrine cellulaire 159 

Existence dans les plantes hermaphrodites. 90, 116 

Extinction 531 

Figure dans les éléments générateurs. . . . 161 

Négation par la métagenèse. ....... 146 

Obscurité au début des règnes 162 

Preuves de sa prééminence 151 

Réalisation par les cellules et les gemmules. . 108 

Séparation chez les insectes 166 

— chez les mammifères. . • • . . 195 



TABLE DES MATIÈR&S. 550 

Pigea. 

Sexualité. Séparation chez les mollusques 164 

— chez les poissons 178 

Type de la génération 109 

— latente dans la génération asexuée 108 

Découverte chez les cryptogames 109 

— chez les fougères 110 

Induction 109 

Siège de l'esprit, 26 ; — de l'érection 257, 267 

— des facultés, 26 ; — de la fécondation .... 366 

— de la génération, "blô; — de l'hermaphrodisme. 116 

— de l'intelligence, 18; — de la menstruation. . 330 

— des organes sexuels, 194 ; — de l'ovulation . . 318 

— de la stérilité, 298 -, — de la volupté 267 

Signes de la fécondation, 378. Inconstance 379 

— de la menstruation 228, 33i 

Smegma. Dangers et Inconvénients 258, 269 

Injections et lotions nécessaires, Maladies. . 268 

Spermatogénèse 312 

Formation cellulaire des spermatozoaires. . 313 

Objections 314 

Spermatorrhée, 506. Causes 306 

Conséquences, 478. Effets 306 

Interprétation chez les continents 476 

Mal des religieux, 478. Moyens préventifs. . 477 

Spermatose, 314. Causes, Conditions 3l9 

— Limites, 315. Mécanisme 314 

Spermatozoaires, 308. Action sur le sexe • 392 

Conservation, 310. Découverte 308 

Description, Destruction 310 

Différence avec les cils vibratiles. . „ . . . 312 

Diffusion, 374. Dissolution 376 

Expériences sur leur pénétration 374 

Figures 309 

Formation chez la grenouille 346 

Génénition spontanée 345 

Mouvements dans la fécondation 344 

Origine 310, 545 

Persistance chez les vieillards 517 

Rôle, 510; — d;ms la fécondation 571 

Sperme, 307. Absence à' aura 307 



560 TABLE DliS MATIÈRES. 

Pige» 

Sperme. Action de la prostate 307 

Composition, l)an;,'er de sa rétention . . . , 307 

Effets, 314. Épaississemenl 307 

Fluidité, 315. Importance 314 

Lenteur de sa circulation 302 

Obstacles circulatoires 517 

Résorption, Sécrétion 314 

Signes de sa raréiaction 456 

Spiritualisme, 11, 71. Action, Ëfficaciié sur la génération. 31 

Historique 75 

Préférence à lui accorder 77 

Preuves, 50. Ilejet 75 

Spore». Confusion avec les iiifusoires 49, 102 

Danger pour les animaux et les végétaux. . . 102 

Développement 102 

Squales. Unicité de leurs organes sexuels 179 

Statistique de la fécondité des mariages suivant l'âge . 357 

— de l'infécondité consanguine 361 

— de la mor<a/it^ des célibataires 480 

— des célibataires et des mariés 516 

— dans l'âge critique 522 

— des naissances suivant les saisons 356 

Dilférence des sexes 388 

— de la natalité 35 

Stérilité. Causes après la fécondation 412 

— nnilliples chez la femme 541 

— prostatiques 306 

Dé[iendance exclusive des organes séminifères 245 

Fluidité (lu sperme 31*5 

Position latérale 466 

Rapport avec la menstruation 342 

Résultat des excès 297 

— des troubles circulatoires du sperme . 517 
Siège chez la femmo, 341 ; — chez l'homme. 298 

— des plantes par la castration 126 

— ])ar la multiplication des étamines. . 126 

— volontaire, 502. Artifices et fraudes 503 

Résultats déplorables 504 

Sympexîons. Obstacles à l'éjaculation 306 

Bystème» de la génération 371, 580 



TABLE DES MATIÈRES. 561 

Pages. 

Système» de /a «te. Appréciation 77 

Taureau. Influence du rut 499 

Testicules, 298. Anomalies 299 

Excision inguinale 501 

Flétrissure chez les oiseaux 188 

Fonte par la naasturbalion 429 

Rétention 19G, 300 

Rôle dans la fécondation 504 

Siège chez les niamiiiii'ères. 196 

Sortie momentanée pour l'accouplement. . . 196 

— supplémeiUaires. Exemple 300 

Trirnsformisme, lii. Action des croisements 57 

Base cellulaire, 57. Effets de l'hérédité. . . 55 

Interprétation spiritualiste 6G 

invariabilité de l'espèce 53 

Négation par l'iaunutabilité 62 

Objections 60 

Preuve de la grenouille 58 

Trompes, 324. Action dans la fécondation 370 

Analogie avec les vésicules séminales. . . . 326 

Direction, 3'24. Ilémorrhagie par rupture. . . 327 

Intégrité indispensable 326 

Interprétation de leur rôle 324 

Rôle du pavillon 368 

TTnioii anticipée, 422. Avantages et Dangers 432 

Effets sur la géaération 450 

Infécondité, 450. Lésions 451, 464 

— disproportionnée. Contrastes 447 

Nécessité de la limiter 517 

Préjudiciable à l'exercice de la génération. . 447 

Produits dégénérés, 518. Suites 518 

— des germes 571 

^ sexuelle. Avantages sur la santé 456 

Contre-indications des tares organiques. . . 442 

Dangers de sa précocité 252 

Unité de Vespèce humaine 220 

Démonstration par la fécondité des races. . . 384 

— de la vie animale et végétale 45 

Urèthre, 259. Difformités, Fonctions 258, 260 

mperforation, Importance 260 



562 TABLK DES MATIÈRES 

Pages. 

Drèthre. Maladies, Oiiverlure vicieuse 2flv) 

Kétrécissemenl, 2G0. Siège . 259 

Vagi», S62. Absence, 206. Cloisonnement. . . . t . 265 

Destination, Forme 262 

Opération, Rétablissement 266 

Rétrécissement, 281. Siège 262 

Vaginisme, 283, 458. Danger de sa persistance. . . . 439 

Inaptitude au mariage 440 

Moyens de le vaincre 439 

Obstacle à la réunion des sexes 438 

Position latérale 465 

Résultat de l'accouchement 439 

Végétaux. Danger des spores 102 

Distinction avec les minéraux 43 

Emblème de la copulation 121 

Fécondation, H 9. Fécondité 95 

Mouvement et sensibilité 52, 137 

Puberté 118 

Vésioulea de Graa/", 519. Développement 320 

Expulsion, Figure 321 

— séminales 302 

Absence dans l'espèce canine. . . . 200, 502 

Maladies, 505. Modifications du sperme. . . 503 

Vie. Analyse, 12. Dualité, 161. Facultés 17 

Identité des principes animaux et végétaux. . 45 

Inutilité de sa recherche 83 

Metbode vicieuse de la comprendre 71 

Origine, 12; — cellulaire. . . 13, 57, 64, 70 

— divine, 30, 82; — plastidulaire. . 66, 71 

— protoplasuiique 66 

Production im|iossible par la matière. . . . 157 
Propriétés, 17. Rajiport avec la génération 240,382 

Signification matérialiste, 13; — vitalistç. . H 

Suppositions, 12. Systèmes prédominants. . 77 

Vue au microscope 157 

— tans air. Caractère des ferments végélaui ... 103 

— ûnima/e naissant du végétal 90 

Nécessité de la fécondation préalable. . . 160 

— des atomes. 160 

— fonclionnelh 14 



TABLE DES MATIERES. 563 

Pages. 

Vie humaine. Action du sperme 314 

Condition de sa transmission 293, 424 

Inexpliquée par les spermatozoaires 314 

Influence des globules polaJi'es 410 

Manifestation dans les organes génitaux. . . 270 

Résultat de la fécondation 345 

Valeur des théories 345 

— latente, 78; — des écrevisses 165 

— des élémenls vitaux, 79; — des œufs. 80 

— des plantes, 79 ; — de la terre. ... 80 
Conditions chez certains cryptogames. . . , 101 

— tnaiéritlle, 14. Doctrine chimique 67 

Forces mécaniques 16 

— organique 15 

— spirituelle, 17. Facultés 18 

— surnaturelle 13 

— suspendue chez l'homme, 81 ; — les rotifères. . 80 

Vipères. Viviparité. . . . • 181 

Virilité. Anomalies dans les organes 299 

Conditions distincies 305 

Exemples de prolongation 517 

Limites, 518. Signe de l'érection 284 

Vitalisme, 11. Exclusion 14 

Viviparité, 192. Ébauche chez les écrevisses 165 

— les poissons, 179; — les pucerons. . 176 

— les végétaux, 96; — les vipères, . . 181 
Type chez les mammifères 191 

Volonté. Indispensable à la co[iulation 242 

Influence sur les désirs vénériens 239 

— sur la génération humaine . , . 242 

Vol«^>té. Causes mécaniques 288 

Influence de l'âme et de l'imagination. . . . 291 

Objections 289 

Siège chez la femme, 267 ; — l'homme. . . 268 

Voyages de noces. Dangers 452 

Vulve. Caractères de l'enfance à la pxiherté 227 

Siège et Usage 205 

Zoophjrtas, 85. Comparaison avec les spermatozoaires . 311 

Intermédiaires entre les deux règnes vivants. 85 

Variétés de la génération 86 

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1. Waverley. 

2. Guy Munnering. 

3. L'Antiquaire. 

4. Rob-Roy. 

5. Le nain noir. 
f. (Les puritains d'Ecosse. 

(La prison d'Edimbourg. 
(La fiancée de Lamer- 

7 . J moor. 
(L'officier de fortune. 

8. Ivanhoë. 

9. Le Monastère. 



Tomes. 

10. L'abbé. 

11. Kenilworth. 

12. Le Pirate. 

13. Les Aventures de Nl- 

gel. 

14. Peveril du Pic. 

15. Quentin Durward. 

16. Eaux de St-Ronan. 

17. Redgauntlet. 

18. Connétable de Chester. 

19. Richard en Palestine. 

20. Woodstock. 



Tomes. 

21. Chronique de la Ca- 

nongate. 

22. La jolie fllle de Perth. 

23. Charles le Téméraire. 

24. Robert de Paris. 
Le Château périlleux. 
La Démonolo.Ljie. 



23 



Histoire d'Ecosse. 



Romans poétiques. 



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21. Le Feu-Follet. 

22. A Bord et à Terre. 

23. Lucie Hardinge. 

24. Wyandotté. 
23. Satanstoë. 

26. Le Porte-Chaîne. 

27. Ravensnest. 

28. Les lions de mer. 

29. Le Cratère. 

30. Les mœurs du jour. 



Tome. 

1. Précaution. 

2. L'Espion. 

3. Le Pilote. 

A. Lionel Lincoln. 

5. Les Mohicans. 

6. Les Pionniers. 

7. La Prairie. 

8. Le Corsaire rouge. 

9. Les Puritains. 

10. L'Ecumeur de mer, 



Tomes. 

11. Le Bravo. 

12. L'Heidenmauer. 

13. Le Bourreau de Berne. 

14. Les Monikins. 

15. Le Paquebot. 

16. Eve Efflngham. 

17. Le lac Ontario. 

18. Mercedes de Castille. 

19. Le tueur de daims. 
30. Les deux amiraux. 

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Faculté des lettres de Nancy, ancien 
membre de l'Ecole française d'Athcnus, 
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gleterre sous le règne de Jacques II . 
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Poussin, Reubbandt. 1 volume grand 
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crivains catholiques, classées pour cha- 
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Leuaistre db Sact, selon saint Marc, 
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soit qu'elle survienne à l'église, etc. 
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— 13 — 



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de Paris, avec une collection de portraits 
des Femmes célèbres de l'Ancien et du 
Nouveau Testament, dessin He G. Staal. 
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formant un tont complet, se vend sépa- 
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HÊHE. Collection de portraits, gravés 
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Véronèse, Salvator Rosa, Poussin, 



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La Sainte Bible. Traduite en fian(;ais 
par Lemaistre de Sacy, avec magni- 
fiques gravures d'après Raphaël, 
Le Titien, Le Guide, Paul Véro- 
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in-8, carte de la Terre-Sainte et plan de 

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jeunesse. 1 vol. 

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Tratluotion de \V. B*ttier. 1 vol. 

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FLORl.W. Fables. 1 vol. 

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Crusoé. t vol. 
FOURMER. Animaux historiques. 

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GRIMM. Contes. 1 vol. iUusiro. 
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auteurs et l'élégance du style, mais encore par un srrand nombre de gravures dans le' 
texte et hors texte, exécutées par les premiers artistes. Jamais livres édités à ce prii 
n'ont offert autant de belles illustrations. 

ANDERSEN. Contes Danois. Traduit 
du danois par MM. L. Moland et E. Gré- 
goire. 1 vol . 

— Nouveaux Contes Danois, tra- 
duits par les mêmes. 1 vol. 

— Les Souliers rouges et autres 
contes, traduits par les mêmes. 1 vol. 

BAVARD. La très joyeuse plaisante 

et récréative histoire au Gentil 

(seigneur de), composée par Lk Loyal 

Serviteur. Introduction par L. Moland. 

1 vol. 
BELLOC. Le fond du sac de la 

grand'mère, contes et histoires. 

1 vol. 



— La tirelire aux histoires. Lee 
tures choisies. 1 vol. 

J.R. BELLOT. Journal d'un voyaeal 
aux mers polaires à la recherché'^ 
de SiR John Franklin. 1 vol. 

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. Paul et: 
Virginie suivi de la Chaumièro j 
indienne 1 vol. \ 

BERQLlN. L'ami des enfants. \ vol. ' 

BERijUlN. Sandford et Merton. — . 
Le Petit Grandisson. — L& R« i 
tour de Croisière. — Les Sœujpsf 
de lait. — L'honnête Fermier./ 

1 vol . 
IJEKTHGUD ((Euvres de S. Henry). 



— 15 



— La Cassette des sept amis. 1 vol. 

— Les Hôtes du logis. 1 vol. 

— Soirées du docteur Sam. 1 vol. 

— Le Monde des Insectes. 1 vol. 

— L'homme depuis cinq mille 
ans. 1 vol. 

— Contes du docteur Sam. 1 vol. 
BLFFO.X des familles. Histoire et doscrip- 

tion des animaux, e.\trait des Œuvres 
de liuffon et de Lacépède. 1 vol. 

COZZENS (S.-W.). La contrée mer- 
veilleuse, voyage dans l'Arizona et le 
Nouveau Mexique, trad. de W. Battier. 
1 vol. 

DU GUESCLIN (Histoire). Introduction par 

L. MOLAND. 1 vol. 

FABRE. Histoire de la Bûche. 

Récits sur la vie des plantes, i vol. 

FENELON. Aventures de Téléma- 
que. 1 vol. 

FLORIAN. Don Quichotte de la jeu- 
nesse. 1 vol. 

— Fables. 1 vol. 

FOÉ. Aventures de Robinson Cru- 

soé. \ vol. 
GalL.\ND. Les Mille et une Nuits 

des Familles. Contes arabes. 1 vol. 
GENLI.S. Les veillées du château. 

1 vol. 
JACQl ET (l'abbé). Vie des Saints les 

plus populaires et les plus inté- 



ressants, avec l'approbation de plu- 
sieurs archevêques et évêques. 1 vol. 

LE PRINCE DE BEAUMONT. Le Magasin 
des enfants. 1 vol. 

LEVAlLLANT. Voyages dans l'inté- 
rieur de 1 Afrique. 1 vol. 

LONLAY (DicK de). Au Tonkin, récits 
anecdotiques. 1 vol. 

MAISTRE (DE) . Œuvres complètes du 
comte Xavier. — Voyage autour de 
ma chambre, le Lépreux de la cité 
d'Aoste, les Prisonniers du Caucase, la 
Jeune Sibérienne, préface par Saintb- 
Beute. \ vol. 

NODIER. Le Génie Bonhomme. — 
Séraphine. — Fraiiçois-les-Bas-Bleas. — 
LaNeuvaine de la Chandeleur. — Trilby. 
— Trésor des Fèves. 1 vol. 

PELLIGO. Mes prisons, suivi de» 
Devoirs des /tommes. 1 vol. 

PERRAULT, DAULNOY, LE PRINCE DE 
BEAUMONT et HAMILTGN. Contes 
des fées, i vol. 

SCHMID. Contes. Traductions de l'abbé 
Macker, la seule approuvée par l'au- 
teur. 2 beaux vol. Chaque volume com- 
plet se vend séparément. 

SWIFT. Voyages de Gulliver. 1 vol. 

WISEMAN. Fabiola ou l'Eglise des 
Catacombes. 4 vol. 

WYSS. Robinson Suisse, avec la suite. 
Notice de Nodier. 1 vol. 



ALBUMS POUR LES ENFANTS 

In-4» imp. en chromo, cartonné, dos toile, couv. chromo 6 fr. 

Relié toile, tranche dorée, plaque spéciale 8 fr. 



Jeanne d'Arc, texte par M. Molland, 
dessin chromo, de Lix. 

Jfe serai soldat, alphabet militaire. 
Nombreuses gravures en chromo, repré- 
sentant tous les costumes de l'armée. 

Don Quichotte. Gravure chromo, vi- 
gnettes. 1 vol. 

Voyages de Gulliver à Lilliput 
et à Brobdingnac. Ouvrage illustré 
de chromotypographie. 

Les Réros du siècle. — Récits mili- 
tairesanecdotiques, par DickdeLonlay, 
dessins de Bohbled. i vol. 

Nouveau voyage en France, par 
un Papa, gravures couleurs, 1 vol. 

Je saurai lire, illustré par Lix, gravure 
chromo. 1 vol. 

Je sais lire. — Contes et historiettes, 
gravures chromo, par Lu. 1 vol. 



Petit voyage en France. —Gravures 
chromo. 1 vol. 

Contes de M™» d'Aulnoy. Chromo. 
1 vol. 

Choix de fables de La Fontaine. 
— Illustrations, gravures chromo, par 
David. 1 vol. 

Contes de Perrault. — Gravures 
chromolithographie de Lix. Illustrations 
par Staal. 1 vol 

Animaux sauvages et domesti- 
ques. — 1 vol. 

Robinson Crusoé. — Gravures chro- 
molithographie. 1 vol. 

Les dernières merveilles de la 
science. — Gravures chromo, i vol. 

La légende du Juif-Errant. — 
Dessins de Gustavi Doré, gravures sur 
bois. 1 vol. 



CHANSONS ET RONDES ENFANTINES 

1 Album illustré, format in-8 colombier, notices et accompagnement de piano par 
I J.-B. Weckerlin. Chromotypographies, par Henri Pille. Dessins de J. Blass 
' Trintîole, gravés par Lefman, élégamment relié étoffe, tr. dorée 10 fr. 

Chansons et rondes enfantines i J-B. Weckerlin. Album illustré, for- 
des provinces de la France, par ' mat in-8° colombier, avec notices et 



— 10 — 



accompagnement de piano. Chromo- 
typographies par Lix, relié étoffe 
riche 10 fr. 

Nouvelles chansons et rondes 
enfantines, musique de VVeckerlin, 
dessins de Sandoz, Poirson, etc. .\lbum 
in-8° colombier, illustrations. Elégam- 
ment relié étoffe, tr. dorées.. 10 fr. 

CEOVKES DE TOFFER. — Premiers 
▼oyages en zigzag, ou excursions 
d'un pensionnat en vacances dans les 
cantons suisses, etc., 35 grands dessins 



par Calaue. 1 vol. grand in-S*, 12 fV. 
Relié 18 fr. 

- Nouveaux voyages en zigzag, 
la Grando-Chartreiiso, au Mont-Blanc, 
etc. i.i giav. tirées à part et 320 sujets 
dans le te.xte, par MM. Calamb, Gi« 
RARDET, Daubignv. 1 vol. in-S», 12 fr. 
— Relié 18 fr. 

- Les nouvelles genevoises, 40 
gravures hors te.xte, gravées par Best, 
Leloir, Hotelin, i vol. in-8'. 10 fr 
Relié 16 f 



6 volumes grand in-18 illustrés, le vol. broché. 3 fr. 

Premiers voyages en zigzag 2 vol. i Les Nouvelles Genevoises. 1 vol. 
Nouveaux voyages en zigzag. Rosa et Gertrude. 1 voJ. 
2 vol. 



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un grand volume in-8' Jésus oblong 

à 5 fr. 

Relié toile, plaque spéciale, doré sur 
tranche, le volume 7 fr. 50 

Monsieur Jabot 1 vol . 



Monsieur Vieux-Bois 1 vol. 

Monsieur Crépin 1 vol. 

Monsieur Pencil 1 vol. 

Le docteur Festus 1 vol . 

Albert 1 vol. 

Histoire de M. Chriptogame. 1 vol. 



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Richement illustrés et imprimés en couleur. Grand in-8 cart. 2 fr. 50; relié 
doré, 3 fr. 50. 

Voyage du mandarin Ka-Li-Ko 
et de son secrétaire Pa-Tchou- 
Li, par Eugène Le Moitel. 1 album 
in-4» oblong, 32 gravures chromo, 
relié plaque spéciale. 



Jeux de l'enfance, par un Papa, 

dessins de Le Natur. 1 vol. 
Alphabet des animaux. Dessins de 

Traviès et GoBiH. 1 vol. 
Alphabet des oiseaux. Dessins de 

THAViis et GoBiK. 1 vol. 



COLLECTION ENFANTINE 

Albums in-l" imprimés en plusieurs couleurs, chaque album fr. 50 



1" Livre des petits enfants. 

2* Livre des petits enfants. 

3» Livre des petits enfants. 

L'ange gardien. 

Le bon frère. 

Le chat de la grand'mère. 



Jacques le petit savoyard. 

Le chapeau noir. 

Le pôle Nord. 

Les aventures d'Hilaire. 

Murillo et Cerventès. 

Le dernier conte de Perrault. 



BIBLIOTHEaUE PATRIOTIQUE ET INSTRUCTIVE 



2" volumes in-8 carré, broché, 3 fr. 50 
Français et Allemands. — Histoire 

anecdotique de la guerre de 1870-71, 

par DicK de Lomlat. 
!•■■ voLCME. — Niederbronn, Wissem- 

bourg, Frœschwiller, Chàlons, Reims, 

Biizancy, Bazeilles, Sedan. 79 dessins 

de l'auteur. 1 vol. 
2* vonniE. — Sarrebruck, Spickeren, 

La Retraite sur Metz, Pont- à-Mousson, 

Borny. Dessins de l'auteur, cartel et 

plans de batailles. 1 vol. 
3* voLnMK. — Gravelotte, Rezonville, 

Vionville, Mars la-Tour, Saint-Marcel, 

Flavigny. Dessins de l'auteur, cartes 

et plans de batailles, 1 vol. 



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4' VOLCME. — Les lignes d'Amanvillers, 
Saint-Privat, Sainte-Marie-aux-Chènes, 
les Fermes de Moscou et de Leipzick, i 
Saint-Hubert, le Point-du-Jour. Dessins! 
de l'auteur, cartes et plans de batailles. \ 
1 volume. 

5* VOLUME. — L'investissement de Metz, 
la Journée des Dupes, Seivigny, 
Noisseville, Flanville, Nouilly, Coiiicy. ; 
Dessins de l'auteur, cartes et plans 
de batailles. 1 vol. 

6* VOLUME. — Le blocus do Metz, Peltre, 
Mercy-le-Haul, Ladoncliainps, l.i Capi- 
tulation. Dessins de l'auteur, carte» et 
plans de batailles. 1 vol. / 



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LE GRAND FRÈRE 

1 beau vol. grand in-8* Jésus de 540 pages, orné de 75 gravures 12 9'. 



17 — 



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dotiques de la guerre de 1870-71, par 
Grenet. 

1" VOLUME. — Toury, Orlésuns, Coul- 
miers, Beaune-la-Rolande, Villepion, 
Loigny. 1 vol. 

2« VOLUME. — Beaugency, Vendôme, Le 
Mans, Sillé-le-Guillaume, Alençon. 

L'armée de l'Est, récits anecdotiques 
de !a guerre de 1870-71, par Grknet. 

l"" VOLUME. — La Bourgogne, Dijon, 
Nuits. 

8* VOLUME. — Villersexel, Hèricourt, La 
Cluze. 

PLLTARQUE. — Les Romains illus- 
tres, par Louis Humbert, professeur 
au lycée Condorcet, 1 vol. 

Journal d'un aumônier militaire 
pendant la guerre franco-alle- 
mande, par M. l'abbé de Messas. 
1 volume. 

L'Allemagne en 1813, par Galli, 
gravures d'après les dessins de Dick 
DE LO.»(LAY. 1 vol. 

Galeries des enfants célèbres, par 
Louis ÏULOu. — Du Guesclin, Jeanne 
d'Arc, Turenne.Du.iruay-Trouin.Watleau, 
Mozart, Beranger, Lamartine, etc., illus- 
tré de 16 dessins hors te.\te, par David. 
1 volume. 

Nouvelles galeries des enfants 
célèbres. - V. Hugo, Vaucanson, 
Michel-Ange, Bayard, Newton, M""« Des- 
bordes-Valmore, Rossini, etc. 1 vol. 
in-8* carré, par F. Tulou, illustré par 
Jules David. 

Les généraux de vingt ans, Hoche, 
Mareeae., Joubert, Desaix, par François 
Tulou. 1 volume illustré de 20 gra- 
vures, dessins de Dick de Lonlay. 

Les marins français depuis les 
Gaulois jusqu à nos jours, par Dick 
DE LoNLAT. Combats, batailles. Bio- 



graphie, souvenirs anecdotiques. 1 vol. 
illustré, 110 dessins par l'auteur. 

Originaux et beaux esprits, par 
Sainte-Beuve. — Aggrippa d'Aubigné, 
Voiture, Chapelle, Santeuil, de Chau- 
lieu, Nodier. 1 vol. 

l'Ottres de Madame de Sévigné. 
— Notice par Sainte-Beuve, accompa- 
gnées de notes. Illustrées de vignette» 
et portraits. 1 vol. 

Derniers récits, par M™» Belloc. — 
Mathurin, Une Nuit terrible, Orléans 
en 1820, Malemorl. Le Père Kelern, la 
Grève, Rosette et Joson. 1 vol. 

Bêtes et plantes, par Santini, officier 
d'Académie. 1 vol. 

La case de l'oncle Tom, par Mistress 
Berther Stove, traduit par Michels, 
illustré par David. 1 vol. 

A travers la Bulgarie. —Souvenirs 
de guerre et de voyage, par Dick di 
LoNLAT. Illustré de 20 dessins par 
l'auteur. 1 vol. 

Les leçons d'une jeune mère. — 
Contes et récits, par M"* Belloc. 
1 volume. 

La Russie inconnue. — Trois par- 
ties : 1", En pleine forêt; 2» et 3», 
La chasse et la pêche. 

L'armée russe en campagne. — 
Schipka, Lovtcha, Plevna, par DiCK DB 
Lonlay. 1 vol. illustré de 28 dessins 
par l'auteur. 

Les Français du XVIII* siècle, 
par Gidel. 1 vol. illustré. 

Les Français en Allemagne. — 
Campagne de 1806, par Galli. 1 vol. 
illustré de nombreux dessins par DiCK 
DE Lonlay. 

En Asie centrale à la vapeur. — 
De Paris à Samarkand en 43 jours. 
Impressions de voyages par Napoléon 
Ney, préface par Pierre Véron, illustré 
de dessins de Dick de Lonlay. 1 vol. 



MÉMOIRES HISTORIQUES ET MILITAIRES 

sur la Révolution, le Consulat et l'Empire 

Format grand in-18, le volume broché, Z fr. 50; relief 5 fr. 50. 



Mémoires du duc de Rovlgo. — 

Edition i.OMvelle. b vol. 

Quinze ans de haute police sous 
le Consulat et l'Empire, par 
P. -M. Desmarest, chef de division au 
Ministère de la police. 1 vol. 

Mémoires de Bourrienne sur Na- 
poléon. — Le Directoire, le Consulat, 
l'Empire et la Restauration. 5 vol. 

Bonaparte en Egypte (i7;»-i-1799), 
par Désiré Lacroix. 1 vol. 

Roi de Rome et duc de Reichstadt 
(18111832), par le même. 1 vol. 

Napoléon en exil, par le D'' Barry 
et O'Meura. 2 vol. 

.e Mémorial de Sainte-Hélène, 
par Las Cases. 4 vol. 



Derniers moments de Napoléon, 

par le D"" Antommarchi. 2 vol. in-18 

avec gravuies. 
Les maréctiaux d© Napoléon, par 

Désiré Lacroix. 54 portraits. 1 vol. 
Mémoires de M"" Avrillion, pre- 
mière femme de chambre de l'Impéra- 

trire. 2 vol. 
Mémoires du général Rapp. — 

Edition illustrée, 1 vol. 
Lettres de Napoléon à Joséphine. 

— Edition illustrée. 1 vol 

Mémoires militaires du baron 

Sérurier. 1 volume. 
Mémoires de Constant, premier 

valet de chambre de l'Empereur. Ik vol. 



Mémoires de M"" la duchesse 

d'Abrantès 10 volumes. 
Histoire des salons de Paris, par 

M"" la (lui-hesso k'Abrantès. 4 vol. 
Marquis de la Jonquière. gou- 



18 — ^ 

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velle-France et le Canada de 5 
1848 k 1852, par le marqnis i>\ la : 
JoNoeiÈRE.I V. in-18 broché. 2 fr 60 - 



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Collection des meilleurs auteurs français et étrangers, anciens et modernes, grand ; 

in-18 (dit anglais). Cotte collection est divisée par séries. La première contient i 

des volumes à 3 fr. BO- La deuxième à 3 fr. le volume. ] 

Première Série, volumes grand in-18 jésus à 3 fr. 50 ' 

MAROT (Œuvres choisies de). Étude sur 
la vie de ce poète, noie par Vgizard, 
docte